L’infini roulé blanc de ta nuque à tes reins


Un simple quatrain d’Arthur Rimbaud transmis par Verlaine

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    L’étoile a pleuré rose … (1871)

L’étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles,
L’infini roulé blanc de ta nuque à tes reins
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l’Homme saigné noir à ton flanc souverain.

Arthur Rimbaud

Pour un commentaire très complet de ce poème, c’est ICI


Et maintenant, cultivons un peu notre mélancolie…


« For the times they are a-changin’ »    interprété par Keb’ Mo’


Come gather around people

Wherever you roam
And admit that the waters
Around you have grown
And accept it that soon
You’ll be drenched to the bone
And if your breath to you is worth saving
Then you better start swimming or you’ll sink like a stone
For the times they are a-changing

Come writers and critics
And keep your eyes wide
The chance won’t come again
And don’t speak too soon
For the wheel’s still in spin
And there’s no telling who that it’s naming
For the loser now will be later to win
Cause the times they are a-changing

Come senators, congressmen
Please heed the call
Don’t stand in the doorway
Don’t block up the hall
For he that gets hurt
Will be he who has stalled
There’s the battle outside raging
It’ll soon shake your windows
And rattle your walls
For the times they are à-changing

Comme mothers and fathers
Throughout the land
And don’t criticize
What you can’t understand
Your sons and your daughters
Are beyond your command
Your old road is
rapidly aging
Please get out of the new one
If you can’t lend your hand
For the times they are a-changing

The line it is drawn
The curse it is cast
The slow one now
Will later be fast
As the present now
Will later be past
The order is
Rapidly fading
And the first one now
Will later be last
For the times they are a-changing

To roam : errer / To drench : tremper / to lend : prêter / curse : malediction / cast : jeter / fading : décolorer


Keb'Mo'.png   Keb’ Mo’, de son vrai nom Kevin Moore, est un chanteur et guitariste de blues américain, né à Los Angeles, Californie, en 1951. Il a remporté plusieurs Grammy Award du Meilleur disque de Blues contemporain. Après avoir commencé une carrière d’acteur de théâtre même s’il pratiquait la musique depuis son adolescence, essentiellement du calypso et du folk acoustique sous l’influence d’un de ses oncles folk singer. Il a été repéré par les commerciaux de chez Sony, qui lui ont proposé de jouer au nouveau Robert Johnson (crédit Wikipedia)


Mais peut-être préférez-vous la version originale par Bob Dylan de 1964


meraviglia : Marylin avant Marylin photographiée par André de Dienes en 1946


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Année 1945 : le photographe de mode André de Dienes fait la connaissance d’un mannequin débutant du nom de Norma Jeane Dougherty. Il a alors 32 ans et la jeune fille 19, elle s’est mariée trois années plus tôt mais son mariage bat de l’aile. Le photographe en tombe immédiatement amoureux, ému par sa fraîcheur, son charme et sa beauté éclatante. Dans ses mémoires, il écrira : « C’était comme un miracle quand elle m’apparut. Norma Jeane était comme un ange. Je ne pouvais le croire. Un ange terrestre, terriblement sexy ! Envoyé tout spécialement pour moi ! » Les trois photos présentées ont été prises l’année suivante, à l’été 1946, au sommet d’une falaise de la plage de Malibu.  Les poses prises par la jeune femme sont inspirées d’un roman autobiographique acheté par le photographe chez un bouquiniste en Californie qui racontait la vie et la mort d’une jeune écossaise à la fin du XIXe siècle. Ce livre avait beaucoup ému Marylin et plus particulièrement un poème intitulé « Lines on the death of Mary » (« Quelques vers sur la mort de Mary ») avec laquelle Marilyn s’était identifiée. Elle apparaît dans ces photos totalement naturelle et sans artifices ayant choisi de ne pas se maquiller.  Faut-il voir dans l’intérêt porté par Marylin à ce roman et dans les photos prises par André de Dienes comme une prémonition de ce que sera sa vie future ?

Épreuves d’André de Dienes.  La dernière photo fait penser à un constat de police.


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Regards croisés : le déjeuner des canotiers selon Pierre-Auguste Renoir et Neil Folberg


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Pierre-Auguste Renoir -Le déjeuner des canotiers, 1880-1881 – Google Art Project.

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Neil Folberg – After Luncheon of the Boating Party by Renoir, 2003

      Comparaison intéressante à mener sur ces deux versions du Déjeuner sur l’herbe réalisées à plus d’un siècle de distance. Plus que l’apparence des personnages et leur pose qui ne sont pas identiques, c’est la différence de lecture entre une peinture et une photographie qui pose problème. Commençons par la photo de Neil Folberg : la scène représentée montre de ce qui s’est passé à un instant T, or à un instant T, il est impossible que les poses et les expressions de 15 personnes soient toutes parfaites, c’est-à-dire intéressantes à regarder pour le spectateur. Sur l’ensemble de la photographie on relève seulement 2 ou 3 poses vraiment dignes d’intérêt : la jeune femme déhanchée au centre de la photo qui s’appui sur un pilier, le grand type baraqué souriant debout sur la gauche et la jeune femme assise à table dont la tête est penchée sur le côté. Tous les autres personnages ont une attitude banale. C’est que dans une scène de genre, à la différence d’un paysage, le photographe est prisonnier du moment où il appuie sur le déclencheur et ne peut planifier et contrôler de manière totale le résultat futur de son cliché. De plus, prisonnier des contraintes de la profondeur de champs, le photographe ne peut moduler la précision de certains détails de sa représentation. À l’inverse,  en prenant le temps qu’il faut, le peintre a tout le loisir de soigner chaque détail, d’en privilégier certains et même, s’il le souhaite, de les modifier de fond en comble pour aboutir au résultat souhaité. Chaque pose, chaque visage, chaque expression, chaque vêtement, chaque détail du tableau peut être traité comme un tableau à lui tout seul et toucher à l’excellence de la représentation. Voilà pourquoi on peut rester une heure entière devant le tableau de Renoir exposé à la Phillips Collection à Washington à passer d’une figure à une autre et pas plus de 5 minutes devant la photographie de la même scène réalisée par Neil Folberg.
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Le déjeuner des canotiers de Renoir, détails

       Lorsque l’on s’attarde sur chacun des visages des 14 personnages peints par Renoir, on est admiratif de la justesse avec laquelle le peintre a réussi à rendre les pensées et les états d’âmes de chacun d’entre eux : regard évasif vers les lointains du grand gaillard qui semble perdu dans ses pensées (il s’agit Hippolyte Alphonse Fournaise, le fils du propriétaire de l’auberge), moue aguicheuse de la jeune femme à son chiot (il s’agit de l’épouse de Renoir, Aline Charigot), regard distrait du jeune homme à canotier assis à califourchon sur une chaise (il s’agit de Gustave Caillebotte, le peinte canotier richissime, mécène des impressionnistes), regard intéressé du jeune homme penché au dessus de la jeune femme engagée dans une conversation (il s’agit de Maggiolo, le directeur du journal Le Triboulet et de l’actrice Ellen André), regard insistant empreint de gourmandise (si ce n’est de lubricité) de l’homme qui enserre la taille de la jeune femme qui porte la main à ses oreilles comme si elle ne voulait pas entendre les paroles qui lui étaient adressées (il s’agit du journaliste Paul Lhote avec son pince-nez et de l’actrice Jeanne Samary de la Comédie française; avec eux le personnage à chapeau melon est Eugène-Pierre Lestringuez, un ami de Renoir), regard intéressé et pose un tantinet lascive de la jeune femme appuyé sur le pilier qui écoute un homme assis qui lui fait face (il s’agit d’Alphonsine Fournaise, la fille du propriétaire de l’auberge et du baron Raoul Barbier, cavalier émérite et amateur notoire de jolies femmes), regard pensif et un peu perdu de la jeune femme buvant son verre (il s’agit du modèle Angèle). Le personnage en arrière plan à chapeau haut de forme qui discute avec un jeune homme à calot est Charles Ephrussi, héritier richissime, collectionneur et mécène et éditeur de la gazette des Beaux-arts. Son interlocuteur est le poète Jules Laforgue qui est alors son secrétaire. Renoir se serait peint lui-même dans le tableau, il serait le personnage représenté de profil à droite du modèle Angèle.


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Neil Folberg – Scorpius Milky Way Rising

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       « Après quoi tous, pleins de superbes, s’installent pour la nuit. Leurs feux brûlent, innombrables. Telles, au firmament, autour de la brillante lune, des étoiles luisent, éclatantes, les jours où l’éther est sans vent. Brusquement, toutes les cimes se découvrent, les hauts promontoires, les vallées. L’immense éther s’est déchiré et le berger se sent le cœur en joie. Tels entre les nefs et le cours du Xanthe* luisent les feux qu’ont devant Ilion* allumés les Troyens. Mille feux brûlent dans la plaine et cinquante hommes sont groupés autour de chacune de ces lueurs de feu ardent. Les chevaux, debout près des chars, attendent en mangeant l’orge blanche et l’épeautre. Aurore au trône d’or. »        Homère, L’Iliade, (Chant VIII, 553-565)

 * le Xanthe ou Scamandre est un dieu fleuve proche de Troie.
 * Illion : autre nom de Troie

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Détour par la Grèce antique : de la guerre de Troie au Kosmos

johannes-hevelius-la-constellation-du-scorpion-dans-luranographia-1690       Il me fallait un texte littéraire sur le thème de la voûte étoilée ou de la Voie lactée pour faire contrepoint à cette magnifique photo de la constellation du Scorpion de Neil Folberg et j’ai d’abord cherché dans les poèmes consacrés au Cosmos mais je les ai trouvé tous empreints d’une certaine pesanteur alors que la photographie rend compte à merveille, avec peu de moyen, de la sensation de vide de l’espace, de son caractère infini, de la présence lointaine de mondes merveilleux et mystérieux et de la fuite du temps qu’exprime la présence de la ruine du premier plan. C’est, tout à fait par hasard, en relisant un passage de l’Iliade que j’ai trouvé le texte que je cherchais, celui de la description nocturne par Homère dans des termes simples et poétiques du camp que les Troyens ont installés au pied de leurs murailles et de l’évolution du paysage nocturne qui l’entoure. Comme le décrit Pierre Vidal-Naquet dans son ouvrage Le monde d’Homère : « L’image part des feux de camp et revient aux feux de camp. C’est ce que les savants appellent la composition circulaire. Mais d’un coup on est passé de la terre au ciel, à «l’éther» qui entoure le monde, que les Grecs appelaient le Kosmos et dont la beauté les enchantait, et d’un spectacle de guerre à une image pastorale. Le berger se réjouit à l’apparition des étoiles. » Et effectivement le génie du rédacteur de ce passage de l’Iliade (on sait désormais que « Homère » était pluriel) est d’avoir introduit dans la description de la scène l’image archetypale du berger, grand contemplateur d’étoiles devant l’Eternité qui résume en elle-même tous les rapports complexes qu’entretient l’homme avec le cosmos.  Enfin la référence à l’antiquité grecque nous ramène à la photo de Folberg puisque la constellation du Scorpion qu’elle représente est l’objet de plusieurs légendes de la mythologie grecque. Cette constellation ferait référence au scorpion envoyé par la déesse Artémis ou par son frère Apollon pour tuer le chasseur Orion. Elle se situe près du centre de la Voie lactée dont le nom a été emprunté par l’intermédiaire du latin via lactea au grec Galaxías kyklos, où galaxía désignait une offrande de flan au lait. C’est en voulant rendre le héros Héraclès immortel que Zeus lui fit téter le sein d’Héra endormie. Celle-ci essaya d’arracher Héraclès de son sein, et y parvint non sans avoir laissé s’épandre dans le ciel une giclée de lait qui forma la Voie lactée.


Celestial Nights

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     Né à San Francisco en 1950, Neil Folberg a passé la majeure partie de son enfance dans le Midwest des États-Unis et a commencé à s’intéresser à la photographie vers l’âge de 16 ans. En 1967, il a commencé des études avec Ansel Adams, le célèbre photographe paysagiste américain. L’année suivante, il s’inscrit à l’Université de Californie à Berkeley où il bénéficiera des cours du photographe William Garnett. Il se marie en 1975 et s’installe l’année suivante à Jérusalem où il ouvre sa propre galerie. En 1979, Folberg commence à photographier dans le désert du Sinaï puis s’intéresse aux ruines antiques et aux paysages du Moyen-orient et de Méditerranée. L’apport d’Ansel Adams se révèle dans les photographies en noir et blanc de la série Celestial Nights qui ont fait l’objet d’une publication (Aperture Press, 2001). Les photographies de la série Celestial Nights constituent un dialogue entre l’infini de la voute céleste et des objets terrestres naturels ou créés par la main de l’homme qui occupent le premier plan : ruines qui expriment la fuite inexorable du temps, bosquets, olivier tutélaire, rochers… Les deux représentations de l’infini et de l’éphémère se confrontent, se parlent, se répondent dans un dialogue métaphysique que dramatise l’obscurité de la nuit et les myriades de points lumineux de la voute étoilée.

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Neil Folberg – Celestal Nights portefeuille, Stary grove, 1997

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Neil Folberg – Celestal Nights portefeuille, Olive Tree, 1997

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Neil Folberg – Celestal Nights portefeuille,  Sagittarius, 2000


Regards croisés : Paul Strand, photographe du regard


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Paul Strand – Cheval blanc, Luzzara, province de Reggio d’Émilie, Italie,  1953.

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Paul Strand – portrait de Georges Braque, 1957
Est-ce un arrière-train d’étalon que cache Georges Braque dans la pénombre ?  
Était-il un centaure ?


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     Paul Strand (1890-1976) est célébré comme l’un des pionniers de la photographie moderniste aux États-Unis. Il est l’un des premiers à avoir abandonné l’esthétique du pictorialisme au profit d’une straight photography, c’est-à-dire à rejeter l’esthétique symboliste de la stylisation et de l’évocation, à renoncer aux possibilités offertes par le flou et le bougé, à toutes sortes d’artifices de tirage, au profit d’une pratique photographique directe et objective, reposant sur le principe d’une saisie immédiate de la réalité, sans transformations ou le moins possible. En 1917, à l’âge de 27 ans, il écrivait : « La plus parfaite réalisation de [cette objectivité absolue qui est le propre de la photographie] est atteinte sans aucun truc ni procédé, sans manipulation, grâce à l’utilisation de méthodes photographiques directes [straight photographic methods].»  
(D’après Èric de Chassey dans Paul Strand, frontalité et engagement, 2003)