poésie et illustrateurs du romantisme allemand : la ballade de Lenore de Bürger

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220px-Goe.Skulptur.Bürgerstr.CA.Bürger02.detail   Gottfried August Bürger (1747-1794)

   Gottfried August Bürger est le prototype du poète romantique allemand maudit ; sa vie aura été marquée par une longue suite de drames et de tourments. Fils de pasteur, il commence par étudier la théologie à Halle, puis le droit à Göttingen où il découvre la jeune poésie allemande alors influencée par Klopstock et Wieland.

   Marié avec Dorothea Mariann Leonart, il tombe amoureux de sa belle-sœur, Augusta Maria Wilhelmine Eva (« Molly ») qu’il finira par épouser après la mort de sa femme. Mais après un an de mariage, celle-ci meurt en couche. Titulaire d’un emploi médiocre, il sombre alors dans la dépression et la misère. Son troisième mariage avec une jeune fille de Stuttgart, Elise Hahn, qui s’était offerte à lui dans dans une épitre en vers, se termine par un divorce.

   Miné par les problèmes matériels, les critiques de ses pairs, notamment Schiller, et pour finir la tuberculose, il se pend à Göttingen à l’âge de 47 ans.

   Ses écrits les plus connus sont  la ballade de Lenore (1773), (l’Elégie (1776), une traduction de Macbeth (1783), la version allemande des Aventures du baron de Münchhausen (1786),  la petite fleur enchantée (1789),

En 1773, année de la parution de sa ballade la plus célèbre, Lenore, Bürger fréquente à Göttingen le cercle littéraire du….composé des poètes Voss, Cramer, Leisewitz. Bürger se passionne à l’époque comme beaucoup de poètes de sa génération pour les contes populaires de l’Europe du nord; il a pour livre de chevet à cette époque un recueil de ballades écossaises,  Relicts of ancient poetry by B. Percy et recueille les légendes et récits populaires. C’est au cours d’un voyage dans sa patrie qu’il aurait recueilli dans un cabaret auprès de paysans le thème de Lenore.

La forme littéraire choisie sera la ballade, dont il créera le genre en Allemagne et qui sera repris ensuite par de nombreux poètes comme Gœthe, Schiller, Uhland, Wielnad.

     « en Allemagne, la terreur, les revenants et les sorciers plaisent au peuple comme aux hommes éclairés; c’est un reste de la mythologie du Nord; c’est une disposition qu’inspirent assez naturellement les longues nuits des climats septentrionaux.
      Bürger est celui qui a le mieux saisi cette veine de superstition qui conduit si loin dans le fond du cœur. Celui qui n’a pas lu Lenore dans le texte ne peut se faire une idée du mérite étonnant de cette romance : toutes les images, tous les bruits en rapports avec la situation de l’âme, sont merveilleusement exprimés par la poésie : les syllabes, les rythmes, tout l’art des paroles et de leur  sens est employé pour exciter la terreur. La rapidité des pas du cheval semble plus solennelle et plus lugubre que la lenteur même d’une marche funèbre. L’énergie avec laquelle le cheval hâte sa course, cette pétulance de la mort cause un trouble inexprimable; et l’on se croit emporté par le fantôme, comme la malheureuse qu’il entraîne avec lui dans l’abîme ».

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Lénore, traduction française de Gérard de Nerval et anglaise de Dante Gabriel Rossetti

–––– strophe 1 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Lénore - illustration de Moritz Retzsch - 1840

Lénore – illustration de Moritz Retzsch – 1840

Lenore - 1796Lenore – 1796

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Lénore - Octave Penguilly - 1842

Lénore – Octave Penguilly – 1842

Lenore fuhr ums Morgenrot
Empor aus schweren Träumen:
« Bist untreu, Wilhelm, oder tot?
Wie lange willst du säumen? » –
Er war mit König Friedrichs Macht
Gezogen in die Prager Schlacht,
Und hatte nicht geschrieben:
Ob er gesund geblieben.

Lénore au point du jour se lève,
L’oeil en pleur, le coeur oppressé ;
Elle a vu passer dans un rêve,
Pâle et mourant, son fiancé !
Wilhelm était parti naguère
Pour Prague, où le roi Frédéric
Soutenait une rude guerre,
Si l’on en croit le bruit public.

Up rose Lenore as the red morn wore,
From weary visions starting;
« Art faithless, William, or, William, art dead?
‘Tis long since thy departing. »
For he, with Frederick’s men of might,
In fair Prague waged the uncertain fight;
Nor once had he writ in the hurry of war,
And sad was the true heart that sickened afar.

Leonora - William Blake

Leonora – William Blake

Lénore - illustration d'Eugène Forest - 1843

Lénore – illustration d’Eugène Forest – 1843

Lénora - illustration de Daniel Maclise - 1847

Lénora – illustration de Daniel Maclise – 1847

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–––– strophe 2 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Der König und die Kaiserin,
Des langen Haders müde,
erweichten ihren harten Sinn,
Und machten endlich Friede;
Und jedes Heer, mit Sing und Sang,
Mit Paukenschlag und Kling und Klang,
Geschmückt mit grünen Reisern,
Zog heim zu seinen Häusern.

Enfin, ce prince et la tsarine,
Las de batailler sans succès,
Ont calmé leur humeur chagrine
Et depuis peu conclu la paix ;
Et cling ! et clang ! les deux armées,
Au bruit des instruments guerriers,
Mais joyeuses et désarmées,
Rentrent gaîment dans leurs foyers.

The Empress and the King,
With ceaseless quarrel tired,
At length relaxed the stubborn hate
Which rivalry inspired:
And the martial throng, with laugh and song,
Spoke of their homes as they rode along,
And clank, clank, clank! came every rank,
With the trumpet-sound that rose and sank.

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–––– strophe 3 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Le retour ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842 Le retour ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842 

Lenore - William Blake - 1796Lenore – William Blake – 1796

Und überall all überall,
Auf Wegen und auf Stegen,
Zog Alt und Jung dem Jubelschall
Der Kommenden entgegen.
Gottlob! rief Kind und Gattin laut,
Willkommen! manche frohe Braut.
Ach! aber für Lenoren
War Gruß und Kuß verloren.

Ah ! partout, partout quelle joie !
Jeunes et vieux, filles, garçons,
La foule court et se déploie
Sur les chemins et sur les ponts.
Quel moment d’espoir pour l’amante,
Et pour l’épouse quel beau jour !
Seule, hélas ! Lénore tremblante
Attend le baiser du retour.

And here and there and everywhere,
Along the swarming ways,
Went old man and boy, with music of joy,
On the gallant bands to gaze;
And the young child shouted to spy the vaward,
And trembling and blushing the bride pressed forward:
But ah! for the sweet lips of Lenore
The kiss and the greeting are vanished and o’er.

Léonore - illustration de Wilhelm Emelé -1884Léonore – illustration de Wilhelm Emelé -1884

Lénora - illustration de Daniel Maclise - 1847

Lénora – illustration de Daniel Maclise – 1847

–––– strophe 4 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lenore - illustration de Moritz Retzch - 1840Lenore – illustration de Moritz Retzch – 1840

Lénore - dessin de Carl Friedrioch LessingLénore – dessin de Carl Friedrioch Lessing

Sie frug den Zug wohl auf und ab, 
Und frug nach allen Namen; 
Doch keiner war, der Kundschaft gab, 
Von allen, so da kamen. 
Und als das Heer vorüber war, 
Zerraufte sie ihr Rabenhaar, 
Und warf sich hin zur Erde, 
Mit wütiger Gebärde.

Elle s’informe, crie, appelle,
Parcourt en vain les rangs pressés.
De son amant point de nouvelle…
Et tous les soldats sont passés !
Mais sur la route solitaire,
Lénore en proie au désespoir
Tombe échevelée… et sa mère
L’y retrouva quand vint le soir.

From man to man all wildly she ran
With a swift and searching eye;
But she felt alone in the mighty mass,
As it crushed and crowded by:
On hurried the troop, – a gladsome group,
And proudly the tall plumes wave and droop:
She tore her hair and she turned her round,
And madly she dashed her against the ground.

–––– strophe 5 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lenore - illustration de Moritz Retzch - 1840Lenore – illustration de Moritz Retzch – 1840

Lénora - illustration de Daniel Maclise - 1847Lénora – illustration de Daniel Maclise – 1847

Die Mutter lief wohl hin zu ihr: – 
« Ach, dass sich Gott erbarme! 
Du trautes Kind, was ist mit dir? » – 
Und schloß sie in die Arme. – 
« Oh Mutter, oh Mutter! hin ist hin! 
Nun fahre Welt und alles hin! 
Bei Gott ist kein Erbarmen. 
O weh, o weh mir Armen – ! »

– Ah ! le Seigneur nous fasse grâce !
Qu’as-tu ? qu’as-tu, ma pauvre enfant ?…
Elle la relève, l’embrasse,
Contre son coeur la réchauffant ;
Que le monde et que tout périsse,
Ma mère ! Il est mort ! il est mort !
Il n’est plus au ciel de justice
Mais je veux partager son sort.

Her mother clasped her tenderly
With soothing words and mild:
« My child, may God look down on thee,
God comfort thee, my child. »
« Oh! mother, mother! gone is gone!
I reck no more how the world runs on:
What pity to me does God impart?
Woe, woe, woe! for my heavy heart! »

Le Blasphème ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842 Le Blasphème ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842 

Lénore - illustration de Charles Rochussen

Lénore – illustration de Charles Rochussen

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–––– strophe 6 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de Franz Kolbrand - 1920Lénore – illustration de Franz Kolbrand – 1920

Hilf Gott, hilf! Sieh uns gnädig an!
Kind, bet´ ein Vaterunser!
Was Gott thut, das ist wohlgethan.
Gott, Gott erbarmt sich Unser!” –
“OMutter, Mutter! Eitler Wahn!
Gott hat an mir nicht wohlgethan!
Was half, was half mein Beten?
Nun ist´s nicht mehr vonnöthen.”-

– Mon Dieu ! mon Dieu ! quelle démence !
Enfant, rétracte un tel souhait ;
Du ciel implore la clémence,
Le bon Dieu fait bien ce qu’il fait.
– Vain espoir ! ma mère ! ma mère !
Dieu n’entend rien, le ciel est loin…
À quoi servira ma prière,
Si Wilhelm n’en a plus besoin ?

« Help, Heaven, help and favour her!
Child, utter an Ave Marie!
Wise and great are the doings of God;
He loves and pities thee. »
« Out, mother, out, on the empty lie!
Doth he heed my despair, – doth he list to my cry?
What boots it now to hope or to pray?
The night is come, – there is no more day. »

–––– strophe 7 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

« Hilf Gott, hilf! Wer den Vater kennt, 
Der weiß, er hilft den Kindern. 
Das hochgelobte Sakrament 
Wird deinen Jammer lindern. » – 
« O Mutter, Mutter! was mich brennt, 
Das lindert mir kein Sakrament! 
Kein Sakrament mag Leben 
Den Toten wiedergeben. » –

– Qui connaît le père, d’avance
Sait qu’il aidera son enfant :
Va, Dieu guérira ta souffrance
Avec le très-saint sacrement !
– Ma mère ! pour calmer ma peine,
Nul remède n’est assez fort,
Nul sacrement, j’en suis certaine,
Ne peut rendre à la vie un mort !

« Help, Heaven, help! who knows the Father
Knows surely that he loves his child:
The bread and the wine from the hand divine
Shall make thy tempered grief less wild. »
« Oh! mother, dear mother! the wine and the bread
Will not soften the anguish that bows down my head;
For bread and for wine it will yet be as late
That his cold corpse creeps from the grim grave’s gate. »

–––– strophe 8 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

« Hör Kind! Wie, wenn der falsche Mann,
Im fernen Ungerlande,
Sich seines Glaubens abgetan,
Zum neuen Ehebande?
Laß fahren, Kind, sein Herz dahin!
Er hat es nimmermehr Gewinn!
Wann Seel’ und Leib sich trennen,
Wird ihn sein Meineid brennen. » –

– Ces mots à ma fille chérie
Par la douleur sont arrachés…
Mon Dieu, ne va pas, je t’en prie,
Les lui compter pour des péchés !
Enfant, ta peine est passagère,
Mais songe au bonheur éternel ;
Tu perds un fiancé sur terre,
Il te reste un époux au ciel.

« What if the traitor’s false faith failed,
By sweet temptation tried, —
What if in distant Hungary
He clasp another bride? —
Despise the fickle fool, my girl,
Who hath ta’en the pebble and spurned the pearl:
While soul and body shall hold together
In his perjured heart shall be stormy weather. »

–––– strophe 9 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

« O Mutter, Mutter! Hin ist hin!
Verloren ist verloren!
Der Tod, der Tod ist mein Gewinn!
O wär’ ich nie geboren!
Lisch aus mein Licht, auf ewig aus!
Sirb hin, stirb hin in Nacht und Graus!
Bei Gott ist kein Erbarmen.
O weh, o weh, mir Armen! »

strophe non traduite par Gérard de Nerval

« Oh! mother, mother! gone is gone,
And lost will still be lost!
Death, death is the goal of my weary soul,
Crushed and broken and crost.
Spark of my life! down, down to the tomb:
Die away in the night, die away in the gloom!
What pity to me does God impart?
Woe, woe, woe! for my heavy heart! »

–––– strophe 10 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

« Hilf Gott, hilf! Geh nicht ins Gericht
Mit deinem armen Kinde!
Sie weiß nicht, was die Zunge spricht.
Behalt ihr nicht die Sünde!
Ach, Kind, vergiß dein irdisch Leid,
Und denk an Gott und Seligkeit!
So wird doch deiner Seelen
Der Bräutigam nicht fehlen. » –

strophe non traduite par Gérard de Nerval

« Help, Heaven, help, and heed her not,
For her sorrows are strong within;
She knows not the words that her tongue repeats, —
Oh! count them not for sin!
Cease, cease, my child, thy wretchedness,
And think on thy promised happiness;
So shall thy mind’s calm ecstasy
Be a hope and a home and a bridegroom to thee. »

–––– strophe 11 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

« O Mutter! Was ist Seligkeit?
O Mutter! Was ist Hölle?
Bei ihm, bei ihm ist Seligkeit!
Und ohne Wilhelm Hölle! –
Lisch aus, mein Licht, auf ewig aus!
Stirb hin in Nacht und Graus!
Ohn’ ihn mag ich auf Erden,
Mag dort nicht selig werden. » – – –

– Qu’est-ce que le bonheur céleste
Ma mère ? qu’est-ce que l’enfer ?
Avec lui le bonheur céleste,
Et sans lui, sans Wilhelm, l’enfer ;
Que ton éclat s’évanouisse,
Flambeau de la vie, éteins-toi !
Le jour me serait un supplice,
Puisqu’il n’est plus d’espoir pour moi 

« My mother, what is happiness?
My mother, what is Hell?
With William is my happiness —
Without him is my Hell!
Spark of my life! down, down to the tomb:
Die away in the night, die away in the gloom!
Earth and Heaven, and Heaven and earth,
Reft of William are nothing worth. »

–––– strophe 12 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

So wütete Verzweifelung
Ihr in Gehirn und Adern.
Sie fuhr mit Gottes Fürsehung
Vermessen fort zu hadern;
Zerschlug den Busen, und zerrang
Die Hand, bis Sonnenuntergang,
Bis auf am Himmelsbogen
Die goldnen Sterne zogen.

Ainsi, dans son coeur, dans son âme,
Se ruait un chagrin mortel :
Longtemps encore elle se pâme,
Se tord les mains, maudit le ciel,
Jusqu’à l’heure où de sombres voiles
Le soleil obscurcit ses feux,
À l’heure où les blanches étoiles
Glissent en paix sur l’arc des cieux.

Thus grief racked and tore the breast of Lenore,
And was busy at her brain;
Thus rose her cry to the Power on high,
o question and arraign:
Wringing her hands and beating her breast,
Tossing and rocking without any rest;
Till from her light veil the moon shone thro’,
And the stars leapt out on the darkling blue.

–––– strophe 13 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Und außen, horch! Ging’s trap trap trap,
Als wie von Rosseshufen;
Und klirrend stieg ein Reiter ab,
An des Geländers Stufen;
Und horch! Und horch! Den Pfortenring
Ganz lose, leise, klingeling!
Dann kamen durch die Pforte
Vernehmlich diese Worte:

Tout à coup, trap ! trap ! trap ! Lénore
Reconnaît le pas d’un coursier,
Bientôt une armure sonore
En grinçant monte l’escalier…
Et puis, écoutez ! la sonnette,
Klinglingling ! tinte doucement…
Par la porte de la chambrette
Ces mots pénètrent sourdement :

But hark to the clatter and the pat pat patter!
Of a horse’s heavy hoof!
How the steel clanks and rings as the rider springs!
How the echo shouts aloof!
While silently and lightly the gentle bell
Tingles and jingles softly and well;
And low and clear through the door plank thin
Comes the voice without to the ear within:

–––– stophe 14 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénora - illustration de Daniel Maclise - 1847

Lénora – illustration de Daniel Maclise – 1847

« Holla, Holla! Tu auf mein Kind!
Schläfst Liebchen oder wachst du?
Wie bist noch gegen mich gesinnt?
Und weinest oder lachst du? » –
« Ach, Wilhelm, du? – – So spät bei Nacht? – –
Geweinet hab’ ich und gewacht;
Ach, großes Leid erlitten!
Wo kommst du hergeritten? » –

– Holà ! holà ! c’est moi, Lénore !
Veilles-tu, petite, ou dors-tu ?
Me gardes-tu ton coeur encore,
Es-tu joyeuse ou pleures-tu ?
– Ah ! Wilhelm, Wilhelm, à cette heure !
Ton retard m’a fait bien du mal,
Je t’attends, je veille, et je pleure…
Mais d’où viens-tu sur ton cheval ?

« Holla! holla! unlock the gate;
Art waking, my bride, or sleeping?
Is thy heart still free and faithful to me?
Art laughing, my bride, or weeping? »
« Oh! wearily, William, I’ve waited for you,
Woefully watching the long day thro’,
With a great sorrow sorrowing
For the cruelty of your tarrying. »

–––– strophe 15 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lenore - illustration de Moritz Retzch - 1840Lenore – illustration de Moritz Retzch – 1840

Lénore - illustration de Friedrich Gesellschap - 1866 Lénore – illustration de Friedrich Gesellschap – 1866 

« Wir satteln nur um Mitternacht.
Weit ritt ich her von Böhmen.
Ich habe spät mich aufgemacht,
Und will dich mit mir nehmen. » –
« Ach, Wilhelm, erst herein geschwind!
Den Hagedorn umsaust der Wind,
Herein, in meinen Armen,
Herzallerliebster, zu erwarmen! » –

– Je viens du fond de la Bohême,
Je ne suis parti qu’à minuit,
Et je veux si Lénore m’aime
Qu’elle m’y suive cette nuit.
– Entre ici d’abord, ma chère âme,
J’entends le vent siffler dehors,
Dans mes bras, sur mon sein de flamme,
Viens que je réchauffe ton corps.

« Till the dead midnight we saddled not,
I have journeyed far and fast
And hither I come to carry thee back
Ere the darkness shall be past. »
« Ah! rest thee within till the night’s more calm;
Smooth shall thy couch be, and soft, and warm:
Hark to winds, how they whistle and rush
Thro’ the twisted twine of the hawthorn-bush. »

–––– strophe 16 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Le Départ ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842 Le Départ ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842 

Lénore - illustration 1796Lénore – illustration 1796

« Laß sausen durch den Hagedorn,
Laß sausen, Kind, laß sausen!
Der Rappe scharrt ; es klingt der Sporn.
Ich darf allhier nicht hausen.
Komm, schürze, spring’ und schwinge dich
Auf meinen Rappen hinter mich!
Muß heut noch hundert Meilen
Mit dir ins Brautbett eilen. » –

– Laisse le vent siffler, ma chère,
Qu’importe à moi le mauvais temps,
Mon cheval noir gratte la terre,
Je ne puis rester plus longtemps :
Allons ! chausse tes pieds agiles,
Saute en croupe sur mon cheval,
Nous avons à faire cent milles
Pour gagner le lit nuptial.

« Thro’ the hawthorn-bush let whistle and rush,
Let whistle, child, let whistle!
Mark the flash fierce and high of my steed’s bright eye,
And his proud crest’s eager bristle.
Up, up and away! I must not stay:
Mount swiftly behind me! up, up and away!
An hundred miles must be ridden and sped
Ere we may lie down in the bridal-bed. »

–––– strophe 17 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénora - illustration de Daniel Maclise - 1847Lénora – illustration de Daniel Maclise – 1847

« Ach, wollest hundert Meilen noch
Mich heut ins Brautbett’ tragen?
Und horch! Es brummt die Glocke noch,
Die elf schon angeschlagen. » –
« Sieh hin, sieh her! Der Mond scheint hell.
Wir und die Toten reiten schnell.
Ich bringe dich, zur Wette,
Noch heut ins Hochzeitsbette. » –

– Quoi ! cent milles à faire encore
Avant la fin de cette nuit ?
Wilhelm, la cloche vibre encore
Du douzième coup de minuit…
– Vois la lune briller, petite,
La lune éclairera nos pas ;
Nous et les morts, nous allons vite,
Et bientôt nous serons là-bas.

« What! ride an hundred miles to-night,
By thy mad fancies driven!
Dost hear the bell with its sullen swell,
As it rumbles out eleven? »
« Look forth! look forth! the moon shines bright:
We and the dead gallop fast thro’ the night.
‘Tis for a wager I bear thee away
To the nuptial couch ere break of day. »

–––– strophe 18 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

« Sag an, wo ist dein Kämmerlein?
Wo? Wie dein Hochzeitsbettchen? » –
« Weit, weit von hier! – – Still, kühl und klein! – –
Sechs Bretter und zwei Brettchen! » –
« Hat’s Raum für mich? » – « Für dich und mich!
Komm, schürze, spring’ und schwinge dich!
Die Hochzeitsgäste hoffen;
Die Kammer steht uns offen. » –

Mais où sont et comment sont faites
Ta demeure et ta couche ? – Loin :
Le lit est fait de deux planchettes
Et de six planches…. dans un coin
Étroit, silencieux, humide.
– Y tiendrons-nous bien ? – Oui, tous deux ;
Mais viens, que le cheval rapide
Nous emporte au festin joyeux !

« Ah! where is the chamber, William dear,
And William, where is the bed? »
« Far, far from here: still, narrow, and cool:
Plank and bottom and lid. »
« Hast room for me? » – « For me and thee;
Up, up to the saddle right speedily!
The wedding-guests are gathered and met,
And the door of the chamber is open set. »

–––– strophe 19 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

La Course ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842

La Course ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842 

Schön Liebchen schürzte, sprang und schwang
Sich auf das Roß behende;
Wohl um den trauten Reiter schlang
Sie ihre Liljenhände;
Und hurre hurre, hop hop hop!
Ging’s fort in sausendem Galopp,
Daß Roß und Reiter schnoben,
Und Kies und Funken stoben.

Lénore se chausse et prend place
Sur la croupe du noir coursier,
De ses mains de lis elle embrasse
Le corps svelte du cavalier…
Hop ! hop ! hop ! ainsi dans la plaine
Toujours le galop redoublait ;
Les amants respiraient à peine,
Et sous eux le chemin brûlait.

She busked her well, and into the selle
She sprang with nimble haste,
And gently smiling, with a sweet beguiling,
Her white hands clasped his waist:
And hurry, hurry! ring, ring, ring!
To and fro they sway and swing;
Snorting and snuffing they skim the ground,
And the sparks fly up, and the stones run round.

–––– strophe 20 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lenore - illustration de Moritz Retzch - 1840Lenore – illustration de Moritz Retzch – 1840

Lénore - illustration de CL. KohlLénore – illustration de CL. Kohl

Lénore - détail de l'illustration de CL. Kohl

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827

Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

la Ronde du sabbat ou Lénore - Louis Boulanger - 1828

la Ronde du sabbat ou Lénore – Louis Boulanger – 1828

La course des suppliciés ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842

La course des suppliciés ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842 

Lénore - illustration de Neureuther - 1855

Lénore – illustration de Neureuther – 1855

Zur rechten und zur linken Hand,
Vorbei an ihren Blicken,
Wie flogen Anger, Haid’ und Land!
Wie donnerten die Brücken! –
« Graut’ Liebchen auch? – – – Der Mond scheint hell!
Hurra! Die Toten reiten schnell!
Graut Liebchen auch vor Toten? » –
« Ach nein! – – Doch laß die Toten! » –

Comme ils voyaient, devant, derrière,
À droite, à gauche, s’envoler
Steppes, forêts, champs de bruyère,
Et les cailloux étinceler !
– Hourrah ! hourrah ! la lune est claire,
Les morts vont vite par le frais,
En as-tu peur, des morts, ma chère ?
– Non !… Mais laisse les morts en paix !

Here to the right and there to the left
Flew fields of corn and clover,
And the bridges flashed by to the dazzled eye,
As rattling they thundered over.
« What ails my love? the moon shines bright:
Bravely the dead men ride through the night.
Is my love afraid of the quiet dead? »
« Ah! no; – let them sleep in their dusty bed! »

Léonore - Gustave Moreau -1885

Léonore – Gustave Moreau -1885

Léonore - Horace Vernet - 1839

Léonore – Horace Vernet – 1839

–––– strophe 21 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Lénore - illustration 1796Lénore – illustration 1796

Was klang dort für Gesang und Klang?
Was flatterten die Raben? – –
Horch Glockenklang! Horch Totensang:
« Laßt uns den Leib begraben! »
Und näher zog ein Leichenzug,
Der Sarg und Totenbahre trug.
Das Lied war zu vergleichen
Dem Unkenruf in Teichen.

– Pourquoi ce bruit, ces chants, ces plaintes,
Ces prêtres ?… – C’est le chant des morts,
Le convoi, les prières saintes ;
Et nous portons en terre un corps. –
Tout se rapproche : enfin la bière
Se montre à l’éclat des flambeaux…
Et les prêtres chantaient derrière
Avec une voix de corbeaux.

On the breeze cool and soft what tune floats aloft,
While the crows wheel overhead?
Ding dong! ding dong! ’tis the sound, ’tis the song,
« Room, room for the passing dead! »
Slowly the funeral-train drew near,
Bearing the coffin, bearing the bier;
And the chime of their chant was hissing and harsh,
Like the note of the bull-frog within the marsh.

–––– strophe 22 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

« Nach Mitternacht begrabt den Leib,
Mit Sang und Klang und Klage!
Jetzt führ’ ich heim mein junges Weib.
Mit, mit zum Brautgelage!
Komm, Küster, hier! Komm mit dem Chor,
und gurgle mir das Brautlied vor!
Komm, Pfaff’, und sprich den Segen,
Eh wir zu Bett’ uns legen! » –

– Votre tâche n’est pas pressée,
Vous finirez demain matin ;
Moi j’emmène ma fiancée,
Et je vous invite au festin :
Viens, chantre, que du mariage
L’hymne joyeux nous soit chanté ;
Prêtre, il faut au bout du voyage
Nous unir pour l’éternité ! –

« You bury your corpse at the dark midnight,
With hymns and bells and wailing;
But I bring home my youthful wife
To a bride-feast’s rich regaling.
Come, chorister, come with thy choral throng,
And solemnly sing me a marriage-song;
Come, friar, come, – let the blessing be spoken,
That the bride and the bridegroom’s sweet rest be unbroken. »

–––– strophe 23 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Still Klang und Sang. – – Die Bahre schwand. – –
Gehorsam seinem Rufen,
Kam’s hurre hurre! nachgerannt,
Hart hinters Rappen Hufen.
Und immer weiter, hop hop hop!
Ging’s fort in sausendem Galopp,
Daß Roß und Reiter schnoben,
Und Kies und Funken stoben.

Ils obéissent en silence
Au mystérieux cavalier :
– Hourrah ! – Tout le convoi s’élance,
Sur les pas ardents du coursier…
Hop ! hop ! hop ! ainsi dans la plaine
Toujours le galop redoublait ;
Les amants respiraient à peine,
Et sous eux le chemin brûlait.

Died the dirge and vanished the bier:
Obedient to his call,
Hard hard behind, with a rush like the wind,
Came the long steps’ pattering fall:
And ever further! ring, ring, ring!
To and fro they sway and swing;
Snorting and snuffing they skim the ground,
And the sparks spurt up, and the stones run round.

–––– strophe 24 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Wie flogen rechts, wie flogen links,
Gebirge, Bäum´ und Hecken!
Wie flogen links, und rechts, und links
Die Dörfer, Städt´ und Flecken!
“Graut Liebchen auch? – – Der Mond scheint hell!
Hurrah! die Todten reiten schnell!
Graut Liebchen auch vor Todten?” –
“Ach! Laß sie ruhn, die Todten!” –

Ô comme champs, forêts, herbages,
Devant et derrière filaient !
Ô comme villes et villages
À droite, à gauche, s’envolaient ! –
Hourrah ! hourrah ! les morts vont vite,
La lune brille sur leurs pas…
En as-tu peur, des morts, petite ?
– Ah ! Wilhelm, ne m’en parle pas !

How flew to the right, how flew to the left,
Trees, mountains in the race!
How to the left, and the right and the left,
Flew town and market-place!
« What ails my love? the moon shines bright:
Bravely the dead men ride thro’ the night.
Is my love afraid of the quiet dead? »
« Ah! let them alone in their dusty bed! »

–––– strophe 25 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore -   - vers 1860Lénore –   – vers 1860

Lénore - illustration tirée du Deutsches Balladenbuch, 1852 réalisé par Adolph Ehrard, Theobald con Oer, Hermann Plüddermann, Ludwig Richter et Carl SchurigLénore – illustration tirée du Deutsches Balladenbuch, 1852 réalisé par Adolph Ehrard, Theobald con Oer, Hermann Plüddermann, Ludwig Richter et Carl Schurig

Lénore - illustration de Franz Kolbrand - 1920

Lénore – illustration de Franz Kolbrand – 1920

Sie da! sieh da! Am Hochgericht
Tanzt´ um des Rades Spindel
Halb sichtbarlich bey Mondenlicht,
Ein luftiges Gesindel. –
“Sasa! Gesindel, hier! Komm hier!
Gesindel, komm und folge mir!
Tanz´ uns den Hochzeitreigen,
Wann wir zu Bette steigen!” –

Tiens, tiens ! aperçois-tu la roue ?
Comme on y court de tous côtés !
Sur l’échafaud on danse, on joue,
Vois-tu ces spectres argentés ? –
Ici, compagnons, je vous prie,
Suivez les pas de mon cheval ;
Bientôt, bientôt je me marie,
Et vous danserez à mon bal.

See, see, see! by the gallows-tree,
As they dance on the wheel’s broad hoop,
Up and down, in the gleam of the moon
Half lost, an airy group:
« Ho, ho! mad mob, come hither amain,
And join in the wake of my rushing train;
Come, dance me a dance, ye dancers thin,
Ere the planks of the marriage bed close us in. »

Lénore - illustration de Heinrich Jenny - 1904Lénore – illustration de Heinrich Jenny – 1904

–––– strophe 26 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration 1796Lénore – illustration 1796

Leonora - William Blake - 1796

Leonora – William Blake – 1796

Und das Gesindel husch husch husch!
Kam hinten nachgeprasselt,
Wie Wirbelwind am Haselbusch
Durch dürre Blätter rasselt.
Und weiter, weiter, hop hop hop!
Ging’s fort in sausendem Galopp,
Daß Roß und Reiter schnoben,
Und Kies und Funken stoben.

– Houch ! houch ! houch ! les spectres en foule
À ces mots se sont rapprochés
Avec le bruit du vent qui roule
Dans les feuillages desséchés :
Hop ! hop ! hop ! ainsi dans la plaine
Toujours le galop redoublait ;
Les amants respiraient à peine,
Et sous eux le chemin brûlait.

And hush, hush, hush! the dreamy rout
Came close with a ghastly bustle,
Like the whirlwind in the hazel-bush,
When it makes the dry leaves rustle:
And faster, faster! ring, ring, ring!
To and fro they sway and swing;
Snorting and snuffing they skim the ground,
And the sparks spurt up, and the stones run round.

Lénore - illustration de Alfred W Elmore - 1871

Lénore – illustration de Alfred W. Elmore – 1871

–––– strophe 27 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Wie flog, was rund der Mond beschien, 
Wie flog es in die Ferne! 
Wie flogen oben über hin 
Der Himmel und die Sterne! – 
« Graut Liebchen auch? – – – Der Mond scheint hell! 
Hurra! Die Toten reiten schnell! 
Graut Liebchen auch vor Toten? » – 
« O weh! Laß ruhn die Toten! » – – –

strophe non traduite par Gérard de Nerval

How flew the moon high overhead,
In the wild race madly driven!
In and out, how the stars danced about,
And reeled o’er the flashing heaven!
« What ails my love? the moon shines bright:
Bravely the dead men ride thro’ the night.
Is my love afraid of the quiet dead? »
« Alas! let them alone in their dusty bed! »

–––– strophe 28 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore. Les morts vont vite - Ary Scheffer - début XIXe siècleLénore. Les morts vont vite – Ary Scheffer – début XIXe siècle

Rapp´! Rapp´! Mich dünkt der Hahn schon ruft.
Bald wird der Sand verrinnen
Rapp´! Rapp´! Ich wittre Morgenluft
Rapp´! Tummle dich von hinnen !
Vollbracht, vollbracht ist unser Lauf !
Das Hochzeitbette thut sich auf !
Die Todten reiten schnelle !
Wir sind, wir sind zur Stelle.”

– Mon cheval ! Mon noir !… Le coq chante,
Mon noir ! Nous arrivons enfin,
Et déjà ma poitrine ardente
Hume le vent frais du matin…
Au but ! au but ! Mon coeur palpite,
Le lit nuptial est ici ;
Au but ! au but ! Les morts vont vite,
Les morts vont vite. Nous voici ! –

« Horse, horse! meseems ’tis the cock’s shrill note,
And the sand is well nigh spent;
Horse, horse, away! ’tis the break of day,
‘Tis the morning air’s sweet scent.
Finished, finished is our ride:
Room, room for the bridegroom and the bride!
At last, at last, we have reached the spot,
For the speed of the dead man has slackened not! »

Lénore - illustration de Uwe PfeifferLénore – illustration de Uwe Pfeiffer

–––– strophe 29 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de Peter carl Geissler - 1812Lénore – illustration de Peter carl Geissler – 1812

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827

Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Lenore - illustration de  Frank Kirchbach - 1896

Lenore – illustration de  Frank Kirchbach – 1896

Lenore - détail de l'illustration de  Frank Kirchbach - 1896

Rasch auf ein eisern Gitterthor
Ging´s mit verhängtem Zügel.
Mit schwanker Gert´ein Schlag davor
Zersprengte Schloß und Riegel.
Die Flügel flogen klirrend auf,
Und über Gräber ging der Lauf.
Es blinkten Leichensteine
Rund um im Mondenscheine.

”Une grille en fer les arrête :
Le cavalier frappe trois coups
Avec sa légère baguette. –
Les serrures et les verrous
Craquent… Les deux battants gémissent,
Se retirent. – Ils sont entrés ;
Des tombeaux autour d’eux surgissent
Par la lune blanche éclairés.

And swiftly up to an iron gate
With reins relaxed they went;
At the rider’s touch the bolts flew back,
And the bars were broken and bent;
The doors were burst with a deafening knell,
And over the white graves they dashed pell mell:
The tombs around looked grassy and grim,
As they glimmered and glanced in the moonlight dim.

Lénore - aquarelle de Daniel Chodowiecki - 1784Lénore – aquarelle de Daniel Chodowiecki – 1784

Lenore - illustration de Carl von Heudeck.

Lenore – illustration de Carl von Heudeck.

Lénore - illustration de Daniel Chodowiecki - 1789

Lénore – illustration de Daniel Chodowiecki – 1789

–––– strophe 30 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Ha sieh! Ha sieh! Im Augenblick,
Huhu! Ein grässlich Wunder!
Des Reiters Koller, Stück für Stück,
Fiel ab wie mürber Zunder.
Zum Schädel, ohne Zopf und Schopf,
Zum nackten Schädel ward sein Kopf;
Sein Körper zum Gerippe,
Mit Stundenglas und Hippe.

Le cavalier près d’une tombe
S’arrête en ce lieu désolé : –
Pièce à pièce son manteau tombe
Comme de l’amadou brûlé…
Hou ! hou !… Voici sa chair encore
Qui s’envole, avec ses cheveux,
Et de tout ce qu’aimait Lénore
Ne laisse qu’un squelette affreux.

But see! But see! in an eyelid’s beat,
Towhoo! a ghastly wonder!
The horseman’s jerkin, piece by piece,
Dropped off like brittle tinder!
Fleshless and hairless, a naked skull,
The sight of his weird head was horrible;
The lifelike mask was there no more,
And a scythe and a sandglass the skeleton bore.

–––– strophe 31 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lenore - illustration de Dabiel Chodowiecki - 1789Lenore – illustration de Dabiel Chodowiecki – 1789

Lénore - illustration 1796

Lénore – illustration 1796

Lénore - illustration 1796

Lénore - illustration de Franz Kolbrand - 1920

Lénore – illustration de Franz Kolbrand – 1920

Lénore - illustration de Neureuther - 1855

Lénore – illustration de Neureuther – 1855

Hoch bäumte sich, wild schnob der Rapp`,
Und sprühte Feuerfunken;
Und hui! war´s unter ihr hinab
Verschwunden und versunken.
Geheul! Geheul aus hoher Luft,
Gewinsel kam aus tiefer Gruft.
Lenorens Herz, mit Beben,
Rang zwischen Tod und Leben.

Le cheval disparaît en cendre
Avec de longs hennissements….
Du ciel en feu semblent descendre
Des hurlements ! des hurlements !
Lénore entend des cris de plainte
Percer la terre sous ses pas….
Et son coeur, glacé par la crainte,
Flotte de la vie au trépas.

Loud snorted the horse as he plunged and reared,
And the sparks were scattered round:
What man shall say if he vanished away,
Or sank in the gaping ground?
Groans from the earth and shrieks in the air!
Howling and wailing everywhere!
Half dead, half living, the soul of Lenore
Fought as it never had fought before.

Lénora - illustration de Daniel Maclise - 1847Lénora – illustration de Daniel Maclise – 1847

Lenore - illustration de Moritz Retzch - 1840

Lenore – illustration de Moritz Retzch – 1840

–––– strophe 32 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Lénore - illustration de J. Chr. Ruhl - 1827Lénore – illustration de J. Chr. Ruhl – 1827

Lénore - Octave Penguilly - 1842Lénore – Octave Penguilly – 1842

Lénore - illustration de Franz Kolbrand - 1920

Lénore – illustration de Franz Kolbrand – 1920

Nun tanzen wohl bey Mondenglanz,
Rund um herum im Kreise,
Die Geister einen Kettentanz,
Und heulten diese Weise:
“Geduld! Geduld! Wenn´s Herz auch bricht!
Mit Gott im Himmel hadre nicht!
Des Leibes bist du ledig;
Gott sey der Seele gnädig!”

C’est le bal des morts qui commence,
La lune brille… les voici !
Ils se forment en ronde immense,
Puis ils dansent, chantant ceci :
– Dans sa douleur la plus profonde,
Malheur à qui blasphémera !… –
Ce corps vient de mourir au monde…
Dieu sait où l’âme s’en ira !

he churchyard troop, – a ghostly group,
Close round the dying girl;
Out and in they hurry and spin
Through the dancer’s weary whirl:
« Patience, patience, when the heart is breaking;
With thy God there is no question-making:
Of thy body thou art quit and free:
Heaven keep thy soul eternally! »

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Le cimetière ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842 Le cimetière ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842

Lénore - illustration de Neureuther - 1855Lénore – illustration de Neureuther – 1855

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contes du Dragon : la légende du Dahfelsen

–––– version originale transmise par l’abbé Charles Braun (Légendes du Florival, 1866) –––––––––

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La légende du Dahfelsen

    De la ferme de l’Oberlauchen un chemin des plus agréables vous conduit par de belles forêts sur les hauteurs de Linthal, dans la direction du Petit Ballon. Au milieu de ces forêts s’ouvre un clairière où vous pouvez distinguer encore, à côté d’une fontaine, les traces d’une ancienne construction. C’était le Dahfelsen.

   Autrefois, lorsqu’un habitant de ces hautes fermes venait à mourir, on l’enterrait au pied d’un arbre, sur le tronc duquel on clouait ensuite une croix de métal. A mesure que l’arbre grossissait, la croix s’enfonçait dans son cadre d’écorce et finissait ainsi par y disparaître. Aussi nos bucherons ont-ils déjà rencontré plus d’une de ces croix sous la dent grinçante de leur scie.

   Un vieux hêtre, qui avait depuis longtemps enveloppé sa croix, marquait au Dahfelsen la place d’une tombe au bord du chemin, et jamais on ne passait là sans se raconter l’histoire de Catherine et de la Hache voléee. C’est que Catherine avait pour mari un sorcier qui possédait, entre autres secrets, celui de faire revenir tous les objets qui lui avaient été volés. Il lui suffisait, pour cela, de faire tourner sa meule à aiguiser, et bientôt il voyait les objets partis rentrer l’un après l’autre au logis, comme tirés par une ficelle. Or, un jour que Catherine était allée au marché, le fermier, voulant fendre du bois, s’aperçut que sa hache était partie aussi. Ils avaient eut la veille, jour de dimanche, beaucoup de monde dans la ferme, et la hache, probablement, avait trouvé un amateur qui l’avait invitée à le suivre. Le fermier, qui avait besoin de son outil, résolut de le faire revenir, et aussitôt il alla faire tourner la meule. Voleur et hache se trouvaient alors à Lautenbach, très embarrassés l’un de l’autre ; car dès que la meule du Dahfelsen commençait à tourner, la hache à Lautenbach se mettait à remuer, à danser, à sauter, à frapper à droite, à frapper à gauche, à heurter à la porte, comme si elle eût voulu sortir à toute force de la maison. Le voleur la regardait faire, d’abord étonné, puis inquiet, effrayé, troublé, et il n’aurait pas demandé mieux que de la rapporter immédiatement à son maître, s’il n’avait craint de se compromettre. Il craignait surtout de voir arriver à ce moment quelqu’un chez lui. Comme il regardait par la fenêtre pour s’assurer si personne ne venait, il vit passer Catherine qui s’en revenait de la ville. Il n’eut rien de plus empressé que de l’appeler et de lui remettre la hache, en s’excusant de son mieux à l’aide de quelque faux prétexte. Cependant la meule fatale tournait toujours, et elle tournait si bien que Catherine, se sentant de plus en plus poussée, sans trop savoir pourquoi, à rentrer au plus vite, pressait le pas, se hâtait et courait, tellement que lorsqu’elle arriva enfin, le coeur battant, hors d’haleine, tout essouflée, au Dahfelsen, elle ne put plus dire un mot. La hache était retrouvée, mais Catherine, cette pauvre Catherine à la langue si déliée, si bien affilée, avait perdu la parole !

   A partir de ce jour le Dahfelsen avait beau être volé, pillé, le fermier ne faisait plus tourner sa meule, de peur, ajoutent les malins, de voir revenir aussi une langue. »

Abbé Charles Braun : Légendes du Florival 1866

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–––– La hache du sorcier – version de La Bible du hibou de Henri Gougaud –––––––––––––––––––––––

A partir de ce conte rapporté par l’abbé Charles Braun, Henri Gougaud a écrit une version plus fantastique et plein d’humour, « la hache du sorcier » où la femme du sorcier ayant malencontreusement saisi la hache par son manche au moment où celle-ci sortait de la maison du voleur pour retourner chez son propriétaire se trouve transporté dans les airs…

Pour ceux qui sont intéressés, c’est ICI.

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