contes du Dragon : la légende du Dahfelsen

–––– version originale transmise par l’abbé Charles Braun (Légendes du Florival, 1866) –––––––––

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La légende du Dahfelsen

    De la ferme de l’Oberlauchen un chemin des plus agréables vous conduit par de belles forêts sur les hauteurs de Linthal, dans la direction du Petit Ballon. Au milieu de ces forêts s’ouvre un clairière où vous pouvez distinguer encore, à côté d’une fontaine, les traces d’une ancienne construction. C’était le Dahfelsen.

   Autrefois, lorsqu’un habitant de ces hautes fermes venait à mourir, on l’enterrait au pied d’un arbre, sur le tronc duquel on clouait ensuite une croix de métal. A mesure que l’arbre grossissait, la croix s’enfonçait dans son cadre d’écorce et finissait ainsi par y disparaître. Aussi nos bucherons ont-ils déjà rencontré plus d’une de ces croix sous la dent grinçante de leur scie.

   Un vieux hêtre, qui avait depuis longtemps enveloppé sa croix, marquait au Dahfelsen la place d’une tombe au bord du chemin, et jamais on ne passait là sans se raconter l’histoire de Catherine et de la Hache voléee. C’est que Catherine avait pour mari un sorcier qui possédait, entre autres secrets, celui de faire revenir tous les objets qui lui avaient été volés. Il lui suffisait, pour cela, de faire tourner sa meule à aiguiser, et bientôt il voyait les objets partis rentrer l’un après l’autre au logis, comme tirés par une ficelle. Or, un jour que Catherine était allée au marché, le fermier, voulant fendre du bois, s’aperçut que sa hache était partie aussi. Ils avaient eut la veille, jour de dimanche, beaucoup de monde dans la ferme, et la hache, probablement, avait trouvé un amateur qui l’avait invitée à le suivre. Le fermier, qui avait besoin de son outil, résolut de le faire revenir, et aussitôt il alla faire tourner la meule. Voleur et hache se trouvaient alors à Lautenbach, très embarrassés l’un de l’autre ; car dès que la meule du Dahfelsen commençait à tourner, la hache à Lautenbach se mettait à remuer, à danser, à sauter, à frapper à droite, à frapper à gauche, à heurter à la porte, comme si elle eût voulu sortir à toute force de la maison. Le voleur la regardait faire, d’abord étonné, puis inquiet, effrayé, troublé, et il n’aurait pas demandé mieux que de la rapporter immédiatement à son maître, s’il n’avait craint de se compromettre. Il craignait surtout de voir arriver à ce moment quelqu’un chez lui. Comme il regardait par la fenêtre pour s’assurer si personne ne venait, il vit passer Catherine qui s’en revenait de la ville. Il n’eut rien de plus empressé que de l’appeler et de lui remettre la hache, en s’excusant de son mieux à l’aide de quelque faux prétexte. Cependant la meule fatale tournait toujours, et elle tournait si bien que Catherine, se sentant de plus en plus poussée, sans trop savoir pourquoi, à rentrer au plus vite, pressait le pas, se hâtait et courait, tellement que lorsqu’elle arriva enfin, le coeur battant, hors d’haleine, tout essouflée, au Dahfelsen, elle ne put plus dire un mot. La hache était retrouvée, mais Catherine, cette pauvre Catherine à la langue si déliée, si bien affilée, avait perdu la parole !

   A partir de ce jour le Dahfelsen avait beau être volé, pillé, le fermier ne faisait plus tourner sa meule, de peur, ajoutent les malins, de voir revenir aussi une langue. »

Abbé Charles Braun : Légendes du Florival 1866

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–––– La hache du sorcier – version de La Bible du hibou de Henri Gougaud –––––––––––––––––––––––

A partir de ce conte rapporté par l’abbé Charles Braun, Henri Gougaud a écrit une version plus fantastique et plein d’humour, « la hache du sorcier » où la femme du sorcier ayant malencontreusement saisi la hache par son manche au moment où celle-ci sortait de la maison du voleur pour retourner chez son propriétaire se trouve transporté dans les airs…

Pour ceux qui sont intéressés, c’est ICI.

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