Mes Deux-Siciles : portraits de femmes par Ferdinando Scianna, photographe sicilien

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Ferdinando Scianna

    « Pour moi, photographier la Sicile, c’est comme une redondance verbale. J’ai commencé à prendre des photographies vers l’âge de 17 ans et la Sicile était là. J’ai commencé à prendre des photos parce que la Sicile était là. Pour la comprendre, pour essayer de comprendre, à travers les photographies, ce que signifiait être Sicilien. C’est la question obsessionnelle que se posent les Siciliens sur eux-mêmes et sur la terre à laquelle ils appartiennent. Question qui perdure, peut-être de façon encore plus obsessionnelle, quand on quitte la Sicile. Et pendant longtemps, partir et être Sicilien c’était, et c’est encore souvent le cas, quasiment la même chose.
     Quand on part, naît l’obsession de la nostalgie, de la transfiguration des souvenirs, des retours d’autant plus rêvés qu’ils sont impossibles. Jusqu’à transformer tout cela en une rancœur, presque une autre fugue. On tente de l’oublier cette Sicile, on interroge et on explore sans cesse le monde pour finalement découvrir que le regard que nous posons sur lui est, sans équivoque aucune, celui de nos yeux de Siciliens. Pour moi, et aussi peut-être pour toute la génération à laquelle j’appartiens, je pense que le thème du souvenir était, quoique de façon tout à fait inconsciente, très présent même quand je vivais en Sicile. »
                                                                  Ferdinando Scianna, 2004
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     Né en 1943 à Bagheria en Sicile, Ferdinando Scianna garde un souvenir ébloui de son enfance « solaire et libre ». Il effectue des études de philosophie et d’histoire de l’art à l’université de Palerme mais est trés tôt été intéressé par la photographie depuis que son père lui a offert un appareil photographique. En 1965, il  publie un premier recueil de photographies, Feste Religiose in Sicilia, en collaboration avec son ami l’écrivain sicilien Leonardo Sciascia qui s’est chargé des textes de l’ouvrage. Ce recueil recevra une mention au Prix Nadar 1966. L’année suivante, Ferdinando Scianna s’installe à Milan puis travaille comme photographe et journaliste pour l’hebdomadaire L’Europeo.
Dans les années 1970, il collabore à des journaux français en écrivant des articles dans Le Monde diplomatique et La Quinzaine littéraire sur divers sujets : la photographie, mais aussi la politique et la culture. En 1977 il publie les Siciliens en France et La Villa dei Mostri en Italie, ouvrage consacré à la Villa Palagonia, une villa légendaire située dans sa ville natale de Bagheria en Sicile. Ami de Cartier-Bresson, il entre en 1982 à l’agence Magnum Photos, dont il deviendra membre en 1989. Il travaille également dans le domaine de la mode et réalise un recueil de portraits de Jorge Luis Borges, des albums sur les enfants du monde, sur les dormeurs (avec un titre inspiré du monologue de Hamlet) et sur sa ville de Bagheria.
En 1987, il retourne en Sicile pour réaliser des photographies de mode pour la marque Dolce & Gabanna « qui cherchaient un photographe qui ne connaisse rien à la mode mais qui soit Sicilien ». De cette équipée sortiront ces fameuses images où l’on voit, contrairement aux photos de mode habituelles qui placent les mannequins dans des décors naturels ou bâtis idylliques, le mannequin néerlandais Marpessa photographiée dans les rues des villages de son enfance parmi les enfants ou les vieilles femmes toutes de noir vêtues.

Ferdinando Scianna, le modèle Marpessa, 1987Ferdinando Scianna, le modèle Marpessa, 1987

Ferdinando Scianna, Marpessa Bagheria-1987

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Marpessa photographiée à Caltagirone dans la province de Catane – 1987

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Deux siciliennes : Aci Trezza en Sicile en 1987, le mannequin néerlandais Marpessa est photographiée par Ferdinando Scianna pour Dolce et Gabanna.

Décryptage de la photo par Francesca Serra (2009)

« Découvrir une photographie implique moins de voir ce que montre le photographe, que de regarder ce qu’il cache. Pour reconstituer l’image invisible derrière l’image visible, on mène l’enquête. »

  1. La photographie de Ferdinando Scianna exploite une dualité : 2 femmes, 2 ombres, 2 âges de la vie. Un chiasme de noir et blanc accentue le contraste entre jeunesse et vieillesse : cheveux noirs/cheveux blancs ; châle noir/chemisier blanc ; jupe noire/sac en plastique blanc.
  2. l s’agit d’un traitement symbolique du temps : la femme âgée précède la jeune femme dans la marche, comme dans la vieillesse. La marche imite le passage du temps.
  3. L’éclairage du mur gris en toile de fond évoque une projection cinématographique. A l’écran se déroule une scène de rue. L’attitude de la vieille dame est triviale ; elle rentre du marché. Cette séquence quotidienne est un clin d’œil du photographe à l’esthétique néoréaliste (mouvement né en Italie dans les années 40).
  4. L’ombre fantasmatique de Marpessa occupe le centre de la photographie. Étrange, car cet ombre démesurée semble appartenir à un autre univers, plus onirique, plus proche de l’expressionnisme allemand que du néoréalisme italien.
  5. Si le comportement de la vieille femme est banal, en revanche, celui de Marpessa est solennel. Elle ne rentre pas dans le projet réaliste de la photographie. Il semble soudain anormal qu’elle regarde fixement devant elle, comme si elle ne voyait pas celle qui la précède.
  6. Et si la jeune femme n’existait pas dans la réalité ? Si elle n’était qu’une émanation des souvenirs de la femme âgée ?
  7. Cachez la silhouette de Marpessa et ne conservez que son ombre : on dirait que la vieille dame est rattrapée par son passé, par l’image de celle qu’elle a un jour été. Tandis que sa propre ombre est en train de se fondre dans l’angle obscur de la photographie et de disparaître.
  8. La mémoire est le véritable sujet mis en scène par Ferdinando Scianna, dans cette photographie.

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Deux siciliennes, détail

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Marpessa en Dolce & Gabbana, Villa Palagonia à Bagheria, Italie 1987 – Scianna/Magnum.

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Province de Ragusa, Modica – 1987

Province de Ragusa, Modica – 1987

     « Je ne me souviens avec précision que de très peu de choses quand à ce qui s’est passé ces jours-là entre Caltagirone, Bagheria, Porticello, Palerme, lieux par ailleurs significatifs de mon enfance et de ma prime jeunesse en Sicile. En revanche, j’ai une mémoire tout à fait précise du sentiment qui me hantait pendant que je faisais ces photographies. Ce sentiment, c’était la surprise. J’éprouvais une très forte surprise à l’égard de moi-même, car j’étais en tarin d’accomplir avec passion, avec bonheur, une chose que je n’avais jamais faite auparavant, et que je considérais avec suspicion.
     Un bonheur trouble, toutefois, mêlé d’inquiétude, un sens de culpabilité, comme si je violais, et qui plus est avec joie, une règle, et même la règle, le grand tabou de ce qu’avait été jusque là ma pratique photographique. Car dans mon éthique comme dans mon esthétique de photographe dominait la loi du refus de la mise en scène, de la fiction, de toute intervention dans le déroulement de la vie là, devant moi. Seul changeait le point de vue à travers une danse dans l’espace silencieuse, presque invisible, interrompue aléatoirement par le choix éclair de l’instant, du déclic, fixant un fragment de temps, de vie peut-être, simultanément tuée et sauvée dans les formes qui l’expriment.
     Et maintenant au contraire, j’étais là, dirigeant Marpessa, lui demandant de se déplacer dans un certain espace, cherchant les rapports aux personnes et aux situations, mais aussi à certains objets et certaines lumières…
« 

Témoignage intéressant et comment ne pas s’en déclarer persuadé, quitte à le relire. La Sicile de l’enfance et de la jeunesse c’est cela qui est violé avec jouissance dans l’accouplement professionnel du photographe et de la modèle du Nord, d’où découlent cette inquiétude, ce sens de culpabilité, tandis que la transgression permet dans le registre technique une découverte bouleversante : la mise en scène photographique. la sortie hors du réalisme a été déconcertante. Marpessa semblait destinée à entrer dans la réalité du jeune Scianna et elle se sicilianise effectivement, alors que le photographe est comme vampirisé par la réalité sicilienne – sa réalité à lui. Il avait, jusqu’à ce moment, cru la tenir à distance, ne faisant varier que le point de vue qui l’ont accompagné sur le terrain…Marpessa signifie implicitement à Scianna  mais que celle-ci

L’entre-deux de la mode, Franca Franchi et Frédéric Monneyron – édition L’Harmattan.

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Marpessa et sa sœur à Amsterdam, Hollande – Scianna/Magnum

Marpessa et sa sœur à Amsterdam, Hollande – Scianna/Magnum

Femmes gitanes sur la plage

Femmes gitanes sur la plage, Saintes-Marie-de-la-mer 1968

Décryptage par Claude Tuduri (2010)
Implorer un songe, vénérer des Tziganes d’opérette pour oublier tous ceux qui frappent à la porte des villes et des villages ? Pour tout accueil, une ravine interlope, la terre desséchée de quelque Styx communal et un carnet de cir­culation criblé de salamalecs et d’horions.
En amont de l’image, quatre Gitanes résistent à l’écrasement d’un cadrage en très légère plon­gée. Face à la mer irrésolue, elles font, d’un pas décidé, irruption dans le paysage pour mieux le dissiper : une explosion de boucles, de ner­vures et de vrilles froissant et fronçant la grève de leur inadaptation fatale. Elles y forment un cortège uni autant que solitaire, montrant de l’objectif du photographe une docte ignorance.
L’intransigeance des formes est un luxe qui ré­siste aux commérages, leur assurant la gloire avec la misère : il n’y a pas jusqu’aux boules de coton nichées sur leurs lainages qui ne vien­nent parachever la splendeur somptuaire de leur mise et de leur mine.
Rien de moins troupier que ces apparitions à la beauté disparate, aussi retirée que la barque au loin sur le rivage : l’une au chandail pelucheux, porte, la main sur le ventre, un ruban chiffonné sur un visage en berne ; l’autre, au chignon serré, moque le gris du ciel par sa coquetterie propre à braver tous les crédits sur gage. La dernière, à droite, affiche une face à la finesse inaperçue là où la tyrannie des mesures et des modes la somme déjà de disparaître. Au centre, les mains jointes sur une cigarette, flamme sombre aux lèvres braisillantes, la plus fluette établit une en­tente muette entre ses compagnes avec elles libres de tout destin. Fumer, marcher, recueillir enfin l’aura du soleil et de la brise : leur visage incliné, tout entier à leur antique noblesse devant l’immensité, boit en secret l’hysope infaillible de l’errance et de l’éternité.
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Ferdinando Scianna

Défilé de mode, Paris, 1989 – photo Scianna/Magnum

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l'actrice espagnole Inès Sastre

l’actrice espagnole Inès Sastre – photos Scianna/magnum

l'actrice espagnole Inès Sastre à Milan - Scianna/Magnum

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La liseuse aux ongles rouges

La liseuse aux ongles rouges

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Monica Belluci – photo Scianna/Magnum

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Carmen Sammartin

l’actrice espagnole Carmen Sammartin

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Ferdinando Scianna,

Le Regard des hommes

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Ferdinando Scianna, Donna

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Home, sweet home : maison noire à Virrat en Finlande – Avanto Architects

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Avanto Architects : maison à Virrat en Finlande

Avanto Architects : maison à Virrat en Finlande – photo : Kuvio

     Maison noire… On disait de certains verts pour critiquer leur militantisme qu’ils étaient comme les pastèques, vert à l’extérieur et rouge à l’intérieur; selon le même procédé métaphorique cette maison une noix de coco, noire à l’extérieur et blanche à l’intérieur…      La première impression que nous ressentons, nous Français, à la vision de cette architecture est liée à la couleur sombre, presque noire du bardage bois extérieur qui dans un premier temps nous interpelle, peu habitués que nous sommes à voir utiliser cette teinte dans la construction de maisons individuelles. Dans les pays scandinaves, cette teinte est banale et personne n’est choqué de voir apparaître une de ses constructions dans une clairière ou en lisière de forêt. Et l’on est bien obligé de constater, l’émotion liée aux préjugés retombée, que les constructions de couleurs sombre s’intègrent admirablement à un environnement boisé ou même rocheux. Les arbres et en particulier les résineux sont souvent de teintes sombres et une construction dont les façades sont de même tonalité se fond admirablement dans son décor.

chalet ancien dans le BeaufortainLes teintes de façades foncées ne sont pourtant pas totalement absentes du territoire français dans les paysages des Alpes du nord, les chalets en madriers de bois massifs prennent naturellement dans le temps une teinte brun foncé qui aboutit au même résultat.

cabanes de pêcheurs à l'Île d'Oléron

Dans certains secteurs du bord de mer, certaines constructions légères sont bâties et traitées à la manière scandinave. C’est le cas notamment à l’Île d’Oléron où l’on trouve des baraques de pêcheurs construites en bois dont les façades sont souvent peintes en noir et  sur lesquelles contrastent les fenêtres et les portes traitées en couleurs vives.

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Avanto Architects : maison à Virrat en Finlande

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Avanto Architects : maison à Virrat en Finlande

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Avanto Architects : maison à Virrat en Finlande

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Avanto Architects : maison à Virrat en Finlande

Appellation du projet : Four-cornered villa à Virrat, Finlande
Surface totale : 78 m2 + sauna 24 m2
Budget : 150.000 €

Analyse du projet par Enki :
Le plan est organisé en forme de croix dont les ailes sont décentrées par rapport au centre. Les différents volumes : salon, cuisine, salle à manger et chambre sont logés dans chacune des quatre ailes et se raccordent sur le grand volume central de l’espace séjour. Le plan est libre sans cloisonnement à l’exception de la chambre. Les parois latérales des ailes sont la plupart du temps pleines sans ouvertures à l’exception d’une ouverture permettant d’éclairer l’espace central. Elles assurent la fonction porteuse de la toiture. Les autres ouvertures sont placées à l’extrémité de chacune des ailes et occupent toute la largeur de celles-ci. Les ouvertures des ailes abritant la cuisine et la salle à manger ont été placées en retrait des façades de manière à ménager des espaces terrasses protégés.

     Le traitement uniformisé en blanc de l’ensemble des parois intérieures : murs, plafonds et sol ainsi que du mobilier à l’exception du poêle central en fonte noire induit un effet de dématérialisation et de neutralisation de l’espace; cet effet est encore accentué par le minimalisme de l’aménagement intérieur réduit à l’extrême nécessaire.  En hiver, l’espace extérieur enneigé semble se prolonger jusque dans l’espace intérieur. Vivre dans un tel espace où l’abstraction est de règle sans les repères habituels de vie : mobilier, objets divers, photos, illustrations qui structurent habituellement notre espace de vie et nous permettent de nous l’approprier doit être une expérience intéressante.

     Le concept peut se justifier intellectuellement si cette maison est une maison de vacance et si l’on considère que les vacances constituent une rupture avec la vie habituelle et une opportunité de ressourcement, d’évolution et de changement. Dans ce cas, la caractère neutre et transparent de l’espace peut paraître nécessaire pour accompagner ce changement.

Enki signature

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le 29 juillet 2013

 

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Avanto Architects : maison à Virrat en Finlande

espace séjour central et salle à manger

Avanto Architects : maison à Virrat en Finlande

espace séjour central et poêle : seule élément décoratif sur un mur : le crâne d’élan avec ses bois qui réintroduit le monde naturel dans la demeure des hommes.

Avanto Architects : maison à Virrat en Finlande

Interpénétration des volumes qui permet d’augmenter la sensation d’espace

Avanto Architects : maison à Virrat en Finlande

Espace cuisine ouvert

Avanto Architects : maison à Virrat en Finlande

salle à manger

Avanto Architects : maison à Virrat en Finlande – chambre

chambre unique

Avanto Architects : maison à Virrat en Finlande - sauna

espace sauna

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Illustres illustrateurs : sur le thème de l’espadon

l'Espadon Epée (Xiphias Gladius) par Linnél’Espadon Epée (Xiphias Gladius) par Linné

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––– Film d’animation « Le vieil homme et la mer » (Hemingway) réalisation Alexandre Petrov –––

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Alexandre Petrov , le vieil homme et la mer – 1999

Alexandre Petrov , le vieil homme et la mer – 1999

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Alexandre Petrov , le vieil homme et la mer – 1999

Le Vieil homme et la mer – Critique de laurent Berry

     Fils d’un peintre amateur, spécialiste des portraits des dirigeants soviétiques, Alexandre Petrov est né en 1957 à Prechistoe, près de Yaroslav. Dès l’âge de 12 ans, il se consacre aux études artistiques et entre en 1976 à l’Institut cinématographique de Moscou comme dessinateur pour films d’animation, sous la direction d’Ivan Ivanov. Il fit son premier film d’animation comme directeur artistique en 1981 puis travailla successivement dans des studios artistiques à Erevan en Arménie, Moscou et Sverdlovsk. En 1989, il écrit, dessine, anime et réalise son premier film, La Vache d’après Andreï Platonov, candidat aux Oscars© en 1990.
De retour à Yaroslav en 1992, il ouvre sa propre compagnie cinématographique, Panorama Animation Film Studio. Suivent ainsi Le rêve d’un homme ridicule d’après Dostoïevski en 1992 et La Sirène en 1996, Prix du Jury à Annecy en 1997 et sélectionné aux Oscars© en 1998.
En 1996, il part aussi à Montréal pour dessiner et tourner pendant deux ans et demi, Le Vieil Homme et la Mer, premier film d’animation grand format faisant appel à la technologie IMAX©.

Critique subjective
 « Pourquoi utiliser le pinceau : mes doigts sont le chemin le plus court, le plus direct entre mon cœur et l’image que je crée. » Alexandre Petrov
Alexandre Petrov aurait pu dire en parlant de son travail que c’est 24 fois la vérité en peinture / seconde. Il utilise sa technique qui consiste à peindre du bout des doigts depuis 15 ans après avoir délaissé les pinceaux, seulement utilisés pour déposer la peinture sur des plaques de verre rétro-éclairées ou tracer quelques traits.
Le dessinateur et animateur, secondé par son jeune fils Dimitri, a peint du bout des doigts, dans des dégradés de couleurs et camaïeux de bleu, les 29 000 tableaux peints sur verre qui ont été utilisés pour finaliser le film Le vieil homme et la mer, adaption du roman éponyme publié en 1952 par l’écrivain Américain Ernest Hemingway (1899-1961).

    Le film alors même qu’il s’agit d’une représentation toute personnelle est criant de vérité.Alexandre Petrov s’est rendu à Cuba, et a visité la maison où Ernest Hemingway a vécu, son restaurant préféré, ainsi que le village du roman. Il y a rencontré Grigorio, un pêcheur de 99 ans, qui fut l’ami de l’écrivain.
En visionnant les autres courts-métrages du réalisateur il est évident que ce voyage a donné le ton du film tant les ambiances et les couleurs sont différentes entre les premiers courts-métrages plus sombres et l’adaptation de l’histoire tropical de Hemingway.
Un tournage classique est déjà un challenge, un film d’animation réclame une grande patience mais cet art d’une picturalité du mouvement à bout de doigt force l’admiration.     Les réalisations de Alexandre Petrov relève d’une picturalité prégnante loin de la platitude volumétrique d’autres productions de l’animation.
La technique est d’autant plus pertinente pour le vieil homme et la mer qu’elle retranscrit parfaitement la langueur d’une mer huileuse des caraïbes et la profondeur atmosphérique si particulière que l’on peut trouver sous les tropiques.
L’autre défi a été l’utilisation du format IMAX© (le standard pour les films est 35 mm, mais l’IMAX© est encore plus grand avec ses 70 mm), qui apporte force et énergie à l’image. A la surprise d’Alexandre Petrov, cette technologie lui a permis une prise d’image par image immédiate, plus rapide. Un gain de temps et de créativité. Le film ainsi diffusé prend une dimension toute particulière. Certains films gagnent à être projeter en grand tandis que d’autres sont plus adaptés au petit écran.
Le vieil homme et la mer est un film dont la picturalité gagne à être vu en grand.

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Leonard Baskin, Illustration de l'édition Yiddish du Vieil homme et la mer - 1958.

Leonard Baskin, Illustration de l’édition Yiddish du Vieil homme et la mer – 1958.

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Massimo Tricano, illustration du "Domenica del Corriere" qui relate l'eperonnage d'un pêcheur par un espadon au large de Milazzo dans le Détroit de Messine

Massimo Tricano, illustration du « Domenica del Corriere » qui relate l’éperonnage en septembre 1952 du pêcheur Antonino Arico par un espadon au large de Milazzo dans le Détroit de Messine.

Roberto Kusterle, Fishing companionRoberto Kusterle, Fishing companion

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Heriberto Echeverria (Cuba), 9TH Hemingway (deep sea fishing) competition – 1971Heriberto Echeverria (Cuba), 9TH Hemingway (deep sea fishing) competition – 1971

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Game Fish, 1988 - Larry Fuente

Game Fish, 1988 – Larry Fuente – vu et photographié au Smithsonian American Art Museum à Washington.

Game Fish, 1988 - Larry Fuente

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Larry Fuente
Né à Chicago en 1947, réside à Mendocino, Californie

Larry Fuente est un artiste californien qui utilise des produits ordinaires en objets extraordinaires et mystérieux. Il décore les surfaces des automobiles, mannequins, et objets d’ornement des jardins avec un assortiment apparemment illimité de modules de plastique coloré et brillant, boutons, perles, pierres et joyaux décoratifs de vêtements et autres artifices de la production de masse.
Ces œuvres flamboyantes fonctionnent comme des calembours visuels. Dans une réplique de « game fish », un poisson chassé par les adeptes de la pêche sportive, Fuente a utilisé des éléments tels que des dés à jouer, des soldats de plomb, des jetons de poker, des balles de ping-pong, des yoyos, des dominos, des pièces de scrable et de badminton. Une seconde réplique est plus subtile : le poisson est muni de mains qui tiennent une pointe, sorte de harpon porteur de sorts. Ce poisson est « armé » pour se retourner contre son prédateur.

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Illustres illustrateurs : Walter Schnackenberg (1880-1961), période I d’entre-deux guerres

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Walter Schnackenberg, portrait

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Né à Bad Lauterburg en 1880, Walter Schnackenberg a trouvé sa vocation de dessinateur et de peintre alors qu’il était encore très jeune. A 19 ans, il se rend à Munich pour prendre des cours de peinture à l’école de Heinrich Knirr avant d’étudier à la célèbre Académie Franz Von Stuck. Le dessin était son point fort et il excellait dans la caricature.  Il a dessiné pour les magazines célèbres tels que « Jugend » et « Simplizissimus ». Ses thèmes favoris étaient le théâtre et la muse comique. 
Voyageant beaucoup, Walter Schnackenberg s’est souvent rendu à Paris, où il s’intérressait tout particulièrement aux travaux de Henri de Toulouse-Lautrec. 

On distingue deux périodes dans l’œuvre de Schnackenberg. Avant la seconde guerre mondiale, ses travaux sont d’un graphisme brillant au style sinueux et décoratif. Une grande part de son œuvre est alors consacrée à l’art de l’affiche et à la conception de costumes et de décor de théâtre.Affiches, costumes et décors de théâtre. Il dessine également pour les magazines célèbres tels que « Jugend » et « Simplizissimus » où il rencontrera certainement George Grosz et Alfred Kubin, sans que leur forte personnalité sombre et sarcastique ne le détournent alors de ses dispositions à la frivolité. 

Après la guerre, Schnackenberg a 65 ans. La Belle Époque est loin et le souvenir de la guerre et de ses horreurs encore trop présent. Les dessins à l’encre et à l’aquarelle de Schnackenberg ne traduisent plus la joie de vivre et la frivolité : elles montrent de manière surréaliste des créatures molles et déformées, vaguement humaines, qui se meuvent dans des décors instables. On y reconnait l’influence fantastique et  macabre d’Alfred Kubin. 
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–––– Œuvres de la première époque : le Toulouse-Lautrec  allemand –––––––––––––––––––
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Walter Schnackenberg, Fasching – 1912, revue SimplicissimusFasching – 1912, revue Simplicissimus
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Walter Schnackenberg, Faschingskavaliere – 1912, revue Simplicissimus
Faschingskavaliere – 1912, revue Simplicissimus
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Walter Schnackenberg, miverstndnis – 1912, revue Simplicissimus
Miverstndnis – 1912, revue Simplicissimus
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Walter Schnackenberg, Zeichnung zum Gedicht -Ballade – 1912, revue Simplicissimus
Zeichnung zum Gedicht -Ballade – 1912, revue Simplicissimus
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Walter Schnackenberg,  Ballett und Pantomime - 1920
Walter Schnackenberg,  Ballett und Pantomime – 1920
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Walter Schnackenbergs, Ballett und Pantomime - 1920
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Walter Schnackenbergs, Ballett und Pantomime - 1920
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Pour visualiser la période II d’après-guerre, c’est ICI.
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Emancipation : Discours de Patrice Emery Lumumba prononcé le 30 juin 1960

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Discours prononcé à Léopoldville (actuellement Kinshasa) le 30 juin 1960 par Patrice Emery Lumumba, Premier Ministre de la République du Congo, devant Axel Marie Gustave Baudoin, roi des Belges.

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Congolais et Congolaises,
Combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux,
Je vous salue au nom du gouvernement congolais.

     A vous tous, mes amis, qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos cœurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et leurs petits-fils l’histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté.
     Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte  qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.
     Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire. Nous avons connu le travail harassant, exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers.
      Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions nègres. Qui oubliera qu’à un noir on disait « tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « vous » honorable était réservé aux seuls Blancs ?
     Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi n’était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses ; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même.
      Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillottes croulantes pour les Noirs, qu’un Noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens ; qu’un Noir voyageait à même la coque des péniches, aux pieds du blanc dans sa cabine de luxe.
     Qui oubliera enfin les fusillades où périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice d’oppression et d’exploitation ?

      Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert. Mais tout cela aussi, nous que le vote de vos représentants élus a agréé pour diriger notre cher pays, nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre cœur de l’oppression colonialiste, nous vous le disons tout haut, tout cela est désormais fini. La République du Congo a été proclamée et notre pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants. Ensemble, mes frères, mes sœurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur. Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail. Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique toute entière. Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles.
     Nous allons mettre fin à l’oppression de la pensée libre et faire en sorte que tous les citoyens jouissent pleinement des libertés fondamentales prévues dans la Déclaration des droits de l’Homme.
     Nous allons supprimer efficacement toute discrimination quelle qu’elle soit et donner à chacun la juste place que lui vaudront sa dignité humaine, son travail et son dévouement au pays. Nous allons faire régner nos pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des cœurs et des bonnes volontés.

      Et pour cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses,  mais sur l’assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque fois qu’elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu’elle soit.     Dans ce domaine, la Belgique qui, comprenant enfin le sens de l’histoire, n’a pas essayé    de s’opposer à notre indépendance, est prête à nous accorder son aide et son amitié, et un traité vient d’être signé dans ce sens entre nos deux pays égaux et indépendants. Cette coopération, j’en suis sûr, sera profitable aux deux pays. De notre côté, tout en restant vigilants, nous saurons respecter les engagements librement consentis .
     Ainsi, tant à  l’intérieur qu’à l’extérieur, le Congo nouveau, notre chère République, que mon gouvernement va créer, sera un pays riche, libre et prospère. Mais pour que nous arrivions sans retard à ce but, vous tous, législateurs et citoyens congolais, je vous demande de m’aider de toutes vos forces. Je vous demande à tous d’oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l’étranger.

     Je demande à la minorité parlementaire d’aider mon gouvernement par une opposition constructive et de rester strictement dans les voies légales et démocratiques. Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de notre grandiose entreprise. Je vous demande enfin de respecter inconditionnellement la vie et les biens de vos concitoyens et des étrangers établis dans notre pays. Si la conduite de ces étrangers laisse à désirer, notre justice sera prompte à les expulser du territoire de la République ; si par contre leur conduite est bonne, il faut les laisser en paix, car eux aussi travaillent à la prospérité de notre pays. L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain.

     Voilà, Sire, Excellences, Mesdames, Messieurs, mes chers compatriotes, mes frères de race, mes frères de lutte, ce que j’ai voulu vous dire au nom du gouvernement en ce jour magnifique de notre indépendance complète et souveraine. Notre gouvernement fort, national, populaire, sera le salut de ce pays.

    J’invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, à se mettre résolument au travail en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique.

Hommage aux combattants de la liberté nationale !
Vive l’indépendance et l’Unité africaine !
Vive le Congo indépendant et souverain

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Natelemiproduction : Retransmision du discours de Patrice Lumumba lors de l’indépendance le 30 juin 1960 (video YouTube)

     Discours de dignité, discours de vérité, discours improvisé jailli du fond du cœur, écrit sur les genoux en écoutant les propos lénifiants et convenus du roi Baudoin et du président fantoche Kasavubu … C’en était trop pour le roi Baudouin qui venait de dresser le panégyrique de 75 années de colonisation belge alors que cette colonisation avait été l’une des plus injustes et les plus brutales de la planète. C’en était trop pour les grandes compagnies multinationales qui pillaient les richesses fabuleuses de ce pays et qui comptaient installer un gouvernement « aux ordres » qui aurait préservé leurs intérêts. C’en était trop pour les colons et les militaires belges qui tenaient encore, malgré l’indépendance, les rênes du pays. C’en était trop pour les pays occidentaux, Etats-Unis en tête qui voyaient dans le Congo une pièce majeure grâce à ses richesses et sa position stratégique en Afrique sur l’échiquier de la guerre froide. Il fallait éliminer ce gêneur, ce moins-que-rien qui osait vouloir jouer dans la cour des grands, qui avait l’outrecuidance de dire ce qui ne devait pas être dit, que le roi était nu et que cela se voyait…
Le sort de Patrice Lumumba s’est sans doute joué durant ce discours, quand les représentants mis en cause s’étouffaient d’indignation, rougissaient ou blêmissaient de colère et de haine. Pauvre Patrice Lumumba, petit employé des postes autodidacte et grand idéaliste qui pensait qu’il suffisait de crier la vérité pour qu’elle triomphe de tous les obstacles, pour que le peuple adhère, se lève et remporte la victoire. Il n’avait pas compté sur la duplicité, la vanité, les intérêts personnels et claniques, le pouvoir de l’argent qui corrompt tout et le cynisme et la brutalité de ses adversaires. Après sa mort, le Congo devenu Zaïre est resté un pays martyr, saigné à blanc par 55 années de guerres civiles ou alimentées par ses voisins et par le pillage de ses ressources sous la conduite de dirigeants fantoches à la solde des grandes compagnies internationales. Donc, pour le moment, comme pour beaucoup d’états africains, l’histoire n’est pas vraiment morale…

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–––– 1925 à 1960 : de la naissance d’un leader à la prise du pouvoir ––––––––––––––––––––––––––––––

  • 2 juillet 1925 : naissance de Patrice Emery Lumumba à Onalua ( (territoire de Katako-Kombe au Sankuru au Congo Belge)
  • écoles de la mission catholique et protestante tenue par les suédois. Jusqu’en 1954, l’éducation est exercée par les missions religieuses, la Belgique n’ayant pas développé de système d’éducation.
  • Lumumba, autodidacte, s’intéresse à l’histoire.
  • premiers emplois comme employé de bureau dans une société minière du Sud-Kivu puis comme journaliste à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) et Stanleyville (actuellement Kisangani). Il découvre à cette occasion la puissance commerciale des sociétés minières multinationales et l’absence totale de promotion des indigènes.
  • septembre 1954 : il reçoit de l’administration belge la carte d’immatriculé réservée à l’élite indigène (200 immatriculés sur 13 millions d’habitants).
  • Il milite pour un Congo uni affranchi des limites territoriales fixées arbitrairement par les puissances coloniales et créé en 1955 une association APIC (Association du personnel indigène de la colonie). Il rencontre le roi Baudoin à l’occasion d’une visite du souverain au Congo et s’entretient avec lui de la situation des travailleurs congolais.
  • Suite à l’ouverture de l’administration belge qui veut faire évoluer le Congo et développer l’enseignement sous l’action du ministre belge des colonies, Auguste Buisseret, Lumumba adhère au parti libéral belge entraînant avec lui des notables congolais.
  • En 1956, il joue à fond la carte de la libéralisation de la politique belge à l’égard de sa colonie allant jusqu’à déclarer  » Tous les Belges qui s’attachent à nos intérêts ont droit à notre reconnaissance … Nous n’avons pas le droit de saper le travail des continuateurs de l’œuvre géniale de Léopold II. » Il est alors invité en Belgique par le Premier Ministre. C’est durant cette période qu’il écrit un livre intitulé le Congo,terre d’avenir, est-il menacé ? dans lequel il défend une évolution pacifique du système colonial belge dont il reste partisan. Ce livre ne sera pas édité. Toujours en 1956 il est condamné à un an de prison pour détournement de fond mais sera libéré par anticipation. Il reprend alors ses activités politiques et devient le directeur d’une brasserie.
  • En 1957, les partis politiques et les syndicats sont autorisés au Congo à se présenter aux élections municipales s’ils sont parrainés par des partis belges. Lumumba fait partie de l’Amicale libérale.
  • En 1958, l’Exposition Universelle de Bruxelles a un retentissement international énorme. Des congolais y sont invités dont Patrice Lumumba mais celui-ci est mécontent du traitement paternaliste réservé au Congo par l’exposition, se détache des libéraux belges et noue des contacts avec les milieux indépendantistes en Belgique. De retour au Congo, il crée le Mouvement national congolais (MNC), à Léopoldville le 5 octobre 1958 et participe à la conférence panafricaine des Peuples d’Accra, réunissant l’Afrique subsaharienne ainsi que le Maghreb et l’Égypte pour soutenir les mouvements d’indépendance en Afrique. De retour au Congo, il organise une réunion pour rendre compte de cette conférence et il y revendique l’indépendance devant plus de 10 000 personnes.
  • janvier 1959 : le roi Baudoin prononce un discours dans lequel il déclare vouloir mener le Congo à l’indépendance « sans vaine précipitation et sans atermoiement funeste ».
  • octobre 1959 : le MNC et d’autres partis indépendantistes organisent une réunion à Stanleyville mais les autorités belges tentent d’arrêter Lumumba, ce qui provoque une émeute qui fait une trentaine de morts. Lumumba est arrêté quelques jours plus tard, jugé en janvier 1960 et condamné à 6 mois de prison.
  • mai 1960 : Après une révolte populaire en janvier 1959, les autorités coloniales belges avaient promis une indépendance rapide. L’alliance des partis nationalistes autour de Lumumba obtient malgré tous les efforts des autorités coloniales la majorité à la Chambre (71 sièges sur les 137). Au Sénat, par contre, l’alliance lumumbiste manque la majorité de 2 sièges. En effet, 23 des 84 sièges sont, selon la loi électorale fabriquée par les Belges, destinés aux chefs coutumiers, dont la majorité collabore depuis toujours avec le colonisateur. Lumumba est donc obligé d’accepter un gouvernement de coalition. Son rival Kasavubu, sous influence des Belges, devient président et nomme, conformément à la constitution, comme Premier Ministre, Patrice Lumumba, leader du parti ayant récolté le plus de voix, le Mouvement National Congolais (MNC).
  • 30 juin 1960 : Cérémonie d’accession à l’indépendance. Le roi Baudouin prononce un discours paternaliste et le président Kasavubu un discours convenu. Lumumba qui s’est radicalisé et s’est entouré de conseillers de gauche prononce un discours anti-colonialiste et idéaliste évoquant les injustices de la colonisations et présentant l’indépendance comme le début d’une ère nouvelle de paix, de justice sociale et de liberté. Le roi Baudouin, se sentant offensé pense à rentrer à Bruxelles, mais lors d’un banquet, Lumumba atténue ses critiques et prône la coopération belge-congolaise. Si un incident diplomatique majeur a pu être évité, le discours de Lumumba a eu un effet majeur sur la population congolaise qui l’a ressenti comme une critique de l’action de la Belgique.
  • juillet 1960 : des casernes se révoltent contre leurs officiers belges, des  cadres de l’administration sont chassés, malmenés, certains sont tués, des émeutes ont lieu et les entreprises des européens sont attaquées et pillées, des femmes sont violées. La population européenne du Congo prend alors la fuite. C’est le moment que choisi Moïse Tschombé soutenu par les grandes sociétés belges pour proclamer la sécession du Katanga. Il sera suivi quelque temps plus tard par Albert Kalondji qui proclame la sécession de l’État minier du Sud-Kasaï. Face à cette situation, Lumumba décrète l’africanisation de l’armée en destituant les officiers belges et double la solde des soldats.

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–––– la réaction de la puissance coloniale et de l’occident : la fin… ––––––––––––––––––––––––––––

  • le discours de Lumumba chargé de ressentiment vis à vis de la politique coloniale et de menaces voilées pour les intérêts des sociétés multinationales, ses prises de position tiers-mondistes et panafricanistes sont ressentis par les états occidentaux comme une déclaration de guerre : leurs intérêts économiques sont menacés et l’équilibre stratégique de l’Afrique compromis. Le monde est alors en pleine guerre froide. Quelques années plus tôt, l’Egypte est devenue l’alliée de l’Union soviétique et quelques états africains lors de l’indépendance ont opté pour des relations étroites cet état; il faut absolument éviter que le Congo, ce colosse situé au cœur de l’Afrique, tombe avec toutes ses richesses dans les mains de l’Union Soviétique. Il fallait un prétexte pour intervenir, les exactions commises contre les européens le fourniront.
  • La Belgique répond en envoyant des troupes à Léopoldville mais aussi dans d’autres régions comme le Katanga où sont exploitées l’essentiel des richesses minières du Congo. 11.000 soldats belges précédés par des largages de para-commandos sont acheminés sur place en 10 jours, en utilisant les forces belges de l’Otan stationnées en Allemagne avec les moyens matériels fournis par les américains. Le conflit s’internationalise avec l’opposition de l’Union Soviétique et des pays non-alignés qui crient à l’agression néo-colonialiste.
  • 4 septembre 1960 : Un imbroglio s’installe à Léopoldville : au mépris de la constitution qui imposait comme premier ministre un représentant du parti ayant remporté les élections, le président Kasavubu destitue Lumumba et les ministres nationalistes et nomme à sa place un nouveau Premier Ministre, Joseph Lléo. Mais le Conseil des Ministres et le Parlement désavouent Kasavubu et renouvellent leur confiance à Lumumba. Celui-ci destitue alors à son tour Kasavabu et appelle à Léopoldville une partie de l’ANC, l’Armée Nationale Congolaise stationnée dans le reste du territoire. Face au chaos, l’ONU décide de mettre en place une force d’interposition entre les diverses forces en présence, ce sera les fameux casques bleus. face à une fin de non-recevoir de la part des américains, Lumumba accepte

     une aide matérielle de l’URSS pour réprimer les séparatistes.

  • 14 septembre 1960 :  Kasavubu réagit en désignant comme commandant en chef de l’armée un ex-militaire et ancien journaliste de la presse pro-belge, Joseph Désiré Mobutu, qui avait réintégré l’armée congolaise avec le titre de colonel. À peine quelques heures plus tard, Mobutu exécute son premier coup d’État. Il déclare la « neutralisation » des politiciens. on sait aujourd’hui que ce coup d’état a été soutenu par la CIA (voir archives de la Commission Church ,  Documentaire télévisé, CIA guerres secrètes, 2003, Arte, Andrew Tully, CIA, The Inside Story, New-York, M. Morrow et William Blum, Killing hope: US military and CIA interventions since World War II). Lumumba et Lléo sont assignés à résidence mais Lumumba parvient à s’enfuir avec sa famille pour gagner Stanleyville. Au lieu de profiter de son avance de trois jours sur ses poursuivants, Lumumba perd du temps en s’attardant sur son parcours multipliant les discours. Il est alors rejoint et capturé embarqué dans un avion pour Léopoldville et remis dans les mains d’un certain Louis Bobozo, un militaire congolais, ancien de l’offensive belge de 1941 contre les Italiens d’Abyssinie. Il sera est finalement livré par des « barbouzes » à la solde des Américains et des Belges à son grand ennemi Moïse Tshombé, au Katanga sécessionniste.
  • 17 janvier 1961: Lumumba est assassiné en brousse par ses geoliers. Son corps sera dissous dans l’acide par des mercenaires belges à la solde de Tschombé. Commencé dès juillet 1960, l’exode de la population blanche – de l’ordre de 100.000 personnes – se poursuit en 1961. Désordres et violences se succèdent durant cinq années, jusqu’à la stabilisation opérée par le coup d’État militaire de novembre 1965 qui fait accéder le général Mobutu au pouvoir, ouvrant la voie à une longue dictature personnelle.

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En janvier 1961, j’avais presque quatorze ans et je commençais à peine à m’intéresser à la politique. Je me souviens parfaitement de ces images en noir et blanc vues à la télévision naissante où l’on voyait Patrice Lumumba humilié par ses geoliers sous les yeux de son rival putschiste Mobutu installé par les américains et les belges. Quelques jours plus tard, on apprenait sa livraison à son ennemi juré Moïse Tschombé suivie de son assassinat. Mobutu n’avait pas voulu se charger du sale travail et l’avait délégué à Tschombé. Je me souviens avoir pleuré à l’annonce de sa mort…

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A voir absolument le reportage de la chaîne ARTE du 11 mars 2008 : le cynisme et la bêtise crasse de certains des acteurs belges et américains du drame est confondante.
http://www.youtube.com/watch?v=CqMNBpIOAFY

Dommage ! voici le lien : Patrice Lumumba, une tragédie africaine (Arte 11 03 2008) – YouTube

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–––– Dernière lettre testament de Patrice Lumumba à sa femme Pauline ––––––––––––––––––––––––

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Fin novembre 1960 : Lumumba vient d’être capturé en essayant de gagner la province du Kasaï. Cette dernière lettre est écrite de sa prison à sa femme Pauline. (Jeune Afrique, 17-01-2011).

Ma compagne chérie,

     Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.
     Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai je dire d’autre ? Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.
     Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.
     Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.

Vive le Congo ! Vive l’Afrique !

Patrice Lumumba

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Home, sweet home – constructions annexes : l’exemple des saunas en extérieur.

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Les constructions annexes extérieures qui accompagnent les maisons d’habitations tels que garages, abris de jardin, sauna ou même poulaillers sont en général d’une banalité affligeante. Il semble que ces constructions ne soient pas considérées dignes d’une recherche d’expression architecturale. Pourtant, les exemples montrés ci après montrent que ces constructions peuvent faire l’objet d’une recherche et exprimer une réelle qualité architecturale.

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sauna traditionnel en madriers en Suède

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––––– prototypes de saunas extérieurs par l’Atelier Forte ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

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     Duilio Forte (né le 5 novembre 1967 (45 ans) à Milan) est un artiste et architecte italien d’origine italo-suédoise. Il reçoit en 1994 son diplôme en architecture de l’École polytechnique de Milan. En 1998, il fonde l‘Atelier Forte, un laboratoire de recherche en architecture et en sculpture qui traite de la conception et de la production d’œuvres artistiques et architecturales
Depuis 2003, il organise un atelier annuel sur l’art et l’architecture en Suède appelé Projet Stuga, près de la ville de Grythyttan.
Il participe à la 11e Exposition internationale d’architecture de Venise (2008) avec l’œuvre de Sleipnir Venexia et  à la 12e Exposition internationale d’architecture de Venise (2010) avec l’œuvre Sleipnir Convivalis.
Le 12 février 2009, pour le 200e anniversaire de la naissance de Darwin, que Duilio Forte écrit le Manifeste Arkizoic, le style architectural caractérisé par la combinaison de l’architecture et Anemos, le souffle de vie.

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–––– Ekeberg : Prototype de sauna pour l’extérieur par l’atelier Forte ––––––––––––––––––––––––––––

     C’est avec ce prototype de sauna fabriqué en Suède que Duilio Forte a remporté en 1994, l’année même de l’obtention de son diplôme d’architecture à Milan, le premier prix de San Carlo Borromeo à La Permanente de Milan.

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–––– Prototype de sauna « Huggin & Muninn » dans la campagne italienne par l’atelier Forte –––––

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Huggin & Munnin Sauna par l’Atelier Forte

Odin_hrafnarDans la mythologie nordiqueHugin (du vieux norrois huginn signifiant « pensée » ou « esprit » et Munin (du vieux norrois muninn signifiant « mémoire ») sont deux corbeaux messagers qui accompagnent le dieu Odin. Ils s’envolent chaque matin à l’aube, parcourent les neuf mondes qui constituent l’univers et reviennent le lendemain matin se poser sur les épaules du dieu pour lui rapporter ce qu’ils ont vu et entendu, en le lui murmurant à l’oreille.

C’est cette légende de la mythologie nordique qui a inspirée Duilio Forte pour construire ce sauna en forme d’oiseau. Entièrement réalisé en bois et construit à la main, il peut accueillir deux personnes le temps d’un moment de relaxation. Il respecte dans sa conception la tradition scandinave et est alimenté par un poêle à bois.
Les hublots sur les parois encadrent les couchers de soleil sur les collines et inondent d’une lumière chaude le petit espace intérieur. Chaque sauna est unique, conçu et créé selon l’environnement où il va être placé. Dans le cas présenté ici, il a été surélevé pour permettre de profiter de la vue bucolique sur le paysage bucolique formé par les collines des environs de Piacenza à ses occupants et leur offrir un moment de détente et de plaisir en pleine nature.

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––––– sauna sur une île finlandaise conçu par le cabinet Denizen Works + Friends de Londres ––––

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crédit photographique :  Tiina Tervo

Le cabinet d’architecture londonien  Denizen Works + Friends a conçu ce sauna mobile et l’a construit sur place en 9 jours en utilisant des éléments de bois produits localement et des fenêtres recyclées. Le revêtement en bois de doublage intérieur avait été entreposé 1é années dans un hangar à bateau désaffecté dans l’attente de l’autorisation jamais accordée de le convertir en sauna. L’autorisation a finalement été accordée sous la condition que le sauna devait être mobile.

Here’s some more text from architect Murray Kerr :

      « In the freezing winter months this wooden sauna on a Finnish island can be towed like a sledge over a frozen lake to find the right spot for a plunge pool.
      The commission for the sauna came from a trip to Åland, in the archipelago between Sweden and Finland, during the summer of 2010.
     In Åland, like most of Scandinavia, the sauna is one of the main social functions of the home. Our client had tried, unsuccessfully for 12 years, to obtain planning permission for a sauna within her disused boat-shed.
     On leaving the island we set about coming up with a solution that could circumnavigate the planning issues. We decided on two possible solutions; one that put the sauna on a boat and the boat in the boat-shed and the other, a winter option, which put the sauna on a large-scale sledge and allowed the sauna to be towed onto the frozen waters surrounding the house during the winter months.
     During the deliberations, our client’s son told the story of his grandfather building a winter sauna on runners for winter fun, so we erred on the side of family history.
     The sauna was designed on site, using only sketches from a small notepad, and built by Denizen Works and friends during 9 hard days of toil in the summer of 2011. »

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Denizen Sauna from CAMILLA ROBINSON on Vimeo.

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le pictorialisme en photographie : images d’un monde évanoui – (II) montagnes (années 1904 et 1905)

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L'Epreuve photographique

    Entre 1904-1905, l’une des plus luxueuses publications de photographies par plaques en France et en Europe était L’Épreuve Photographique. Publié à Paris, il ne se satisfaisait pas d’être identifié comme un simple journal photographique et se présentait comme un « portefeuille périodique de grand luxe ». Durant deux années, de nombreuses photographies primées dans les cercles pictorialistes français et européens ont été sélectionnées et présentées en format  surdimensionné (44 x 32 cm), imprimées à la main à la plaque de cuivre (taille-douce ) et héliogravures par l’atelier parisien de Charles Wittmann.

   Between 1904-1905, one of the most luxurious subscription photographic plate publications in France or Europe was L’Épreuve Photographique. (The Photographic Print) Published in Paris, and not satisfied with identifying itself as a mere photographic journal, it billed itself as a “monthly portfolio of luxury” instead. (Portfolio périodique de grand luxe)  Over the course of two years, prize-winning salon photographs from French and European pictorialist circles were selected for inclusion in this oversized publication (44 x 32 cm) as hand-pulled, copper plate (taille-douce) screen photogravures (héliogravures) from the Paris atelier of Charles Wittmann.

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Émile Dacier (1876-1052) était bibliothécaire et historien de l’art français. Il a été secrétaire de rédaction du Bulletin de l’art ancien et moderne (1899-1914) et de la Revue de l’art ancien et moderne (1919-1927) dans laquelle il a publié un grand nombre de chroniques, notes et articles relevant aussi bien de l’art ancien que contemporain, notamment sur la gravure et la photographie. Le texte qui suit est un extrait d’une préface d’un ouvrage consacré à la photographie.

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p style= »text-align:justify;padding-left:90px; »>    « Où es-tu, pauvre petit carré de carton d’autrefois? Tu as perdu cette «finesse» dont tu te montrais si vain, mais tu as gagné cette qualité essentielle de ne pas tout dire et de laisser le spectateur donner libre essor à son imagination.
Où est la gamme invariable de tes tonalités brunes? — Une palette polychrome l’a remplacée : les photographies d’aujourd’hui ne sont plus uniquement des sépias, mais des pastels, des eaux-fortes, des fusains, des sanguines…
Où est ta désolante et monotone impersonnalité ? — Les photographes d’aujourd’hui ont tous leur manière caractérisée : ils sont symbolistes, impressionnistes, luministes, intimistes, photographes de moeurs ou de paysage, de genre ou de portrait…
Où est enfin ta précision sèche, qui n’était pas même de la fidélité parfaite? — Tu méconnaissais l’harmonieux accord des valeurs, et ce sont justement les valeurs qu’on arrive à te faire exprimer…
Voilà ce que tu es devenu, pauvre petit carré de carton d’autrefois!

   Lentement, patiemment, avec une inlassable ténacité, avec un désintéressement des plus louables, des amateurs ont travaillé à dégager l’art photographique des routines machinales, comme un précieux minerai de sa gangue. Ce que cette consécration, aujourd’hui définitivement admise, leur a coûté d’efforts, nul ne le saura jamais; et qu’importe, après tout, les centaines d’épreuves gâchées, s’il en reste une seule pour témoigner, chez son auteur, d’un idéal de beauté enfin réalisé?
S’il en reste une seule?… Il en reste plus d’une, heureusement; et je n’en veux pour preuve que les images dont se compose cette publication.

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p style= »text-align:justify;padding-left:90px; »>    Aimez-vous les paysages véridiques et pourtant poétisés? Voici la brume verte des premières feuillées, voici la splendeur des soleils qui dorent les champs; voici la rousse toison des forêts automnales, et la neige, et la glace, parures gemmées de l’hiver; voici les plaines, les monts, les mers, le ruban gris des routes, le ruban moiré des fleuves; voici le mystère des nocturnes et l’étrangeté des contre-jour…
Préférez-vous la chaste nudité des belles formes que caresse la lumière, ou l’innombrable diversité du visage humain? Voici des gestes jolis, des attitudes heureuses, des chevelures qui tombent en nappes ou se replient en coques; voici des yeux qui luisent, des lèvres qui s’entr’ouvrent pour un sourire, qui se pincent pour une moue, qui se tendent pour un baiser…
Est-ce enfin la vie, le mouvement, l’impression brève et fugitive qu’il vous plaît d’évoquer? Voici les souvenirs des contrées lointaines; voici les drames et les comédies de la rue dont le hasard est le grand metteur en scène; voici la poussée des foules, la galopade des escadrons, le choc des flots sur les brisants; voici…

Voici des images ! »

Émile DACIER.

 

Au Bord du Lac, 1905 - photographe Dr Edward Arning

Au Bord du Lac, 1905 – photographe Dr Edward Arning

Dans la montagne, 1905 - photographe Frederick Boissonnas

Dans la montagne, 1905 – photographe Frederick Boissonnas

Avant le salut , 1904 - photographe Léon Bovier

Avant le salut , 1904 – photographe Léon Bovier

Scène d'Hiver, 1905 - Frederick BoissonnasScène d’Hiver, 1905 – Frederick Boissonnas

Crépuscule, 1904 - photographe Hermann Linck

Crépuscule, 1904 – photographe Hermann Linck

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–––– Autres sources –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Bords de l'Isère, le soir - photographe Paul de MontalBords de l’Isère, le soir – photographe Paul de Montal

les Troglodytes - photographe Frederik Boissonnasles Troglodytes – photographe Frederik Boissonnas

Vallée du Giffre - L. PrimetVallée du Giffre – L. Primet

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