Eros et Thanatos, des photos qui dérangent : Yan Saudek (1935), Tchéquie

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jan-saudek-photographe-96-04-img-1Bonne fête !

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« Je me retrouve sur une plage de nudistes, abasourdi par la beauté et la misère de l’humanité » – Yan Saudek.

Des photos qui interpellent , troublent, dérangent : des femmes souvent rondes et obèses habillées de manière étrange, ou nues, ou bien habillées sur une photo et déshabillées sur une autre, des scènes énigmatiques et souvent choquantes, des poses obscènes à la limite de la pornographie, des maquillages outranciers, des couleurs crues, acides, appliquées le plus souvent à la main et qui accentuent le côté artificiel des scènes présentées… Il y a de quoi se sentir dérangé par les photos de Yan Saudek, mais tout de suite après avoir ressenti cette impression première on s’interroge sur les raisons qui motivent notre gêne et sur sa légitimité; après tout, une bonne part de l’humanité est constituée de personnes obèses et les modèles aux mensurations parfaites des photographies qui constituent l’essentiel de la production artistique sur le thème du nus ne constituent qu’une minorité des humains. Lorsque Courbet a osé représenter, pour la première fois dans la peinture, non plus des êtres idéalisés et désincarnés, mais des femmes réelles de chair et de sang dans la vérité de leurs formes, des nuances colorées de leur peau et de leur pilosité, il s’est attiré les foudres de la critique bien pensante de son époque qui refusait de voir la réalité telle qu’elle était.
La photo d’une femme habillée tenant par la main deux jeunes enfants nus sur une route déserte au milieu d’un décor de zone industrielle laide et désolée angoisse mais elle exprime bien combien les enfants peuvent être vulnérables dans notre monde et comment leur innocence est en danger. La photo montrant une femme nue de profil un couteau brandit devant son bas-ventre et dressé comme un pénis illustre à elle seule la psychanalyse freudienne de même que la photo de la femme assise baisant la main d’un homme dont on ne voit qu’un bras qui fait irrésistiblement penser au bras de Dieu dans la scène de la genèse de la fresque de la Chapelle Sixtine peinte par Michel-Ange illustre bien quels peuvent être ou quels ont pu avoir été les rapports hommes-femmes dans la société.
Le problème vient peut-être du fait que Yan Saudek en rajoute souvent, « en fait des tonnes », 
semble se complaire dans l’excès de la provocation et nous conduit parfois au bord de l’écœurement. Est-ce un moyen utilisé pour mieux illustrer et renforcer son propos ou bien cela relève t’il  d’une obsession ? La vie de Yan Saudek n’a pas été tendre, sa famille a été persécutée par les nazis en tant que juifs et la plupart de ses membres ont été exterminés au camp de concentration de Theresienstadt. Lui même a été interné dans un camp avec son frère jumeau Karel où il a été profondément marqué par des scènes atroces et où il échappera de peu aux expériences du médecin nazi Joseph Mendele. Au lendemain de la guerre, il commence  par travailler chez un imprimeur où il prend goût pour la peinture. Sa visite de l’exposition de photos « The family of Man » d’Edward Steichen déclenche son intérêt pour la photo. Très pauvre, ses seules richesses se limitent pendant longtemps à une bicyclette et un appareil photo. A l’issue de son service militaire, il décide de se consacrer pleinement à la photographie, ses premiers travaux seront réalisés dans la cave aux murs humides de sa maison et seront en noir et blanc influencé par les travaux de son compatriote Frantisek Drtikol, le photographe du nu, ce n’est que plus tard, à partir de 1970, que sous l’influence du peintre Alfons Mucha, il colorera à la main ses photos de manière expressionniste et baroque, accentuant et mettant en valeur par la couleur les traits et les formes et esthétisant ainsi ce qui était à l’origine banal ou disgracieux. Ses thèmes de prédilection sont Eros et Thanatos : mise en scène de la sexualité et de la sensualité du corps féminin, de l’enfance et de la pulsion de mort. Son art sera longtemps considéré comme décadent et pornographique par les autorités communistes tchèques et ostracisé. Aujourd’hui, Yan Saudek est un photographe universellement reconnu, 400 expositions lui ont été consacrées dans le monde et ses photos sont présentées dans tous les musées

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