contes du Dragon : la fille du géant (das Risenfräulein)

––––– Vivre à Annecy au pied d’une géante –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Il est pour le moins inhabituel de vivre au pied d’une géante, c’est pourtant mon cas. A quelques encablures de ma maison une géante est en pâmoison, étendue de tout son long sur le sol, ses seins pointus dressés vers le ciel, la tête légèrement rejetée en arrière libérant une gorge offerte et vulnérable, le bras gauche nonchalamment déplié qui dessine à partir d’elle une courbe gracieuse.
Cette féminisation du paysage m’apaise et me rassure et j’apprécie de voir surgir cette géante au détour du chemin imprimant soudainement au paysage un caractère chargé tout à la fois de sérénité et d’érotisme. 

Frank Frazetta, the GiantessFrank Frazetta, the Giantess

°°°

–––– Conte de la fille du géant (das Riesenfräulein) –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

En Alsace, une légende charmante met en scène une enfant de géant qui a capturé un paysan pour s’en servir de joujou et qui se fait pour cette raison rabrouer par son père. Cette légende a d’abord été vulgarisée par les frères Grimm en 1816 puis par l’écrivain Adelbert von Chamisso dans son poème  Das Riesenfräulein – la fille du géant. Le lieu où se situe la légende est le château du Nideck dans la commune de Oberhaslach (Bas-Rhin). La version de la légende présentée ci-après est tiré de l’ouvrage de F. J. Kiefer Légendes et traditions du Rhin de Bâle à Rotterdam (Mayence, chez David Kapp, 2e. éd. revue et augmentée, 1868, p. 19-20.)

Ruines du château de Nideck

Alsace, les ruines du château de Niedeck
Pour ceux qui doutent de la véracité de cette histoire…

°°°

Das Riesenspielzeug Burg Niedeck Mann pfluegt Feld

°°°

    Une famille de géants résidaient au château de Niedeck. Ces beaux temps sont passés, le château est depuis longtemps ruiné, mais le peuple n’a pas oublié les faits de ses compatriotes d’autrefois, et parle encore de leur taille et de leur force extraordinaire.

    C’étaient, suivant la légende, des géants énormes qui se tenaient loin du commerce des habitants du voisinage ; étant d’un naturel doux, ils ne faisaient de mal à personne.

    Or, il arriva que la petite fille du propriétaire châtelain s’éloigna, tout en se promenant, plus qu’à l’ordinaire de Niedeck. La jeune géante porta ses pas dans la forêt voisine et arriva à une vaste étendue de champs et de prés.

Elle y aperçut un paysan avec son cheval et sa charrue. Ce fut une chose toute nouvelle pour la jeune fille ! Pendant quelques instants elle examina avec surprise cet homme labourant son champ. Pleine d’une joie enfantine à cet aspect, elle battit des mains. Les montagnes retentirent de sa joie bruyante, le bon laboureur s’arrêta tout effrayé, son cheval se cabra.

« Quel joli joujou ! »

s’écria la jeune géante ; avant que le campagnard sut d’où partaient ces paroles, la fille était déjà près de lui ; elle le ramassa, lui, son cheval et sa charrue avec tant de facilité, que si c’eut été un petit objet ciselé dans le Tyrol, et emporta le tout dans son tablier.

    Toute joyeuse elle retourna chez son père au château. 
    « Vois donc ! » s’écria-t-elle, toute heureuse, en posant sur la table le paysan avec sa charrue attelée, « vois donc quelles gentilles petites figures je viens de trouver ! un joujou vivant ! oh, j’en aurai plus de plaisir que de toutes mes poupées de cuir qui ne savent pas se mouvoir ! »

    Mais le père répondit d’un air sévère : 
    « Ma petite-fille, sais-tu bien ce que tu as fait, sais-tu ce que tu apportes ? Tu as enlevé le paysan de son champ, tu l’as arraché de son travail, lui le plus utile de tous les humains, lui qui ne craint ni soleil, ni pluie, ni vent pour forcer la terre à nous fournir ses fruits ! Sans ce que tu nommes un joujou, dans ton ignorance d’enfant, il n’y a de pain ni pour nous autres géants, ni pour l’humanité en général. Reporte donc bien vite l’homme avec son cheval et sa charrue ; et retiens une fois pour toutes : « Que celui qui se fait méchamment un jouet du paysan laborieux, s’attire la malédiction du ciel. »

   Et sur les ordres de son père, la fille du géant remit le laboureur avec l’attelage à l’endroit même d’où elle l’avait enlevé.

°°°

–––– Et plein d’autres illustrations du conte de la fille du géant (Das Riesen-Spielzeug) ––––––––––

Grengg Riesenspielzeug

Chamisso Riesenspielzeug

Riesen Spielzeug

Hermann Knopf, das riesenspielzeug

°°°

–––– Illustrations complètes d’une édition contemporaine –––––––––––––––––––––––––––––––––––––

4101818153

d93d176fae

3a511f5823

1419a41cc6

71952d8815

8c1eb71dc3

795c8f98a4

a2a53ce27b

Bild09_k

f43ea9264e

e08868cb3e

°°°

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s