Sturm und Drang : Gottfried August Bürger, la ballade de Lenore (1773)

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220px-Goe.Skulptur.Bürgerstr.CA.Bürger02.detail   Gottfried August Bürger (1747-1794)

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   Gottfried August Bürger est le prototype du poète romantique allemand maudit ; sa vie aura été marquée par une longue suite de drames et de tourments. Fils de pasteur, il commence par étudier la théologie à Halle, puis le droit à Göttingen où il découvre la jeune poésie allemande alors influencée par Klopstock et Wieland.

   Marié avec Dorothea Mariann Leonart, il tombe amoureux de sa belle-sœur, Augusta Maria Wilhelmine Eva (« Molly ») qu’il finira par épouser après la mort de sa femme. Mais après un an de mariage, celle-ci meurt en couche. Titulaire d’un emploi médiocre, il sombre alors dans la dépression et la misère. Son troisième mariage avec une jeune fille de Stuttgart, Elise Hahn, qui s’était offerte à lui dans dans une épitre en vers, se termine par un divorce.

   Miné par les problèmes matériels, les critiques de ses pairs, notamment Schiller, et pour finir la tuberculose, il se pend à Göttingen à l’âge de 47 ans.

   Ses écrits les plus connus sont  la ballade de Lenore (1773), (l’Elégie (1776), une traduction de Macbeth (1783), la version allemande des Aventures du baron de Münchhausen (1786),  la petite fleur enchantée (1789),

     En 1773, année de la parution de sa ballade la plus célèbre, Lenore, Bürger fréquente à Göttingen le cercle littéraire du….composé des poètes Voss, Cramer, Leisewitz. Bürger se passionne à l’époque comme beaucoup de poètes de sa génération pour les contes populaires de l’Europe du nord; il a pour livre de chevet à cette époque un recueil de ballades écossaises,  Relicts of ancient poetry publié en 1765 en Angleterre par un ecclésiastique, B. Percy et recueille les légendes et récits populaires. La légende veut que ce serait au cours d’un voyage dans sa patrie qu’il aurait eu l’idée de cette ballade en entendant une jeune paysanne chanter les vers suivants :

La lune est claire
Les morts vont si vite à cheval
Dis, chère amie, ne frissonnes-tu pas?  

    Mais il existe dans le recueil édité par Percy une ballade au thème semblable « l’esprit de Sweet William » et l’homme de lettres William Taylor qui devait éditer plus tard la première version anglaise de Lenore rapproche pour sa part cette ballade d’une « obscure ballade anglaise » appelée « The Suffolk Miracle « .

La forme littéraire choisie par Bürger sera la ballade, dont il créera le genre en Allemagne et qui sera repris ensuite par de nombreux poètes comme Gœthe, Schiller, Uhland, Wielnad.

     A la fin de 1803, Madame de Staël se rend en Allemagne avec son compagnon d’alors Benjamin Constant où elle est reçue avec tous les honneurs, elle découvre ainsi la littérature de ce pays alors totalement inconnue en France et en particulier la ballade de Bürger alors très en vogue. De ce voyage naîtra quelques années plus tard son essai « De l’Allemagne » publié pour la première fois à Londres en 1813 et en France en 1814 (après la destruction des épreuves de la première édition de 1810 par Napoléon) qui décrit une Allemagne sentimentale et candide qui aura une grande influence sur le regard que les Français porteront sur ce pays au XIXe siècle.

     Voici ce qu’écrivait Madame de Staël au sujet de l’œuvre de Bürger :

     « en Allemagne, la terreur, les revenants et les sorciers plaisent au peuple comme aux hommes éclairés; c’est un reste de la mythologie du Nord; c’est une disposition qu’inspirent assez naturellement les longues nuits des climats septentrionaux.
      Bürger est celui qui a le mieux saisi cette veine de superstition qui conduit si loin dans le fond du cœur. Celui qui n’a pas lu Lenore dans le texte ne peut se faire une idée du mérite étonnant de cette romance : toutes les images, tous les bruits en rapports avec la situation de l’âme, sont merveilleusement exprimés par la poésie : les syllabes, les rythmes, tout l’art des paroles et de leur  sens est employé pour exciter la terreur. La rapidité des pas du cheval semble plus solennelle et plus lugubre que la lenteur même d’une marche funèbre. L’énergie avec laquelle le cheval hâte sa course, cette pétulance de la mort cause un trouble inexprimable; et l’on se croit emporté par le fantôme, comme la malheureuse qu’il entraîne avec lui dans l’abîme ».

      La ballade de Lenore a eu une influence profonde sur le développement de la littérature romantique en Europe en particulier en Angleterre où elle favorise le renouveau du mode littéraire de la ballade à la fin du XVIIIe siècle. Selon le germaniste John George Robertson :

« [Lenore] a exercé dans la littérature mondiale une influence plus étendue que peut-être tout autre poème. […] Comme une traînée de poudre, cette ballade remarquable a balayé l’Europe, de l’Ecosse à la Pologne et à la Russie , de la Scandinavie à l’Italie . L’image fantastique de l’étrange cavalier au cheval fantomatique qui porte Lenore à sa perte a retenti dans toutes les littératures et a constitué pour beaucoup de jeunes âmes sensibles la révélation d’une nouvelle forme poétique.  Aucune autre production du mouvement artistique du  » Sturm und Drang «  – pas même le Werther de Goethe, paru quelques mois plus tard – n’a eu des effets aussi profonds sur les autres littératures que le Lenore de Bürger, il a puissamment participé à la naissance du mouvement romantique en Europe».

    De la même manière,le spécialiste de la littérature britannique Marti Lee écrit que Bürger, grâce à son œuvre, est l’un des pères fondateurs de la production artistique du XIXe et XXe siècle basée sur l’exploitation du fantastique morbide et du sentiment de l’horreur et notamment les œuvres mettant en scène des revenants et des vampires.

     La première traduction anglaise de la ballade de Bürger a été réalisée en 1790 par l’homme de lettres William Taylor et été éditée en mars 1796. Elle sera suivie de nombreuses autres traductions, celles de Walter Scott en 1794,  celles de William Robert Spencer , Henry James Pye et John Thomas Stanley en 1796 et enfin des traductions de James Beresford et Dante Gabriel Rossetti publiées respectivement en 1800 et 1844, et qui sont considérées comme les traductions les plus fidèles de l’œuvre de Bürger.

      Il faudra attendre 1827 pour connaître la première traduction de la ballade en français réalisée parle journaliste et homme politique français  Ferdinand Flocon. Gérard de Nerval qui était obsédé par le texte a publié cinq traductions successives : deux en prose et trois en vers.

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–––– La ballade de Lénore, 1ère traduction en prose de Gérard de Nerval en 1829 ––––––––––––––––

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    Lénore se lève au point du jour, elle échappe à de tristes rêves : « Wilhelm, mon époux ! es-tu mort ? es-tu parjure ? Tarderas-tu longtemps encore ? » Le soir même de ses noces il était parti pour la bataille de Prague, à la suite du roi Frédéric, et n’avait depuis donné aucune nouvelle de sa santé.

    Mais le roi et l’impératrice, las de leurs querelles sanglantes, s’apaisant peu à peu, conclurent enfin la paix ; et cling ! et clang ! au son des fanfares et des timbales, chaque armée, se couronnant de joyeux feuillages, retourna dans ses foyers.

Lenore - William Blake - 1796

Lenore – William Blake – 1796

    Et partout et sans cesse, sur les chemins, sur les ponts, jeunes et vieux, fourmillaient à leur rencontre. « Dieu soit loué ! » s’écriaient maint enfant, mainte épouse. « Sois le bien venu ! » s’écriait mainte fiancée. Mais, hélas ! Lénore seule attendait en vain le baiser du retour.

    Elle parcourt les rangs dans tous les sens ; partout elle interroge. De tous ceux qui sont revenus, aucun ne peut lui donner de nouvelles de son époux bien aimé. Les voilà déjà loin : alors, arrachant ses cheveux , elle se jette à terre et s’y roule avec délire.

Lénore - illustration de Franz Kolbrand - 1920

Lénore – illustration de Franz Kolbrand – 1920

    Sa mère accourt : « Ah ! Dieu t’assiste ! Qu’est-ce donc, ma pauvre enfant ? » et elle la serre dans ses bras. « Oh ! ma mère, ma mère, il est mort ! mort ! que périsse le monde et tout ! Dieu n’a point de pitié ! Malheur ! malheur à moi !

    — » Dieu nous aide et nous fasse grâce ! Ma fille, implore notre père : ce qu’il fait est bien fait, et jamais il ne nous refuse son secours. — Oh ! ma mère, ma mère ! vous vous trompez Dieu m’a abandonnée : à quoi m’ont servi mes prières ? à quoi me serviront-elles ?

    — » Mon Dieu ! ayez pitié de nous ! Celui qui connait le père sait bien qu’il n’abandonne pas ses enfants : le Très-Saint-Sacrement calmera toutes tes peines! — Oh ! ma mère, ma mère !…. Aucun sacrement ne peut rendre la vie aux morts !…..

    — » Mon Dieu ! ayez pitié de nous. N’entrez point en jugement avec ma pauvre enfant ; elle ne sait pas la valeur de ses paroles….. ne les lui comptez pas pour des péchés ! Ma fille, oublie les chagrins de la terre ; pense à Dieu et au bonheur céleste ; car il te reste un époux dans le ciel !

Le Blasphème ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842

Le Blasphème ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842

    — » Oh ! ma mère , qu’est-ce que le bonheur ? Ma mère, qu’est-ce que l’enfer ?….. Le bonheur est avec Wilhelm, et l’enfer sans lui ! Éteins-toi, flambeau de ma vie, éteins-toi dans l’horreur des ténèbres ! Dieu n’a point de pitié…. Oh ! malheureuse que je suis ! »

    Ainsi le fougueux désespoir déchirait son cœur et son âme, et lui faisait insulter à la providence de Dieu. Elle se meurtrit le sein, elle se tordit les bras jusqu’au coucher du soleil, jusqu’à l’heure où les étoiles dorées glissent sur la voûte des cieux.

    Mais au dehors quel bruit se fait entendre ? Trap ! trap ! trap !….. C’est comme le pas d’un cheval. Et puis il semble qu’un cavalier en descende avec un cliquetis d’armures ; il monte les degrés…. Écoutez ! écoutez !… La sonnette a tinté doucement… Klinglingling ! et, à travers la porte, une douce voix parle ainsi :

— » Holà ! holà ! ouvre-moi, mon enfant ! Veilles-tu ? ou dors-tu ? Es-tu dans la joie ou dans les pleurs ? — Ah ! Wilhelm ! c’est donc toi ! si tard dans la nuit !… Je veillais et je pleurais….. Hélas ! j’ai cruellement souffert…. D’où viens-tu donc sur ton cheval ?

    — » Nous ne montons à cheval qu’à minuit; et j’arrive du fond de la Bohême : c’est pourquoi je suis venu tard, pour te remmener avec moi. — Ah! Wilhelm, entre ici d’abord ; car j’entends le vent siffler dans la forêt…..

     — » Laisse le vent siffler dans la forêt, enfant ; qu’importe que le vent siffle. Le cheval gratte la terre, les éperons résonnent ; je ne puis pas rester ici. Viens, Lénore, chausse-toi, saute en croupe sur mon cheval ; car nous avons cent lieues à faire pour atteindre à notre demeure.

Lénore - illustration 1796

Lénore – illustration 1796

     — » Hélas ! comment veux-tu que nous fassions aujourd’hui cent lieues, pour atteindre à notre demeure ? Écoute ! la cloche de minuit vibre encore. — Tiens ! tiens ! comme la lune brille !…. Nous et les morts, nous allons vite ; je gage que je t’y conduirai aujourd’hui même.

    — Dis-moi donc où est ta demeure ?

    Y a-t-il place pour moi ? — Pour nous deux. Viens, Lénore, saute en croupe : le banquet de noces est préparé, et les conviés nous attendent. »

    La jeune fille se chausse, s’élance, saute en croupe sur le cheval ; et puis en avant ; hop ! hop ! hop ! Ainsi retentit le galop…. Cheval et cavalier respiraient à peine ; et, sous leurs pas, les cailloux étincelaient.

     Oh ! comme à droite, à gauche, s’envolaient à leur passage, les prés, les bois et les campagnes ; comme sous eux les ponts retentissaient ! « — A-t-elle peur, ma mie ? La lune brille….. Hurra ! les morts vont vite. A-t-elle peur des morts ? — Non….. Mais laisse les morts en paix !

Lénore. Les morts vont vite - Ary Scheffer - début XIXe siècle

Lénore. Les morts vont vite – Ary Scheffer – début XIXe siècle

     » Qu’est-ce donc là-bas que ce bruit et ces chants ? Où volent ces nuées de corbeaux ? Écoute….. c’est le bruit d’une cloche ; ce sont les chants des funérailles : « Nous avons un mort à ensevelir. » Et le convoi s’approche accompagné de chants qui semblent les rauques accents des hôtes des marécages.

     ― » Après minuit vous ensevelirez ce corps avec tout votre concert de plaintes et de chants sinistres : moi, je conduis mon épousée, et je vous invite au banquet de mes noces. Viens, chantre, avance avec le chœur, et nous entonne l’hymne du mariage. Viens, prêtre, tu nous béniras.

Lénore - illustration tirée du Deutsches Balladenbuch, 1852 réalisé par Adolph Ehrard, Theobald con Oer, Hermann Plüddermann, Ludwig Richter et Carl Schurig

Lénore – illustration tirée du Deutsches Balladenbuch, 1852 réalisé par Adolph Ehrard, Theobald con Oer, Hermann Plüddermann, Ludwig Richter et Carl Schurig

    Plaintes et chants , tout a cessé….. la bière a disparu….. Sensible à son invitation , voilà le convoi qui les suit….. Hurra ! hurra ! Il serre le cheval de près, et puis en avant ! Hop ! hop ! hop ! ainsi retentit le galop….. Cheval et cavalier respiraient à peine, et sous leurs pas les cailloux étincelaient.

Léonore - Horace Vernet - 1839

Léonore – Horace Vernet – 1839

     Oh! comme à droite, à gauche s’envolaient à leur passage les prés, les bois et les campagnes. Et comme à gauche, à droite, s’envolaient les villages, les bourgs et les villes. — « A-t-elle peur, ma mie ? La lune brille Hurra! les morts vont vite….. A-t-elle peur des morts ? — Ah ! laisse donc les morts en paix.

     ― » Tiens ! tiens ! vois-tu s’agiter, auprès de ces potences, des fantômes aériens, que la lune argente et rend visibles ? Ils dansent autour de la roue. Çà ! coquins, approchez ; qu’on me suive et qu’on danse le bal des noces….. Nous allons au banquet joyeux. »

Leonora - William Blake - 1796

Leonora – William Blake – 1796

     Husch ! husch ! husch ! toute la bande s’élance après eux, avec le bruit du vent, parmi les feuilles desséchées : et puis en avant ! Hop ! hop ! hop ! ainsi retentit le galop. Cheval et cavalier respiraient à peine, et sous leurs pas les cailloux étincelaient.

     Oh ! comme s’envolait, comme s’envolait au loin tout ce que la lune éclairait autour d’eux !…. Comme le ciel et les étoiles fuyaient au-dessus de leurs têtes! » — A-t-elle peur, ma mie ? La lune brille…. Hurra ! les morts vont vite….. — Oh mon Dieu ! laisse en paix les morts.

Lénore - illustration de Uwe Pfeiffer

Lénore – illustration de Uwe Pfeiffer

     — » Courage, mon cheval noir. Je crois que le coq chante : le sablier bientôt sera tout écoulé….. Je sens l’air du matin Mon cheval , hâte-toi….. Finie , finie est notre course ! J’aperçois notre demeure…. Les morts vont vite….. Nous voici ! »

     Il s’élance à bride abattue contre une grille en fer, la frappe légèrement d’un coup de cravache….. Les verroux se brisent, les deux battants se retirent en gémissant. L’élan du cheval l’emporte parmi des tombes qui, à l’éclat de la lune, apparaissent de tous côtés.

Lenore - illustration de  Frank Kirchbach - 1896

Lenore – illustration de  Frank Kirchbach – 1896

     Ah ! voyez !… au même instant s’opère un effrayant prodige : hou ! hou ! le manteau du cavalier tombe pièce à pièce comme de l’amadou brûlée ; sa tête n’est plus qu’une tête de mort décharnée, et son corps devient un squelette qui tient une faux et un sablier.

     Le cheval noir se cabre furieux, vomit des étincelles, et soudain….. hui ! s’abîme et disparaît dans les profondeurs de la terre : des hurlements , des hurlements descendent des espaces de l’air, des gémissements s’élèvent des tombes souterraines….. Et le cœur de Lénore palpitait de la vie à la mort.

Lénore - illustration 1796

Lénore – illustration 1796

      Et les esprits, à la clarté de la lune, se formèrent en rond autour d’elle, et dansèrent chantant ainsi : « Patience ! patience ! quand la peine brise ton cœur, ne blasphème[1] jamais le Dieu du ciel ! Voici ton corps délivré….. que Dieu fasse grâce à ton âme ! »

Le cimetière ou Lénore - Octave Penguilly gravure Louis - 1842

Le cimetière ou Lénore – Octave Penguilly gravure Louis – 1842

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Pour connaître la version originale allemande de Bürger, la version anglaise et de nombreuses illustrations réalisées sur le thème, c’est ICI.

Pour connaître les différentes versions françaises et le texte original (Publication du groupe « Ebooks libres et gratuits »), c’est ICI.

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Illustrations du conte « les cygnes sauvages » de Hans Christian Andersen

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Statue de Hans Christian Andersen (1805-1875) à Central Park, New-York.

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     Le conte Les Cygnes sauvages est paru en 1838 est inspiré d’un conte traditionnel danois publié en 1823 par un autre danois, Matthias Winther.      Il raconte l’histoire d’une jeune princesse nommée Elisa et des ses onze frères qui, après la mort de leur mère et le remariage du Roi leur père, sont victimes de la méchanceté de leur belle-mère à demi sorcière. Elisa sera placée à la campagne chez des paysans et ses onze frères transformés en cygnes qui s’envolent et disparaissent.      A l’âge de quinze ans, la jeune princesse qui n’a pas oublié ses frères décide de partir à leur recherche. Elle les retrouve enfin mais ceux-ci lui explique qu’ils ne sont humains que la nuit, l’orée du jour les voit se transformer de nouveaux en oiseaux. Mais une fée vient la nuit à son secours en lui expliquant dans l’un de ses rêves comment rompre le sortilège : elle doit leur confectionner onze cottes de mailles à manches longues et les jeter sur eux à midi mais pour que le remède réussisse, elle doit garder absolument le silence tant que son travail n’est pas achevé. Elle entreprend aussitôt son travail.      En ramassant des orties dans la forêt, elle rencontre une chasse conduite par le roi du pays voisin qui tombe immédiatement amoureux d’elle et l’emmène sur son cheval dans son royaume pour l’épouser. En attendant le jour du mariage, elle continue à tisser et coudre les cotes de mailles pour ses frères mais une nuit qu’elle ramassait des orties dans un cimetière parce qu’elle n’avait plus de lin, elle est surprise par l’archevêque qui la traite de sorcière et est condamnée à être brûlée vive. Obligée de se taire pour sauver ses frères, elle ne pu se défendre.      Dans l’attente de son supplice, la brave jeune fille continue de confectionner ses cottes de mailles en espérant parvenir à les achever avant son supplice. C’est heureusement ce qui se produira… Le jour où elle est conduite au bûcher, onze cygnes se posent près d’elle et se transforment en beaux jeunes hommes. Tout le monde s’explique, la princesse épousera son roi et ils vivront heureux et auront beaucoup d’enfants…

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 illustration  Anna et Elena Balbusso

Les Cygnes sauvages - illustration Susan Jeffers

Les Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

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 » Bien loin d’ici, là où s’envolent les hirondelles quand nous sommes en hiver, habitait un roi qui avait onze fils et une fille, Elisa. Les onze fils, quoique princes, allaient à l’école avec décorations sur la poitrine et sabre au côté ; ils écrivaient sur des tableaux en or avec des crayons de diamant et apprenaient tout très facilement, soit par cœur soit par leur raison ; on voyait tout de suite que c’étaient des princes. »

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Illustrations de Anton Lomaev.

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 « Leur sœur Elisa était assise sur un petit tabouret de cristal et avait un livre d’images qui avait coûté la moitié du royaume. Ah ! ces enfants étaient très heureux, mais ça ne devait pas durer toujours. »

les Cygnes sauvages - illustration Anton Lomaevles Cygnes sauvages – illustration Anton Lomaev

 » La semaine suivante, elle envoya Elisa à la campagne chez quelque paysan et elle ne tarda guère à faire croire au roi tant de mal sur les pauvres princes que Sa Majesté ne se souciait plus d’eux le moins du monde. »

     Leur père, roi du pays, se remaria avec une méchante reine, très mal disposée à leur égard. Ils s’en rendirent compte dès le premier jour : tout le château était en fête ; comme les enfants jouaient « à la visite », au lieu de leur donner, comme d’habitude, une abondance de gâteaux et de pommes au four, elle ne leur donna que du sable dans une tasse à thé en leur disant « de faire semblant ».      La semaine suivante, elle envoya Elisa à la campagne chez quelque paysan et elle ne tarda guère à faire croire au roi tant de mal sur les pauvres princes que Sa Majesté ne se souciait plus d’eux le moins du monde.     – Envolez-vous dans le monde et prenez soin de vous-même ! dit la méchante reine, volez comme de grands oiseaux, mais muets.      Elle ne put cependant leur jeter un sort aussi affreux qu’elle l’aurait voulu : ils se transformèrent en onze superbes cygnes sauvages et, poussant un étrange cri, ils s’envolèrent par les fenêtres du château vers le parc et la forêt.

Les Cygnes sauvages - illustration Susan JeffersLes Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

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 Illustration par N. Goltz – 2006

« – Envolez-vous dans le monde et prenez soin de vous-même ! dit la méchante reine, volez comme de grands oiseaux, mais muets. Elle ne put cependant leur jeter un sort aussi affreux qu’elle l’aurait voulu : ils se transformèrent en onze superbes cygnes sauvages et, poussant un étrange cri, ils s’envolèrent par les fenêtres du château vers le parc et la forêt. »

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les Cygnes sauvages - illustration Jennie Harbour

les Cygnes sauvages – illustration Jennie Harbour

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les Cygnes sauvages - illustration Anton Lomaev

les Cygnes sauvages – illustration Anton Lomaev

     Ce fut le matin, de très bonne heure qu’ils passèrent au-dessus de l’endroit où leur sœur Elisa dormait dans la maison du paysan ; ils planèrent au-dessus du toit, tournant leurs longs cous de tous côtés, battant des ailes, mais personne ne les vit ni ne les entendit, alors il leur fallut poursuivre très haut, près des nuages, loin dans le vaste monde. Ils atteignirent enfin une sombre forêt descendant jusqu’à la grève. La pauvre petite Elisa restait dans la salle du paysan à jouer avec une feuille verte – elle n’avait pas d’autre jouet       –, elle s’amusait à piquer un trou dans la feuille et à regarder le soleil au travers, il lui semblait voir les yeux clairs de ses frères.      Lorsqu’elle eut quinze ans, elle rentra au château de son père et quand la méchante reine vit combien elle était belle, elle entra en grande colère et se prit à la haïr, elle l’aurait volontiers changée en cygne sauvage comme ses frères, mais elle n’osa pas tout d’abord, le roi voulant voir sa fille.      De bonne heure, le lendemain, la reine alla au bain, fait de marbre et garni de tentures de toute beauté. Elle prit trois crapauds. Au premier, elle dit :     – Pose-toi sur la tête d’Elisa quand elle entrera dans le bain, afin qu’elle devienne engourdie comme toi.      – Pose-toi sur son front, dit-elle au second, afin qu’elle devienne aussi laide que toi et que son père ne la reconnaisse pas.      – Pose-toi sur son cœur, dit-elle au troisième, afin qu’elle devienne méchante et qu’elle en souffre.

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Illustration par N. Goltz – 2006

« De bonne heure, le lendemain, la reine alla au bain, fait de marbre et garni de tentures de toute beauté. Elle prit trois crapauds. Au premier, elle dit :     – Pose-toi sur la tête d’Elisa quand elle entrera dans le bain, afin qu’elle devienne engourdie comme toi.      – Pose-toi sur son front, dit-elle au second, afin qu’elle devienne aussi laide que toi et que son père ne la reconnaisse pas.      – Pose-toi sur son cœur, dit-elle au troisième, afin qu’elle devienne méchante et qu’elle en souffre. »Elle lâcha les crapauds dans l’eau claire qui prit aussitôt une teinte verdâtre, appela Elisa, la dévêtit et la fit descendre dans l’eau ».

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les cygnes sauvages – illustration Yvonne Gilbert : la méchante Reine

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 illustration  Anna et Elena Balbusso

 illustration  Anna et Elena Balbusso

« A l’instant le premier crapaud se posa dans ses cheveux, le second sur son front, le troisième sur sa poitrine, sans qu’Elisa eût l’air seulement de s’en apercevoir. Dès que la jeune fille fut sortie du bain, trois coquelicots flottèrent à la surface »

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les cygnes sauvages - illustration Yvonne Gilbertles cygnes sauvages – illustration Yvonne Gilbert

Les Cygnes sauvages - illustration Susan Jeffers

Les Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

les Cygnes sauvages - illustration Anton Lomaev

les Cygnes sauvages – illustration Anton Lomaev

      Elle lâcha les crapauds dans l’eau claire qui prit aussitôt une teinte verdâtre, appela Elisa, la dévêtit et la fit descendre dans l’eau. A l’instant le premier crapaud se posa dans ses cheveux, le second sur son front, le troisième sur sa poitrine, sans qu’Elisa eût l’air seulement de s’en apercevoir. Dès que la jeune fille fut sortie du bain, trois coquelicots flottèrent à la surface ; si les bêtes n’avaient pas été venimeuses, elles se seraient changées en roses pourpres, mais fleurs elles devaient tout de même devenir d’avoir reposé sur la tête et le cœur d’Elisa, trop innocente pour que la magie pût avoir quelque pouvoir sur elle.

nouvelle_image__197248       Voyant cela, la méchante reine se mit à la frotter avec du brou de noix, enduisit son joli visage d’une pommade nauséabonde et emmêla si bien ses superbes cheveux qu’il était impossible de reconnaître la belle Elisa. Son père en la voyant en fut tout épouvanté et ne voulut croire que c’était là sa fille, personne ne la reconnut, sauf le chien de garde et les hirondelles, mais ce sont d’humbles bêtes dont le témoignage n’importe pas.

 illustration  Anna et Elena Balbusso illustration  Anna et Elena Balbusso

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Les Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

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 » Alors la pauvre Elisa pleura en pensant à ses onze frères, si loin d’elle. Désespérée, elle se glissa hors du château et marcha tout le jour à travers champs et marais vers la forêt. Elle ne savait où aller, mais dans sa grande tristesse et son regret de ses frères, qui chassés comme elle erraient sans doute de par le monde, elle résolut de les chercher, de les trouver. »

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Illustration par N. Goltz – 2006

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  illustration  Anna et Elena Balbusso

 » La nuit tomba vite dans la forêt, elle ne voyait ni chemin ni sentier, elle s’étendit sur la mousse moelleuse et appuya sa tête sur une souche d’arbre.Toute la nuit, elle rêva de ses frères. »

Les cygnes sauvages - illustration par Yvonne Gilbert

Les cygnes sauvages – illustration Yvonne Gilbert

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« Toute la nuit, elle rêva de ses frères. Ils jouaient comme dans leur enfance, écrivaient avec des crayons en diamants sur des tableaux d’or et feuilletaient le merveilleux livre d’images qui avait coûté la moitié du royaume ; mais sur les tableaux d’or ils n’écrivaient pas comme autrefois seulement des zéros et des traits, mais les hardis exploits accomplis, tout ce qu’ils avaient vu et vécu. »

 illustration  Anna et Elena Balbusso

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« Lorsqu’elle s’éveilla, le soleil était haut dans le ciel, elle ne pouvait le voir car les grands arbres étendaient leurs frondaisons épaisses, mais ses rayons jouaient là-bas comme une gaze d’or ondulante. Elle entendait un clapotis d’eau, de grandes sources coulaient toutes vers un étang au fond de sable fin. Des buissons épais l’entouraient mais, à un endroit, les cerfs avaient percé une large ouverture par laquelle Elisa put s’approcher de l’eau si limpide que, si le vent n’avait fait remuer les branches et les buissons, elle aurait pu les croire peints seulement au fond de l’eau, tant chaque feuille s’y reflétait clairement.      Dès qu’elle y vit son propre visage, elle fut épouvantée, si noir et si laid ! Mais quand elle eut mouillé sa petite main et s’en fut essuyé les yeux et le front, sa peau blanche réapparut. Alors elle retira tous ses vêtements et entra dans l’eau fraîche et vraiment, telle qu’elle était là, elle était la plus charmante fille de roi qui se pût trouver dans le monde. »

les cygnes sauvages - illustration Yvonne Gilbertles cygnes sauvages – illustration Yvonne Gilbert

     Une fois rhabillée, quand elle eut tressé ses longs cheveux, elle alla à la source jaillissante, but dans le creux de sa main et s’enfonça plus profondément dans la forêt sans savoir elle-même où aller.      Elle pensait toujours à ses frères, elle pensait à Dieu, si bon, qui ne l’abandonnerait sûrement pas, lui qui fait pousser les pommes sauvages pour nourrir ceux qui ont faim. Et justement il lui fit voir un de ces arbres dont les branches ployaient sous le poids des fruits ; elle en fit son repas, plaça un tuteur pour soutenir les branches et s’enfonça au plus sombre de la forêt. Le silence était si total qu’elle entendait ses propres pas et le craquement de chaque petite feuille sous ses pieds. Nul oiseau n’était visible, nul rayon de soleil ne pouvait percer les ramures épaisses, et les grands troncs montaient si serrés les uns près des autres, qu’en regardant droit devant elle, elle eût pu croire qu’une grille de poutres l’encerclait. Jamais elle n’avait connu pareille solitude ! La nuit fut très sombre, aucun ver luisant n’éclairait la mousse. Elle se coucha pour dormir. Alors il lui sembla que les frondaisons s’écartaient, que Notre-Seigneur la regardait d’en haut avec des yeux très tendres, que de petits anges passaient leur tête sous son bras. Elle ne savait, en s’éveillant, si elle avait rêvé ou si c’était vrai.

 

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« Jamais elle n’avait connu pareille solitude ! La nuit fut très sombre, aucun ver luisant n’éclairait la mousse. Elle se coucha pour dormir. Alors il lui sembla que les frondaisons s’écartaient, que Notre-Seigneur la regardait d’en haut avec des yeux très tendres, que de petits anges passaient leur tête sous son bras. Elle ne savait, en s’éveillant, si elle avait rêvé ou si c’était vrai. »

0_80b0f_1b90072b_orig« Elle fit quelques pas et rencontra une vieille femme portant des baies dans un panier et qui lui en offrit. Elisa lui demanda si elle n’avait pas vu onze princes chevauchant à travers la forêt.      – Non, dit la vieille, mais hier j’ai vu onze cygnes avec des couronnes d’or sur la tête nageant sur la rivière tout près d’ici. » Illustration par N. Goltz – 2006

Les Cygnes sauvages - illustration Susan JeffersLes Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

www.digilibraries.com@3@2@5@7@32572@32572-h@images@p049i      Elle fit quelques pas et rencontra une vieille femme portant des baies dans un panier et qui lui en offrit. Elisa lui demanda si elle n’avait pas vu onze princes chevauchant à travers la forêt.      – Non, dit la vieille, mais hier j’ai vu onze cygnes avec des couronnes d’or sur la tête nageant sur la rivière tout près d’ici.      Elle conduisit Elisa un bout de chemin jusqu’à un talus au pied duquel serpentait la rivière. Les arbres sur ses rives étendaient les unes vers les autres leurs branches touffues.      Elisa dit adieu à la vieille femme et marcha le long de la rivière jusqu’à son embouchure sur le rivage.       Toute l’immense mer splendide s’étendait devant la jeune fille, mais aucun voilier n’était en vue ni le moindre bateau. Comment pourrait-elle aller plus loin ? Elle considéra les innombrables petits galets sur la grève, l’eau les avait tous polis et arrondis en les roulant.      – L’eau roule inlassablement et par elle ce qui est dur s’adoucit, moi, je veux être tout aussi inlassable qu’elle. Merci à vous pour cette leçon, vagues claires qui roulez ! Un jour, mon cœur me le dit, vous me porterez jusqu’à mes frères chéris.      Sur le varech rejeté par la mer, onze plumes de cygne blanches étaient tombées, elle en fit un bouquet, des gouttes d’eau s’y trouvaient, rosée ou larmes, qui eût pu le dire ? La plage était déserte mais Elisa ne sentait pas sa solitude, car la mer est éternellement changeante, bien plus différente en quelques heures qu’un lac intérieur en une année.      Vers la fin du jour, Elisa vit onze cygnes sauvages avec des couronnes d’or sur la tête. Ils volaient vers la terre l’un derrière l’autre, et formaient un long ruban blanc. Vite, la jeune fille remonta le talus et se cacha derrière un buisson, les cygnes se posèrent tout près d’elle et battirent de leurs grandes ailes blanches.      Mais à l’instant où le soleil disparut dans les flots, leur plumage de cygne tomba subitement et elle vit devant elle onze charmants princes : ses frères.

0_80e7c_fb2220e7_origIllustration de Anton Lomaev.

« Toute l’immense mer splendide s’étendait devant la jeune fille, mais aucun voilier n’était en vue ni le moindre bateau. Comment pourrait-elle aller plus loin ? Elle considéra les innombrables petits galets sur la grève, l’eau les avait tous polis et arrondis en les roulant.      – L’eau roule inlassablement et par elle ce qui est dur s’adoucit, moi, je veux être tout aussi inlassable qu’elle. Merci à vous pour cette leçon, vagues claires qui roulez ! Un jour, mon cœur me le dit, vous me porterez jusqu’à mes frères chéris. »

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 » Sur le varech rejeté par la mer, onze plumes de cygne blanches étaient tombées, elle en fit un bouquet, des gouttes d’eau s’y trouvaient, rosée ou larmes, qui eût pu le dire ?  »  –  illustration

les Cygnes sauvages - illustration Juan Diaz-Toledo. les Cygnes sauvages – illustration Juan Diaz-Toledo

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 » Vers la fin du jour, Elisa vit onze cygnes sauvages avec des couronnes d’or sur la tête. Ils volaient vers la terre l’un derrière l’autre, et formaient un long ruban blanc.  Vite, la jeune fille remonta le talus et se cacha derrière un buisson, les cygnes se posèrent tout près d’elle et battirent de leurs grandes ailes blanches. »

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Illustration André Pécoud

illustration, N.C. Wyeth

illustration, N.C. Wyeth

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les Cygnes sauvages - illustration, Maxwell Armfield - 1910

les Cygnes sauvages – illustration, Maxwell Armfield – 1910

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illustration, Mabel Lucie Attwell

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les cygnes sauvages d'Andersen - illustration de Anna & Elena Balbusso

« Mais à l’instant où le soleil disparut dans les flots, leur plumage de cygne tomba subitement et elle vit devant elle onze charmants princes : ses frères. »  –  illustration Anna et Elena Balbusso.

     Elisa poussa un grand cri, ils avaient certes beaucoup changé mais … elle savait que c’était eux, son cœur lui disait que c’était eux, elle se jeta dans leurs bras, les appela par leurs noms et ils eurent une immense joie de reconnaître leur petite sœur, devenue une grande et ravissante jeune fille. Ils riaient et pleuraient.      – Nous, tes frères, dit l’aîné, nous volons comme cygnes sauvages tant que dure le jour, mais lorsque vient la nuit, nous reprenons notre apparence humaine, c’est pourquoi il nous faut toujours au coucher du soleil prendre soin d’avoir une terre où poser nos pieds car si nous volions à ce moment dans les nuages, en devenant des hommes, nous serions précipités dans l’océan profond.      Nous n’habitons pas ici, de l’autre côté de l’océan existe un aussi beau pays mais le chemin pour y aller est fort long, il nous faut traverser la mer et il n’y a pas d’île sur le parcours où nous puissions passer la nuit, un rocher seulement émerge de l’eau, si petit qu’il nous faut nous serrer l’un contre l’autre pour nous y reposer et quand la mer est forte, l’eau rejaillit même par-dessus nous, mais nous remercions cependant Dieu pour ce rocher. Nous y passons la nuit sous notre forme humaine, s’il n’était pas là nous ne pourrions pas revoir notre chère patrie car il nous faut deux jours – et les deux plus longs de l’année – pour faire ce voyage.      Une fois par an seulement il nous est permis de visiter le pays de nos aïeux. Nous pouvons y rester onze jours ! onze jours pour survoler notre grande forêt et apercevoir de loin notre château natal où vit notre père, la haute tour de l’église où repose notre mère. Les arbres, les buissons nous sont ici familiers, ici les chevaux sauvages courent sur la plaine comme au temps de notre enfance, ici le charbonnier chante encore les vieux airs sur lesquels nous dansions, ici est notre chère patrie, ici enfin nous t’avons retrouvée, toi notre petite sœur chérie. Nous ne pouvons plus rester que deux jours ici, puis il faudra nous envoler pardessus la mer vers un pays certes beau, mais qui n’est pas notre pays. Et comment t’emmènerons-nous ? Nous qui n’avons ni barque, ni bateau ?      – Et comment pourrai-je vous sauver ? demanda leur petite sœur.      Ils en parlèrent presque toute la nuit.      Elisa s’éveilla au bruissement des ailes des cygnes. Les frères de nouveau métamorphosés volaient au-dessus d’elle, puis s’éloignèrent tout à fait ; un seul, le plus jeune, demeura en arrière, il posa sa tête sur les genoux de la jeune fille qui caressa ses ailes blanches. Tout le jour ils restèrent ensemble, le soir les autres étaient de retour, et une fois le soleil couché ils avaient repris leur forme réelle.      – Demain, nous nous envolerons d’ici pour ne pas revenir de toute une année, mais nous ne pouvons pas t’abandonner ainsi. As-tu le courage de venir avec nous ? Mon bras est assez fort pour te porter à travers le bois, comment tous ensemble n’aurions-nous pas des ailes assez puissantes pour voler avec toi par dessus la mer ?      – Oui, emmenez-moi ! dit Elisa.    

Les Cygnes sauvages - illustration Susan Jeffers

Les Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

« Ils passèrent toute la nuit à tresser un filet de souple écorce de saule et de joncs résistants. Ce filet devint grand et solide, Elisa s’y étendit et lorsque parut le soleil et que les frères furent changés en cygnes, ils saisirent le filet dans leurs becs et s’envolèrent très haut, vers les nuages, portant leur sœur chérie encore endormie. Comme les rayons du soleil tombaient juste sur son visage, l’un des frères vola au-dessus de sa tête pour que ses larges ailes étendues lui fassent ombrage. »

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illustration André Pécoud

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les cygnes sauvages - illustration Yvonne Gilbert

les cygnes sauvages – illustration Yvonne Gilbert

les cygnes sauvages - illustration Yvonne Gilbert

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Les cygnes sauvages d’Andersen – illustration de Lowell Heiss

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Les Cygnes sauvages - illustration Susan Jeffers

Les Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

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 « Ils volaient si haut que le premier voilier apparu au-dessous d’eux semblait une mouette posée sur l’eau. Un grand nuage passait derrière eux, une véritable montagne sur laquelle Elisa vit l’ombre d’elle-même et de ses onze frères en une image gigantesque »

les cygnes sauvages - illustration Yvonne Gilbertles cygnes sauvages – illustration Yvonne Gilbert

     Ils étaient loin de la terre lorsque Elisa s’éveilla, elle crut rêver en se voyant portée au-dessus de l’eau, très haut dans l’air. A côté d’elle étaient placées une branche portant de délicieuses baies mûres et une botte de racines savoureuses, le plus jeune des frères était allé les cueillir et les avait déposées près d’elle, elle lui sourit avec reconnaissance car elle savait bien que c’était lui qui volait au-dessus de sa tête et l’ombrageait de ses ailes.

     – Ils volaient si haut que le premier voilier apparu au-dessous d’eux semblait une mouette posée sur l’eau. Un grand nuage passait derrière eux, une véritable montagne sur laquelle Elisa vit l’ombre d’elle-même et de ses onze frères en une image gigantesque, ils formaient un tableau plus grandiose qu’elle n’en avait jamais vu, mais à mesure que le soleil montait et que le nuage s’éloignait derrière eux, ces ombres fantastiques s’effaçaient.      Tout le jour, ils volèrent comme une flèche sifflant dans l’air, moins vite pourtant que d’habitude puisqu’ils portaient leur sœur. Un orage se préparait, le soir approchait ; inquiète, Elisa voyait le soleil décliner et le rocher solitaire n’était pas encore en vue. Il lui parut que les battements d’ailes des cygnes étaient toujours plus vigoureux. Hélas ! c’était sa faute s’ils n’avançaient pas assez vite. Quand le soleil serait couché, ils devaient redevenir des hommes, tomber dans la mer et se noyer.

     Alors, du plus profond de son cœur monta vers Dieu une ardente prière. Cependant elle n’apercevait encore aucun rocher, les nuages se rapprochaient, des rafales de vent de plus en plus violentes annonçaient la tempête, les nuages s’amassaient en une seule énorme vague de plomb qui s’avançait menaçante.

     Le soleil était maintenant tout près de toucher la mer, le cœur d’Elisa frémit, les cygnes piquèrent une descente si rapide qu’elle crut tomber, mais très vite ils planèrent de nouveau. Maintenant le soleil était à moitié sous l’eau, alors seulement elle aperçut le petit récif au-dessous d’elle, pas plus grand qu’un phoque qui sortirait la tête de l’eau. Le soleil s’enfonçait si vite, il n’était plus qu’une étoile – alors elle toucha du pied le sol ferme – et le soleil s’éteignit comme la dernière étincelle d’un papier qui brûle. Coude contre coude, ses frères se tenaient debout autour d’elle, mais il n’y avait de place que pour eux et pour elle. La mer battait le récif, jaillissait et retombait sur eux en cascades, le ciel brûlait d’éclairs toujours recommencés et le tonnerre roulait ses coups répétés.

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Illustration, Harry Rountree

 « Le soleil était maintenant tout près de toucher la mer »

Les Cygnes sauvages - illustration Susan Jeffers

Les Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

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« les cygnes piquèrent une descente si rapide qu’elle crut tomber » – Illustration de Harry Clarke – 1916.

0_80e82_68f4021_orig-2Illustration de Anton Lomaev.

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 Illustration de Svend Otto S.

« Maintenant le soleil était à moitié sous l’eau, alors seulement elle aperçut le petit récif au-dessous d’elle, pas plus grand qu’un phoque qui sortirait la tête de l’eau. »

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Les Cygnes sauvages - illustration Susan JeffersLes Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

« alors elle toucha du pied le sol ferme – et le soleil s’éteignit comme la dernière étincelle d’un papier qui brûle. Coude contre coude, ses frères se tenaient debout autour d’elle, mais il n’y avait de place que pour eux et pour elle »

les cygnes sauvages d'Andersen - illustration de Anna & Elena Balbusso

Elisa et ses frères-cygnes sur le récif se protégeant de la tempête – illustration de Anna & Elena Balbusso : « Coude contre coude, ses frères se tenaient debout autour d’elle, mais il n’y avait de place que pour eux et pour elle. La mer battait le récif, jaillissait et retombait sur eux en cascades, le ciel brûlait d’éclairs toujours recommencés et le tonnerre roulait ses coups répétés. »

0_80b10_1983af08_origIllustration par N. Goltz – 2006

les Cygnes sauvages - illustration Anton Lomaev

les Cygnes sauvages – illustration Anton Lomaev

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Illustration de Anton Lomaev.

les Cygnes sauvages - illustration Anton Lomaev

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Alors la sœur et les frères, se tenant par la main, chantèrent un cantique où ils retrouvèrent courage.      A l’aube, l’air était pur et calme, aussitôt le soleil levé les cygnes s’envolèrent avec Elisa. La mer était encore forte et lorsqu’ils furent très haut dans l’air, l’écume blanche sur les flots d’un vert sombre semblait des millions de cygnes nageant.

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« l’écume blanche sur les flots d’un vert sombre semblait des millions de cygnes nageant. »

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« Lorsque le soleil fut plus haut, Elisa vit devant elle, flottant à demi dans l’air, un pays de montagnes avec des glaciers brillants parmi les rocs et un château d’au moins une lieue de long, orné de colonnades les unes au-dessus des autres » – Illustration de Anton Lomaev.

     Lorsque le soleil fut plus haut, Elisa vit devant elle, flottant à demi dans l’air, un pays de montagnes avec des glaciers brillants parmi les rocs et un château d’au moins une lieue de long, orné de colonnades les unes au-dessus des autres. A ses pieds se balançaient des forêts de palmiers avec des fleurs superbes, grandes comme des roues de moulin. Elle demanda si c’était là le pays où ils devaient aller, mais les cygnes secouèrent la tête, ce qu’elle voyait, disaient-ils, n’était qu’un joli mirage, le château de nuées toujours changeant de la fée Morgane où ils n’oseraient jamais amener un être humain. Tandis qu’Elisa le regardait, montagnes, bois et château s’écroulèrent et voici surgir vingt églises altières, toutes semblables, aux hautes tours, aux fenêtres pointues. Elle croyait entendre résonner l’orgue mais ce n’était que le bruit de la mer. Bientôt les églises se rapprochèrent et devinrent une flotte naviguant au-dessous d’eux, et alors qu’elle baissait les yeux pour mieux voir, il n’y avait que la brume marine glissant à la surface.      

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Illustrations de Anton Lomaev.

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     Mais bientôt elle aperçut le véritable pays où ils devaient se rendre, pays de belles montagnes bleues, de bois de cèdres, de villes et de châteaux. Bien avant le coucher du soleil, elle était assise sur un rocher devant l’entrée d’une grotte tapissée de jolies plantes vertes grimpantes, on eût dit des tapis brodés.      – Nous allons bien voir ce que tu vas rêver, cette nuit, dit le plus jeune des frères en lui montrant sa chambre.      – Si seulement je pouvais rêver comment vous aider ! répondit-elle. Et cette pensée la préoccupait si fort, elle suppliait si instamment Dieu de l’aider que, même endormie, elle poursuivait sa prière. Alors il lui sembla qu’elle s’élevait très haut dans les airs jusqu’au château de la fée Morgane qui venait elle-même à sa rencontre, éblouissante de beauté et cependant semblable à la vieille femme qui lui avait offert des baies dans la forêt.

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« Alors il lui sembla qu’elle s’élevait très haut dans les airs jusqu’au château de la fée Morgane qui venait elle-même à sa rencontre, éblouissante de beauté  – Tes frères peuvent être sauvés ! dit la fée, mais auras-tu assez de courage et de patience? Si la mer est plus douce que tes mains délicates, elle façonne pourtant les pierres les plus dures, mais elle ne ressent pas la douleur que tes doigts souffriront, elle n’a pas de cœur et ne connaît pas l’angoisse et le tourment que tu auras à endurer. – Vois cette ortie que je tiens à la main, il en pousse beaucoup de cette sorte autour de la grotte où tu habites, mais celle-ci seulement et celles qui poussent sur les tombes du cimetière sont utilisables – cueille-les malgré les cloques qui brûleront ta peau, piétine-les pour en faire du lin que tu tordras, puis tresse-les en onze cottes de mailles aux manches longues, tu les jetteras sur les onze cygnes sauvages et le charme mauvais sera rompu. Mais n’oublie pas qu’à l’instant où tu commenceras ce travail, et jusqu’à ce qu’il soit terminé, même s’il faut des années, tu ne dois prononcer aucune parole, le premier mot que tu diras, comme un poignard meurtrier frappera le cœur de tes frères, de ta langue dépend leur vie. N’oublie pas ! – « 

Les Cygnes sauvages - illustration Susan JeffersLes Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

les Cygnes sauvages - illustration Anton Lomaev

les Cygnes sauvages – illustration Anton Lomaev

notice_1260 – Tes frères peuvent être sauvés ! dit la fée, mais auras-tu assez de courage et de patience? Si la mer est plus douce que tes mains délicates, elle façonne pourtant les pierres les plus dures, mais elle ne ressent pas la douleur que tes doigts souffriront, elle n’a pas de cœur et ne connaît pas l’angoisse et le tourment que tu auras à endurer.      «Vois cette ortie que je tiens à la main, il en pousse beaucoup de cette sorte autour de la grotte où tu habites, mais celle-ci seulement et celles qui poussent sur les tombes du cimetière sont utilisables – cueille-les malgré les cloques qui brûleront ta peau, piétine-les pour en faire du lin que tu tordras, puis tresse-les en onze cottes de mailles aux manches longues, tu les jetteras sur les onze cygnes sauvages et le charme mauvais sera rompu. Mais n’oublie pas qu’à l’instant où tu commenceras ce travail, et jusqu’à ce qu’il soit terminé, même s’il faut des années, tu ne dois prononcer aucune parole, le premier mot que tu diras, comme un poignard meurtrier frappera le cœur de tes frères, de ta langue dépend leur vie. N’oublie pas ! »      La fée effleura de l’ortie la main d’Elisa et la brûlure l’éveilla. Il faisait grand jour, et tout près de l’endroit où elle avait dormi, il y avait une ortie pareille à celle de son rêve. Alors elle tomba à, genoux et remercia Notre-Seigneur puis elle sortit de la grotte pour commencer son travail.      De ses mains délicates, elle arrachait les orties qui brûlaient comme du feu formant de grosses cloques douloureuses sur ses mains et ses bras mais elle était contente de souffrir pourvu qu’elle pût sauver ses frères. Elle foula chaque ortie avec ses pieds nus et tordit le lin vert.

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« De ses mains délicates, elle arrachait les orties qui brûlaient comme du feu formant de grosses cloques douloureuses sur ses mains et ses bras mais elle était contente de souffrir pourvu qu’elle pût sauver ses frères. »

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illustration Elenore Abbott

les Cygnes sauvages - illustration, Kaarina Kaila

les Cygnes sauvages – illustration, Kaarina Kaila

Les Cygnes sauvages - illustration Susan Jeffers

Les Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

     Au coucher du soleil les frères rentrèrent. Ils s’effrayèrent de la trouver muette, craignant un autre mauvais sort jeté par la méchante belle-mère, mais voyant ses mains, ils se rendirent compte de ce qu’elle faisait pour eux.

Les Cygnes sauvages - illustration Susan JeffersLes Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

« Le plus jeune des frères se prit à pleurer et là où tombaient ses larmes, Elisa ne sentait plus de douleur, les cloques brûlantes s’effaçaient. »

les Cygnes sauvages - illustration Juan Diaz-Toledo. les Cygnes sauvages – illustration Juan Diaz-Toledo

The Wild Swans – Rudolf Koivu

The Wild Swans – Rudolf Koivu

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      Elle passa la nuit à travailler n’ayant de cesse qu’elle n’eût sauvé ses frères chéris et tout le jour suivant, tandis que les cygnes étaient absents, elle demeura à travailler solitaire mais jamais le temps n’avait volé si vite. Une cotte de mailles était déjà terminée, elle commençait la seconde.

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« elle demeura à travailler solitaire mais jamais le temps n’avait volé si vite. Une cotte de mailles était déjà terminée, elle commençait la seconde. »

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« Alors un cor de chasse sonna dans les montagnes, elle en fut tout inquiète, le bruit se rapprochait, elle entendait les abois des chiens. Effrayée, elle se réfugia dans la grotte, lia en botte les orties qu’elle avait cueillies et démêlées et s’assit dessus.      A ce moment un grand chien bondit hors du hallier suivi d’un autre et d’un autre encore. Ils aboyaient très fort, couraient de tous côtés, »

Les Cygnes sauvages - illustration Susan JeffersLes Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

« au bout de quelques minutes tous les chasseurs étaient là devant la grotte et le plus beau d’entre eux, le roi du pays, s’avança vers Elisa. Jamais il n’avait vu fille plus belle.      – Comment es-tu venue ici, adorable enfant ? s’écria-t-il.  Elisa secoua la tête, elle n’osait parler, le salut et la vie de ses frères en dépendaient. Elle cacha ses jolies mains sous son tablier pour que le roi ne vît pas sa souffrance.      – Viens avec moi, dit le roi, ne reste pas ici. Si tu es aussi bonne que belle, je te vêtirai de soie et de velours, je mettrai une couronne d’or sur ta tête et tu habiteras le plus riche de mes palais ! « 

Les Cygnes sauvages - illustration Susan JeffersLes Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

« Il la souleva et la plaça sur son cheval, mais elle pleurait et se tordait les mains, alors le roi lui dit :      – Je ne veux que ton bonheur, un jour tu me remercieras !       Et il s’élança à travers les montagnes, la tenant devant lui sur son cheval et suivi au galop par les autres chasseurs. »

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 « Et il s’élança à travers les montagnes, la tenant devant lui sur son cheval et suivi au galop par les autres chasseurs. »

4136572728_00cf091fee_oles Cygnes sauvages - illustration Anton Lomaev

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Anna et Elena Balbusso : illustration ses Cygnes sauvages d'Andersen

 Illustration Anna et Elena Balbusso.

« Au soleil couchant la magnifique ville royale avec ses églises et ses coupoles s’étalait devant eux. »

Les Cygnes sauvages - illustration Susan JeffersLes Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

      Au soleil couchant la magnifique ville royale avec ses églises et ses coupoles s’étalait devant eux. Le roi conduisit la jeune fille dans le palais où les jets d’eau jaillissaient dans les salles de marbre, où les murs et les plafonds rutilaient de peintures, mais elle n’avait pas d’yeux pour ces merveilles; elle pleurait et se désolait. Indifférente, elle laissa les femmes la parer de vêtements royaux, tresser ses cheveux et passer des gants très fins sur ses doigts brûlés.        Alors, dans ces superbes atours, elle était si resplendissante de beauté que toute la cour s’inclina profondément devant elle et que le roi l’élut pour fiancée, malgré l’archevêque qui hochait la tête et murmurait que cette belle fille des bois ne pouvait être qu’une sorcière qui séduisait le cœur du roi.

0_80b11_34e250db_orig-1Illustration par N. Goltz – 2006

« Alors, dans ces superbes atours, elle était si resplendissante de beauté que toute la cour s’inclina profondément devant elle et que le roi l’élut pour fiancée, malgré l’archevêque qui hochait la tête et murmurait que cette belle fille des bois ne pouvait être qu’une sorcière qui séduisait le cœur du roi. »

Les Cygnes sauvages - illustration Susan JeffersLes Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

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Illustration de Anton Lomaev.

     Le roi ne voulait rien entendre, il commanda la musique et les mets les plus rares. Les filles les plus ravissantes dansèrent pour elle. On la conduisit à travers des jardins embaumés dans des salons superbes, mais pas le moindre sourire ne lui venait aux lèvres ni aux yeux, la douleur seule semblait y régner pour l’éternité. Le roi ouvrit alors la porte d’une petite pièce attenante à celle où elle devait dormir, qui était ornée de riches tapisseries vertes rappelant tout à fait la grotte où elle avait habité. La botte de lin qu’elle avait filée avec les orties était là sur le parquet et au plafond pendait la cotte de mailles déjà terminée, – un des chasseurs avait emporté tout ceci comme curiosité.      – Ici tu pourras rêver que tu es encore dans ton ancien logis, dit le roi, voici ton ouvrage qui t’occupait alors, ici, au milieu de tout ton luxe, tu t’amuseras à repenser à ce temps-là.      Quand Elisa vit ces choses qui lui tenaient tant à cœur, un sourire joua sur ses lèvres et le sang lui revint aux joues. Elle pensait au salut de ses frères et baisa la main du roi qui la pressa sur son cœur et ordonna de sonner toutes les cloches des églises. L’adorable fille muette des bois allait devenir reine.      L’archevêque avait beau murmurer de méchants propos aux oreilles du roi, ils n’allaient pas jusqu’à son cœur, la noce devait avoir lieu. C’est l’archevêque lui-même qui devait mettre la couronne sur la tête de la mariée et, dans sa malveillance, il enfonça avec tant de force le cercle étroit sur le front d’Elisa qu’il lui fit mal, mais une douleur autrement lourde lui serrait le cœur, le chagrin qu’elle avait pour ses frères. Sa bouche demeurait muette puisqu’un seul mot trancherait leur vie, mais ses yeux exprimaient un amour profond pour ce roi si bon et si beau qui ordonnait tout pour son plaisir. Jour après jour, elle s’attachait à lui davantage. Oh ! si elle osait seulement se confier à lui, lui dire sa souffrance, mais non, il lui fallait être muette, muette elle devait achever son ouvrage. Aussi se glissait-elle la nuit hors de leur lit pour aller dans la petite chambre décorée comme la grotte et là, elle tricotait une cotte de mailles après l’autre. Quand elle fut à la septième, il ne lui restait plus de lin.

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« Aussi se glissait-elle la nuit hors de leur lit pour aller dans la petite chambre décorée comme la grotte et là, elle tricotait une cotte de mailles après l’autre. Quand elle fut à la septième, il ne lui restait plus de lin. »

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      Elle savait que les orties qu’il lui fallait employer poussaient au cimetière, mais elle devait les cueillir elle-même, comment pourrait-elle sortir ?      «Oh ! qu’est-ce que la souffrance à mes doigts à côté du tourment de mon cœur, pensait-elle, il faut que j’ose, Dieu ne m’abandonnera pas ! »

Les Cygnes sauvages - illustration Susan JeffersLes Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

Les Cygnes sauvages - illustration Susan Jeffers

« Le cœur battant comme si elle commettait une mauvaise action, elle sortit dans la nuit éclairée par la lune, descendit au jardin, suivit les longues allées et les rues désertes jusqu’au cimetière. Là elle vit sur une des plus larges pierres tombales un groupe de hideuses sorcières. Elisa était obligée de passer à côté d’elles et elles la fixaient de leurs yeux mauvais, mais la jeune fille récita sa prière, cueillit des orties brûlantes et rentra au château. »

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 illustration  Anna et Elena Balbusso

 illustration  Anna et Elena Balbusso

0_80b12_f30c52b6_origIllustration par N. Goltz – 2006

« elle sortit dans la nuit éclairée par la lune, descendit au jardin, suivit les longues allées et les rues désertes jusqu’au cimetière. Là elle vit sur une des plus larges pierres tombales un groupe de hideuses sorcières. »

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« Une seule personne l’avait vue : l’archevêque resté debout tandis que les autres dormaient. »

     Une seule personne l’avait vue : l’archevêque resté debout tandis que les autres dormaient. Ainsi il avait donc eu raison dans ses soupçons malveillants sur la reine, elle n’était qu’une sorcière !      Dans le secret du confessionnal, il dit au roi ce qu’il avait vu, ce qu’il craignait et quand ces paroles si dures sortirent de sa bouche, les saints de bois sculptés secouaient la tête comme s’ils voulaient dire que ce n’était pas vrai, qu’Elisa était innocente.       Des larmes amères coulaient sur les joues du roi, il rentra chez lui avec un doute au cœur. Maintenant, la nuit, il faisait semblant de dormir mais il ne trouvait pas le sommeil, il remarquait qu’Elisa se levait chaque nuit et chaque nuit il la suivait et la voyait disparaître dans sa petite chambre.       Jour après jour, il devenait plus sombre, Elisa le voyait bien mais ne se l’expliquait pas ; elle s’inquiétait cependant et que ne souffrit-elle alors en son cœur pour ses frères ! Ses larmes coulaient sur le velours et la pourpre royale, elles y tombaient comme des diamants scintillants, et les dames de la cour qui voyaient toute cette magnificence eussent bien voulu être reines à sa place.       Cependant, elle devait être bientôt au terme de son ouvrage, il ne manquait plus qu’une cotte de mailles, encore une fois elle n’avait plus de lin et plus une seule ortie. Il lui fallait encore une fois, la dernière, s’en aller au cimetière en cueillir quelques poignées. Elle redoutait cette course solitaire et les terribles sorcières, mais sa volonté restait ferme et aussi sa confiance en Dieu.       Elisa partit donc, mais le roi et l’archevêque la suivaient ; ils la virent disparaître à la grille du cimetière et, quand eux-mêmes s’en approchèrent, ils virent les affreuses sorcières assises sur la dalle comme Elisa les avait vues. Alors le roi s’en retourna, il se la figurait parmi les sorcières, elle dont la tête avait, ce même soir, reposé sur sa poitrine.      – C’est le peuple qui la jugera, dit-il.

0_80b13_beab1a28_origIllustration par N. Goltz – 2006

Les Cygnes sauvages - illustration Susan Jeffers

Les Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

« Le peuple la condamna, elle devait être brûlée vive.      Arrachée aux magnifiques salons royaux, Elisa fut jetée dans un cachot sombre et humide où le vent soufflait à travers les barreaux de la fenêtre »

au lieu du velours et de la soie, on lui donna, pour poser sa tête, la botte d’orties qu’elle avait cueillie, les rudes cottes de mailles brûlantes qu’elle avait tricotées devaient lui servir de couvertures et de couette, mais aucun présent ne pouvait lui être plus cher. Elle se remit à son ouvrage en priant Dieu.

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 illustration de Anna & Elena Balbusso

 » le soir elle entendit un bruissement d’ailes de cygnes devant les barreaux : c’était le plus jeune des frères qui l’avait retrouvée. »

      le soir elle entendit un bruissement d’ailes de cygnes devant les barreaux : c’était le plus jeune des frères qui l’avait retrouvée. Alors elle sanglota de joie et pourtant elle savait que cette nuit serait sans doute la dernière de sa vie. Mais maintenant, l’ouvrage était presque achevé et ses frères étaient là …      L’archevêque arriva pour passer les heures ultimes avec elle – il l’avait promis au roi – mais elle, secouant la tête, le pria par ses regards et sa mimique de s’en aller, cette nuit même il fallait que son travail fût terminé, sinon tout aurait été inutile, sa douleur, ses larmes et ses nuits sans sommeil. L’archevêque la quitta sur quelques méchantes paroles, mais continua sa besogne.      Les petites souris couraient sur le plancher et traînaient des orties jusqu’à ses pieds afin de l’aider de leur mieux, et un merle se posa devant la fenêtre et siffla toute la nuit pour qu’elle ne perdît pas courage.

0_80b14_ab4f5d16_origIllustration par N. Goltz – 2006

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Illustration de Anton Lomaev.

Les Cygnes sauvages - illustration Susan Jeffers

Les Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

« Ce n’était pas encore l’aube – le soleil ne se lèverait qu’une heure plus tard – quand les onze frères se présentèrent au portail du château. Ils demandaient qu’on les mène auprès du souverain mais on leur répondit que c’était tout à fait impossible. Sa majesté dormait et nul n’eût osé le réveiller. Ils supplièrent, ils menacèrent jusqu’à ce que la garde parût et le roi lui-même. A cet instant, le soleil se leva, plus de frères, mais au-dessus du palais, onze cygnes sauvages volaient à tire-d’aile. »  www.digilibraries.com@3@2@5@7@32572@32572-h@images@p069i

« Maintenant la foule se pressait aux portes de la ville, tout le peuple voulait voir brûler la sorcière. Une vieille haridelle traînait la charrette où on l’avait assise vêtue d’une blouse de grosse toile à sac, ses admirables cheveux tombaient autour de son visage d’une mortelle pâleur, ses lèvres remuaient doucement tandis que ses doigts tordaient le lin vert. Même sur le chemin de la mort, elle n’abandonnerait pas l’œuvre commencée, dix cottes de mailles étaient posées à ses pieds, elle tricotait la onzième.  Voyez la sorcière, qu’est-ce qu’elle marmonne, elle n’a bien sûr pas de livre de psaumes dans les mains, mais bien toutes ses sorcelleries, arrachez-lui ça, mettez tout en pièces. »

Les Cygnes sauvages - illustration Susan JeffersLes Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

 » Ils se ruaient et pressaient pour l’atteindre, mais voici venir par les airs onze cygnes blancs, ils se posèrent autour d’elle dans la charrette en battant de leurs larges ailes. La foule, épouvantée recula. »

Les Cygnes sauvages - illustration Susan JeffersLes Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

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les Cygnes sauvages – illustration, N. Goltz, 2006

Les Cygnes sauvages - illustration, Nadezhda Illarionova

Les Cygnes sauvages – illustration, Nadezhda Illarionova

     – C’est un avertissement du ciel, elle est innocente, murmurait-on tout bas, pourtant, personne n’osait le dire tout haut.      Déjà le bourreau saisissait sa main, alors en toute hâte, elle jeta les onze cotes de mailles sur les cygnes et à leur place parurent onze princes délicieux, le plus jeune avait une aile de cygne à la place d’un de ses bras car il manquait encore une manche à la dernière tunique qu’elle n’avait pu terminer.      – Maintenant j’ose parler, s’écria-t-elle, je suis innocente.

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Illustration par N. Goltz – 2006

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Illustrations de Anton Lomaev.

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 illustration  Anna et Elena Balbusso

 illustration  Anna et Elena Balbusso

Les Cygnes sauvages - illustration Susan Jeffers

Les Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

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« Déjà le bourreau saisissait sa main, alors en toute hâte, elle jeta les onze cotes de mailles sur les cygnes et à leur place parurent onze princes délicieux, le plus jeune avait une aile de cygne à la place d’un de ses bras car il manquait encore une manche à la dernière tunique qu’elle n’avait pu terminer. – Maintenant j’ose parler, s’écria-t-elle, je suis innocente. »

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     Et le peuple ayant vu le miracle s’inclina devant elle comme devant une sainte, mais elle tomba inanimée dans les bras de ses frères, brisée par l’attente, l’angoisse et la douleur.      – Oui, elle est innocente ! dit l’aîné des frères. Il raconta tout ce qui était arrivé et, tandis qu’il parlait, un parfum se répandait comme des millions de roses. Chaque morceau de bois du bûcher avait pris racine et des branches avaient poussé formant un grand buisson de roses rouges. A sa cime, une fleur blanche resplendissait de lumière comme une étoile, le roi la cueillit et la posa sur la poitrine d’Elisa. Alors elle revint à elle, la paix et la béatitude dans le cœur.      Toutes les cloches des églises se mirent à sonner d’elles-mêmes et les oiseaux arrivèrent volent en grandes troupes. Le retour au château fut un nouveau cortège nuptial comme aucun roi au monde n’en avait jamais vu.

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« Alors elle revint à elle, la paix et la béatitude dans le cœur.      Toutes les cloches des églises se mirent à sonner d’elles-mêmes et les oiseaux arrivèrent volent en grandes troupes. Le retour au château fut un nouveau cortège nuptial comme aucun roi au monde n’en avait jamais vu. »

Les Cygnes sauvages - illustration Susan JeffersLes Cygnes sauvages – illustration Susan Jeffers

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« un nouveau cortège nuptial comme aucun roi au monde n’en avait jamais vu. »

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illustres illustrateurs : Gaspard de la nuit (Aloysius Bertrand), Fantaisies décorées à la manière de Rembrandt et de Callot

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Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit. Fantaisies à la manière de Rembrandt et de CallotAloysius Bertrand, Gaspard de la nuit. Fantaisies à la manière de Rembrandt et de CallotAloysius Bertrand, Gaspard de la nuit. Fantaisies à la manière de Rembrandt et de CallotAloysius Bertrand, Gaspard de la nuit. Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot

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les atomes du Temps : le paysage nous observe…

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le paysage m’observe…  photos prises le 3 août 2011
en fin de journée
au cap Sizun – Bretagne.

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Poésie du Septentrion : Tomas Tranströmer (II)

–––– Tomas Tranströmer : Baltiques –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Tomas Tranströmer

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Les ratures du feu

Durant ces mois obscurs, ma vie n’a scintillé que lorsque
je faisais l’amour avec toi.
Comme la luciole qui s’allume et s’éteint, s’allume et s’éteint
– nous pouvons par instants suivre son chemin
dans la nuit parmi les oliviers

Durant ces mois obscurs, ma vie est restée affalée et inerte
alors que mon corps s’en allait droit vers toi.
la nuit, le ciel hurlait.
En cachette, nous tirions le lait du cosmos, pour survivre.

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Répondre aux lettres

Dans le tiroir inférieur de la commode, je retrouve une lettre arrivée ici, une première fois, voilà vingt-six ans. Une lettre affolée, qui respire encore quand elle arrive pour la seconde fois.

Une maison a cinq fenêtres : par quatre d’entre elles, le jour brille avec calme et félicité. La cinquième fait face à un ciel noir, à l’orage et à la tempête. Je suis à la cinquième fenêtre. La lettre.

Parfois il existe un abîme entre le mardi et le mercredi, mais vingt six ans peuvent défiler en un instant. Le temps n’est pas une distance en ligne droite, mais plutôt un labyrinthe, et quand on s’appuie au mur, au bon endroit, on peut entendre des pas précipités et des voix, on peut s’entendre passer, là, de l’autre côté.

Cette lettre n’a-t-elle jamais eu de réponse ? Je n’en sais plus rien, c’était il y a si longtemps déjà. Les innombrables seuils de l’océan ont poursuivis leur marche. Le cœur a continué à bondir, de seconde en seconde, comme un crapaud dans l’herbe humide d’une nuit d’août.

Les lettres sans réponses s’amassent là-haut, comme les cirrostratus qui annoncent la tourmente. Elles ternissent les rayons du soleil. Je répondrai un jour. Un jour, lorsque je serais mort et que j’arriverai enfin à me concentrer. Ou du moins assez loin d’ici pour arriver à me retrouver. Quand je viens d’atterrir dans la grande ville et quand je longe la 125e Rue, dans le vent qui balaie la rue des ordures en fête. Moi qui aime tant flâner et me perdre dans la foule, un T majuscule dans la masse du texte sans fin.

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En mars – 79

Las de tous ceux qui viennent avec des mots,
des mots mais pas de langage,
je partis pour l’île recouverte de neige.
L’indomptable n’a pas de mots.
Ses pages blanches s’étalent dans tous les sens !
Je tombe sur les traces de pattes d’un cerf dans la neige.
Pas des mots, mais un langage.

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les souvenirs m’observent

Un matin de juin, alors qu’il est trop tôt
pour s’éveiller et trop tard pour se rendormir.

Je dois sortir dans la verdure saturée
de souvenirs, et ils me suivent des yeux.

Ils restent invisibles, ils se fondent
dans l’ensemble, parfaits caméléons.

Ils sont si près que j’entends leur haleine,
bien que le chant des oiseaux soit assourdissant.

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Pour ceux qui veulent lire d’autres poèmes de Tomas Tranströmer sur ce blog, c’est ICI.

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–––– Article du journal Libération du 6 octobre 2011 ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

le poète suédois Tomas Transtromer le 31 mars 2011 à Stockholm

Tomas Transtromer le 31 mars 2011 à Stockholm (AFP Jessica Gow)

     Le prix Nobel de littérature 2011 a été décerné au poète suédois Tomas Tranströmer, a annoncé jeudi l’Académie suédoise.

     Tranströmer, 80 ans, psychologue de formation, est récompensé «car, par des images denses, limpides, il nous donne un nouvel accès au réel», selon l’Académie. «La plupart des recueils de poésie de Tranströmer sont empreints d’économie, d’une qualité concrète et de métaphores expressives», ajoute l’Académie. «Dans ses derniers recueils….Tranströmer tend à un format encore moindre et à un degré encore plus grand de concentration

     Le Suédois Tomas Tranströmer était déjà le plus connu des poètes scandinaves vivants avec une oeuvre dans laquelle il explore la relation entre notre intimité et le monde qui nous entoure. Psychologue de formation, il suggère que l’examen poétique de la nature permet de plonger dans les profondeurs de l’identité humaine et de sa dimension spirituelle. «L’existence d’un être humain ne finit pas là où ses doigts se terminent», a déclaré un critique suédois au sujet des poèmes de Tranströmer, décrits comme «des prières laïques». La renommée de Tranströmer dans le monde anglophone doit beaucoup à son amitié avec le poète américain Robert Bly, qui a traduit en anglais une bonne partie de son oeuvre. Celle-ci a été traduite dans une cinquantaine de langues.

     Les poèmes de Tomas Tranströmer sont riches en métaphores et en images. Ils illustrent des scènes simples tirées de la vie de tous les jours et de la nature. Son style introspectif, décrit par le magazine Publishers Weekly comme «mystique, versatile et triste», détonne avec la vie même du poète engagé dans un combat pour un monde meilleur, et pas seulement au travers de poèmes. Né le 15 avril 1931 à Stockholm, Tomas Tranströmer a été élevé par sa mère après le départ, très tôt, de son père. Ayant obtenu son diplôme de psychologie en 1956, il a été embauché à l’Institut psychotechnique de l’université de Stockholm, avant de s’occuper en 1960 de jeunes délinquants dans un institut spécialisé. Tout en édifiant une riche oeuvre poétique, il travaille avec des handicapés, des condamnés et des toxicomanes.

     A l’âge de 23 ans, alors qu’il est toujours étudiant en psychologie, il publie son premier recueil intitulé «17 poèmes», chez le plus grand éditeur suédois, Bonniers, avec lequel il restera lié tout au long de sa carrière. Pour l’éditeur, la poésie de Tranströmer est «une analyse permanente de l’énigme de l’identité individuelle face à la diversité labyrinthique du monde». En 1966, il reçoit le prestigieux prix Bellman.

     De nombreuses autres récompenses suivent, dont le prix Pétrarque (Allemagne, 1981) et le Neustadt International Prize (Etats-Unis, 1990). En 1997, la ville ouvrière de Västeraas, où il vécut trente ans avant de rentrer à Stockholm dans les années 1990, a créé le prix Tranströmer. Ayant publié une dizaine de recueils, le poète est frappé en 1990 par une attaque d’apoplexie qui le laisse partiellement paralysé et aphasique, le condamnant à réduire considérablement ses activités.

     Sa première oeuvre publiée après cette attaque, six ans plus tard, est un recueil intitulé «La Gondole chagrin», qui s’est écoulé à 30.000 exemplaires, un chiffre plus qu’honorable en matière de poésie. A la suite de ce succès, Tranströmer n’a rien publié durant huit années à l’exception de sa correspondance avec Bly.

     Sa dernière publication remonte à 2004 avec la parution d’un recueil de 45 haïkus («La grande énigme», publiée en France par le Castor Astral). Depuis, la musique a pris le dessus chez ce pianiste amateur. Il joue de son instrument tous les jours, de la main gauche car la droite est abîmée depuis la crise d’apoplexie, et il passe ses matinées à écouter de la musique classique, a raconté son épouse dans un entretien au grand quotidien suédois Dagens Nyheter publié cette année. Tomas Tranströmer vit avec son épouse Monica, ils ont deux filles.

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Home, sweet home : maison bois à toit plat en Finlande

–––– concept PlusVilla,  maisons bois à toit plat en Finlande – agence Plus Arkkitehdit ––––––––––––

Capture d’écran 2013-08-14 à 05.38.51Jani Lahti et Juho Häikiö, architectes fondateurs de l’agence Plus Arkkitehdit

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     Ce concept de maison à ossature bois à toit plat a été conçu par le cabinet d’architecte finlandais Plus Aekkitehdit (Plusarchitects) installé à Helsinki et réalisé par le constructeur d’éléments préfabriqués en bois, la société Honkatalot Ltd.
     Son principe architectural est simple : réaliser une structure en ossature bois à base d’éléments porteurs en poteaux et parois préfabriquées en bois s’inscrivant dans un volume simple en forme de parallélépipède et, à l’intérieur de ce volume de base, disposer les façades de manière libre en ménageant entre l’enveloppe extérieure ajourée et le retrait des façades des espaces intermédiaires aménagés en terrasses. Dans le cas de la PlusVilla A réalisée en 2007 dans le sud de la Finlande, cette liberté de l’organisation intérieure des volumes clos à l’intérieur de la structure de base va jusqu’à la création d’un volume indépendant isolé du reste de la maison destiné au stockage (voir photo ).

     Cette organisation créée un effet de « double lecture » de l’architecture : dans un premier temps, lecture du volume parallélépipédique d’ensemble dans lequel s’inscrivent les volumes habités, dans un second temps, lecture de la complexité des façades en retrait et des volumes qu’elles délimitent. Cet effet est accentué par le traitement différencié de ces éléments architecturaux : teinte foncée pour l’enveloppe extérieure et teinte claire pour les façades placées en retrait.

     Représentée seule en pleine nature comme elle l’est sur les photos des deux réalisations que nous avons eu à disposition, cette architecture apparait séduisante. Elle répond au critère de la beauté qui nous a été légué par l’antiquité grecque à savoir qu’un objet de forme simple et pur dont les dimensions et les proportions ont été définies selon des règles géométriques rigoureuses est « beau », c’est-à-dire qu’il satisfait notre désir d’ordre et de proportion. Le Corbusier avait coutume de définir l’architecture comme « le jeu savant et magnifique des formes sous la lumière ». Aucune référence à l’architecture traditionnelle dans cette définition sauf si l’architecture traditionnelle est considérée comme un catalogue de formes et de solutions techniques dont on peut s’inspirer pour construire au présent. Pour Le Corbusier l’architecture possède ses lois formelles propres et peut s’affranchir de toute référence culturelle ou modèles préétablis imposés par le  passé.
     Le problème serait différemment si cette maison avait été réalisée dans un village traditionnel dont les constructions possédaient des toits à double pente. Se poserait alors le problème de l’intégration architecturale.

crédit photographique : Kuvio.com

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–––– Plans, volumes et aménagements intérieurs ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

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–––– autre construction dérivée : PlusVilla A dans le sud de la Finlande, année 2007 –––––––––––––

surface : 127 m2 –Prefabricated house supplier: Honkatalot – Photographs: Hans Koistinen, Kristiina Hemminki

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–––– autre construction dérivée : société lituanienne  aquarium projects –––––––––––––––––––––––––

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