conte du Dragon : « les cygnes sauvages » de Hans Christian Andersen

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Statue de Hans Christian Andersen (1805-1875) à Central Park, New-York.

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Une publication du conte illustrée par André Pécoud : la jeune princesse est transportée au-dessus de la mer par ses frères-cygnes.

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     Le conte Les Cygnes sauvages est paru en 1838 est inspiré d’un conte traditionnel danois publié en 1823 par un autre danois, Matthias Winther.      Il raconte l’histoire d’une jeune princesse nommée Elisa et des ses onze frères qui, après la mort de leur mère et le remariage du Roi leur père, sont victimes de la méchanceté de leur belle-mère à demi sorcière. Elisa sera placée à la campagne chez des paysans et ses onze frères transformés en cygnes qui s’envolent et disparaissent.      A l’âge de quinze ans, la jeune princesse qui n’a pas oublié ses frères décide de partir à leur recherche. Elle les retrouve enfin mais ceux-ci lui explique qu’ils ne sont humains que la nuit, l’orée du jour les voit se transformer de nouveaux en oiseaux. Mais une fée vient la nuit à son secours en lui expliquant dans l’un de ses rêves comment rompre le sortilège : elle doit leur confectionner onze cottes de mailles à manches longues et les jeter sur eux à midi mais pour que le remède réussisse, elle doit garder absolument le silence tant que son travail n’est pas achevé. Elle entreprend aussitôt son travail.      En ramassant des orties dans la forêt, elle rencontre une chasse conduite par le roi du pays voisin qui tombe immédiatement amoureux d’elle et l’emmène sur son cheval dans son royaume pour l’épouser. En attendant le jour du mariage, elle continue à tisser et coudre les cotes de mailles pour ses frères mais une nuit qu’elle ramassait des orties dans un cimetière parce qu’elle n’avait plus de lin, elle est surprise par l’archevêque qui la traite de sorcière et est condamnée à être brûlée vive. Obligée de se taire pour sauver ses frères, elle ne pu se défendre.      Dans l’attente de son supplice, la brave jeune fille continue de confectionner ses cottes de mailles en espérant parvenir à les achever avant son supplice. C’est heureusement ce qui se produira… Le jour où elle est conduite au bûcher, onze cygnes se posent près d’elle et se transforment en beaux jeunes hommes. Tout le monde s’explique, la princesse épousera son roi et ils vivront heureux et auront beaucoup d’enfants…

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la jeune princesse retrouve enfin ses frères... Illustration d’André Pécoud

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Les Cygnes sauvages

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    Bien loin d’ici, là où s’envolent les hirondelles quand nous sommes en hiver, habitait un roi qui avait onze fils et une fille, Elisa. Les onze fils, quoique princes, allaient à l’école avec décorations sur la poitrine et sabre au côté ; ils écrivaient sur des tableaux en or avec des crayons de diamant et apprenaient tout très facilement, soit par cœur soit par leur raison ; on voyait tout de suite que c’étaient des princes. Leur sœur Elisa était assise sur un petit tabouret de cristal et avait un livre d’images qui avait coûté la moitié du royaume. Ah ! ces enfants étaient très heureux, mais ça ne devait pas durer toujours.

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Illustrations de Anton Lomaev.

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     Leur père, roi du pays, se remaria avec une méchante reine, très mal disposée à leur égard. Ils s’en rendirent compte dès le premier jour : tout le château était en fête ; comme les enfants jouaient « à la visite », au lieu de leur donner, comme d’habitude, une abondance de gâteaux et de pommes au four, elle ne leur donna que du sable dans une tasse à thé en leur disant « de faire semblant ».      La semaine suivante, elle envoya Elisa à la campagne chez quelque paysan et elle ne tarda guère à faire croire au roi tant de mal sur les pauvres princes que Sa Majesté ne se souciait plus d’eux le moins du monde.     – Envolez-vous dans le monde et prenez soin de vous-même ! dit la méchante reine, volez comme de grands oiseaux, mais muets.      Elle ne put cependant leur jeter un sort aussi affreux qu’elle l’aurait voulu : ils se transformèrent en onze superbes cygnes sauvages et, poussant un étrange cri, ils s’envolèrent par les fenêtres du château vers le parc et la forêt.

0_80b0c_a67a687e_orig-1Illustration par N. Goltz – 2006

     Ce fut le matin, de très bonne heure qu’ils passèrent au-dessus de l’endroit où leur sœur Elisa dormait dans la maison du paysan ; ils planèrent au-dessus du toit, tournant leurs longs cous de tous côtés, battant des ailes, mais personne ne les vit ni ne les entendit, alors il leur fallut poursuivre très haut, près des nuages, loin dans le vaste monde. Ils atteignirent enfin une sombre forêt descendant jusqu’à la grève. La pauvre petite Elisa restait dans la salle du paysan à jouer avec une feuille verte – elle n’avait pas d’autre jouet       –, elle s’amusait à piquer un trou dans la feuille et à regarder le soleil au travers, il lui semblait voir les yeux clairs de ses frères.      Lorsqu’elle eut quinze ans, elle rentra au château de son père et quand la méchante reine vit combien elle était belle, elle entra en grande colère et se prit à la haïr, elle l’aurait volontiers changée en cygne sauvage comme ses frères, mais elle n’osa pas tout d’abord, le roi voulant voir sa fille.      De bonne heure, le lendemain, la reine alla au bain, fait de marbre et garni de tentures de toute beauté. Elle prit trois crapauds. Au premier, elle dit :     – Pose-toi sur la tête d’Elisa quand elle entrera dans le bain, afin qu’elle devienne engourdie comme toi.      – Pose-toi sur son front, dit-elle au second, afin qu’elle devienne aussi laide que toi et que son père ne la reconnaisse pas.      – Pose-toi sur son cœur, dit-elle au troisième, afin qu’elle devienne méchante et qu’elle en souffre.

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« Elle lâcha les crapauds dans l’eau claire qui prit aussitôt une teinte verdâtre, appela Elisa, la dévêtit et la fit descendre dans l’eau » – Illustration par N. Goltz – 2006

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« A l’instant le premier crapaud se posa dans ses cheveux, le second sur son front, le troisième sur sa poitrine, sans qu’Elisa eût l’air seulement de s’en apercevoir. »

      Elle lâcha les crapauds dans l’eau claire qui prit aussitôt une teinte verdâtre, appela Elisa, la dévêtit et la fit descendre dans l’eau. A l’instant le premier crapaud se posa dans ses cheveux, le second sur son front, le troisième sur sa poitrine, sans qu’Elisa eût l’air seulement de s’en apercevoir. Dès que la jeune fille fut sortie du bain, trois coquelicots flottèrent à la surface ; si les bêtes n’avaient pas été venimeuses, elles se seraient changées en roses pourpres, mais fleurs elles devaient tout de même devenir d’avoir reposé sur la tête et le cœur d’Elisa, trop innocente pour que la magie pût avoir quelque pouvoir sur elle.

nouvelle_image__197248       Voyant cela, la méchante reine se mit à la frotter avec du brou de noix, enduisit son joli visage d’une pommade nauséabonde et emmêla si bien ses superbes cheveux qu’il était impossible de reconnaître la belle Elisa.      Son père en la voyant en fut tout épouvanté et ne voulut croire que c’était là sa fille, personne ne la reconnut, sauf le chien de garde et les hirondelles, mais ce sont d’humbles bêtes dont le témoignage n’importe pas.

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Le Roi ne reconnaît pas sa fille et la chasse…

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« personne ne la reconnut, sauf le chien de garde et les hirondelles, mais ce sont d’humbles bêtes dont le témoignage n’importe pas. »

     Alors la pauvre Elisa pleura en pensant à ses onze frères, si loin d’elle. Désespérée, elle se glissa hors du château et marcha tout le jour à travers champs et marais vers la forêt. Elle ne savait où aller, mais dans sa grande tristesse et son regret de ses frères, qui chassés comme elle erraient sans doute de par le monde, elle résolut de les chercher, de les trouver.      La nuit tomba vite dans la forêt, elle ne voyait ni chemin ni sentier, elle s’étendit sur la mousse moelleuse et appuya sa tête sur une souche d’arbre.

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Anna et Elena Balbusso : illustration ses Cygnes sauvages d’Andersen : « Toute la nuit, elle rêva de ses frères. »

    Toute la nuit, elle rêva de ses frères. Ils jouaient comme dans leur enfance, écrivaient avec des crayons en diamants sur des tableaux d’or et feuilletaient le merveilleux livre d’images qui avait coûté la moitié du royaume ; mais sur les tableaux d’or ils n’écrivaient pas comme autrefois seulement des zéros et des traits, mais les hardis exploits accomplis, tout ce qu’ils avaient vu et vécu.      Lorsqu’elle s’éveilla, le soleil était haut dans le ciel, elle ne pouvait le voir car les grands arbres étendaient leurs frondaisons épaisses, mais ses rayons jouaient là-bas comme une gaze d’or ondulante.      Elle entendait un clapotis d’eau, de grandes sources coulaient toutes vers un étang au fond de sable fin. Des buissons épais l’entouraient mais, à un endroit, les cerfs avaient percé une large ouverture par laquelle Elisa put s’approcher de l’eau si limpide que, si le vent n’avait fait remuer les branches et les buissons, elle aurait pu les croire peints seulement au fond de l’eau, tant chaque feuille s’y reflétait clairement.      Dès qu’elle y vit son propre visage, elle fut épouvantée, si noir et si laid ! Mais quand elle eut mouillé sa petite main et s’en fut essuyé les yeux et le front, sa peau blanche réapparut. Alors elle retira tous ses vêtements et entra dans l’eau fraîche et vraiment, telle qu’elle était là, elle était la plus charmante fille de roi qui se pût trouver dans le monde.

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Illustration par N. Goltz – 2006

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« Alors elle retira tous ses vêtements et entra dans l’eau fraîche et vraiment, telle qu’elle était là, elle était la plus charmante fille de roi qui se pût trouver dans le monde. »

     Une fois rhabillée, quand elle eut tressé ses longs cheveux, elle alla à la source jaillissante, but dans le creux de sa main et s’enfonça plus profondément dans la forêt sans savoir elle-même où aller.      Elle pensait toujours à ses frères, elle pensait à Dieu, si bon, qui ne l’abandonnerait sûrement pas, lui qui fait pousser les pommes sauvages pour nourrir ceux qui ont faim. Et justement il lui fit voir un de ces arbres dont les branches ployaient sous le poids des fruits ; elle en fit son repas, plaça un tuteur pour soutenir les branches et s’enfonça au plus sombre de la forêt. Le silence était si total qu’elle entendait ses propres pas et le craquement de chaque petite feuille sous ses pieds. Nul oiseau n’était visible, nul rayon de soleil ne pouvait percer les ramures épaisses, et les grands troncs montaient si serrés les uns près des autres, qu’en regardant droit devant elle, elle eût pu croire qu’une grille de poutres l’encerclait. Jamais elle n’avait connu pareille solitude ! La nuit fut très sombre, aucun ver luisant n’éclairait la mousse. Elle se coucha pour dormir. Alors il lui sembla que les frondaisons s’écartaient, que Notre-Seigneur la regardait d’en haut avec des yeux très tendres, que de petits anges passaient leur tête sous son bras. Elle ne savait, en s’éveillant, si elle avait rêvé ou si c’était vrai.

49720c64c6afe0bc792671a0f333d98b« Elle pensait toujours à ses frères »

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0_80b0f_1b90072b_origIllustration par N. Goltz – 2006

www.digilibraries.com@3@2@5@7@32572@32572-h@images@p049i      Elle fit quelques pas et rencontra une vieille femme portant des baies dans un panier et qui lui en offrit. Elisa lui demanda si elle n’avait pas vu onze princes chevauchant à travers la forêt.      – Non, dit la vieille, mais hier j’ai vu onze cygnes avec des couronnes d’or sur la tête nageant sur la rivière tout près d’ici.      Elle conduisit Elisa un bout de chemin jusqu’à un talus au pied duquel serpentait la rivière. Les arbres sur ses rives étendaient les unes vers les autres leurs branches touffues.      Elisa dit adieu à la vieille femme et marcha le long de la rivière jusqu’à son embouchure sur le rivage.       Toute l’immense mer splendide s’étendait devant la jeune fille, mais aucun voilier n’était en vue ni le moindre bateau. Comment pourrait-elle aller plus loin ? Elle considéra les innombrables petits galets sur la grève, l’eau les avait tous polis et arrondis en les roulant.      – L’eau roule inlassablement et par elle ce qui est dur s’adoucit, moi, je veux être tout aussi inlassable qu’elle. Merci à vous pour cette leçon, vagues claires qui roulez ! Un jour, mon cœur me le dit, vous me porterez jusqu’à mes frères chéris.      Sur le varech rejeté par la mer, onze plumes de cygne blanches étaient tombées, elle en fit un bouquet, des gouttes d’eau s’y trouvaient, rosée ou larmes, qui eût pu le dire ? La plage était déserte mais Elisa ne sentait pas sa solitude, car la mer est éternellement changeante, bien plus différente en quelques heures qu’un lac intérieur en une année.      Vers la fin du jour, Elisa vit onze cygnes sauvages avec des couronnes d’or sur la tête. Ils volaient vers la terre l’un derrière l’autre, et formaient un long ruban blanc. Vite, la jeune fille remonta le talus et se cacha derrière un buisson, les cygnes se posèrent tout près d’elle et battirent de leurs grandes ailes blanches.      Mais à l’instant où le soleil disparut dans les flots, leur plumage de cygne tomba subitement et elle vit devant elle onze charmants princes : ses frères.

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Anna et Elena Balbusso : illustration des Cygnes sauvages d’Andersen : « Sur le varech rejeté par la mer, onze plumes de cygne blanches étaient tombées, elle en fit un bouquet. »

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Illustration de Anton Lomaev.

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 » Vers la fin du jour, Elisa vit onze cygnes sauvages avec des couronnes d’or sur la tête. Ils volaient vers la terre l’un derrière l’autre, et formaient un long ruban blanc. »

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les cygnes sauvages d'Andersen - illustration de Anna & Elena Balbusso

Anna et Elena Balbusso : illustration ses Cygnes sauvages d’Andersen : « Mais à l’instant où le soleil disparut dans les flots, leur plumage de cygne tomba subitement et elle vit devant elle onze charmants princes : ses frères. »

     Elisa poussa un grand cri, ils avaient certes beaucoup changé mais … elle savait que c’était eux, son cœur lui disait que c’était eux, elle se jeta dans leurs bras, les appela par leurs noms et ils eurent une immense joie de reconnaître leur petite sœur, devenue une grande et ravissante jeune fille. Ils riaient et pleuraient.      – Nous, tes frères, dit l’aîné, nous volons comme cygnes sauvages tant que dure le jour, mais lorsque vient la nuit, nous reprenons notre apparence humaine, c’est pourquoi il nous faut toujours au coucher du soleil prendre soin d’avoir une terre où poser nos pieds car si nous volions à ce moment dans les nuages, en devenant des hommes, nous serions précipités dans l’océan profond.      Nous n’habitons pas ici, de l’autre côté de l’océan existe un aussi beau pays mais le chemin pour y aller est fort long, il nous faut traverser la mer et il n’y a pas d’île sur le parcours où nous puissions passer la nuit, un rocher seulement émerge de l’eau, si petit qu’il nous faut nous serrer l’un contre l’autre pour nous y reposer et quand la mer est forte, l’eau rejaillit même par-dessus nous, mais nous remercions cependant Dieu pour ce rocher. Nous y passons la nuit sous notre forme humaine, s’il n’était pas là nous ne pourrions pas revoir notre chère patrie car il nous faut deux jours – et les deux plus longs de l’année – pour faire ce voyage.      Une fois par an seulement il nous est permis de visiter le pays de nos aïeux. Nous pouvons y rester onze jours ! onze jours pour survoler notre grande forêt et apercevoir de loin notre château natal où vit notre père, la haute tour de l’église où repose notre mère. Les arbres, les buissons nous sont ici familiers, ici les chevaux sauvages courent sur la plaine comme au temps de notre enfance, ici le charbonnier chante encore les vieux airs sur lesquels nous dansions, ici est notre chère patrie, ici enfin nous t’avons retrouvée, toi notre petite sœur chérie. Nous ne pouvons plus rester que deux jours ici, puis il faudra nous envoler pardessus la mer vers un pays certes beau, mais qui n’est pas notre pays. Et comment t’emmènerons-nous ? Nous qui n’avons ni barque, ni bateau ?      – Et comment pourrai-je vous sauver ? demanda leur petite sœur.      Ils en parlèrent presque toute la nuit.      Elisa s’éveilla au bruissement des ailes des cygnes. Les frères de nouveau métamorphosés volaient au-dessus d’elle, puis s’éloignèrent tout à fait ; un seul, le plus jeune, demeura en arrière, il posa sa tête sur les genoux de la jeune fille qui caressa ses ailes blanches. Tout le jour ils restèrent ensemble, le soir les autres étaient de retour, et une fois le soleil couché ils avaient repris leur forme réelle.      – Demain, nous nous envolerons d’ici pour ne pas revenir de toute une année, mais nous ne pouvons pas t’abandonner ainsi. As-tu le courage de venir avec nous ? Mon bras est assez fort pour te porter à travers le bois, comment tous ensemble n’aurions-nous pas des ailes assez puissantes pour voler avec toi par dessus la mer ?      – Oui, emmenez-moi ! dit Elisa.      Ils passèrent toute la nuit à tresser un filet de souple écorce de saule et de joncs résistants. Ce filet devint grand et solide, Elisa s’y étendit et lorsque parut le soleil et que les frères furent changés en cygnes, ils saisirent le filet dans leurs becs et s’envolèrent très haut, vers les nuages, portant leur sœur chérie encore endormie. Comme les rayons du soleil tombaient juste sur son visage, l’un des frères vola au-dessus de sa tête pour que ses larges ailes étendues lui fassent ombrage.

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Les cygnes sauvages d’Andersen – illustration de Lowell Heiss

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     Ils étaient loin de la terre lorsque Elisa s’éveilla, elle crut rêver en se voyant portée au-dessus de l’eau, très haut dans l’air. A côté d’elle étaient placées une branche portant de délicieuses baies mûres et une botte de racines savoureuses, le plus jeune des frères était allé les cueillir et les avait déposées près d’elle, elle lui sourit avec reconnaissance car elle savait bien que c’était lui qui volait au-dessus de sa tête et l’ombrageait de ses ailes.

     – Ils volaient si haut que le premier voilier apparu au-dessous d’eux semblait une mouette posée sur l’eau. Un grand nuage passait derrière eux, une véritable montagne sur laquelle Elisa vit l’ombre d’elle-même et de ses onze frères en une image gigantesque, ils formaient un tableau plus grandiose qu’elle n’en avait jamais vu, mais à mesure que le soleil montait et que le nuage s’éloignait derrière eux, ces ombres fantastiques s’effaçaient.      Tout le jour, ils volèrent comme une flèche sifflant dans l’air, moins vite pourtant que d’habitude puisqu’ils portaient leur sœur. Un orage se préparait, le soir approchait ; inquiète, Elisa voyait le soleil décliner et le rocher solitaire n’était pas encore en vue. Il lui parut que les battements d’ailes des cygnes étaient toujours plus vigoureux. Hélas ! c’était sa faute s’ils n’avançaient pas assez vite. Quand le soleil serait couché, ils devaient redevenir des hommes, tomber dans la mer et se noyer.

     Alors, du plus profond de son cœur monta vers Dieu une ardente prière. Cependant elle n’apercevait encore aucun rocher, les nuages se rapprochaient, des rafales de vent de plus en plus violentes annonçaient la tempête, les nuages s’amassaient en une seule énorme vague de plomb qui s’avançait menaçante.

     Le soleil était maintenant tout près de toucher la mer, le cœur d’Elisa frémit, les cygnes piquèrent une descente si rapide qu’elle crut tomber, mais très vite ils planèrent de nouveau. Maintenant le soleil était à moitié sous l’eau, alors seulement elle aperçut le petit récif au-dessous d’elle, pas plus grand qu’un phoque qui sortirait la tête de l’eau. Le soleil s’enfonçait si vite, il n’était plus qu’une étoile – alors elle toucha du pied le sol ferme – et le soleil s’éteignit comme la dernière étincelle d’un papier qui brûle. Coude contre coude, ses frères se tenaient debout autour d’elle, mais il n’y avait de place que pour eux et pour elle. La mer battait le récif, jaillissait et retombait sur eux en cascades, le ciel brûlait d’éclairs toujours recommencés et le tonnerre roulait ses coups répétés.

tumblr_m5nabtnPb61qemrmro1_500 « Le soleil était maintenant tout près de toucher la mer »

0_80e82_68f4021_orig-2Illustration de Anton Lomaev.

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« Maintenant le soleil était à moitié sous l’eau, alors seulement elle aperçut le petit récif au-dessous d’elle, pas plus grand qu’un phoque qui sortirait la tête de l’eau. » – Illustration de Svend Otto S.

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Elisa et ses frères-cygnes sur le récif se protégeant de la tempête – illustration de Anna & Elena Balbusso : « Coude contre coude, ses frères se tenaient debout autour d’elle, mais il n’y avait de place que pour eux et pour elle. La mer battait le récif, jaillissait et retombait sur eux en cascades, le ciel brûlait d’éclairs toujours recommencés et le tonnerre roulait ses coups répétés. »

0_80b10_1983af08_origIllustration par N. Goltz – 2006

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Illustration de Anton Lomaev.

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     Alors la sœur et les frères, se tenant par la main, chantèrent un cantique où ils retrouvèrent courage.      A l’aube, l’air était pur et calme, aussitôt le soleil levé les cygnes s’envolèrent avec Elisa. La mer était encore forte et lorsqu’ils furent très haut dans l’air, l’écume blanche sur les flots d’un vert sombre semblait des millions de cygnes nageant.

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« Lorsque le soleil fut plus haut, Elisa vit devant elle, flottant à demi dans l’air, un pays de montagnes avec des glaciers brillants parmi les rocs et un château d’au moins une lieue de long, orné de colonnades les unes au-dessus des autres » – Illustration de Anton Lomaev.

     Lorsque le soleil fut plus haut, Elisa vit devant elle, flottant à demi dans l’air, un pays de montagnes avec des glaciers brillants parmi les rocs et un château d’au moins une lieue de long, orné de colonnades les unes au-dessus des autres. A ses pieds se balançaient des forêts de palmiers avec des fleurs superbes, grandes comme des roues de moulin. Elle demanda si c’était là le pays où ils devaient aller, mais les cygnes secouèrent la tête, ce qu’elle voyait, disaient-ils, n’était qu’un joli mirage, le château de nuées toujours changeant de la fée Morgane où ils n’oseraient jamais amener un être humain. Tandis qu’Elisa le regardait, montagnes, bois et château s’écroulèrent et voici surgir vingt églises altières, toutes semblables, aux hautes tours, aux fenêtres pointues. Elle croyait entendre résonner l’orgue mais ce n’était que le bruit de la mer. Bientôt les églises se rapprochèrent et devinrent une flotte naviguant au-dessous d’eux, et alors qu’elle baissait les yeux pour mieux voir, il n’y avait que la brume marine glissant à la surface.      

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Illustrations de Anton Lomaev.

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     Mais bientôt elle aperçut le véritable pays où ils devaient se rendre, pays de belles montagnes bleues, de bois de cèdres, de villes et de châteaux. Bien avant le coucher du soleil, elle était assise sur un rocher devant l’entrée d’une grotte tapissée de jolies plantes vertes grimpantes, on eût dit des tapis brodés.      – Nous allons bien voir ce que tu vas rêver, cette nuit, dit le plus jeune des frères en lui montrant sa chambre.      – Si seulement je pouvais rêver comment vous aider ! répondit-elle. Et cette pensée la préoccupait si fort, elle suppliait si instamment Dieu de l’aider que, même endormie, elle poursuivait sa prière. Alors il lui sembla qu’elle s’élevait très haut dans les airs jusqu’au château de la fée Morgane qui venait elle-même à sa rencontre, éblouissante de beauté et cependant semblable à la vieille femme qui lui avait offert des baies dans la forêt.

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« Alors il lui sembla qu’elle s’élevait très haut dans les airs jusqu’au château de la fée Morgane qui venait elle-même à sa rencontre, éblouissante de beauté »

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     – Tes frères peuvent être sauvés ! dit la fée, mais auras-tu assez de courage et de patience? Si la mer est plus douce que tes mains délicates, elle façonne pourtant les pierres les plus dures, mais elle ne ressent pas la douleur que tes doigts souffriront, elle n’a pas de cœur et ne connaît pas l’angoisse et le tourment que tu auras à endurer.      «Vois cette ortie que je tiens à la main, il en pousse beaucoup de cette sorte autour de la grotte où tu habites, mais celle-ci seulement et celles qui poussent sur les tombes du cimetière sont utilisables – cueille-les malgré les cloques qui brûleront ta peau, piétine-les pour en faire du lin que tu tordras, puis tresse-les en onze cottes de mailles aux manches longues, tu les jetteras sur les onze cygnes sauvages et le charme mauvais sera rompu. Mais n’oublie pas qu’à l’instant où tu commenceras ce travail, et jusqu’à ce qu’il soit terminé, même s’il faut des années, tu ne dois prononcer aucune parole, le premier mot que tu diras, comme un poignard meurtrier frappera le cœur de tes frères, de ta langue dépend leur vie. N’oublie pas ! »      La fée effleura de l’ortie la main d’Elisa et la brûlure l’éveilla. Il faisait grand jour, et tout près de l’endroit où elle avait dormi, il y avait une ortie pareille à celle de son rêve. Alors elle tomba à, genoux et remercia Notre-Seigneur puis elle sortit de la grotte pour commencer son travail.      De ses mains délicates, elle arrachait les orties qui brûlaient comme du feu formant de grosses cloques douloureuses sur ses mains et ses bras mais elle était contente de souffrir pourvu qu’elle pût sauver ses frères. Elle foula chaque ortie avec ses pieds nus et tordit le lin vert.

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« De ses mains délicates, elle arrachait les orties qui brûlaient comme du feu formant de grosses cloques douloureuses sur ses mains et ses bras mais elle était contente de souffrir pourvu qu’elle pût sauver ses frères. »

     Au coucher du soleil les frères rentrèrent. Ils s’effrayèrent de la trouver muette, craignant un autre mauvais sort jeté par la méchante belle-mère, mais voyant ses mains, ils se rendirent compte de ce qu’elle faisait pour eux. Le plus jeune des frères se prit à pleurer et là où tombaient ses larmes, Elisa ne sentait plus de douleur, les cloques brûlantes s’effaçaient.       Elle passa la nuit à travailler n’ayant de cesse qu’elle n’eût sauvé ses frères chéris et tout le jour suivant, tandis que les cygnes étaient absents, elle demeura à travailler solitaire mais jamais le temps n’avait volé si vite. Une cotte de mailles était déjà terminée, elle commençait la seconde.

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« elle demeura à travailler solitaire mais jamais le temps n’avait volé si vite. Une cotte de mailles était déjà terminée, elle commençait la seconde. »

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      Alors un cor de chasse sonna dans les montagnes, elle en fut tout inquiète, le bruit se rapprochait, elle entendait les abois des chiens. Effrayée, elle se réfugia dans la grotte, lia en botte les orties qu’elle avait cueillies et démêlées et s’assit dessus.      A ce moment un grand chien bondit hors du hallier suivi d’un autre et d’un autre encore. Ils aboyaient très fort, couraient de tous côtés, au bout de quelques minutes tous les chasseurs étaient là devant la grotte et le plus beau d’entre eux, le roi du pays, s’avança vers Elisa. Jamais il n’avait vu fille plus belle.      – Comment es-tu venue ici, adorable enfant ? s’écria-t-il.      Elisa secoua la tête, elle n’osait parler, le salut et la vie de ses frères en dépendaient. Elle cacha ses jolies mains sous son tablier pour que le roi ne vît pas sa souffrance.      – Viens avec moi, dit le roi, ne reste pas ici. Si tu es aussi bonne que belle, je te vêtirai de soie et de velours, je mettrai une couronne d’or sur ta tête et tu habiteras le plus riche de mes palais !      Il la souleva et la plaça sur son cheval, mais elle pleurait et se tordait les mains, alors le roi lui dit :      – Je ne veux que ton bonheur, un jour tu me remercieras !       Et il s’élança à travers les montagnes, la tenant devant lui sur son cheval et suivi au galop par les autres chasseurs.

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 « Et il s’élança à travers les montagnes, la tenant devant lui sur son cheval et suivi au galop par les autres chasseurs. »

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Anna et Elena Balbusso : illustration ses Cygnes sauvages d'Andersen

« Au soleil couchant la magnifique ville royale avec ses églises et ses coupoles s’étalait devant eux. » – Illustration Anna et Elena Balbusso.

      Au soleil couchant la magnifique ville royale avec ses églises et ses coupoles s’étalait devant eux. Le roi conduisit la jeune fille dans le palais où les jets d’eau jaillissaient dans les salles de marbre, où les murs et les plafonds rutilaient de peintures, mais elle n’avait pas d’yeux pour ces merveilles; elle pleurait et se désolait. Indifférente, elle laissa les femmes la parer de vêtements royaux, tresser ses cheveux et passer des gants très fins sur ses doigts brûlés.        Alors, dans ces superbes atours, elle était si resplendissante de beauté que toute la cour s’inclina profondément devant elle et que le roi l’élut pour fiancée, malgré l’archevêque qui hochait la tête et murmurait que cette belle fille des bois ne pouvait être qu’une sorcière qui séduisait le cœur du roi.

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Illustration de Anton Lomaev.

     Le roi ne voulait rien entendre, il commanda la musique et les mets les plus rares. Les filles les plus ravissantes dansèrent pour elle. On la conduisit à travers des jardins embaumés dans des salons superbes, mais pas le moindre sourire ne lui venait aux lèvres ni aux yeux, la douleur seule semblait y régner pour l’éternité. Le roi ouvrit alors la porte d’une petite pièce attenante à celle où elle devait dormir, qui était ornée de riches tapisseries vertes rappelant tout à fait la grotte où elle avait habité. La botte de lin qu’elle avait filée avec les orties était là sur le parquet et au plafond pendait la cotte de mailles déjà terminée, – un des chasseurs avait emporté tout ceci comme curiosité.      – Ici tu pourras rêver que tu es encore dans ton ancien logis, dit le roi, voici ton ouvrage qui t’occupait alors, ici, au milieu de tout ton luxe, tu t’amuseras à repenser à ce temps-là.      Quand Elisa vit ces choses qui lui tenaient tant à cœur, un sourire joua sur ses lèvres et le sang lui revint aux joues. Elle pensait au salut de ses frères et baisa la main du roi qui la pressa sur son cœur et ordonna de sonner toutes les cloches des églises. L’adorable fille muette des bois allait devenir reine.      L’archevêque avait beau murmurer de méchants propos aux oreilles du roi, ils n’allaient pas jusqu’à son cœur, la noce devait avoir lieu. C’est l’archevêque lui-même qui devait mettre la couronne sur la tête de la mariée et, dans sa malveillance, il enfonça avec tant de force le cercle étroit sur le front d’Elisa qu’il lui fit mal, mais une douleur autrement lourde lui serrait le cœur, le chagrin qu’elle avait pour ses frères. Sa bouche demeurait muette puisqu’un seul mot trancherait leur vie, mais ses yeux exprimaient un amour profond pour ce roi si bon et si beau qui ordonnait tout pour son plaisir. Jour après jour, elle s’attachait à lui davantage. Oh ! si elle osait seulement se confier à lui, lui dire sa souffrance, mais non, il lui fallait être muette, muette elle devait achever son ouvrage. Aussi se glissait-elle la nuit hors de leur lit pour aller dans la petite chambre décorée comme la grotte et là, elle tricotait une cotte de mailles après l’autre. Quand elle fut à la septième, il ne lui restait plus de lin.

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« Aussi se glissait-elle la nuit hors de leur lit pour aller dans la petite chambre décorée comme la grotte et là, elle tricotait une cotte de mailles après l’autre. Quand elle fut à la septième, il ne lui restait plus de lin. »

      Elle savait que les orties qu’il lui fallait employer poussaient au cimetière, mais elle devait les cueillir elle-même, comment pourrait-elle sortir ?      «Oh ! qu’est-ce que la souffrance à mes doigts à côté du tourment de mon cœur, pensait-elle, il faut que j’ose, Dieu ne m’abandonnera pas ! » Le cœur battant comme si elle commettait une mauvaise action, elle sortit dans la nuit éclairée par la lune, descendit au jardin, suivit les longues allées et les rues désertes jusqu’au cimetière. Là elle vit sur une des plus larges pierres tombales un groupe de hideuses sorcières. Elisa était obligée de passer à côté d’elles et elles la fixaient de leurs yeux mauvais, mais la jeune fille récita sa prière, cueillit des orties brûlantes et rentra au château.

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« elle sortit dans la nuit éclairée par la lune, descendit au jardin, suivit les longues allées et les rues désertes jusqu’au cimetière. Là elle vit sur une des plus larges pierres tombales un groupe de hideuses sorcières. »

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« Une seule personne l’avait vue : l’archevêque resté debout tandis que les autres dormaient. »

     Une seule personne l’avait vue : l’archevêque resté debout tandis que les autres dormaient. Ainsi il avait donc eu raison dans ses soupçons malveillants sur la reine, elle n’était qu’une sorcière !      Dans le secret du confessionnal, il dit au roi ce qu’il avait vu, ce qu’il craignait et quand ces paroles si dures sortirent de sa bouche, les saints de bois sculptés secouaient la tête comme s’ils voulaient dire que ce n’était pas vrai, qu’Elisa était innocente.       Des larmes amères coulaient sur les joues du roi, il rentra chez lui avec un doute au cœur. Maintenant, la nuit, il faisait semblant de dormir mais il ne trouvait pas le sommeil, il remarquait qu’Elisa se levait chaque nuit et chaque nuit il la suivait et la voyait disparaître dans sa petite chambre.       Jour après jour, il devenait plus sombre, Elisa le voyait bien mais ne se l’expliquait pas ; elle s’inquiétait cependant et que ne souffrit-elle alors en son cœur pour ses frères ! Ses larmes coulaient sur le velours et la pourpre royale, elles y tombaient comme des diamants scintillants, et les dames de la cour qui voyaient toute cette magnificence eussent bien voulu être reines à sa place.       Cependant, elle devait être bientôt au terme de son ouvrage, il ne manquait plus qu’une cotte de mailles, encore une fois elle n’avait plus de lin et plus une seule ortie. Il lui fallait encore une fois, la dernière, s’en aller au cimetière en cueillir quelques poignées. Elle redoutait cette course solitaire et les terribles sorcières, mais sa volonté restait ferme et aussi sa confiance en Dieu.       Elisa partit donc, mais le roi et l’archevêque la suivaient ; ils la virent disparaître à la grille du cimetière et, quand eux-mêmes s’en approchèrent, ils virent les affreuses sorcières assises sur la dalle comme Elisa les avait vues. Alors le roi s’en retourna, il se la figurait parmi les sorcières, elle dont la tête avait, ce même soir, reposé sur sa poitrine.      – C’est le peuple qui la jugera, dit-il.

0_80b13_beab1a28_origIllustration par N. Goltz – 2006

     Le peuple la condamna, elle devait être brûlée vive.      Arrachée aux magnifiques salons royaux, Elisa fut jetée dans un cachot sombre et humide où le vent soufflait à travers les barreaux de la fenêtre ; au lieu du velours et de la soie, on lui donna, pour poser sa tête, la botte d’orties qu’elle avait cueillie, les rudes cottes de mailles brûlantes qu’elle avait tricotées devaient lui servir de couvertures et de couette, mais aucun présent ne pouvait lui être plus cher. Elle se remit à son ouvrage en priant Dieu.

les cygnes sauvages d'Andersen - illustration de Anna & Elena Balbusso

les cygnes sauvages d’Andersen – illustration de Anna & Elena Balbusso :  » le soir elle entendit un bruissement d’ailes de cygnes devant les barreaux : c’était le plus jeune des frères qui l’avait retrouvée. »

      le soir elle entendit un bruissement d’ailes de cygnes devant les barreaux : c’était le plus jeune des frères qui l’avait retrouvée. Alors elle sanglota de joie et pourtant elle savait que cette nuit serait sans doute la dernière de sa vie. Mais maintenant, l’ouvrage était presque achevé et ses frères étaient là …      L’archevêque arriva pour passer les heures ultimes avec elle – il l’avait promis au roi – mais elle, secouant la tête, le pria par ses regards et sa mimique de s’en aller, cette nuit même il fallait que son travail fût terminé, sinon tout aurait été inutile, sa douleur, ses larmes et ses nuits sans sommeil. L’archevêque la quitta sur quelques méchantes paroles, mais continua sa besogne.      Les petites souris couraient sur le plancher et traînaient des orties jusqu’à ses pieds afin de l’aider de leur mieux, et un merle se posa devant la fenêtre et siffla toute la nuit pour qu’elle ne perdît pas courage.

0_80b14_ab4f5d16_origIllustration par N. Goltz – 2006

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Illustration de Anton Lomaev.

     Ce n’était pas encore l’aube – le soleil ne se lèverait qu’une heure plus tard – quand les onze frères se présentèrent au portail du château. Ils demandaient qu’on les mène auprès du souverain mais on leur répondit que c’était tout à fait impossible. Sa majesté dormait et nul n’eût osé le réveiller. Ils supplièrent, ils menacèrent jusqu’à ce que la garde parût et le roi lui-même. A cet instant, le soleil se leva, plus de frères, mais au-dessus du palais, onze cygnes sauvages volaient à tire-d’aile.  www.digilibraries.com@3@2@5@7@32572@32572-h@images@p069i     Maintenant la foule se pressait aux portes de la ville, tout le peuple voulait voir brûler la sorcière. Une vieille haridelle traînait la charrette où on l’avait assise vêtue d’une blouse de grosse toile à sac, ses admirables cheveux tombaient autour de son visage d’une mortelle pâleur, ses lèvres remuaient doucement tandis que ses doigts tordaient le lin vert. Même sur le chemin de la mort, elle n’abandonnerait pas l’œuvre commencée, dix cottes de mailles étaient posées à ses pieds, elle tricotait la onzième.      Voyez la sorcière, qu’est-ce qu’elle marmonne, elle n’a bien sûr pas de livre de psaumes dans les mains, mais bien toutes ses sorcelleries, arrachez-lui ça, mettez tout en pièces.

     Ils se ruaient et pressaient pour l’atteindre, mais voici venir par les airs onze cygnes blancs, ils se posèrent autour d’elle dans la charrette en battant de leurs larges ailes. La foule, épouvantée recula.      – C’est un avertissement du ciel, elle est innocente, murmurait-on tout bas, pourtant, personne n’osait le dire tout haut.      Déjà le bourreau saisissait sa main, alors en toute hâte, elle jeta les onze cotes de mailles sur les cygnes et à leur place parurent onze princes délicieux, le plus jeune avait une aile de cygne à la place d’un de ses bras car il manquait encore une manche à la dernière tunique qu’elle n’avait pu terminer.      – Maintenant j’ose parler, s’écria-t-elle, je suis innocente.

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Illustration par N. Goltz – 2006

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Illustrations de Anton Lomaev.

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« Déjà le bourreau saisissait sa main, alors en toute hâte, elle jeta les onze cotes de mailles sur les cygnes et à leur place parurent onze princes délicieux, le plus jeune avait une aile de cygne à la place d’un de ses bras car il manquait encore une manche à la dernière tunique qu’elle n’avait pu terminer. – Maintenant j’ose parler, s’écria-t-elle, je suis innocente. »

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     Et le peuple ayant vu le miracle s’inclina devant elle comme devant une sainte, mais elle tomba inanimée dans les bras de ses frères, brisée par l’attente, l’angoisse et la douleur.      – Oui, elle est innocente ! dit l’aîné des frères. Il raconta tout ce qui était arrivé et, tandis qu’il parlait, un parfum se répandait comme des millions de roses. Chaque morceau de bois du bûcher avait pris racine et des branches avaient poussé formant un grand buisson de roses rouges. A sa cime, une fleur blanche resplendissait de lumière comme une étoile, le roi la cueillit et la posa sur la poitrine d’Elisa. Alors elle revint à elle, la paix et la béatitude dans le cœur.      Toutes les cloches des églises se mirent à sonner d’elles-mêmes et les oiseaux arrivèrent volent en grandes troupes. Le retour au château fut un nouveau cortège nuptial comme aucun roi au monde n’en avait jamais vu.

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« un nouveau cortège nuptial comme aucun roi au monde n’en avait jamais vu. »

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Pour la version du conte avec beaucoup plus d’illustrations (thème Illustres illustrateurs), c’est ICI.

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–––– Et la version du conte en anglais –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

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     Far away, in the land to which the swallows fly when it is winter, dwelt a king who had eleven sons, and one daughter, named Eliza.

     The eleven brothers were princes, and each went to school with a star on his breast and a sword by his side. They wrote with diamond pencils on golden slates and learned their lessons so quickly and read so easily that every one knew they were princes. Their sister Eliza sat on a little stool of plate-glass and had a book full of pictures, which had cost as much as half a kingdom.

     Happy, indeed, were these children; but they were not long to remain so, for their father, the king, married a queen who did not love the children, and who proved to be a wicked sorceress.

     The queen began to show her unkindness the very first day. While the great festivities were taking place in the palace, the children played at receiving company; but the queen, instead of sending them the cakes and apples that were left from the feast, as was customary, gave them some sand in a teacup and told them to pretend it was something good. The next week she sent the little Eliza into the country to a peasant and his wife. Then she told the king so many untrue things about the young princes that he gave himself no more trouble about them.

     « Go out into the world and look after yourselves, » said the queen. « Fly like great birds without a voice. » But she could not make it so bad for them as she would have liked, for they were turned into eleven beautiful wild swans.

     With a strange cry, they flew through the windows of the palace, over the park, to the forest beyond. It was yet early morning when they passed the peasant’s cottage where their sister lay asleep in her room. They hovered over the roof, twisting their long necks and flapping their wings, but no one heard them or saw them, so they at last flew away, high up in the clouds, and over the wide world they sped till they came to a thick, dark wood, which stretched far away to the seashore.

     Poor little Eliza was alone in the peasant’s room playing with a green leaf, for she had no other playthings. She pierced a hole in the leaf, and when she looked through it at the sun she seemed to see her brothers’ clear eyes, and when the warm sun shone on her cheeks she thought of all the kisses they had given her.

     One day passed just like another. Sometimes the winds rustled through the leaves of the rosebush and whispered to the roses, « Who can be more beautiful than you? » And the roses would shake their heads and say, « Eliza is. » And when the old woman sat at the cottage door on Sunday and read her hymn book, the wind would flutter the leaves and say to the book, « Who can be more pious than you? » And then the hymn book would answer, « Eliza. » And the roses and the hymn book told the truth.

     When she was fifteen she returned home, but because she was so beautiful the witch-queen became full of spite and hatred toward her. Willingly would she have turned her into a swan like her brothers, but she did not dare to do so for fear of the king.

     Early one morning the queen went into the bathroom; it was built of marble and had soft cushions trimmed with the most beautiful tapestry. She took three toads with her, and kissed them, saying to the first, « When Eliza comes to bathe seat yourself upon her head, that she may become as stupid as you are. » To the second toad she said, « Place yourself on her forehead, that she may become as ugly as you are, and that her friends may not know her. » « Rest on her heart, » she whispered to the third; « then she will have evil inclinations and suffer because of them. » So she put the toads into the clear water, which at once turned green. She next called Eliza and helped her undress and get into the bath.

     As Eliza dipped her head under the water one of the toads sat on her hair, a second on her forehead, and a third on her breast. But she did not seem to notice them, and when she rose from the water there were three red poppies floating upon it. Had not the creatures been venomous or had they not been kissed by the witch, they would have become red roses. At all events they became flowers, because they had rested on Eliza’s head and on her heart. She was too good and too innocent for sorcery to have any power over her.

     When the wicked queen saw this, she rubbed Eliza’s face with walnut juice, so that she was quite brown; then she tangled her beautiful hair and smeared it with disgusting ointment until it was quite impossible to recognize her.

     The king was shocked, and declared she was not his daughter. No one but the watchdog and the swallows knew her, and they were only poor animals and could say nothing. Then poor Eliza wept and thought of her eleven brothers who were far away. Sorrowfully she stole from the palace and walked the whole day over fields and moors, till she came to the great forest. She knew not in what direction to go, but she was so unhappy and longed so for her brothers, who, like herself, had been driven out into the world, that she was determined to seek them.

     She had been in the wood only a short time when night came on and she quite lost the path; so she laid herself down on the soft moss, offered up her evening prayer, and leaned her head against the stump of a tree. All nature was silent, and the soft, mild air fanned her forehead. The light of hundreds of glowworms shone amidst the grass and the moss like green fire, and if she touched a twig with her hand, ever so lightly, the brilliant insects fell down around her like shooting stars.

     All night long she dreamed of her brothers. She thought they were all children again, playing together. She saw them writing with their diamond pencils on golden slates, while she looked at the beautiful picture book which had cost half a kingdom. They were not writing lines and letters, as they used to do, but descriptions of the noble deeds they had performed and of all that they had discovered and seen. In the picture book, too, everything was living. The birds sang, and the people came out of the book and spoke to Eliza and her brothers; but as the leaves were turned over they darted back again to their places, that all might be in order.

     When she awoke, the sun was high in the heavens. She could not see it, for the lofty trees spread their branches thickly overhead, but its gleams here and there shone through the leaves like a gauzy golden mist. There was a sweet fragrance from the fresh verdure, and the birds came near and almost perched on her shoulders. She heard water rippling from a number of springs, all flowing into a lake with golden sands. Bushes grew thickly round the lake, and at one spot, where an opening had been made by a deer, Eliza went down to the water.

     The lake was so clear that had not the wind rustled the branches of the trees and the bushes so that they moved, they would have seemed painted in the depths of the lake; for every leaf, whether in the shade or in the sunshine, was reflected in the water.

     When Eliza saw her own face she was quite terrified at finding it so brown and ugly, but after she had wet her little hand and rubbed her eyes and forehead, the white skin gleamed forth once more; and when she had undressed and dipped herself in the fresh water, a more beautiful king’s daughter could not have been found anywhere in the wide world.

     As soon as she had dressed herself again and braided her long hair, she went to the bubbling spring and drank some water out of the hollow of her hand. Then she wandered far into the forest, not knowing whither she went. She thought of her brothers and of her father and mother and felt sure that God would not forsake her. It is God who makes the wild apples grow in the wood to satisfy the hungry, and He now showed her one of these trees, which was so loaded with fruit that the boughs bent beneath the weight. Here she ate her noonday meal, and then placing props under the boughs, she went into the gloomiest depths of the forest.

     It was so still that she could hear the sound of her own footsteps, as well as the rustling of every withered leaf which she crushed under her feet. Not a bird was to be seen, not a sunbeam could penetrate the large, dark boughs of the trees. The lofty trunks stood so close together that when she looked before her it seemed as if she were enclosed within trelliswork. Here was such solitude as she had never known before!

     The night was very dark. Not a glowworm was glittering in the moss. Sorrowfully Eliza laid herself down to sleep. After a while it seemed to her as if the branches of the trees parted over her head and the mild eyes of angels looked down upon her from heaven.

     In the morning, when she awoke, she knew not whether this had really been so or whether she had dreamed it. She continued her wandering, but she had not gone far when she met an old woman who had berries in her basket and who gave her a few to eat. Eliza asked her if she had not seen eleven princes riding through the forest.

     « No, » replied the old woman, « but I saw yesterday eleven swans with gold crowns on their heads, swimming in the river close by. » Then she led Eliza a little distance to a sloping bank, at the foot of which ran a little river. The trees on its banks stretched their long leafy branches across the water toward each other, and where they did not meet naturally the roots had torn themselves away from the ground, so that the branches might mingle their foliage as they hung over the water.

     Eliza bade the old woman farewell and walked by the flowing river till she reached the shore of the open sea. And there, before her eyes, lay the glorious ocean, but not a sail appeared on its surface; not even a boat could be seen. How was she to go farther? She noticed how the countless pebbles on the shore had been smoothed and rounded by the action of the water. Glass, iron, stones, everything that lay there mingled together, had been shaped by the same power until they were as smooth as her own delicate hand.

     « The water rolls on without weariness, » she said, « till all that is hard becomes smooth; so will I be unwearied in my task. Thanks for your lesson, bright rolling waves; my heart tells me you will one day lead me to my dear brothers. »

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     On the foam-covered seaweeds lay eleven white swan feathers, which she gathered and carried with her. Drops of water lay upon them; whether they were dewdrops or tears no one could say. It was lonely on the seashore, but she did not know it, for the ever-moving sea showed more changes in a few hours than the most varying lake could produce in a whole year. When a black, heavy cloud arose, it was as if the sea said, « I can look dark and angry too »; and then the wind blew, and the waves turned to white foam as they rolled. When the wind slept and the clouds glowed with the red sunset, the sea looked like a rose leaf. Sometimes it became green and sometimes white. But, however quietly it lay, the waves were always restless on the shore and rose and fell like the breast of a sleeping child.

     When the sun was about to set, Eliza saw eleven white swans, with golden crowns on their heads, flying toward the land, one behind the other, like a long white ribbon. She went down the slope from the shore and hid herself behind the bushes. The swans alighted quite close to her, flapping their great white wings. As soon as the sun had disappeared under the water, the feathers of the swans fell off and eleven beautiful princes, Eliza’s brothers, stood near her.

     She uttered a loud cry, for, although they were very much changed, she knew them immediately. She sprang into their arms and called them each by name. Very happy the princes were to see their little sister again; they knew her, although she had grown so tall and beautiful. They laughed and wept and told each other how cruelly they had been treated by their stepmother.

     « We brothers, » said the eldest, « fly about as wild swans while the sun is in the sky, but as soon as it sinks behind the hills we recover our human shape. Therefore we must always be near a resting place before sunset; for if we were flying toward the clouds when we recovered our human form, we should sink deep into the sea.

     « We do not dwell here, but in a land just as fair that lies far across the ocean; the way is long, and there is no island upon which we can pass the night—nothing but a little rock rising out of the sea, upon which, even crowded together, we can scarcely stand with safety. If the sea is rough, the foam dashes over us; yet we thank God for this rock. We have passed whole nights upon it, or we should never have reached our beloved fatherland, for our flight across the sea occupies two of the longest days in the year.

     « We have permission to visit our home once every year and to remain eleven days. Then we fly across the forest to look once more at the palace where our father dwells and where we were born, and at the church beneath whose shade our mother lies buried. The very trees and bushes here seem related to us. The wild horses leap over the plains as we have seen them in our childhood. The charcoal burners sing the old songs to which we have danced as children. This is our fatherland, to which we are drawn by loving ties; and here we have found you, our dear little sister. Two days longer we can remain here, and then we must fly away to a beautiful land which is not our home. How can we take you with us? We have neither ship nor boat. »

     « How can I break this spell? » asked the sister. And they talked about it nearly the whole night, slumbering only a few hours.

     Eliza was awakened by the rustling of the wings of swans soaring above her. Her brothers were again changed to swans. They flew in circles, wider and wider, till they were far away; but one of them, the youngest, remained behind and laid his head in his sister’s lap, while she stroked his wings. They remained together the whole day.

     Towards evening the rest came back, and as the sun went down they resumed their natural forms. « To-morrow, » said one, « we shall fly away, not to return again till a whole year has passed. But we cannot leave you here. Have you courage to go with us? My arm is strong enough to carry you through the wood, and will not all our wings be strong enough to bear you over the sea? »

     « Yes, take me with you, » said Eliza. They spent the whole night in weaving a large, strong net of the pliant willow and rushes. On this Eliza laid herself down to sleep, and when the sun rose and her brothers again became wild swans, they took up the net with their beaks, and flew up to the clouds with their dear sister, who still slept. When the sunbeams fell on her face, one of the swans soared over her head so that his broad wings might shade her.

     They were far from the land when Eliza awoke. She thought she must still be dreaming, it seemed so strange to feel herself being carried high in the air over the sea. By her side lay a branch full of beautiful ripe berries and a bundle of sweet-tasting roots; the youngest of her brothers had gathered them and placed them there. She smiled her thanks to him; she knew it was the same one that was hovering over her to shade her with his wings. They were now so high that a large ship beneath them looked like a white sea gull skimming the waves. A great cloud floating behind them appeared like a vast mountain, and upon it Eliza saw her own shadow and those of the eleven swans, like gigantic flying things. Altogether it formed a more beautiful picture than she had ever before seen; but as the sun rose higher and the clouds were left behind, the picture vanished.

     Onward the whole day they flew through the air like winged arrows, yet more slowly than usual, for they had their sister to carry. The weather grew threatening, and Eliza watched the sinking sun with great anxiety, for the little rock in the ocean was not yet in sight. It seemed to her as if the swans were exerting themselves to the utmost. Alas! she was the cause of their not advancing more quickly. When the sun set they would change to men, fall into the sea, and be drowned.

     Then she offered a prayer from her inmost heart, but still no rock appeared. Dark clouds came nearer, the gusts of wind told of the coming storm, while from a thick, heavy mass of clouds the lightning burst forth, flash after flash. The sun had reached the edge of the sea, when the swans darted down so swiftly that Eliza’s heart trembled; she believed they were falling, but they again soared onward.

     Presently, and by this time the sun was half hidden by the waves, she caught sight of the rock just below them. It did not look larger than a seal’s head thrust out of the water. The sun sank so rapidly that at the moment their feet touched the rock it shone only like a star, and at last disappeared like the dying spark in a piece of burnt paper. Her brothers stood close around her with arms linked together, for there was not the smallest space to spare. The sea dashed against the rock and covered them with spray. The heavens were lighted up with continual flashes, and thunder rolled from the clouds. But the sister and brothers stood holding each other’s hands, and singing hymns.

     In the early dawn the air became calm and still, and at sunrise the swans flew away from the rock, bearing their sister with them. The sea was still rough, and from their great height the white foam on the dark-green waves looked like millions of swans swimming on the water. As the sun rose higher, Eliza saw before her, floating in the air, a range of mountains with shining masses of ice on their summits. In the center rose a castle that seemed a mile long, with rows of columns rising one above another, while around it palm trees waved and flowers as large as mill wheels bloomed. She asked if this was the land to which they were hastening. The swans shook their heads, for what she beheld were the beautiful, ever-changing cloud-palaces of the Fata Morgana, into which no mortal can enter.

     Eliza was still gazing at the scene, when mountains, forests, and castles melted away, and twenty stately churches rose in their stead, with high towers and pointed Gothic windows. She even fancied she could hear the tones of the organ, but it was the music of the murmuring sea. As they drew nearer to the churches, these too were changed and became a fleet of ships, which seemed to be sailing beneath her; but when she looked again she saw only a sea mist gliding over the ocean.

     One scene melted into another, until at last she saw the real land to which they were bound, with its blue mountains, its cedar forests, and its cities and palaces. Long before the sun went down she was sitting on a rock in front of a large cave, the floor of which was overgrown with delicate green creeping plants, like an embroidered carpet.

     « Now we shall expect to hear what you dream of to-night, » said the youngest brother, as he showed his sister her bedroom.

     « Heaven grant that I may dream how to release you! » she replied. And this thought took such hold upon her mind that she prayed earnestly to God for help, and even in her sleep she continued to pray. Then it seemed to her that she was flying high in the air toward the cloudy palace of the Fata Morgana, and that a fairy came out to meet her, radiant and beautiful, yet much like the old woman who had given her berries in the wood, and who had told her of the swans with golden crowns on their heads.

     « Your brothers can be released, » said she, « if you only have courage and perseverance. Water is softer than your own delicate hands, and yet it polishes and shapes stones. But it feels no pain such as your fingers will feel; it has no soul and cannot suffer such agony and torment as you will have to endure. Do you see the stinging nettle which I hold in my hand? Quantities of the same sort grow round the cave in which you sleep, but only these, and those that grow on the graves of a churchyard, will be of any use to you. These you must gather, even while they burn blisters on your hands. Break them to pieces with your hands and feet, and they will become flax, from which you must spin and weave eleven coats with long sleeves; if these are then thrown over the eleven swans, the spell will be broken. But remember well, that from the moment you commence your task until it is finished, even though it occupy years of your life, you must not speak. The first word you utter will pierce the hearts of your brothers like a deadly dagger. Their lives hang upon your tongue. Remember all that I have told you. »

     And as she finished speaking, she touched Eliza’s hand lightly with the nettle, and a pain as of burning fire awoke her.

     It was broad daylight, and near her lay a nettle like the one she had seen in her dream. She fell on her knees and offered thanks to God. Then she went forth from the cave to begin work with her delicate hands. She groped in amongst the ugly nettles, which burned great blisters on her hands and arms, but she determined to bear the pain gladly if she could only release her dear brothers. So she bruised the nettles with her bare feet and spun the flax.

     At sunset her brothers returned, and were much frightened when she did not speak. They believed her to be under the spell of some new sorcery, but when they saw her hands they understood what she was doing in their behalf. The youngest brother wept, and where his tears touched her the pain ceased and the burning blisters vanished. Eliza kept to her work all night, for she could not rest till she had released her brothers. During the whole of the following day, while her brothers were absent, she sat in solitude, but never before had the time flown so quickly.

     One coat was already finished and she had begun the second, when she heard a huntsman’s horn and was struck with fear. As the sound came nearer and nearer, she also heard dogs barking, and fled with terror into the cave. She hastily bound together the nettles she had gathered, and sat upon them. In a moment there came bounding toward her out of the ravine a great dog, and then another and another; they ran back and forth barking furiously, until in a few minutes all the huntsmen stood before the cave. The handsomest of them was the king of the country, who, when he saw the beautiful maiden, advanced toward her, saying, « How did you come here, my sweet child? »

     Eliza shook her head. She dared not speak, for it would cost her brothers their deliverance and their lives. And she hid her hands under her apron, so that the king might not see how she was suffering.

    « Come with me, » he said; « here you cannot remain. If you are as good as you are beautiful, I will dress you in silk and velvet, I will place a golden crown on your head, and you shall rule and make your home in my richest castle. » Then he lifted her onto his horse. She wept and wrung her hands, but the king said: « I wish only your happiness. A time will come when you will thank me for this. »

     He galloped away over the mountains, holding her before him on his horse, and the hunters followed behind them. As the sun went down they approached a fair, royal city, with churches and cupolas. On arriving at the castle, the king led her into marble halls, where large fountains played and where the walls and the ceilings were covered with rich paintings. But she had no eyes for all these glorious sights; she could only mourn and weep. Patiently she allowed the women to array her in royal robes, to weave pearls in her hair, and to draw soft gloves over her blistered fingers. As she stood arrayed in her rich dress, she looked so dazzlingly beautiful that the court bowed low in her presence.

     Then the king declared his intention of making her his bride, but the archbishop shook his head and whispered that the fair young maiden was only a witch, who had blinded the king’s eyes and ensnared his heart. The king would not listen to him, however, and ordered the music to sound, the daintiest dishes to be served, and the loveliest maidens to dance before them.

     Afterwards he led her through fragrant gardens and lofty halls, but not a smile appeared on her lips or sparkled in her eyes. She looked the very picture of grief. Then the king opened the door of a little chamber in which she was to sleep. It was adorned with rich green tapestry and resembled the cave in which he had found her. On the floor lay the bundle of flax which she had spun from the nettles, and under the ceiling hung the coat she had made. These things had been brought away from the cave as curiosities, by one of the huntsmen.

     « Here you can dream yourself back again in the old home in the cave, » said the king; « here is the work with which you employed yourself. It will amuse you now, in the midst of all this splendor, to think of that time. »

     When Eliza saw all these things which lay so near her heart, a smile played around her mouth, and the crimson blood rushed to her cheeks. The thought of her brothers and their release made her so joyful that she kissed the king’s hand. Then he pressed her to his heart.

      Very soon the joyous church bells announced the marriage feast; the beautiful dumb girl of the woods was to be made queen of the country. A single word would cost her brothers their lives, but she loved the kind, handsome king, who did everything to make her happy, more and more each day; she loved him with her whole heart, and her eyes beamed with the love she dared not speak. Oh! if she could only confide in him and tell him of her grief. But dumb she must remain till her task was finished.

     Therefore at night she crept away into her little chamber which had been decked out to look like the cave and quickly wove one coat after another. But when she began the seventh, she found she had no more flax. She knew that the nettles she wanted to use grew in the churchyard and that she must pluck them herself. How should she get out there? « Oh, what is the pain in my fingers to the torment which my heart endures? » thought she. « I must venture; I shall not be denied help from heaven. »

     Then with a trembling heart, as if she were about to perform a wicked deed, Eliza crept into the garden in the broad moonlight, and passed through the narrow walks and the deserted streets till she reached the churchyard. She prayed silently, gathered the burning nettles, and carried them home with her to the castle.

      One person only had seen her, and that was the archbishop—he was awake while others slept. Now he felt sure that his suspicions were correct; all was not right with the queen; she was a witch and had bewitched the king and all the people. Secretly he told the king what he had seen and what he feared, and as the hard words came from his tongue, the carved images of the saints shook their heads as if they would say, « It is not so; Eliza is innocent. »

     But the archbishop interpreted it in another way; he believed that they witnessed against her and were shaking their heads at her wickedness. Two tears rolled down the king’s cheeks. He went home with doubt in his heart, and at night pretended to sleep. But no real sleep came to his eyes, for every night he saw Eliza get up and disappear from her chamber. Day by day his brow became darker, and Eliza saw it, and although she did not understand the reason, it alarmed her and made her heart tremble for her brothers. Her hot tears glittered like pearls on the regal velvet and diamonds, while all who saw her were wishing they could be queen.

     In the meantime she had almost finished her task; only one of her brothers’ coats was wanting, but she had no flax left and not a single nettle. Once more only, and for the last time, must she venture to the churchyard and pluck a few handfuls. She went, and the king and the archbishop followed her. The king turned away his head and said, « The people must condemn her. » Quickly she was condemned to suffer death by fire.

     Away from the gorgeous regal halls she was led to a dark, dreary cell, where the wind whistled through the iron bars. Instead of the velvet and silk dresses, they gave her the ten coats whichshe had woven, to cover her, and the bundle of nettles for a pillow. But they could have given her nothing that would have pleased her more. She continued her task with joy and prayed for help, while the street boys sang jeering songs about her and not a soul comforted her with a kind word.

     Toward evening she heard at the grating the flutter of a swan’s wing; it was her youngest brother. He had found his sister, and she sobbed for joy, although she knew that probably this was the last night she had to live. Still, she had hope, for her task was almost finished and her brothers were come.

     Then the archbishop arrived, to be with her during her last hours as he had promised the king. She shook her head and begged him, by looks and gestures, not to stay; for in this night she knew she must finish her task, otherwise all her pain and tears and sleepless nights would have been suffered in vain. The archbishop withdrew, uttering bitter words against her, but she knew that she was innocent and diligently continued her work.

     Little mice ran about the floor, dragging the nettles to her feet, to help as much as they could; and a thrush, sitting outside the grating of the window, sang to her the whole night long as sweetly as possible, to keep up her spirits.

     It was still twilight, and at least an hour before sunrise, when the eleven brothers stood at the castle gate and demanded to be brought before the king. They were told it could not be; it was yet night; the king slept and could not be disturbed. They threatened, they entreated, until the guard appeared, and even the king himself, inquiring what all the noise meant. At this moment the sun rose, and the eleven brothers were seen no more, but eleven wild swans flew away over the castle.

     Now all the people came streaming forth from the gates of the city to see the witch burned. An old horse drew the cart on which she sat. They had dressed her in a garment of coarse sackcloth. Her lovely hair hung loose on her shoulders, her cheeks were deadly pale, her lips moved silently while her fingers still worked at the green flax. Even on the way to death she would not give up her task. The ten finished coats lay at her feet; she was working hard at the eleventh, while the mob jeered her and said: « See the witch; how she mutters! She has no hymn book in her hand; she sits there with her ugly sorcery. Let us tear it into a thousand pieces. »

     They pressed toward her, and doubtless would have destroyed the coats had not, at that moment, eleven wild swans flown over her and alighted on the cart. They flapped their large wings, and the crowd drew back in alarm.

     « It is a sign from Heaven that she is innocent, » whispered many of them; but they did not venture to say it aloud.

     As the executioner seized her by the hand to lift her out of the cart, she hastily threw the eleven coats over the eleven swans, and they immediately became eleven handsome princes; but the youngest had a swan’s wing instead of an arm, for she had not been able to finish the last sleeve of the coat.

    « Now I may speak, » she exclaimed. « I am innocent. »

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     Then the people, who saw what had happened, bowed to her as before a saint; but she sank unconscious in her brothers’ arms, overcome with suspense, anguish, and pain.

     « Yes, she is innocent, » said the eldest brother, and related all that had taken place. While he spoke, there rose in the air a fragrance as from millions of roses. Every piece of fagot in the pile made to burn her had taken root, and threw out branches until the whole appeared like a thick hedge, large and high, covered with roses; while above all bloomed a white, shining flower that glittered like a star. This flower the king plucked, and when he placed it in Eliza’s bosom she awoke from her swoon with peace and happiness in her heart. Then all the church bells rang of themselves, and the birds came in great flocks. And a marriage procession, such as no king had ever before seen, returned to the castle.

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Illustres illustrateurs : Marcel Nino Pajot, portraits de femmes

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Marcel Nino Pajot

« Les sujets de mes tableaux, a écrit sont rarement prémédités, ils émergent au hasard de mes pinceaux, au gré des plaisirs ou des désespoirs… Ce qui compte, c’est d’abord le dessin, bien sûr, et la peinture en tant que matériau, le travail des couleurs, les touches, les traits, les griffures, les mélanges hasardeux… Le plaisir, c’est aussi la variété des supports, la toile, et surtout le papier dont la matière plus sensuelle impose ses aléas. »

        Marcel Nino Pajot est né le 24 février 1945 à Vergt, en Périgord. Autodidacte, il forgera ses qualités picturales au contact des artistes, professionnels ou amateurs, qu’il côtoie au sein de l’Atelier de la Société des Beaux-Arts du Périgord créé en 1978 par les peintres Jean-Daniel Ribeyrol et Paul-André Enard. C’est en 1981 qu’il participera à sa première exposition collective dans un petit village périgordin.
      Dès lors, durant 20 ans, il conduit parallèlement une carrière de géomètre et son activité de peintre. Ses œuvres sont accrochées aux cimaises de diverses expositions en France et à l’étranger : « Art Expo » à New York, « Europ’Art » à Genève et Bruxelles, et reçoivent de nombreux Prix..
     Pajot a débuté, comme beaucoup, par le paysage peint à l’aquarelle mais il s’est vite rendu compte de l’intérêt que pouvaient susciter les dessins des tronches et des trognes qu’il observait autour de lui. C’est ainsi que le microcosme journalistico-politique périgourdin ou le festival Mimos deviendront source d’inspiration. Puis ce seront le Carnaval et les masques, les musiciens, Don Quichotte, les processions…
       Chez Pajot, le motif n’est que le prétexte à d’infinies recherches de nuances, à des interprétations mille fois répétées pour atteindre un noir plus profond, un or plus discret, une brillance plus délicate… C‘est du moins ce que prétend l’artiste. En vérité, il est constamment en quête de Don Quichotte, il guète le passage furtif des masques et s’émeut de la condition humaine.
     Ainsi s’explique son attachement à l’œuvre de Daumier, Lautrec, Schiele, Lucian Freud, Jansem…

(Extrait de la biographie de l’artiste sur son site officiel)Marcel Nino Pajot peintures sur toile, dessins, croquis, illustrations

Autres œuvres de l’artiste visibles sur ce blog :
     . pour les dessins  sur le thème de Carnaval et Mascarade, c’est ICI
     . pour le thème Don Quichotte, c’est ICI et pour le portaits de Don Quichotte, c’est ICI.

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–––– Carnaval et mascarade : portraits de femmes –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

pajot-le_grand_masqueMarcel Pajot – le grand masque

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Marcel Pajot  (30)

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design du mobilier : la chaise Barcelone de Mies van der Rohe et Lily Reich (1929)

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Mies van der Rohe et Lily ReichMies van der Rohe et Lily Reich

     En 1929, Mies van der Rohe est chargé par le gouvernement allemand de réaliser le pavillon allemand de l’exposition universelle de Barcelone. Il propose alors un bâtiment révolutionnaire pour son époque et visionnaire qui influençera profondément l’évolution de l’architecture moderne. De forme très simple, il développe sur un socle maçonné situé à une hauteur de 1,6 m du sol naturel un ensemble composé de deux parallélépipèdes et d’une cour centrale comportant un bassin, l’ensemble de ses éléments étant reliés par de long murs de clôture horizontaux. la toiture composée d’une dalle de béton horizontale repose soit sur ces murs soit sur une série de piliers. Cette structure a permis à Mies van der Rohe d’organiser l’espace intérieur de manière très libre en s’affranchissant des contraintes induites par les structures traditionnelles.

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Mies van der Rohe – pavillon allemand de l’exposition universelle de Barcelone en 1929

La chaise Barcelona

Mies van der Rohe pensait que le mobilier qui accompagnerait son architecture devait être parfaitement adapté à celle-ci et la compléter aussi, dés les plans du bâtiment terminé, s’attacha t’il avec sa partenaire Lily Reich à le dessiner. C’est de ce travail que naquit la célèbre chauffeuse Barcelona qui, après plus de trois quart de siècle plus tard n’a rien perdue de sa modernité et qui est considérée comme l’un des plus beau meuble du XXe siècle.

Mies van de Rohe - la chaise barcelona - 1929

     « Une chaise est un objet très difficile à faire. Tous ceux qui ont déjà essayé d’en faire le savent. Il y a une infinité de possibilités et beaucoup de problèmes – la chaise doit être légère, elle doit être solide, elle doit être confortable. C’est pratiquement plus facile de construire un gratte-ciel qu’une chaise. »           Mies van der Rohe.

     On a supposé que la chaise Barcelona de Mies Van Der Rohe s’inspirerait des chaises antiques en forme de X et en particulier de la chaise pliante des pharaons et du tabouret en forme de croix des romains.

siège et chevet de Toutankhamon et chaise curule des romainssiège et chevet de Toutankhamon et chaise curule des romains

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chaise Cantilever (porte-à-faux) MR20 Mies van der Rohe 1927

    En comparaison avec des chaises précédentes dessinées par Mies van der Rohe, la chaise Barcelona étonnait les visiteurs de l’exposition de Barcelone de 1929 par la simplicité de sa structure, ses proportions généreuses, son élégance et la mise en valeur de matériaux nobles à la fois modernes et traditionnels comme l’acier chromé et le cuir naturel en peau de porc. Le cuir était  traité de manière molletonnée à rayure et teinté couleur. On ne connaissait pas encore à l’époque l’acier inoxydable et la technique des soudures invisibles et les différentes parties de la structure métallique ont dû être boulonnées ensemble.
Mies effectua quelques modification dans les années cinquante, trois années après la mort de Lilly Reich : il remplaça l’acier chromé par de l’acier inoxydable ce qui permet à la structure d’être maintenant fabriquée à partir d’une seule pièce de métal et de supprimer les boulons originels.

     L’artiste et essayiste canadien René Viau dans un article intitulé « Mies van der Rohe entre deux chaises » montre bien l’ambiguïté attachée au siège Barcelona. Alors que l’architecte, dans le cadre du Bauhaus, militait pour la transformation du cadre de vie en promouvant des objets ou du mobilier produits industriellement en série à des prix très bas pour les rendre accessibles au plus grand nombre, il réalise paradoxalement pour le pavillon allemand de Barcelone un objet de luxe qui ne peut être fabriqué que de manière artisanale et nécessite un temps de fabrication très important, d’où son prix élevé. Il est vrai que ce siège avait été créé pour servir de trône au souverains d’Espagne lors de la visite du pavillon allemand. Ironiquement, ceux-ci passèrent devant le siège sans s’en servir. Aujourd’hui ce siège est devenu une icone du design contemporain et n’a pas pris une ride depuis sa création, il y a 82 ans. Mies van der Rohe a depuis signé un contrat d’exclusivité pour sa fabrication avec la société Knoll.

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Poésie de mystère et de volupté : Constantin Cavafy (1863-1933), poète grec entre bureau et bordel…

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Cavafy1

Murailles, 1896.

Sans égards, sans pitié, sans honte, on a élevé autour de moi un triple cercle de hautes et solides murailles;
Et maintenant, je reste sur place, désespéré, ne pensant plus qu’au sort qui m’accable.
J’avais tant à faire au dehors !… Ah ! Comment les ai-je laissés m’emmurer sans y prendre garde ?
Mais je n’ai rien entendu : les maçons travaillaient sans bruit, sans paroles… Imperceptiblement, ils m’ont enfermés hors du monde.

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Claude Lorrain, "Départ d'Ulysse du pays des Phéaciens", 1646  Musée du Louvre, Paris

Claude Lorrain, « Départ d’Ulysse du pays des Phéaciens », 1646 
Musée du Louvre, Paris

Ithaque

Quand tu entreprendras le voyage à Ithaque
prie pour que le chemin soit long,
plein d’aventures, plein de découvertes.
Prie pour que le chemin soit long…
et nombreux les matins où tes yeux découvriront un port ignoré,
et nombreuses les villes où tu chercheras le savoir.
Garde toujours au cœur l’idée d’Ithaque.
Tu dois l’atteindre, c’est ton destin, mais ne force pas la traversée.
Mieux vaut qu’elle dure longtemps
et que tu sois vieux quand tu jetteras l’ancre,
riche de tout ce que tu auras amassé en chemin
sans en attendre plus de richesses encore.
Ithaque t’a donné le beau voyage, sans elle tu ne serais pas parti.
Et si tu la trouves pauvre, ce n’est pas qu’elle t’ais trompé.
La sagesse que tu as acquise te permet de comprendre le sens des Ithaques.

Plus loin, vous devez aller plus loin
que les arbres qui vous emprisonnent
et quand vous les aurez dépassés
tâchez de ne pas vous arrêter.
Plus loin, allez toujours plus loin plus loin
que le présent qui vous enchaîne encore
et quand vous serez délivrés reprenez la route à nouveau.
Plus loin, toujours, beaucoup plus loin, plus loin
que le lendemain qui s’approche, et quand vous croyez être arrivés,
sachez trouver de nouveaux chemins.

Bon voyage aux guerriers
qui sont fidèles à leur peuple.
Que le dieu des vents soit favorable la voilure de leurs vaisseaux
malgré leur vieux combat qu’ils trouvent le plaisir des corps
les plus aimants.
Emplissez les filets d’étoiles convoitées plein de félicités,
pleins de connaissances.
Bon voyage aux guerriers s’ils sont fidèles à leur peuple.
Malgré leurs vieux combats que l’amour comble
leurs corps généreux qu’ils trouvent les chemins
des vieux désirs pleins de félicités,
pleine de connaissances.

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À la taverne de la mer (1897)

À la taverne de la mer est assis un vieil homme aux cheveux blanc,
la tête inclinée sur un journal étalé devant lui,
car personne ne lui tient compagnie.
Il sait tout le mépris que les regards ont pour son corps,
il sait que le temps a passé sans plaisir aucun,
et qu’il ne peut plus offrir l’antique fraîcheur de sa beauté passée.
Il est vieux, il ne le sait que trop, il est vieux,
il ne le voit que trop, il est vieux,
il ne le ressent que trop à chaque fois qu’il pleure,
il est vieux, et il a le temps, trop de temps pour le voir.
C’était, c’était quand, c’était hier, encore.
Et on se souvient du « bon sens », ce menteur !
et comment le fameux « bon sens » lui a préparé cet enfer
lorsqu’à chaque désir il répondait
« Demain, demain il sera temps encore ».
Et il se souvient du plaisir retenu,
de chaque aube de jouissance refusée, de chaque instant perdu
qui se rit maintenant de son corps labouré par les ans.
À la taverne de la mer
est assis un vieil homme
qui, à force de penser, à force de rêver,
s’est endormi sur la table…

°°°

–––– et quelques poèmes traduits à partir de leur version anglaise par le site Esprit nomades ––––

Désirs (1904)

Ils ne sont que beaux corps morts avant que d’être devenus adultes,
déposés tristement dans un magnifique mausolée
des roses sur la tête, du jasmin aux pieds,
Ainsi sont les désirs qui passèrent
sans avoir pu être satisfait,
sans avoir connu une seule nuit de plaisir, ou des matins radieux.

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Alexandrie (Egypte) - Palais de Ras-el-Tin - vers 1875Alexandrie (Egypte) – Palais de Ras-el-Tin – vers 1875

La ville (1910)

Tu as dit : « J’irai vers un autre pays, j’irai vers un autre rivage,
pour trouver une autre ville bien meilleure que celle-ci.
Quoique je fasse, tout est condamné à tourner mal
et mon cœur – comme celui d’un mort – gît enterré.
Jusqu’à quand pourrais-je laisser mon esprit se déliter en ce lieu ?
D’où que je me tourne, d’où que je regarde
je ne vois que les sombres ruines de ma vie, ici,
là où j’ai passé tant d’années, gâchant ma vie, détruisant ma vie.

Tu ne trouveras point d’autre pays, tu ne trouveras point d’autre rivage.
Cette ville te poursuivra toujours.
Tu traîneras dans les mêmes rues, tu vieilliras dans les mêmes les quartiers, et grisonneras dans mêmes maisons.
Toujours tu termineras ta course dans cette ville. N’espère point autre chose ;
il n’y a aucun bateau pour toi, il n’y a aucune route.
Maintenant que tu as dévasté ta vie ici, dans ce petit coin perdu,
tu l’as détruite partout dans le monde.

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cavafy3.
« Je suis de Constantinople par descendance familiale, mais je suis né à Alexandrie – dans une maison située dans la rue Seriph- ; Je dus la quitter très jeune et j’ai passé mon adolescence en Angleterre. Dès lors je retournai visiter ce pays en tant qu’adulte, mais pour peu de temps. J’ai aussi vécu en France. Pendant mon adolescence, j’ai passé plus de deux ans à Constantinople.
Cela fait longtemps que j’ai visité la Grèce. Mon dernier emploi fut d’être un clerc dans un bureau du gouvernement au ministère des Travaux Publics en Égypte. Je sais parler l’anglais, le français, et aussi un petit peu d’italien »

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J’ai tant fixé la beauté (1917)

l'Ephèbe du musée d'Aude - 300 ans avant J.C.

.
J’ai tant fixé la 
Que mes yeux en sont pleinement emplis.
Lignes du corps,
lèvres rouges,
membres voluptueux.

Chevelures semblant tomber des statues grecques,
toujours belles même quand échevelées
elles retombent un peu sur un front blanc.

Visages de l’amour comme le désirait mon poème…
Visages à peine entrevus, dans mes nuits,
dans les nuits de ma jeunesse…

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Ionique (1911)

Bien que nous ayons brisé leurs statues,
bien que nous les ayons chassés de leurs temples,
les Dieux ne sont pas morts pour autant.
O terre d’Ionie c’est toujours toi qu’ils aiment
et que leurs âmes invoquent.
Quand se lève sur toi un matin de juillet,
la palpitation de leur vie passe dans ton air,
et parfois, hésitante, immatérielle,
une silhouette d’Éphèbe d’un pas rapide
passe sur tes collines.

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Jours de 1903 (1917)

Jamais je ne les ai retrouvés, ces choses si vite perdues.
Les yeux pleins de poésie, le pâle visage
dans la rue où le sombre descend.

Jamais je ne les ai retrouvés, ces choses conquises par hasard,
que j’ai laissé se perdre si aisément, mais qu’ensuite
j’ai désiré si fort avec angoisse.
Les yeux pleins de poésie, le pâle visage, et ces lèvres
dans la rue où le sombre descend.

Jamais je ne les ai retrouvés.

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Une nuit, 1915

La chambre était misérable et vulgaire
dissimulée en haut de l’auberge équivoque.
De la fenêtre, on voyait la ruelle,
un immonde boyau. D’en bas montaient
les voix de quelques ouvriers,
jouant aux cartes, festoyant.

Et là, sur l’humble lit du populaire,
j’ai possédé le corps de l’amour, possédé les lèvres
voluptueuses et merveilles de l’ivresse –
vermeilles d’une telle ivresse, qu’aujourd’hui
même où j’écris, dans mon solitaire logis,
de nouveau, après tant d’années ! Je m’en énivre.

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Home, sweet home : BlackWhite résidence à Bethesda dans le Maryland – David Jameson Architect’s

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David Jameson, architecteDavid Jameson, architecte

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 Pour lire la biographie de David Jameson, la présentation générale de son architecture et d’une autre villa qu’il a réalisé dans la même ville, la Jigsaw résidence, c’est ICI.

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BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect 

principal responsable: David Jameson, FAIA, David Jameson Architect, 
concepteurs du projet : Christopher Cabacar, David Jameson Architect
Entrepreneur général: Michael T. Puskar, MT Puskar Construction Co., Manassas,  Virginie,
ingénieur en structure : David Linton, PE, Linton Ingénierie, Potomac Falls, Virginie
la taille du projet: 5500 pieds carrés soit 511 m2
Taille du site: 1,06 hectares
coût de la construction : inconnu
photographie: Paul Warchol

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     David Jameson a repris pour ce projet de rénovation d’une maison individuelle implantée dans la ville de Bethesda sur un vaste terrain entouré d’arbres d’un hectare, la recette déjà mise en œuvre dans une autre résidence située dans la même ville, la Jigsaw résidence. C’est ainsi que la maison ancienne a été en partie détruite ne laissant en place pour des raisons économiques qu’une partie des murs et qu’à partir de cette « coque originelle » ont été rajoutés des volumes nouveaux répondant au programme du projet et répondant sur le plan architectural  aux principes d’organisation et de fonctionnement habituellement défendus par l’architecte. Ces principes, rappelons-le, consistent essentiellement à briser la compacité de la maison traditionnelle en l’éclatant en volumes de base différenciés et à renforcer et à affirmer l’individualité et la spécificité de ces volumes nouveaux par la mise en place d’espaces intermédiaires « vides » et en assurant leur mise en valeur par une recherche formelle très poussée. Le résultat est une maison « éclatée » à l’architecture riche et dynamique où les espaces intérieurs et extérieurs s’interpénètrent et où les différentes pièces ont vue, à travers leurs baies vitrées, les unes sur les autres. Cette interpénétration des volumes ne se limite pas au plan horizontal mais agit également sur le plan vertical grâce à  la création, à l’intérieur de la maison, d’espaces vides englobant deux niveaux, largement vitrés eux aussi,  qui permettent la perception visuelle verticale. L’unité architecturale de ces ensembles qui pourraient sombrer facilement dans la disparité et le chaos est assuré par l’affirmation d’une « matrice » centrale à laquelle se rattache les différents volumes qui, dans les deux cas de maisons rénovées citées, est constituées par une partie de la structure originelle et par la répétition d’éléments constitutifs et particuliers de l’architecture tels que éléments structuraux, type d’ouverture, etc…

     Pour la Jigsaw residence, l’architecte avait choisi d’apparenter sur les plans structurel et formel les nouveaux volumes bâtis aux volumes conservés de l’ancienne maison. Le résultat était une maison d’aspect homogène malgré la complexité de son assemblage de volumes où les parties « pleines » des parois extérieures l’emportaient sur les parties « vides » constituées par les ouvertures. La cohérence d’ensemble était renforcée par la monochromie des façades peintes en blanc. A l’opposé, pour la  BlackWhite résidence, l’architecte a choisi de traiter de manière totalement différente les anciens et les nouveaux volumes : c’est ainsi que de la « coque pleine » maçonnée peinte en blanc des volumes anciens conservés du rez-de-chaussée, l’architecte a fait jaillir quatre volumes à structure métallique noire essentiellement vitrée que certains compareront à une obsidienne sertie dans sa monture et d’autre à une fleur vénéneuse sur le point d’éclore de son réceptacle floral… (la plupart des critiques en référence à l’Acropole parlent de temples de verre modernes jaillissant de leur socle maçonné…) Ces volumes de verre permettent une vue panoramique sur le paysage environnant, laissent entrer généreusement la lumière dans les espaces intérieurs et « resplendissent dans l’obscurité de la nuit » (présenté comme une qualité par une critique).

    Comme d’habitude, les critiques sont enthousiastes concernant ce projet de ce jeune architecte adulé de la côte Est qui collectionne les prix et les récompenses : « superbe réalisation contemporaine » de « style unique en son genre », « chef-d’œuvre architectural contemporain exceptionnel »,  « architecture fascinante » qui « submerge la vue et enchante le cœur », « modernité fascinante », « maison de rêve », « le Yin et le Yang de l’architecture moderne », etc…

Enki signature.
le 20 septembre 2013

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BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect - Plan Masse

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect – Plan Masse

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect - Plan du Rez-de-Chaussée

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect – Plan du Rez-de-Chaussée

     Le plan développe de manière classique les espaces de jour au rez-de-chaussée et les espaces de nuit à l’étage. Le rez-de-chaussée regroupe les espaces du barge, de l’entrée avec son vestibule et un sanitaire, les escaliers des circulations verticales, une salle de sport, la cuisine, la salle à manger et le séjour dont l’espace pour ces deux pièces se développe sur deux niveaux, ce qui permet grâce à l’importance considérable des vitrages un éclairement naturel maximal et une vue dégagée sur le paysage environnant. Si le plan des espaces habitables du rez-de-chaussée apparait relativement compact (du bow-window en saillie du salon), c’est dans le plan de l’étage que l’espace apparait totalement éclaté, les quatre chambres et les espaces annexes ayant été placé dans deux volumes d’acier et de verres séparés par des espaces interstitiels. Deux autres de ces volumes d’acier et de verre sont occupés par des espaces vides sur lesquels s’ouvrent des mezzanines et qui se développent sur deux niveaux intégrant le Rez-de-chaussée avec les salles de séjour et à manger. La partie centrale non éclairée naturellement a été réservée aux circulations verticale et horizontale, à la buanderie et à certains sanitaires.

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect - Plan du niveau 1

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect – Plan du niveau 1

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

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     les deux photos (ci-dessus et ci-dessous) illustrent bien l’objectif d’interpénétration des espaces intérieurs et extérieurs défendu par David Jameson. De l’intérieur d’une pièce, on a vue sur une autre pièce à travers un espace extérieur résiduel qui s’immisce entre les volumes de la construction. Les habitants de la maison ont alors un double statut : ils sont à la fois « en dedans » et « en dehors » comme si ils contemplaient la maison de l’extérieur. Ce rapport particulier avec l’espace s’oppose à la perception de l’espace basé sur la perspective que nous a légué la Renaissance, c’est à dire la vision immobile à partir d’un point privilégié d’où l’on perçoit le bâtiment dans son ensemble.

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

le salon se développe sur deux niveaux et est éclairée de manière zénithale.

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

BlackWhite residence in Maryland by David Jameson Architect

vue de la mezzanine du niveau 1 sur le séjour de rez-de-chaussée. La grande baie vitrée d’angle  monte sur toute hauteur et offre pour les deux niveaux une vue sur le paysage

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illustres illustrateurs : Jeanne Mammen, période symboliste (1908-1914)

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Jeanne Mammen en 1975Jeanne Mammen en 1975

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     Jeanne Mammen, née le 21 novembre 1890 à Berlin, en Allemagne, et morte dans la même ville le 22 avril 1976, est une peintre etdessinatrice allemande. Ses œuvres s’inscrivent dans les courants de la Nouvelle Objectivité et du symbolisme.

     Née à Berlin, Jeanne Mammen grandit à Paris, où son père s’était installé avec sa famille quand elle avait cinq ans après avoir acquis une usine de soufflage du verre. La famille s’installe à Passy, dans une villa confortable doté d’un jardin idyllique. Jeanne fréquente le lycée Molière et s’imprègne de culture française. Dés l’âge de 13 ans, elle dévore les oeuvres de la littérature française contemporaine et s’intéresse aux Beaux-Arts. Elle est particulièrement attirée par la littérature visionnaire de son époque et le livre de Flaubert « La Tentation de saint Antoine » sera l’une de ses lectures favorites. Mais c’est le dessin et la peinture qui l’intéresse, avec sa sœur aînée, Marie-Louise, elle étudie, à l’âge de 16 ans, la peinture à l’Académie Julian, un cours privé réputé et  continue sa formation en 1908 et 1909 à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, les écoles d’art française de l’époque n’accueillant pas les femmes. Cette formation se poursuivra à Rome, à la Scuola Libera Academica de la Villa Medici, jusqu’en 1911.
     De retour à Paris, elle participe au Salon des indépendants de 1912 et à celui de Bruxelles l’année suivante. Ses premiers travaux, d’inspiration symboliste, un mouvement alors important de la scène artistique franco-belge, incluent des aquarelles liées à des œuvres littéraires, par exemple la Tentation de saint Antoine de Gustave Flaubert.

     Mais cette vie insouciante et sans ombrage se terminera brutalement en 1914 avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale qui contraint la famille à fuir en hollande tout d’abord, puis à Berlin, le père étant considéré comme ressortissant ennemi. Tous les biens de la famille sont alors saisis à Paris et Jeanne Mammen se retrouve sans ressources dans sa ville natale où elle doit subvenir à ses besoins. Elle mettra tout naturellement ses capacités artistiques à profit en travaillant comme dessinatrice de mode et créant des affiches de films, elle collabore également à des journaux comme SimplicissimusUlk et Der Junggeselle. En 1919, elle s’installe avec sa sœur dans un atelier-appartement du Kurfürstendamm, où elle restera toute sa vie.
     Sa carrière commerciale commence vraiment en 1920, année à laquelle elle réalise des affiches de films et des couvertures de magazines. Ses illustrations, réalistes, parfois satiriques, dépeignent des types humains dans toutes sortes de situations, et sont louées par Kurt Tucholsky. Sa première exposition à la galerie Gurlitt en 1930 signe sa reconnaissance sur la scène artistique berlinoise. 

     Comme ses contemporains de la période Weimar à Berlin – Otto Dix et George Grosz – Jeanne Mammen était une observatrice critique du monde qui l’entoure, avec des œuvres décrivant la vie dans les rues et la société bourgeoise des années 30. Elle crée des lithographies, en particulier le cycle « Les Chansons de Bilitis », un hommage à l’amour lesbien illustrant des poèmes de Pierre Louÿs.

     Préoccupée par l’imminence du danger fasciste, l’artiste avait au début des années 30  rejoint les communistes. En 1932, elle se rend avec le peintre Hans Uhlmann à Moscou où elle sera collaborera au «journal allemand du centre de Moscou».
     En 1933, cependant, l’arrivée au pouvoir des nazis met un terme à sa reconnaissance publique, ses représentations, celles des femmes en particulier, ont été critiquées. Après sa participation à l’exposition de printemps du «Verein der Künstlerinnen zu Berlin» [Association des artistes féminins de Berlin] les premières attaques diffamatoires parus dans la presse nazie, dénonçant sa manière de représentation et les motifs représentés et les sujets comme étant juive. Les lithographies pour Les Chansons de Bilitis ont été interdits de publication. Se refusant de collaborer, et, perdant ses sources de revenus dans les journaux, elle se réfugiera comme d’autres intellectuels hostile au régime dans l’émigration intérieure. À cette époque, ses peintures deviennent plus abstraites et sont influencées par Picasso. A ce stade, son style tourné vers le cubisme comme elle a été beaucoup influencé par Picasso. Elle a continué à produire un travail dans la solitude, même après que son immeuble ait été touché par une bombe et qu’une grande partie de son œuvre et des effets personnels ait été détruits.

Après la Seconde Guerre mondiale, les difficiles conditions matérielles lui donnent l’occasion d’intégrer des matériaux de récupération dans des sculptures ou des collages.  elle conçoit des décors de théâtre et des affiches et participe de manière importante au célèbre cabaret existentialiste de l’après-guerre, le Badewanne.  

Mammen avait l’habitude de ne pas toujours signer ses tableaux de ne jamais les dater. D’après elle, ces informations n’était pas utile à la compréhension et l’appréciation d’une œuvre d’art qui devrait tout d’abord et avant tout être appréhendé de manière sensible. Par conséquent, il est remarquable qu’elle a fait signer et dater son dernier tableau Verheißung Winters eines [Promesse de l’hiver], le 6 Octobre 1975.

Elle a été redécouverte en 1971, lorsque des expositions chez Brockstedt à Hambourg et Valentien à Stuttgart lui ont été consacrées. Suivront dans les années 1990 de nombreuses autres expositions. Elle obtient une reconnaissance particulière auprès des mouvements féministes et des mouvements lesbiens.

La période symboliste (1908-1914)

     De 1913 à 1914, Jeanne Mammen réalise une série d’une cinquantaine de gouaches dans le style du symbolisme belge dont elle s’était imprégnée lors de sa formation à Bruxelles  sous l’influence d’artistes tels que Paul Delvaux, Jean Delville, James Ensor, Fernand Khnopff, René Magritte et Jan Toorop. Ces gouaches avaient été réalisées pour illustrer des livres telles que Ashvaghosha « La vie du Bouddha», «Tentation de Saint Antoine» de Gustave Flaubert ou ETA Hoffmann « Le Pot d’or » dont la parution sera néanmoins empêchée par le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Jeanne Mammen - »Der Herzensstecher« (»Don Juan«)Jeanne Mammen – »Der Herzensstecher« (»Don Juan«)

Jeanne Mammen - "Johannes der Täufer",  ("Jochanaan")Jeanne Mammen – « Johannes der Täufer »,  (« Jochanaan »)

Jeanne Mammen - "Der Narr am Galgen"

»Der Narr am Galgen«

Jeanne Mammen - "Der goldene Topf"Jeanne Mammen – « Der goldene Topf »

Jeanne Mammen - Moulin RougeJeanne Mammen – Moulin Rouge

Jeanne Mammen -  "Die Kindsmörderin"Jeanne Mammen –  « Die Kindsmörderin »

Jeanne Mammen - »Mörder und Opfer« (»Reue«)

Jeanne Mammen – »Mörder und Opfer« (»Reue«)

Capture d’écran 2013-09-20 à 01.04.41

»Mord« (»Nach der Mordtat«)

Jeanne Mammen - »Hand mit Pierrotkopf«Jeanne Mammen – »Hand mit Pierrotkopf«

Jeanne Mammen - »Der Gymnosophist«

Jeanne Mammen – »Der Gymnosophist«

Jeanne Mammen - »Tod« (»Hl. Antonius«)

Jeanne Mammen – « la Mort », illustration de la Tentation de saint Antoine

Jeanne Mammen »Sphinx und Chimäre« (2. Fassung)

Jeanne Mammen »Sphinx und Chimäre« (2. Fassung)

Jeanne Mammen - »Frau am Kreuz«

Jeanne Mammen – « Frau am Kreuz »

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Pour visualiser la première seconde créatrice berlinoise de Jeanne Mammen, la période Weimar marquée par le mouvement de la Nouvelle Objectivité, c’est ICI :

Jeanne Mammen - la Garçonne - 1927

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Imaginaire de la montagne : la chute

–––– Frison-Roche : Premier de cordée, 1963 –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Les Drus, vus de la Mer de Glace en  mai 2006Les Drus, vus de la Mer de Glace en  mai 2006

la face nord des Drus en octobre 2011 - cliché Wikipedia, Frédéric Bunoz

la face nord des Drus en octobre 2011 – cliché Wikipedia, Frédéric Bunoz

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      La suite n’était pas belle à voir.
     Des corniches de glace ourlaient le surplomb de la fissure, le verglas gluait sur les prises et le rocher semblait enduit de verre bleu. Sur vingt mètres, les difficultés s’amoncelaient à faire frissonner les plus courageux; et de fait, les autres tremblèrent en observant Pierre qui calculait mentalement la façon dont il allait continuer. Ils n’osaient plus rien lui dire, sentant bien qu’aucune force ne l’arrêterait. D’ailleurs ne venait-il pas de leur prouver qu’il était de taille à triompher de tous les obstacles ? Mais, vraiment, celui qui s’amorçait dépassait la mesure.
     Ayant bien réfléchi, Pierre interpella Fernand :
    – Passe moi un anneau de corde, deux pitons, le marteau. Donne moi tes gants, les miens sont gelés; toi, Boule, assure ma corde. Vous autres, laissez moi-faire.
     – Ne continue pas, Pierre, tu me fais peur.
     – Ne t’inquiète pas, Paul… on passera. Y nous payera le Dru. Si je me souviens bien de ce que disait le père, après la fissure, c’est tout bon ou presque ; donc, si je apsse, on réussit… Alors, on passera… Attends, garce, tu vas voir…
     Et lançant un juron à la montagne, il s’élança.
     La fissure était trop étroite et surplombait un vide immense. Bientôt, Pierre fut engagé dans le passage. On entendait le bruit que faisaient ses clous sur le granit, un râpement grinçant qui tranchait avec le cliquetis de la batterie de pitons et mousquetons attachés à sa ceinture.
    Il s’éleva ainsi d’une quinzaine de mètres, au prix d’énormes efforts, puis fut obligé de s’arrêter, d’examiner la suite. Son souffle devint rauque. Le drap de ses vêtements glissait sans mordre sur la plaque de glace. Insensiblement, il reculait; son cœur battait la chamade, et il lui semblait qu’il allait crever sa poitrine.
     – Vois-tu le piton, Pierre ? cria Fernand.
     – Il est à deux mètres, complètement recouvert, va falloir le dégager au marteau, haleta Pierre.
     Instinctivement, Boule avait assuré la corde autour d’un bloc; il ne quittait pas Pierre du regard et semblait fasciné par la paroi sur laquelle l’autre se débattait.
     Farouchement, Pierre continuait. A chaque effort, il gagnait quelques centimètres en hauteur, mais ses doigts glissaient sur les prises glacées, et il reculait d’autant. Chaque effort lui coûtait plus de peine; il se coinçait alors dans la fissure et se collait au rocher, respirant bruyamment, avec toujours ces maudits battements de cœur qui se précipitaient, le torturaient : « Faut monter, faut monter, se répétait-il. Si tu atteins le piton, tu seras sauvé. »

Gran Dru : voie Contamine dans le Pillier sud - cliché Wikipedia, Geoffrey ClinGrand Dru : voie Contamine dans le Pillier sud – cliché Wikipedia, Geoffrey Clin

      Il ne se doutait pas qu’au même endroit, mais dans de meilleures conditions, Georges à la Clarisse agit livré un combat presque aussi terrible. Toute sa volonté, toute son énergie étaient concentrées sur ce but unique : monter, décrocher le cadavre de son père, puis le ramener.
     Il vit bien que, pour passer, une seule solution s’offrait : éviter de se coincer, utiliser quelques infimes prises sur les rebords de la fissure et monter en équilibre, comme un funambule.
     Bien sûr, c’était risqué. Tant pis ! il essaya.
     Il se dégagea de l’étreinte de la fissure, rejeta son corps en dehors, et de la sorte gagna un mètre. Il caressa la nodosité polie que formait le verglas autour du piton, essaya de le briser avec ses ongles, mais ne put y parvenir. Il lui fallut l’aide du marteau.
     Alors en équilibre sur un clou de soulier et le corps collé à la paroi, il se concentra pour tenir  et, lentement, quittant sa prise de main , il laissa glisser son bras le long de son corps. Ses doigts tâtonnaient pour trouver l’ouverture du mousqueton qui libérerait le marteau de sa ceinture. Il sentit tout à coup que sa jambe était prise d’un tremblement nerveux causé par la fatigue. Il fit un brusque mouvement pour retrouver la prise de main, mais déjà il basculait. Ses doigts griffèrent le granit sans s’accrocher et il tomba à la renverse sans pousser un cri.
     Dans un dernier réflexe, il exécuta un saut périlleux complet dans le vide, étendit les bars en croix. Les yeux exorbités, il aperçut nettement ses camarades pétrifiés d’horreur sur leur petite vire, et il embrassa d’un dernier regard l’abîme monstrueux où il allait s’écraser. Il lui sembla que sa chute durait des siècles. Il n’avait pas peur, mais se disait tout étonné : « Je vais donc mourir. » Sa pensée voltigea vers sa mère, vers son père. Plus tard, il déclara : « Je me sentais perdu et je pensais à des tas de choses, aux miens, à Chamonix, je calculais que j’allais me briser sur la dalle au-dessous. C’est drôle, j’étais plutôt stupéfait qu’apeuré. Mais comment l’esprit peut-il enregistrer tante d’images en quelques fractions de seconde ? »
     Il tomba droit sur ses jambes tendues comme des barres de fer. On eût dit un chat qu’on jette dans le vide, toutes griffes dehors. Il toucha la paroi juste sur la dalle enneigée; cela amortit le choc, son corps se mit en boule et rebondit dans le vide.

Hodler - La chute

Hodler – La chute

F.Hodler, Absturz III - Hodler / The Fall III / Painting / 1894 - F. Hodler / 'Absturz III' (Chute III), 1

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     Boule n’avait pas perdu son sang-froid; il pesait de tout son corps sur la corde d’assurance, angoissé à l’idée qu’elle put céder sous le choc. Lorsque celui-ci eut lieu, Boule était paré; il tint bon, encaissa, et sentait que, là-bas dessous, la chute était enrayée. Par bonheur, la corde, un chanvre câblé de onze millimètres avait résisté.
    Le drame avait été si rapide que les guides restaient là, immobiles, bouche ouverte, comme inconscients, et ce fut Boule qui, le premier, osa appeler :
    – Pierre, pierre, t’as du mal ? cria-t-il sourdement. (Puis comme rien ne répondait, il appela de nouveau, mais plus fort) Pierre ! Pierre !
     Ils se penchèrent anxieusement sur le vide et l’aperçurent qui gisait, inanimé, suspendu comme un pantin brisé au bout de sa corde. (…)

Frison-Roche, Premier de cordée (extrait)

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