Regards croisés en poésie et peinture : à propos d’un poème de William Burler Yeats, « The Mermaid ».

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yeatsWilliam Burler Yeats (1865-1939)

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The Mermaid                                                 La Sirène

A mermaid found a swimming lad                  Une sirène rencontra
Picked him for her own.                                     Un joli garçon qui nageait.
Pressed her body to his body,                            Le choisit, le garda pour elle ;
Laughed; and plunging down                           En riant, elle l’entraîna
Forgot in cruel happiness                                   jusqu’au fond de l’eau, oubliant,
That even lovera drown                                     Que même un amoureux se noie.

The Mermaid de Yeats tiré du poème             Traduction Jean-Yves Masson
A Man Young and Old (The Tower)

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Knut Ekval - Le pêcheur et la Sirène - 1900

Knut Ekval – Le pêcheur et la Sirène – 1900

John William Waterhouse - Hylas et les Nymphes - 1896John William Waterhouse – Hylas et les Nymphes – 1896

John William Waterhouse - la Sirène - 1900John William Waterhouse – la Sirène – 1900

Fred Appleyard - Pearls for kisses

Fred Appleyard – Pearls for kisses

Collier Twentyman Smithers - Course entre Sirènes et Tritons - 1895

Collier Twentyman Smithers – Course entre Sirènes et Tritons – 1895

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Frederic Leighton - la Sirène et le pêcheur - 1856-1858Frederic Leighton – la Sirène et le pêcheur – 1856-1858

Howard Pyle - The Mermaid - 1910

Howard Pyle: The Mermaid (1910)

Dulac - la petite sirène secourt le Prince

Dulac – la petite sirène secourt le Prince

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Vignette de La petite Sirène par Bertall représentant la petite sirène et le prince.

Vignette de La petite Sirène par Bertall représentant la petite sirène et le prince.

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Albert Samain (1858-1900)

Albert Samain (1858-1900)

« Il est d’étranges soirs où les fleurs ont une âme » (Albert Samain).

Les sirènes

Les Sirènes chantaient… Là-bas, vers les îlots, 
Une harpe d’amour soupirait, infinie ; 
Les flots voluptueux ruisselaient d’harmonie
Et des larmes montaient aux yeux des matelots.

Les Sirènes chantaient… Là-bas, vers les rochers,
Une haleine de fleurs alanguissait les voiles ;
Et le ciel reflété dans les flots pleins d’étoiles
Versait tout son azur en l’âme des nochers,

Les Sirènes chantaient… Plus tendres à présent,
Leurs voix d’amour pleuraient des larmes dans la brise,
Et c’était une extase où le coeur plein se brise,
Comme un fruit mûr qui s’ouvre au soir d’un jour pesant !

Vers les lointains, fleuris de jardins vaporeux, 
Le vaisseau s’en allait, enveloppé de rêves ; 
Et là-bas – visions – sur l’or pâle des grèves 
Ondulaient vaguement des torses amoureux.

Diaphanes blancheurs dans la nuit émergeant, 
Les Sirènes venaient, lentes, tordant leurs queues 
Souples, et sous la lune, au long des vagues bleues, 
Roulaient et déroulaient leurs volutes d’argent.

Les nacres de leurs chairs sous un liquide émail 
Chatoyaient, ruisselant de perles cristallines, 
Et leurs seins nus, cambrant leurs rondeurs opalines, 
Tendaient lascivement des pointes de corail.

Leurs bras nus suppliants s’ouvraient, immaculés ;
Leurs cheveux blonds flottaient, emmêlés d’algues vertes,
Et, le col renversé, les narines ouvertes,
Elles offraient le ciel dans leurs yeux étoilés !…

Des lyres se mouraient dans l’air harmonieux ;
Suprême, une langueur s’exhalait des calices,
Et les marins pâmés sentaient, lentes délices,
Des velours de baisers se poser sur leurs yeux…

Jusqu’au bout, aux mortels condamnés par le sort,
Choeur fatal et divin, elles faisaient cortège ; 
Et, doucement captif entre leurs bras de neige, 
Le vaisseau descendait, radieux, dans la mort !

La nuit tiède embaumait…Là-bas, vers les îlots, 
Une harpe d’amour soupirait, infinie ;
Et la mer, déroulant ses vagues d’harmonie,
Étendait son linceul bleu sur les matelots.

Les Sirènes chantaient… Mais le temps est passé 
Des beaux trépas cueillis en les Syrtes sereines, 
Où l’on pouvait mourir aux lèvres des Sirènes,
Et pour jamais dormir sur son rêve enlacé.

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Louis Ménard (1822-1901)

Louis Ménard (1822-1901)

« Je veux conserver le droit de glorifier les causes vaincues et de regretter les religions mortes. » (Louis Ménard).

« Ménard était bien tout le contraire d’un esprit droit. On n’en vit guère de plus tordu et de plus biscornu, de plus difficile à comprendre du point de vue logique. mais il n’en fut guère aussi de plus original à la fois et de plus cultivé » (Gourmont).

La sirène

La vie appelle à soi la foule haletante
Des germes animés ; sous le clair firmament
Ils se pressent, et tous boivent avidement
À la coupe magique où le désir fermente.

Ils savent que l’ivresse est courte ; à tout moment
Retentissent des cris d’horreur et d’épouvante,
Mais la molle sirène, à la voix caressante,
Les attire comme un irrésistible aimant.

Puisqu’ils ont soif de vivre, ils ont leur raison d’être :
Qu’ils se baignent, joyeux, dans le rayon vermeil
Que leur dispense à tous l’impartial soleil ;

Mais moi, je ne sais pas pourquoi j’ai voulu naître ;
J’ai mal fait, je me suis trompé, je devrais bien
M’en aller de ce monde où je n’espère rien.

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