poésie à la croisée des mondes : Nuno Jùdice, poète portugais

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Nuno Jùdice

Nuno Jùdice : « mettre les mondes en contact »

« Le poème a la même durée qu’un homme 
et son cœur bat en même temps qu’il l’anime du souffle d’une vie. »

     Nuno Júdice est l’un des plus grands poètes portugais. Né en avril 1949, en Algarve, à Mexilhoeira Grande, il a grandi dans ce petit village du sud du Portugal où il s’est intéressé très tôt à la poésie. mais c’est également un romancier, dramaturge, essayiste, traducteur, spécialiste de la littérature médiévale ibérique, critique littéraire et professeur de littérature comparée à l’université de Lisbonne. Il a obtenu le prix Pablo Neruda en 1973. Il a vécu durant plusieurs années à l’étranger : à Berne, en Suisse de 1985 à 1991 et à Paris, de 1997 à 2004 où il a dirigé l’Institut Camoes. Il dirige depuis 1996 la revue de poésie Tabacaria à Lisbonne.

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L’éveil à la poésie

   « J’ai un souvenir d’enfance très précis : c’est un matin de décembre, très froid et très lumineux, comme il arrive chez moi, dans le Sud, sous le soleil d’hiver. Je suis assis dans l’escalier de la maison de ma grand-mère, et je lis un des livres que Noël m’a apporté : une adaptation pour enfants de l’Énéide.
    (…) J’étais donc en bas de l’escalier, en lisant et, parfois, en regardant la rue, bien que le contraste entre l’obscurité de l’intérieur et la lumière du dehors m’empêchât de reprendre la lecture tout de suite. C’est peut-être dans cet intervalle, où j’étais obligé de me réadapter à l’intérieur de la maison, que la poésie a paru dans mon esprit : quelque chose qui lui ressemblait, en tout cas, a dû occuper ces instants de vacuité, et m’a poussé, un jour, bien avant l’adolescence, à écrire des vers dans un mouvement que j’avais moi-même quelque difficulté à comprendre.
    (…) Il est vrai qu’au bas de l’escalier, dans le vestibule de la maison, j’étais à mon insu à la frontière de plusieurs mondes ; et, peut-être apprenais-je la façon de les mettre en contact, ce que seul peut faire le langage. »

In Un chant dans l’épaisseur du temps, préface de l’auteur © Poésie/Gallimard 1996, p.7 à 9

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Poésie

D’où vient-elle – la voix qui
nous déchira de l’intérieur, qui
apporta la pluie noire
de l’automne, et s’enfuit parmi
les brouillards et les champs
dévorés par les herbes ?

Elle était ici – ici à l’intérieur
de nous, comme si elle s’était toujours
trouvée là ; et nous ne
l’entendons pas, comme si elle ne nous
parlait pas depuis toujours,
là, à l’intérieur de nous.

Et maintenant que nous voulons l’entendre,
comme si nous l’avions re-
connue jadis, où est-elle ? La voix
qui danse la nuit, en hiver,
sans lumière ni écho, tandis qu’elle
prend de sa main le fil
obscur de l’horizon.

Elle dit : « Ne pleure pas ce qui t’attend,
ne descends plus la rive
du fleuve ultime. Respire,
d’un trait bref, l’odeur
de la résine, dans le bois, et
le souffle humide du poème. »

Comme si nous l’entendions.

In Méditations sur des ruines (1994) © Poésie/Gallimard 1996, p.205/206

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Sandro Botticelli - La Carte de l'EnferBotticelli – la carte de l’Enfer

Morte saison

Je remontai la nuit jusqu’à l’enfer, dont je touchai
le cœur ; ses noires écailles me blessèrent
et je bus le lait acide d’aortes obscures
que m’ouvraient, béantes, des bouches tordues. Je fuis
vers un hôtel d’été, au bord de la mer,
mais c’était l’hiver, les portes se fermaient
devant moi ; il pleuvait sur l’esplanade. Un 
anglais fou dormait, debout, sur les fleurs
calcinées. La servante lisait Virgile, en latin,
tandis que j’ouvrais le lit. Je l’étendis près de moi
sur le sofa aux feuilles violacées ; et je touchai ses
hanches, devinant sa peau morte.

(extrait) in Les degrés du regard, © L’Escampette 1993, (Lyre de lichen,1985), p.107

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Image, encore

La maison – probablement intacte – mais non pas
sa voix, disparue, qui flotte vers des
confins de mémoire. C’est ce qui persiste de quelqu’un,
pour quelque temps : le souvenir d’une inflexion,
des mots prononcés sans propos particulier, et qui demeurent
« il a dit », « je l’ai entendu dire », etc…tant que
dure une relation avec son image. Rien de profond,
puisque rien n’est profond – sinon notre ignorance
sur ce que nous savons ou non des autres. C’est que
je ne peux plus interroger sa mémoire : quel hasard
l’a fixée à mon destin pour qu’elle m’habite , maintenant,
recoin intrus de moi-même ? Cependant – elle se borne
à accentuer ma solitude. Et celle-ci vient de loin,
sans secret, me rappelant qu’il est inutile
de continuer à questionner : contente-toi d’un destin.
– il te survivra, plus réel
que tu ne le seras jamais.

Ibid La condescendance de l’être, 1988, p.117

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Sud

Là, tout est simple et complexe : la lumière,
la solitude, le regard qui s’émeut de la tombée
de la nuit et du lever du jour ; et, même,
les rires de femmes entendus de loin,
portés par l’air dont la transparence se sent
dans notre propre respiration. Cependant, je me penche
au balcon et je m’aperçois que quelque chose disparaît,
au-delà des murs et des jardins, m’appelant
sans que je puisse répondre. Alors je reviens
à l’intérieur ; je prépare le café ; et
tandis que l’eau frémit, le mystère disparaît,
inutile et excessif, au début de l’après-midi.

Ibid, Les régles de la perspective 1990, p.133

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intérieur de Vilhelm Hammershoiintérieur de Vilhelm Hammershoi

Sans issue

L’indécision se résout au fond des couloirs
des vieilles maisons. Mais il n’y a plus de vieilles maisons, et
les couloirs aboutissent à des murs fermés,
des espaces sans écho, des miroirs sans vitre
où réfléchir ton visage.

In Un chant dans l’épaisseur du temps © Poésie /Gallimard 1996, extrait p.29

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Poème

« Le vent a soufflé avec trop de force, as-tu dit,
c’était comme si un dieu avait soufflé depuis l’horizon » ;
et ce souffle a emporté les feuilles des arbres,
chassé les nuages, pénétré les fenêtres du rêve,
bousculant les images et les phrases. Je ne sais pas,
de fait, si la voix qui nous réveille, la nuit, a
un destinataire en particulier. Bien que je me lève,
guette le couloir, entrouvre les volets de bois,
nul n’apparaît depuis la ténèbre. Les vieilles maisons, en province,
ont des habitants inattendus : des visages qui se confondent
avec le brouillard des miroirs ; des bras que la mousse
de l’ombre a corrodés.

In Un chant dans l’épaisseur du temps © Poésie /Gallimard 1996,  p. 101

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Poème

La pointe du compas, qui
marque le centre invisible,
ne chante pas comme le bec pointu
de l’oiseau qui est au cœur du
chant qui l’occupe. Et
pourtant, le compas tourne
comme si des ailes le faisaient
bouger ; et il dessine sur le papier,
le cercle, que dans l’air
l’oiseau suggère.

In Un chant dans l’épaisseur du temps © Poésie /Gallimard 1996, p.181

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L’ordre du monde

Le matin, je cueille les herbes du jardin. La terre,
encore fraîche, sort avec les racines, et se mélange
au brouillard de l’aube. Alors le monde
s’inverse : le ciel, que je ne vois pas, est
sous la terre ; et les racines montent
en suivant une direction invisible. De
la maison, pourtant, m’appelle une odeur
de café : comme si quelqu’un me disait
de me réveiller, une seconde fois,
pour que les racines croissent dans
la terre et que le brouillard, se dissipant, laisse voir le bleu.

In Un chant dans l’épaisseur du temps © Poésie /Gallimard 1996, p.224

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Anabase

Je remonte le fleuve de ton corps sur une carte ancienne,
avec le papier qui se déchire et les inscriptions effacées
par les pluies de la nuit. Un navire de mots
m’emporte dans cette expédition ; et les rameurs
ont tu leur rythme monotone, en entendant
le battement de la coque dans les eaux profondes.

Jadis, j’ai rêvé d’un débarquement matinal
sur ces sables inaccessibles ; entendu les oiseaux
indiquer le chemin des montagnes ; su
que les nuages étaient à ma portée, comme
si la source n’était juste qu’un point abstrait
au centre de la page.

J’éloigne tes doigts, comme des algues, à la recherche
de poissons oubliés par l’hiver. Derrière eux,
un troupeau immergé suit les pas du berger
sous-marin : Neptune aveugle dont le trident se
confond aux racines fluviales. Je traverse les limites
du songe que tu m’offres : et je trouve le lac
stagnant de tes yeux ouverts
avec l’avidité des ténèbres.

In Le Mouvement du monde © Le Taillis Pré 2000, p.37

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Saudade

Je t’attends au bout du monde
ou à son commencement,
tandis que les semences sèchent au soleil
qui ne se lève pas
et que les mots se perdent dans un vers
sans poids ni mesure.

Tu es celle qui ne vient pas :
promesse de l’amour qui emplit
les miroirs, éclat
des ténèbres qui obscurcit
le cristal.

Et quand je regarde par la fenêtre,
comme si tu venais du bout de la rue,
seul le soir s’esquive au coin du trottoir
qui t’a vu partir
avec les yeux humides du matin nu.

Ombre, cendres et ruine
viennent à chaque printemps ; mais toi
tu reviens seulement de je ne sais où,
alors que je n’attends pas
et là où je ne suis plus.

In Le Mouvement du monde © Le Taillis Pré 2000, p.41

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La recherche de l’absolu

La recherche de l’absolu, la conquête de la beauté,
la rencontre de l’immatériel, etc., tout faisait partie
d’un projet initié à l’aube. Cependant,
les premiers rayons du soleil, et la possibilité
de contempler cet instant où l’astre
émerge de la mer et s’empare du cercle céleste,
produisent un brouillard qui obscurcit
l’imagination, l’empêchant de quitter l’intérieur
de l’esprit pour se diriger vers le centre du papier, où
les mots porteraient le reflet
de ce projet élaboré durant la nuit.

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Le mystère de la beauté

L’absolu s’est manifesté dans un verre
d’eau, quand le soleil est apparu derrière un nuage
et lui a donné un éclat inattendu dans le plus
gris des matins. parfois, pense l’agnostique,
ce qui est invraisemblable naît d’une simple explication
logique comme si le hasard n’existait pas. Ce qu’il
fait, cependant, c’est se mettre à la place de l’homme
qui n’accepte pas que la beauté puisse naître de rien,
quand il découvre qu’il est à la frontière entre ce
qu’on sait et ce qu’on n’a pas même besoin de
comprendre. C’est pour ça que, en buvant l’eau, j’ai senti
l’éclat du matin me remplir l’âme, comme
si l’eau était plus qu’un liquide incolore
et inodore. Cependant, quand j’ai posé le verre vide,
que j’ai senti le manque de la lumière qui l’avait rempli, j’ai pensé :
comme elle est fragile cette petite beauté,
peut-être aurait-il mieux valu que je reste avec ma soif.

Extrait d’un poème du recueil Les Choses les plus simples, 2006

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L’arrivée de l’amour

L’amour est arrivé, il a débarqué sur le quai
où personne ne l’attendait, et il a fait
trembler toute la ville, comme si
l’amour l’avait touchée.

Mais quelqu’un l’a vu sortit
du bateau, et l’a conduit jusqu’à la file d’attente
de la douane, où on lui a demandé : « d’où
venez-vous ? Qu’est-ce que vous apportez
avec vous ? Montrez-nous
votre passeport. » L’amour n’a pas compris
ce qu’on lui demandait; il a posé l’arc sur
la table, et avec lui les flèches.

Tout a été confisqué : on ne veut pas d’agressions
dans cette ville; les armes blanches sont
interdites. Et l’amour, sans passeport,  est resté sur le quai,
entre les poubelles et les vagabonds,
désœuvré.

Et la nuit, quand la ville
s’endort, tout le monde se demande
quand l’amour viendra

Revue Arpa, mai 2009 – Traduit du portugais par l’auteur et Yves Humann

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Égloge blanche

(…)
Alors j’ouvre la fenêtre de la nuit. Je compte
les fils de chaque point lumineux, dans le ciel, comme si
je touchais les cheveux où brillent encore
les murmures de l’après-midi, et je sens une soudaine
inquiétude, lorsqu’un bruit d’ombre
s’immisce entre les amants. Quel
lieu plus retiré accueillera leur étreinte ? Ou
quel écho solitaire atteindra soudain la plénitude
de leurs voix ? Je collectionne le rythme de ces
cœurs dans la musique que je dérobe à leurs poitrines
accordées. Puis, j’allume des couchants, j’éclaircis
des pénombres, je fais en sorte que le coursier de la folie
dévale la colline de la passion, foulant de ses sabots
les gradins de son art. Et
je répète leurs gestes, sous un compendium
d’arbres, apprenant le chant
des feuillages dans un bruissement d’horizon,
afin que jamais plus ne se perde la racine
de l’amour planté en cette terre,

rosier éphémère dans un rêve d’arbre.

(extrait) in Géométrie variable © Vagamundo 2012, p.15 et 16

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Robe d’absence

Si je pouvais commander aux images, une seule
existerait, celle de ton profil, et à travers lui,
ce que je touche dans l’absolue solitude de l’être ;
et si je ne le pouvais, dans leur néant je trouverais
encore le souvenir que tu as laissé en moi, la courbe
parfaite de ton sein qui éclot, soudain, et
rayonne dans le sombre de la nuit ;
et s’il n’y avait, en cet unique centre, point d’éclat,
dans son obscurité même, ton absence ôterait le vide
de la mémoire, pour le remplir de ce qui, un instant,
troubla ta quiétude et aussitôt s’enfuit
en un vol d’oiseau que je poursuis.

in Géométrie variable © Vagamundo 2012, p.126

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Marée

Je parcours les mers aux rivages
de papier ; dans les détroits couverts de brume,
je plie les dernières tempêtes de la mémoire. Je franchis
cet horizon fermé comme les yeux d’Adamastor,
déchirant la peau des tropiques jusqu’à trouver
le sang de la terre. Je me laisse porter par la lenteur
des rythmes, par la houle nonchalante des voyelles,
perdu dans l’immensité de la phrase.

Je reviens au poème. Je m’abrite sous d’infinies
strophes obscures ; je me heurte aux vers, ballotté
de tous cotés ; puis j’arrive dans ce couloir
où tu m’as attendu, et je vois ton image
se refléter encore sur le mur des mots, avec
l’écho lumineux qui naît de ton visage. « Viens
avec moi », je te dis, « trouver ce port où les bateaux
reviennent de leurs voyages silencieux, où des êtres
dépourvus d’yeux nous attendent qui nous offriront
leur abri de pierre ».

Là-haut, sur le sommet des dunes, j’ai dessiné
une plage aux contours de tes lèvres,
le bruissement d’ailes qui traverse tes yeux
en un battement de paupières, et la marée montante
déferlant son drap d’écume blanche.

in Géométrie variable © Vagamundo 2012, p.72

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Ouvrages publiés en français :

  • Jeu de reflets, Chandeigne, 2001.
  • Le Mouvement du monde, le Taillis pré, 2000.
  • La femme écarlate, Dumerchez, 2000.
  • Lignes d’eau, Fata Morgana, 2000.
  • La condescendance de l’être, Le Taillis pré, 1998.
  • Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de Méditations sur des ruines, Poésie/Gallimard, 1996
  • Les degrés du regard, L »Escampette, 1993.
  • Voyage dans un siècle de littérature portugaise, L’escampette, 1993.
  • Enumérations d’ombres, Les Cahiers de Royaumont, 1990

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