Poser les bonnes questions : où est le Graal ?

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le Graal

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     « Où est le Graal ? »

   Dans son essai Images et symboles, Mircea Elliade cite un épisode de la légende arthurienne qu’il classe parmi les mythes fondamentaux européens. Cet épisode met en scène le chevalier Perceval et le Roi Pêcheur, dernier représentant d’une lignée chargée de veiller sur le Saint Graal. Depuis quelque temps, un mal mystérieux ronge le roi et s’aggrave le condamnant peu à peu à la paralysie. Le mal ne concerne pas seulement la personne royale : par un curieux effet de mimétisme, à mesure qu’augmente sa déchéance son royaume tout entier dépérit lui aussi. Palais, tours, maisons, peu à peu s’effritent et tombent en ruine, les plantes dans les champs et les jardins se fanent et dépérissent, les arbres ne portent plus de fruits, les animaux ne se reproduisent plus et les sources se tarissent, les fleuves s’assèchent… Les nombreux médecins appelés au chevet du Roi Pêcheur sont impuissants et les nobles et les chevaliers du Royaume se succèdent auprès de lui en commençant par lui demander, comme l’étiquette et la courtoisie l’exigent, des nouvelles de sa santé. Arrive alors un chevalier atypique du nom de Perceval inconnu de tous, d’allure pauvre, maladroit et un peu ridicule qui, au mépris du cérémonial courtois, se dirige directement vers le Roi et, sans aucun préambule, lui pose brutalement la question  :

      « Où est le Graal ? »

    A l’instant même où ces paroles sont prononcées, tout se transforme : le Roi se sent guérit et se lève de son lit de souffrance, les rivières et les fontaines recommencent de couler, la végétation renaît instantanément et les bâtiments ruinés se restaurent. Ainsi, les quelques mots prononcés par Parcifal auront suffit pour regénérer la Nature toute entière et la communauté humaine mais, comme le relève Mircea Elliade : 

    « ces quelques mots constituaient la question centrale, le seul problème qui pouvait intéresser non seulement le Roi Pêcheur, mais le Cosmos tout entier : où se trouvait le réel par excellence, le sacré, le Centre de la vie et la source de l’immortalité ? Où se trouvait le Saint-Graal ? Personne n’avait pensé , avant Percifal, à poser cette question centrale – et le monde périssait à cause de cette indifférence métaphysique et religieuse, à cause de ce manque d’imagination et absence du désir du réel.
  Ce petit détail d’un grandiose mythe européen révèle au moins un côté méconnu du symbolisme du Centre : non seulement il existe une solidarité intime entre la vie universelle et le salut de l’homme – mais il suffit de se poser le problème du salut, il suffit de poser le problème central, c’est-à-dire le problème – pour que la vie cosmique se régénère perpétuellement. Car souvent la mort – comme semble le montrer ce fragment mythique – n’est que le résultat de notre indifférence devant l’immortabilité. »

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    Je vois dans dans ce mythe une parabole. Comment ne pas voir dans le mal insidieux qui ronge et détruit le Roi Pêcheur et son royaume, le mal qui ronge actuellement une grande partie de l’Europe et notre pays en particulier : déclin économique et chômage, absence de perspectives d’avenir, naufrage de l’éducation, exode de la jeunesse, rejet du politique, désintérêt pour la chose publique, individualisme forcené, montée de l’extrême-droite et nihilisme. Comme les médecins incompétents et les chevaliers courtisans, les médias nous inondent aujourd’hui d' »informations » qui n’en sont pas. Les débats contradictoires entre « spécialistes » auto-proclamés et politiques manipulateurs ou impuissants se succèdent, n’intéressant plus personne. Il ne faut pas rêver, aucun sauveur providentiel tel un Perceval moderne ne viendra poser la question miracle  qui indiquera le chemin à prendre. C’est à nous tous, après analyse objective de la situation actuelle et des raisons qui nous ont amenés à elle, de tenter de définir et de nous poser la bonne question. Ensuite, on verra bien, comme dit l’adage « une question bien posée contient déjà en elle-même une partie de la réponse… »

     Alors, « où est le Graal ? ».

Enki signature .

le 22 décembre 2013

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