PONT-CROIX, Cap Sizun : la deuxième vie de la boulangerie de la Jeannette…

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L’Eglise Notre-Dame de Roscudon à Pont-Croix sur laquelle débouche la rue de Rosmadec

    Il y a une vingtaine d’années, il existait une boulangerie au n° 13 de la rue de Rosmadec à Pont-Croix, la capitale historique du cap-Sizun. Nous allions régulièrement y acheter notre pain. La tenancière était une vieille dame, connue dans la ville et ses environs sous le nom de « La Jeannette ». Son pain, élaboré et cuit de manière traditionnelle était réputé et l’on faisait la queue un long moment dans sa boutique minuscule et même dans la rue pour l’acheter. Malheur à ceux qui arrivaient trop tard en fin d’après-midi, vers dix-sept ou dix-huit heures, car le pain venait alors souvent à manquer… Si l’on voyait pourtant quelques miches encore entreposées sur l’étal et qu’on la questionnait à ce sujet, la Jeannette nous répondait alors d’un air bougon : « C’est réservé ! », « c’est pour Madame ou pour Monsieur … », suivait alors un nom aux consonances bretonnes bien affirmées. la rareté du pain était causée par le fait qu’il était produit de manière vraiment artisanale sur place par un boulanger ou un mitron qui était, si mes souvenirs sont exacts, son neveu. Je n’ai jamais compris où exactement se trouvait le fournil… Je me souviens simplement que régulièrement, une trappe située dans le plafond de la boutique s’ouvrait et qu’une tête ronde et ébouriffée, toute blanchie de farine, apparaissait suivie presque aussitôt de deux bras portant un grand panier rempli de pains encore brûlants que saisissait alors la Jeannette et qu’elle répartissait sur l’étal. Je supposais donc que le fournil se trouvait à l’étage au-dessus de la boutique. Durant l’attente, je tuais le temps en admirant un gros matou au pelage initialement noir que la farine en suspension dans le magasin rendait gris. La boutique était son domaine et on le voyait perché sur les étals se pourléchant les babines ou allongé de manière nonchalante. Je suppose qu’il était là pour les souris qui devaient être nombreuses dans la boulangerie… Et puis un jour, de retour à Pont-Croix pour les vacances, nous avons trouvé le magasin fermé. Une page de vie était définitivement tournée…  Mais depuis, à chaque passage dans la rue de Rosmadec, la Jeannette se rappelait à notre bon souvenir. C’est à l’une de ces occasions que j’avais écrit, à l’été 2012, ce poème…

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La Jeannette

Pont-Croix, la rue Pénanguer, 1906

A Pont-Croix,
au 13 de la rue de Rosmadec,
vivait une très vieille dame
aux habits aussi noirs que le geai,
aux cheveux gris comme la cendre.
On l’appellait la Jeannette.
Elle avait un gros chat,
A la pelure aussi noire que le geai
Mais quand, dans la vitrine, il dormait
Il était aussi gris que la cendre.

La Jeannette avait un neveu
aux cheveux noirs comme le geai.
Mais quand il passait la tête
à travers l’ouverture béante du grenier,
ils étaient devenus tout gris,
aussi gris que la cendre.
Le neveu de la Jeannette
était aussi son mitron.

Dans le grenier, il cuisait le pain :Capture d’écran 2013-07-21 à 07.23.51
 farine de sarrazin pour le pain noir,
farine de froment pour le pain blanc.
Dans la rue de Rosmadec,
On ne voit plus la Jeannette
Son neveu aussi a disparu…
le gros chat est toujours là
mais sa pelure est toujours noire,
aussi noire que les plumes du geai
Fini le pain noir au sarrazin,
Fini le pain blanc au froment.

               Enki, Pont-Croix, 13 août 2011,

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Une nouvelle vie pour la boulangerie de la Jeannette…

Et puis aujourd’hui, je tombe par le plus grand des hasards sur INTERNET sur un article ancien (novembre 2011) du site Le Télégramme intitulé « Chez Jeannette » à Pont-Croix, « Une galerie aux multiples facettes… » =

« Trois artistes, dont deux peintres Stéven Pennanéac’h et Benoît Andro, et une graphiste, Véfa Lucas, viennent de créer une association culturelle, nommée «Chez Jeannette». Basée dans la galerie du même nom au 8, rue de Rosmadec, elle a pour objectif d’organiser régulièrement des expositions ouvertes à l’art contemporain. Lieu d’exposition, de réflexion et d’expérimentation de projets liés aux images, la galerie est aussi un lieu d’échanges entre les artistes invités à exposer et la population. 

Programmation 2012 
Ces jeunes artistes souhaitent proposer des expositions éclectiques, mais aussi inédites, puisqu’elles prendront forme sur les murs de la galerie, mais aussi dans la commune. L’objectif étant également de garder une trace de chaque passage d’artiste en dehors de la galerie. Mardi Noir, Kloum, Pierre Mabille et Laurent Mazo, Camille et Paul Girard-Brunet sont d’ores et déjà programmés et se succéderont à la galerie de mars à septembre 2012. (…) « 

Contacts Chez Jeannette, 8, rue de Rosmadec. Té. 09.53.11.00.63; mèl. galerie.chezjeannette @gmail.com ou http://www.chezjeannette.info.

les trois pontartistes de la galerie Chez Jeannette

les trois pontartistes de la galerie Chez Jeannette

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   Je présenterais prochainement sur ce blog les peintures de Stéven Pennanéac’h que je trouve très intéressantes sur le plan de la démarche intellectuelle et artistique qui les motive et en attendant, j’indique le lien du site Mardinoir.blogspot présentant l’action « Hyéroglyphes 2012 » mise en scène dans les rues de PONT-CROIX qui vous permettront de visiter cette magnifique petite ville. C’est ICI et pour la vidéo seule, c’est ci-dessous.

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actualité : faut-il encore manger les animaux ?

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    Une amie de ma fille, Zoé, a eu la gentillesse (et l’esprit militant…) de m’envoyer le lien avec un reportage réalisé par la journaliste Olivia Mokiejewski sur le thème du cochon et présenté le 12 novembre dernier sur Antenne 2 en me conseillant de le diffuser le plus possible… Effectivement, ce reportage est édifiant et fait réfléchir …

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Résumé :

« Les cochons ! Ils sont tout roses, si attachants avec leurs grands yeux. Et ils sont partout dans nos assiettes. Ils sont tellement présents que j’ai voulu connaître la face cachée de ma tranche de jambon. C’est l’histoire triste et vraie d’un système devenu absurde où il n’y pas de coupable mais dont nous sommes tous responsables. Un monde où les hommes et les animaux sont devenus des machines. » 

.« Il y a des moments où il faut être une emmerdeuse. » – Olivia Mokiejewski.

      Après s’être intéressée à la recette du Coca-Cola, « l’emmerdeuse » a décidé de se pencher sur le hamburger des Français, le jambon-beurre. On en consomme chaque jour plus de 2 millions. Il faut dire que quand on n’a pas beaucoup le temps de cuisiner, comme elle, le jambon c’est pratique, bon et pas cher. Le porc est d’ailleurs la viande la plus consommée en France et dans le monde. Le jambon blanc fait partie des dix produits les plus vendus de la grande distribution. L’image que nous vend l’industrie est celle d’un produit simple, sain et authentique dans laquelle le cochon n’apparaît jamais. D’ailleurs il y a 1,2 milliard de cochons sur terre et pourtant, on ne les voit jamais.

   Olivia Mokiejewski a voulu savoir ce qu’il se cachait derrière cette tranche de jambon et son déguisement champêtre. Elle a tenté de suivre le parcours d’un cochon de l’élevage jusqu’à l’assiette. Et ça n’a pas été simple. La filière porcine est l’une des plus discrètes du secteur agroalimentaire. Et pour ne rien arranger, elle traverse une grave crise qui touche de plein fouet la Bretagne, la région du cochon. Cependant, certains acteurs de la filière (éleveurs, salariés d’abattoirs) qu’on entend rarement, et qui dénoncent ce manque de transparence, ont accepté de témoigner. Comment sont élevés les cochons ? A quoi ressemble le quotidien de ceux qui nous nourrissent ? Pourquoi estil si difficile de filmer dans une usine de jambon ? Quel est impact de notre consommation du « toujours moins cher » ? L’emmerdeuse a voulu regarder sa tranche de jambon droit dans « les yeux ».

  Merci à Olivia Mokiejewski d’avoir eu le courage et l’obstination nécessaire pour  nous dévoiler les coulisses de l’agro-alimentaire de la filière porcine, du stade de la production à la commercialisation, et mettre à jour ce qui se situe derrière le décor aseptisé et esthétisé mis en valeur pour nous rassurer et nous faire consommer, réalité qui nous est habituellement soigneusement cachée et à laquelle, par ignorance ou lâcheté, nous évitons de penser.
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éleveur de Mahalon se rendant à la Foire voisine de Pont-CroixFinistère : éleveur de Mahalon se rendant à la Foire voisine de Pont-Croix

porcherie traditionnelle au Cap Sizun - photo Olivier GuegantonFour à pain au Cap Sizun – crédit photo Olivier Gueganton. Un lecteur me fait savoir que ce bâtiment, que j’avais pris pour une soue (ancien nom de désignation d’une porcherie) était en réalité un ancien four à pain qui avait peut-être servi effectivement de soue. Les soues sont identifiée dans le cap Sizun par leurs avaloirs extérieurs qui permettaient de nourrir directement les animaux sans avoir à rentrer dans le bâtiment.

porcherie industrielle

et un exemple de porcherie industrielle…

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    Le reportage d’Olivia Mokiejewski a ramené à mes souvenirs le texte et le petit poème que j’avais commis à l’été 2011 à la suite d’une promenade édifiante dans la belle campagne bretonne du Cap Sizun :

 » Imaginez un décor idyllique : vieux village aux bâtisses de granit que domine une tour-clocher toute en dentelle de pierres finement ciselées, brassées généreuses d’hortensias déclinant toutes les nuances de couleurs du rose au violet qui vous accueillent aux pieds des maisons simples mais coquettes, pelouses anglaises parfaites tondues de près. En arrière plan le moutonnement des dunes couvertes de bruyère et derrière elles l’océan dont on sent la présence par la qualité et la senteur toute particulière de l’air charrié par le vent du large. A la sortie du village commence le bocage, les près de petite taille sont entourés de haies variées et de murets de pierres sèches colorées de tâches orange et brunes par le lichen. Dans l’un d’entre eux un âne vous regarde passer, dubitatif; dans un autre, deux superbes chevaux se poursuivent en galopant mais bizarrement aucune vache en vue… J’atteins un hameau, mêmes maisons de granit coquettes et fleuries que celles du village que je viens de quitter. Chaque cour est entourée d’un muret et possède son vieux puits de granit. Intégrés aux murets d’enclos, la taille miniature de petites constructions de granit aux ouvertures en façade si particulières intrigue, ce sont les anciennes étables à cochons aujourd’hui inutilisées, remplacées par les élevages industriels; les ouvertures servaient à introduire directement de l’extérieur la nourriture aux cochons.   Tout est parfaitement net et entretenu. Je songe à la relation étroite, on pourrait dire symbiotique, qui unit dans cette extrémité du continent européen, les hommes à leur terre,  à leur histoire, à leur patrimoine culturel. Soudain, à la sortie du hameau, le décor change brusquement : les maisons coquettes ont laissé la place à un groupe de bâtiments gris de type industriel de faible hauteur et bâti tout en longueur. Peu d’ouvertures et celles existantes sont opaques ou grillagées. Sur le toit des cheminées de ventilation, contre les parois sont fixées des sortes d’armoires métalliques et à proximité des bâtiments se dressent des silos et un réservoir en béton. Un décor sinistre qui jure avec l’environnement naturel  et humain, policé et civilisé, qui l’entoure. Son antithèse absolue… L’ensemble provoque un malaise qui augmente d’un cran lorsque l’on bute sur un panneau sur lequel est écrit en lettres capitales « ENTREE STRICTEMENT INTERDITE » et qu’un berger allemand sorti brusquement de sa niche se rue vers vous en aboyant.  Heureusement, il est maintenu par une laisse. Mais le pire viendra un peu plus tard quand vous entendez  jaillir, en provenance des bâtiments, un cri déchirant, un cri de bête à qui il ne reste de liberté que ce cri, cet appel au secours lancé dans le désert , cri qu’habituellement personne n’entend où ne veut entendre… J’ai eu un moment le désir de frapper à la porte de la jolie maison fleurie et de demander au propriétaire s’il lui était possible de me faire visiter l’établissement voisin qui le faisait vivre, lui et sa famille, pour comprendre comment, lui, sans doute fils et petit-fils d’agriculteurs qui avaient travaillé la terre et pratiqué l’élevage de manière traditionnelle, certainement amoureux de sa terre et fier de ses traditions, vivait cette situation schizophrénique et ce rapport inhumain avec les animaux. Je n’ai finalement pas osé de peur d’être mal reçu par incompréhension.. ».

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« ENTREE STRICTEMENT INTERDITE »

Une jolie maison bretonne
aux fenêtres entourées de granit,
des massifs d’hortensias…
des jouets d’enfants dans la cour :
les trois petits cochons de Walt Disney
en plastique, tout souriant.

Des alignements de bâtiments
tristes à mourir, tels des stalags.
Des silos nombreux et trop grands.
Une gigantesque cuve en métal
pleine d’un liquide noir stagnant.
Pas de clôture, pas de portail.
Une voie se faufile entre les bâtiments.
Un panneau  d’avertissement :

ENTREE STRICTEMENT INTERDITE !

Une niche et son chien fou
qui tire sur sa chaîne et aboie…
pas une âme qui vive,
sauf celle du chien
et puis un bruit lancinant
de machine venu des bâtiments
et toujours les aboiements…

Soudain, un cri déchirant…
Une longue plainte grognée,
la souffrance d’une bête,
son incompréhension,
son désespoir…
Elle se démultiplie alors,
poussée maintenant
par des centaines de groins…
Une mélopée poignante
qui couvre un moment
le bruit de la machine
et les aboiements du chien.

Une mélopée désespérée
que personne n’entend jamais
où ne veut entendre…
Pouvoir crier dans le désert,
c’est la seule et dernière liberté
que les hommes magnanimes
auront concédé aux cochons…

Enki signature

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Bretagne, été 2011

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l’élevage traditionnel du cochon en Bretagne

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 Garde des cochons familiaux, par les enfants, à Poulgoazec près d’Audierne.

    Dans le Cap Sizun, les familles de pêcheurs avaient souvent un lopin de terre. Pour les besoins des familles, ils cultivaient des pommes de terre et divers légumes et élevaient un cochon. .L’amélioration des menus venait de la pêche aux coquillages et surtout du petit lopin de terre fournissant les légumes et les fruits. L’élevage d’un cochon, quand cela était possible, améliorait bien les menus. Le cochon était nourri aux pommes de terre, aux orties récoltées au bord de la route, aux restes de cuisine, le tout bouilli dans de l’eau « enrichie » des eaux de cuisson de cuisine. L’intérêt de cet élevage, à cette époque, était que la viande restait comestible longtemps après l’abattage de la bête grâce, entre autre, à sa conservation par le sel. Cet abattage, suivi du découpage et du traitement de la viande, réunissait tout le quartier pour un « fest an o’ch », fête du cochon, se terminant par un bon repas avec du cochon sous toutes ses formes (lard, jambon, saucisson, boudin…). A noter aussi l’élevage de quelques moutons sur les parties dites« communes » – crédit Musée Maritime du Cap-Sizun.

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Picturalisme : la représentation de la haute montagne à l’aube de la photographie (années 1891 à 1905)

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Frederick Boissonnas - paysage de Suisse, 1905Frederick Boissonnas – paysage de Suisse, 1905

Dr L. Brandt (Allemagne) - le Matterhorn, 1904

Dr L. Brandt (Allemagne) – le Matterhorn, 1904

Henry Abercrombie Roome (G-B) - l'Eider, 1892

Henry Abercrombie Roome (G-B) – l’Eiger, 1892

Dr. F. von Mixich (Autriche) - Entrée dans l'Ampezzothal - Journal Wier Photographische Blätter, 1895

Dr. F. von Mixich (Autriche) – Entrée dans l’Ampezzothal – Journal Wier Photographische Blätter, 1895

Hauptmann Luty (Autriche) - crépuscule dans les Dolomites - 1897 -

Hauptmann Luty (Autriche) – crépuscule dans les Dolomites – 1897

Oberst K. Suznevic (Autriche) - Im Gebirge - Journal Wienr Photographische Blätter, 1895

Oberst K. Suznevic (Autriche) – Im Gebirge – Journal Wienr Photographische Blätter, 1895

Henry Abercrombie Roome (G-B) - La Jungfrau, 1892

Henry Abercrombie Roome (G-B) – La Jungfrau, 1892

Alfred Stieglitz - Lac de Misurina dans le Tyrol, 1891

Alfred Stieglitz – Lac de Misurina dans le Tyrol, 1891

Andrew Pringle (G-B) - Lotefos Waterfall, 1897

Andrew Pringle (G-B) – Lotefos Waterfall, 1897

Eduard Lankes (Allemagne) - Nebelwolken, 1905

Eduard Lankes (Allemagne) – Nebelwolken, 1905

Nenry Abercrombie Roome (G-B) - susnset at Davos plats, 1892

Nenry Abercrombie Roome (G-B) – susnset at Davos plats, 1892

Emmanuel Mathieu (FR) - Un orage au Mont-Rose, 1895

Emmanuel Mathieu (FR) – Un orage au Mont-Rose, 1895

L. Primet (FR) - Vallée du Giffre, 1899

L. Primet (FR) – Vallée du Giffre, 1899

Volkmar Wimmer (Allemagne) - Vent mit Thalleitspitze, 1901

Volkmar Wimmer (Allemagne) – Vent mit Thalleitspitze, 1901

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Quand l’architecture se fait poésie : « Reading between the Lines » des architectes Gijs & Van Vaerenbergh

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« reading between the Lines » (Lire entre les lignes) ou l’église transparente…

  • architecte : Pieterjan Gijs et Arnout van Vaerenbergh
  • localisation : Borgloon, Limbourg – Belgique
  • études techniques : Ney & Partners
  • exécution : Cravero bvba (steal) / MEG (fundaments)
  • matériaux : 2000 plaques horizontales d’acier (30 tonnes) sur fondations en béton
  • année de réalisation : 2011

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Traduttore, tradittore : au sujet des difficultés de traduction de la poésie de William Blake, par Alain Suied

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L’étranger, le poète

Alain Suied (1951-2008)

Alain Suied (1951-2008)

Une légende Hassidique raconte qu’un
étranger cherche son chemin pour sortir d’une ville
dont il ne parle pas la langue.
Toute la journée, il erre et nul ne le comprend,
nul ne le dirige sur la bonne route…

Le soir venu, un autre étranger – qui ne
parle pas sa langue
ni la langue de la ville – le rencontre
et lui indique le bon chemin pour sortir de
la ville…

Le poète propose un chemin…mais
aujourd’hui, qui l’écoute ?

L’espérance est dans les cœurs…

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      Né dans l’ancienne communauté juive de Tunis en 1951, Alain Suied quitte cette ville avec sa famille pour Paris à l’âge de huit ans. En 1968, il a alors 17 ans, la revue l’Ephémère publie l’un de ses premiers poèmes.  Dans les cinq années qui suivent, il publiera encore deux recueils de poèmes : Le silence, en 1970 et C’est la langue, en 1973. Alain Suied se tourne ensuite vers la traduction avec un premier recueil de poèmes de Dylan Thomas (Gallimard, 1979) sous le titre N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit puis avec les poètes John Updike, Ezra Pound, William Faulkner, John Keats, William Blake et Edwin Muir. En 1988, il fait paraître La lumière de l’origine qui rassemble ses poèmes composés entre 1973 et 1983 et en 1989 Le corps parle qui met en correspondance deux aspects permanents de sa recherche : le travail poétique proprement dit et le dialogue avec la science, la fiction, la musique à laquelle il s’est adonné avec passion et la peinture. Il s’est également beaucoup intéressé aux travaux des philosophes de l’École de Francfort et à la psychanalyse, il entrera lui-même en analyse. Il a reçu le Prix Verlaine pour La lumière de l’origine, le Prix Charles Vildrac pour Le premier regard ainsi que le Prix Nelly Sachs pour l’ensemble de ses traductions, le n° 31 de la revue Nu(e) lui a été consacré.

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     Le texte qui suit écrit par Alain Suied porte sur la difficulté de la traduction en poésie avait été rédigé en préface au mémoire d’une étudiante à  l’Université de Bâle, C.E. Ioli, qui portait sur le thème de la traduction des Songs de William Blake.

William BlakeWilliam Blake (1757-1827)

    Les « interprétations » – comme les traductions – foisonnent. Révolutionnaires ? Christiques ? À lire dans un sens « littéral »? Dans un sens mystique ? Chaque « lecture » amplifie le mystère au lieu de le réduire. Secrète magie du poète ! Le miroir qu’il nous tend s’ouvre sur « l’autre côté », inqualifiable, multiple, kaléidoscopique, aussi « simple », aussi « complexe » que le réel – dont le poète voudrait transmettre la surprise et l’évidence. N’en va-t-il pas de même pour chaque traduction ? C.E. Ioli nous amène vers cette question.
    Son mémoire les traductions existantes des « Chants », repère les choix formels et les « approches » de chaque traducteur – mais ne se réduit pas à cette confrontation; il nous rend témoins d’un fait incontournable – abordés avec passion par chacun, les poèmes de Blake ne se laissent pas saisir. Leur abord – qui devrait être « élémentaire » – se dérobe à chaque prise. On le voit ici : ne traduire que la métaphore « religieuse » ne suffit pas; ne traduire que le rythme ne suffit pas, ne traduire ces poèmes qu’à partir du contexte socio-économique de leur temps ne suffit pas… . Comme devant les Livres fondateurs (que Blake « imitera » de façon plus évidente et plus blasphématoire dans « le Mariage du ciel et de l’enfer »), nous sommes ici à l’aube d’une nouvelle forme d’expression POETIQUE. Keats et Dylan Thomas s’entendent déjà dans les « Chants »: leur auteur casse le poème « classique »… par la simplicité même, « révolutionne » la Poésie Anglaise par la violence… de la seule « Innocence » !
     Il s’agit de « l’innocence » des mots, enfin voués à ne dire que ce « sublimation », loin de toute « métaphorisation » du réel. Blake montre le monde – comme par transparence – au lieu de le mettre à distance par le poème. C’est le monde premier, celui de l’innocence Christique – mais c’est aussi le monde cruel des rues Bourgeoises de Londres hantées par la misère, la prostitution et par le crime majeur: l’indifférence! C’est aussi le monde social du racisme, de la haine de l’autre, du Narcissisme en acte. Blake, comme tout poète authentique nous met face à nous-mêmes.
 
     Comment « traduire » une telle démarche ? En rimant ? En cherchant à rendre une « équivalence » formelle ? D’époque en époque, les approches de l’œuvre évoluent – ainsi des traductions – mais la « fidélité » réside parfois dans le paradoxe. Blake ne nous démentirait pas : c’est par fidélité au message de « pureté » du « Berger », du Christ, qu’il affronte, terrible « expérience », le « Tigre » de la société, si oublieuse des idéaux et de la vérité qu’elle prétend servir ! Traduire, dans ce cas, ce sera peut-être rendre dans l’autre langue, dans l’inconscient de la langue, l’Autre et l’Inconscient du poème original, servir non la forme mais le CRI, la nécessité, l’urgence, la révolte fondamentale qui détermine les « Chants ».
 
   C.E. Ioli ne s’est pas contenté de comparer les rimes, les rythmes, les interprétations de chaque traducteur. Elle a d’emblée ressenti la force du souffle Blakien, entre humaine condition de Création Divine – et a su tout ce qui pouvait se perdre dans une traduction. Au-delà des rimes, elle a cherché la véritable « cohérence intérieure » du texte et de sa traduction française. Son introduction s’ouvre sur un parallèle musical : l’écoute d’un « lied » de Schumann l’incite à comparer, dans le livret du disque le texte original et sa traduction: la différence est consternante: le poème d’Eichendorff, sublimé par le compositeur, compris, « traduit » par lui, se corrompt, s’étiole, perd toute profondeur dans la traduction.
    La « lettre » a éteint l’esprit du poème. Pareil au musicien, le traducteur devrait laisser perdurer LA VOIX DE L’AME que le compositeur sait préserver – et faire passer dans son langage propre. Tout en respectant le sens, il doit pouvoir offrir au lecteur plus que la littéralité – le chant secret du poème derrière les mots, la force d’émotion et de transmission du texte. C.E. Ioli nous invite à « traduire » l’innocence et l’expérience qui fondent toute poésie véritablement puisée à la source de l’âme.

par Alain SUIED – Préface au mémoire de C.E. Ioli sur la traduction des Songs de Blake, Université de Bâle.

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William Blake - illustration pour Jerusalem - planche 1 - édit. 1804William Blake – illustration pour Jerusalem – planche 1 – édit. 1804

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design du mobilier : le tabouret « papillon » du japonais Sori Yanagi en 1956

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Butterfly Stool - Sori yanagi (japanese, born tokyo 1915) - 1956

« Butterfly » Stool – Sori Yanagi (Japanese, born Tokyo 1915) – The Metropolitan Museum of Art

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Manufacturer Tendo Co., Ltd.  –  Date : 1956
Medium : Rosewood, stainless steel
Dimensions :  H. 15-1/4, W. 16-5/8, D. 12 inches (38.7 x 42.4 x 30.5 cm.)

Description : (by The Metropolitan Museum of Art)
Ease of travel in the jet age encouraged a growing fusion of cultural influences after World War II. Although Yanagi’s stool was designed and manufactured in Japan, it employs Western form (the stool) and material (bentwood). Its calligraphic elegance, however, suggests a distinctly Asian sensibility despite the rarity of such seating furniture in traditional Japanese culture. The stool is made from two curving and inverted L-shaped rosewood sections, each forming one leg and half of the seat. A metal rod midway between the legs serves as a stretcher and holds the stool together.

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