Plantes et jardins : le pin au Japon vu par Paul Claudel et d’illustres illustrateurs japonais

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     Cet article fait suite à l’article sur le même thème également publié et intitulé « Plantes et jardins : le pin au Japon vu par d’illustres illustrateurs japonais (Hiroshige, Hokusai, etc..) » que vous pouvez consulter ICI.

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Pin devant le Mont Fuji – photo Ricoh Caplio R3

Sōzaemon Nishimura

Pin devant le Mont Fuji par Sozaemon Nishimura

Hashimoto Gaho - Landscape with Autumn Moon about, 1885 - Museum of Fine Arts, Boston

Hashimoto Gaho – Landscape with Autumn Moon about, 1885 – Museum of Fine Arts, Boston

Shiro Kasamatsu - Pin sous la pluie, Kinokunizaka, in Tokyo, 1938

Shiro Kasamatsu – Pin sous la pluie, Kinokunizaka, in Tokyo, 1938

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Paul Claudel (1868-1955)

    Paul Claudel a mené de front une carrière d’écrivain et de diplomate. Après avoir été reçu premier au concours des Affaires étrangères en 1890, il est nommé dans un premier temps durant l’année 1893 aux Etats-Unis comme vice-consul à New York puis à Boston et enfin,  en novembre 1894, en Chine à Shangai. Il rentre alors en France où il séjournera de février à mai 1895 et rejoint la Chine qu’il parcourra durant l’été de la même année écrivant à cette occasion des poèmes qui formeront l’ossature de son futur recueil Connaissance de l’Est. Durant son séjour à Shangai, il composera Vers d’exil, une œuvre importante en alexandrins. Après Shangai, il est nommé en 1896 à Fuzhou, capitale du Fujian, la province qui fait face à l’île de Formose, puis en 1897 à Hankou (aujourd’hui intégrée à Wuhan) où la France possédait une concession. Au cours de l’année 1898, il visite le Japon avant de retourner à Fuzhou et cette expérience, beaucoup moins connue que son second séjour sera néanmoins importante par les réflexions qui en sont résultées sur l’architecture et la peinture japonaises et le marqueront profondément. A son retour en Chine, il écrira plusieurs textes qui évoqueront cette visite : deux articles écrits pour L’Echo de Chine : observations sur le Japon et La Vie d’Hôtel au Japon et quatre poèmes qui paraîtront plus tard dans son recueil Connaissance de l’Est : Le Pin, l’Arche d’Or dans la forêt, Le Promeneur et Ça et là, C’est le poème Le Pin qui est présenté ci après.

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LE PIN  – Paul Claudel 

jptree      L’arbre seul, dans la nature, pour une raison typifique, est vertical, avec l’homme.
    Mais un homme se tient debout dans son propre équilibre, et les deux bras qui pendent, dociles, au long de son corps, sont extérieurs à son unité. L’arbre s’exhausse par un effort, et cependant qu’il s’attache à la terre par la prise collective de ses racines, les membres multiples et divergents, atténués jusqu’au tissu fragile et sensible des feuilles, par où il va chercher dans l’air même et la lumière son point d’appui, constituent non seulement son geste, mais son acte essentiel et la condition de sa stature.
    La famille des conifères accuse un caractère propre. J’y aperçois non pas une ramification du tronc dans ses branches, mais leur articulation sur une tige qui demeure unique et distincte, et s’exténue en s’effilant. De quoi le sapin s’offre pour un type avec l’intersection symétrique de ses bois, et dont le schéma essentiel serait une droite coupée de perpendiculaires échelonnées.
    Ce type comporte, suivant les différentes régions de l’univers, des variations multiples. La plus intéressante est celle de ces pins que j’ai étudiés au Japon.
    Plutôt que la rigidité propre du bois, le tronc fait paraître une élasticité charnue. Sous l’effort du gras cylindre de fibres qu’elle enserre, la gaîne éclate, et l’écorce rude, divisée en écailles pentagonales par de profondes fissures d’où suinte abondamment la résine, s’exfolie en fortes couches. Et si, par la souplesse d’un corps comme désossé, la tige cède aux actions extérieures qui, violentes, l’assaillent, ou, ambiantes, la sollicitent, elle résiste par une énergie propre, et le drame inscrit au dessin tourmenté de ces axes est celui du combat pathétique de l’Arbre.
     Tels, le long de la vieille route tragique du Tokkaido, j’ai vu les pins soutenir leur lutte contre les Puissances de l’air. En vain le vent de l’Océan les couche : agriffé de toutes ses racines au sol pierreux, l’arbre invincible se tord, se retourne sur lui-même, et comme un homme arc-bouté sur le système contrarié de sa quadruple articulation, il fait tête, et des membres que de tous côtés il allonge et replie, il semble s’accrocher à l’antagoniste, se rétablir, se redresser sous l’assaut polymorphe du monstre qui l’accable. Au long de cette plage solennelle, j’ai, ce sombre soir, passé en revue la rangée héroïque et inspecté toutes les péripéties de la bataille. L’un s’abat à la renverse et tend vers le ciel la panoplie monstrueuse de hallebardes et d’écus qu’il brandit à ses poings d’hécatonchire ; un autre, plein de plaies, mutilé comme à coups de poutre, et qui hérisse de tous côtés des échardes et des moignons, lutte encore et agite quelques faibles rameaux ; un autre, qui semble du dos se maintenir contre la poussée, se rassoit sur le puissant contrefort de sa cuisse roidie ; et enfin j’ai vu les géants et les princes, qui, massifs, cambrés sur leurs reins musculeux, de l’effort géminé de leurs bras herculéens maintiennent d’un côté et de l’autre l’ennemi tumultueux qui les bat.

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Maruyama Ōkyo (1733-1795) – Pine Trees in Snow, between 1781 and 1789

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     Il me reste à parler du feuillage.
    Si, considérant les espèces qui se plaisent aux terres meubles, aux sols riches et gras, je les compare au pin, je découvre ces quatre caractères en elles : que la proportion de la feuille au bois est plus forte, que cette feuille est caduque, que, plate, elle offre un envers et un endroit, et enfin, que la frondaison, disposée sur les rameaux qui s’écartent en un point commun de la verticale, se compose en un bouquet unique. Le pin pousse dans des sols pierreux et secs ; par suite, l’absorption des éléments dont il se nourrit est moins immédiate et nécessite de sa part une élaboration plus forte et plus complète, une activité fonctionnelle plus grande, et, si je puis dire, plus personnelle. Obligé de prendre l’eau par mesure, il ne s’élargit point comme un calice. Celui-ci, que je vois, divise sa frondaison, écarte de tous côtés ses manipules ; au lieu de feuilles qui recueillent la pluie, ce sont des houppes de petits tubes qui plongent dans l’humidité ambiante et l’absorbent. Et c’est pourquoi, indépendant des saisons, sensible à des influences plus continues et plus subtiles, le pin montre un feuillage pérennel.
     J’ai du coup expliqué son caractère aérien, suspendu, fragmentaire. Comme le pin prête aux lignes d’une contrée harmonieuse l’encadrement capricieux de ses bois, pour mieux rehausser le charmant éclat de la nature il porte sur tout la tache de ses touffessingulières : sur la gloire et la puissance de l’Océan bleu dans le soleil, sur les moissons, et interrompant le dessin des constellations ou l’aube, sur le ciel. Il incline ses terrasses au-dessous des buissons d’azalées en flammes jusqu’à la surface des lacs bleu de gentiane, ou par-dessus les murailles abruptes de la cité impériale, jusqu’à l’argent verdi d’herbe des canaux : et ce soir où je vis le Fuji comme un colosse et comme une vierge trôner dans les clartés de l’Infini, la houppe obscure d’un pin se juxtapose à la montagne couleur de tourterelle.

Paul Claudel : Le Pin dans Connaissance de l’Est (séjour au Japon de 1898)

Pine Trees, six sided screen, by Hasegawa Tohaku (1539-1610), JapanesePine Trees, six sided screen, by Hasegawa Tohaku (1539-1610), Japanese

   Avec quelques coups de pinceau, un peintre japonais traduit la présence forte, de pins gris qui se tiennent debout dans la nuit de l’hiver. Associés à Confucius et aux immortels taoïstes, le pin est un sujet de prédilection des peintres et des poètes chinois et japonais. En raison de sa rusticité et du fait qu’il conserve ses feuilles vertes, même pendant l’hiver, le pin est devenu un symbole de longue vie, d’immortalité, de constance, de courage, de force dans l’adversité, et de fermeté face aux coups assénés par la nature ». 

Hozugawa-River-leftMaruyama Okyo – Hozu River (保津川), Edo period 1795

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    Ce travail est la dernière œuvre de Maruyama Okyo, et est constitué de 2 paires de huit panneaux pliés représentant deux aspects de la la rivière Hozu près de la ville de Okyo. Le premier ensemble représente  lune portion de rivière en amont avec son  flux violent qui déferle entre les rochers et dévale vers l’aval. Le second ensemble représente une scène plus calme qui montre le ruisseau s’écouler tranquillement en présentant divers aspects. Pour chacune des scènes un pin vert a été représenté.

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Maruyama Okyo – Hozu River (保津川), détail,  Edo period 1795

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Auspicious pines, bamboo, plum, cranes and turtles (detail), Edo period (1615 –1868), by Kano Sansetsu (1590–1651). Japan.

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Auspicious pine, bamboo, plum, crane, and turtles, Edo period (1615 –1868), by Kano Sansetsu (1590–1651). Japan

One of a pair of six-fold paper screens Japan Edo period 18th century

One of a pair of six-fold paper screens Japan Edo period 18th century

    Pins et rochers peint à l’encre et en couleur sur un fond doré. La partie inférieure du panneau est traité pour donner l’aspect de sable et de gravier. Le sujet représenté était très populaire durant les 16e et 17e siècle au Japon sous le nom de Shorin-zu byobu (forêt de pins sur panneaux). Les pins avec leur feuillage persistant sont une référence à l’immortalité.

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Fusen –  » Crane Birds & Matsu Tree « 

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Terada Seikan (1898 -?) –  » Arashiyama Valley « 

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Uezuma Yonen ( 1883 – ?) –  » Horaisan Mountain « 

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Kinryo –  » Horaisan Mountain « 

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Hashimoto Gaho (1835-1908) cerisiers en fleur et feuilles d'automne (diptych), vers 1893Hashimoto Gaho (1835-1908) cerisiers en fleur et feuilles d’automne (diptych), vers 1893

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Katsushika Hokusai - Pine tree and full Moon, 1848Katsushika Hokusai – Pine tree and full Moon, 1848

moule "Kashigata" à motif mats (pin)

moule « Kashigata » à motif mats (pin)

     Il s’agit d’un moule de pâtisserie en bois appelé « kashigata ». En japonais, le pin est appelée « matsu ». Souvent réalisé en sakura (bois de cerisier) préalablement mis à sécher 3 années avant d’être travaillé, les kashigatas ont été utilisés pour faire des confiseries séché à base de farine de riz et de sucre appelé rakugan. Cette pratique remonte au milieu du 17e siècle. Ces friandises ont été utilisés comme offrandes et des collations pour les occasions festives et même des événements malheureux. Par exemple, quand une personne décédait, les gens faisaient des bonbons ou des pâtisseries en forme de fleurs, poissons, etc qui étaient ensuite placés sur le « butsudan » (sanctuaire de famille de la maison) pour la personne décédée. Les Kashigatas ont également été utilisés dans la fabrication de wagashi (nama-gashi ou fraîchement gâteau et salut-gashi ou confiserie séché) pour les cérémonies de thé. 

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Shokei Kenko - Landscape, Sansuizu Muromachi period, late 15th-early 16th century - Museum of Fine Arts, Boston

Shokei Kenko – Landscape, Sansuizu Muromachi period, late 15th-early 16th century – Museum of Fine Arts, Boston

Unkoku Togan - Landscapes, 16th-17th century - Museum of Fine Arts, Boston

Unkoku Togan – Landscapes, 16th-17th century – Museum of Fine Arts, Boston

Sesshu Toyo - Birds in Trees, Saru taka zu byobu, 17th-18th century - Museum of Fine Arts, Boston

Sesshu Toyo – Birds in Trees, Saru taka zu byobu, 17th-18th century – Museum of Fine Arts, Boston

Soga - Hawk, 17th century - Museum of Fine Arts, Boston

Soga – Hawk, 17th century – Museum of Fine Arts, Boston

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