Avis de recherche : qui est la belle inconnue de Kerbastic ?

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Kay Francis (1905-1968) - photo de Elmer Fryer, HollywoodLa belle inconnue de Kerbastic

   Lors d’un séjour dans un hôtel situé à proximité de Lorient, j’avais été frappé par une photographie exposée sur un mur de l’un des couloirs de l’Hôtel. Il s’agissait du portrait d’une jeune femme brune à la beauté  troublante et envoûtante. La photographie portait une dédicace libellée  ainsi :  « To la comtesse de Polignac, with compliments, Francis »

   Beauté troublante et envoûtante…  ce sont  effectivement ces adjectifs qui conviennent pour qualifier l’effet que ce visage produisait sur tous ceux qui se retrouvaient en sa présence. Imaginez : vous marchez, perdus profondément dans vos pensées, dans un couloir d’hôtel, vos yeux balaient machinalement et sans trop y prêter attention l’environnement qui se révèle à vous au fur et à mesure de votre progression et soudainement un visage apparaît ou plutôt surgit du décor… Un visage au regard fascinant qui capte votre attention, la fixe, et ne va désormais plus desserrer son emprise, à l’instar de ces prédateurs – grands fauves ou reptiles – tapis en embuscade, qui surgissent brusquement de nulle part, sidèrent leur proie, la paralysent par hypnose ou par la violence de l’impact mental de leur apparition – surprise, terreur panique ou trop grande intensité de l’émerveillement ? – et finissent par l’attirer inexorablement vers leur gueule grande ouverte…

    Qu’est-ce qui, dans ce visage, m’avait « sidéré » ? Sidéré, au sens littéral et étymologique du terme, qui signifie : « qui subit le pouvoir des étoiles », on aurait pu dire également « par le feu lancé du ciel » ou « foudroyé »… Car à n’en pas douter, cette captation de la pensée, ce « ravissement » de l’être dans les deux sens du terme à savoir sa captation à la fois par la beauté et par une force mystérieuse qui vous enlève et vous transporte avait toute l’apparence d’un coup de foudre… Coup de foudre qui, il est vrai, ne risquait pas de prêter à conséquence puisque de toute évidence la photo avait été prise, d’après la coiffure de la demoiselle et le maquillage qu’elle arborait, dans les années vingt ou trente et que celle-ci devait aujourd’hui, soit dormir de son dernier sommeil, soit être d’un âge vénérable… Mais ce coup de foudre m’interpellait. Par quel mécanismes mystérieux, ce visage produisait-il sur moi un tel effet et qui était cette jeune femme ? 

   Je questionnais alors la directrice de l’hôtel qui me déclara avoir été elle-aussi frappée par la beauté de le jeune femme et avoir remarqué que les clients de l’hôtel semblaient ressentir la même émotion car nombreux étaient ceux qui s’arrêtaient un moment devant ce portrait pour le contempler mais elle m’avoua aussi qu’elle ignorait tout de l’identité du modèle représenté. La seule information qu’elle me communiqua était que la comtesse de Polignac dont le nom figurait dans la dédicace devait certainement être Marguerite de Polignac dite Marie-Blanche, née en 1897 et décédée en 1958, fille unique et muse de la célèbre Jeanne Lanvin, la créatrice dans les premières années du XXe siècle de la maison de haute-couture Lanvin et du comte italien Emimio di Pietro. Marguerite avait épousé en secondes noces en 1925 le comte Jean de Polignac qui la rebaptisa Marie-Blanche et avait joué dans les années d’avant-guerre un rôle important de mécène sur la scène parisienne. L’hôtel où je me trouvait, « Le domaine de Kerbastic » était une ancienne résidence des Polignac où la comtesse avait tenu salon et organisé des rencontres musicales.

Domaine de Kerbastic, près de Lorient, ancienne résidence des PolignacDomaine de Kerbastic, près de Lorient, ancienne résidence des Polignac

Edouard Vuillard - Comtesse Marie Blanche de Polignac, 1928-1932

Edouard Vuillard – Comtesse Marie Blanche de Polignac, 1928-1932

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Quelques pistes :
   La dédicace était écrite en anglais. Francis est un prénom exclusivement masculin que l’on trouve aussi en anglais. Il existe bien un prénom féminin proche de Francis en anglais mais ce prénom est Frances… On peut donc imaginer que la dédicace n’a pas été écrite par la jeune femme représentée sur la photo mais par un homme… la directrice de l’hôtel avait pensé au compositeur Francis Poulenc qui était alors un proche de Marie-Blanche de Polignac et un habitué de Kerbastic. Mais alors pourquoi un compositeur français aurait-il écrit dans la langue de Shakespeare ?

   En désespoir de cause, je lance donc un avis de recherche… Qui pourra donner des informations sur la belle inconnue ?   Par avance, merci…

à suivre…

Pour découvrir qui était la belle inconnue de Kerbastic, c’est ICI

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Des petits Huang Shan à deux pas de chez moi : Parmelan (Bornes), Semnoz, Roc des Bœufs (Bauges)

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 Huangshan     Connaissez vous les monts Huang, ou Huang Shan qui signifient littéralement en chinois « la montagne jaune » ? . C’est un massif montagneux granitique de la province de l’Anhui méridional, à l’est de la Chine. La région est connue pour la magnificence de ses paysages à l’aspect changeant formés d’une multitude de pics piquetés de pins aux formes tourmentées émergeant de mers de nuages et de bruines. Ces montagnes mythiques ont toujours constituées un sujet privilégié pour la peinture et la littérature chinoises traditionnelles et sont aujourd’hui une destination touristique prisée. Un million de visiteurs les visitent chaque année.  Eh bien à deux pas de chez moi, sur les bords du Lac d’Annecy, j’ai la chance d’avoir de multiples petits Huang Chang à portée de main, ou plus exactement de pieds… Il s’agit du vaste plateau de lapiaz du Parmelan (1.832 m), de l’arête du Roc des Bœufs (1.774 m) qui fait charnière entre le col de Leschaux et la vallée d’Entrevernes et du Semnoz (1.699 m) qui sont des massifs composés de roches calcaires dures formées par sédimentation pendant la période de l’urgonien (entre  -130 à -112 millions d’années) au fond de mer tropicales peu profondes. Les points de départ des randonnées pédestres permettant d’accéder à ces sommets se situent tous à environ Trois quarts d’heure d’Annecy.
pin à crochetOn y trouve, selon les sommets, des lapiaz, sortes de crevasses, fissures ou rigoles creusant la roche calcaire plus ou moins profondément, des falaises verticales de plusieurs centaines de mètres, des plateaux aux formes arrondies lorsque les couches supérieures datant de l’urgonien ont été érodées (Semnoz). A cette altitude, compte tenu des conditions difficiles résultant de l’altitude (froid, vent, ensoleillement et substrat rocheux), le pin à crochet ou pin de Briançon (pinus uncinata) est un des rares arbres encore présent. Ce sont ces pins aux formes tourmentées lorsqu’ils sont accrochés aux flancs des falaises qui donne aux lieux qu’ils ont colonisés une allure qui fait parfois penser aux pins des monts Huang Shan de Chine (pinus hwangshanensis).

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montée au Roc des Bœufs le 5 octobre 2012 par Enki -  DSC_0386montée au Roc des Bœufs le 5 octobre 2012 par Enki

montée au Roc des Bœufs le 5 octobre 2012 à 12h 58 par Enki - DSC_0434

montée au Roc des Bœufs le 5 octobre 2012 à 12h 58 par Enki

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montée au Roc des Bœufs le 5 octobre 2012 à 13h 18 par Enki

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montée au Roc des Bœufs le 5 octobre 2012 à 13h 27 par Enki

montée au Roc des Bœufs le 5 octobre 2012 à 13h 27 par Enki - DSC_0461

montée au Roc des Bœufs le 5 octobre 2012 à 13h 27 par Enki

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montée au Roc des Bœufs le 5 octobre 2012 à 13h 30 par Enki

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montée au Semnoz le 11 novembre 2011 à 16h 50 - DSC_0254montée au Semnoz le 11 novembre 2011 à 16h 43 - DSC_0228

montée au Semnoz le 11 novembre 2011 à 16h 47 - DSC_0244

Pins à crochets au Roc des Bœufs en hiver le 7 janvier 2012 – photo prise par Totoff (blog SkiTour)

Pins à crochets au Roc des Bœufs en hiver le 7 janvier 2012 – photo prise par Totoff (blog SkiTour)

Roc des Bœufs le 19 septembre 2010 à 10h 59 - photo Enki -DSC_0332 2

montée au Parmelan le 19 septembre 2010 à 10h 59 – photo Enki

montée au Parmelan le 19 septembre 2010 à 10h 59 par Enki - DSC_0333 2

montée au Parmelan le 19 septembre 2010 à 10h 59 par Enki

Roc des Bœufs le 19 septembre 2010 à 10h 43 par Enki - DSC_0318 2

montée au Parmelan le 19 septembre 2010 à 10h 43 par Enki

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montée au Parmelan le 19 septembre 2010 à 10h 40 par Enki

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montée au Parmelan le 19 septembre 2010 à 10h 14 par Enki

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montée au Parmelan le 19 septembre 2010 à 10h 37 par Enki

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montée au Parmelan le 19 septembre 2010 à 10h 20 par Enki

montée au Semnoz le 11 novembre 2011 à 17h 12 - DSC_0296

montée au Semnoz le 11 novembre 2011 à 17h 12 par Enki

montée au Semnoz le 11 novembre 2011 à 16h 02 - DSC_0205

montée au Semnoz le 11 novembre 2011 à 16h 02 par Enki – DSC_0205

montée au Parmelan le 19 septembre 2010 à 9h 36 - DSC_0281

montée au Parmelan le 19 septembre 2010 à 9h 36 par Enki

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montée au Parmelan le 19 septembre 2010 à 11h 08 par Enki

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sommet du Parmelan le 19 septembre 2010 à 11h 39 par Enki

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coucher du soleil vu du  Semnoz le 11 novembre 2011 à 18h 30 par Enki

mer de nuages sur les montagnes du HuangShan

mer de nuages sur les monts du HuangShan

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Plantes et jardins : le pin au Japon vu par Paul Claudel et d’illustres illustrateurs japonais

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     Cet article fait suite à l’article sur le même thème également publié et intitulé « Plantes et jardins : le pin au Japon vu par d’illustres illustrateurs japonais (Hiroshige, Hokusai, etc..) » que vous pouvez consulter ICI.

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Pin devant le Mont Fuji – photo Ricoh Caplio R3

Sōzaemon Nishimura

Pin devant le Mont Fuji par Sozaemon Nishimura

Hashimoto Gaho - Landscape with Autumn Moon about, 1885 - Museum of Fine Arts, Boston

Hashimoto Gaho – Landscape with Autumn Moon about, 1885 – Museum of Fine Arts, Boston

Shiro Kasamatsu - Pin sous la pluie, Kinokunizaka, in Tokyo, 1938

Shiro Kasamatsu – Pin sous la pluie, Kinokunizaka, in Tokyo, 1938

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Paul Claudel (1868-1955)

    Paul Claudel a mené de front une carrière d’écrivain et de diplomate. Après avoir été reçu premier au concours des Affaires étrangères en 1890, il est nommé dans un premier temps durant l’année 1893 aux Etats-Unis comme vice-consul à New York puis à Boston et enfin,  en novembre 1894, en Chine à Shangai. Il rentre alors en France où il séjournera de février à mai 1895 et rejoint la Chine qu’il parcourra durant l’été de la même année écrivant à cette occasion des poèmes qui formeront l’ossature de son futur recueil Connaissance de l’Est. Durant son séjour à Shangai, il composera Vers d’exil, une œuvre importante en alexandrins. Après Shangai, il est nommé en 1896 à Fuzhou, capitale du Fujian, la province qui fait face à l’île de Formose, puis en 1897 à Hankou (aujourd’hui intégrée à Wuhan) où la France possédait une concession. Au cours de l’année 1898, il visite le Japon avant de retourner à Fuzhou et cette expérience, beaucoup moins connue que son second séjour sera néanmoins importante par les réflexions qui en sont résultées sur l’architecture et la peinture japonaises et le marqueront profondément. A son retour en Chine, il écrira plusieurs textes qui évoqueront cette visite : deux articles écrits pour L’Echo de Chine : observations sur le Japon et La Vie d’Hôtel au Japon et quatre poèmes qui paraîtront plus tard dans son recueil Connaissance de l’Est : Le Pin, l’Arche d’Or dans la forêt, Le Promeneur et Ça et là, C’est le poème Le Pin qui est présenté ci après.

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LE PIN  – Paul Claudel 

jptree      L’arbre seul, dans la nature, pour une raison typifique, est vertical, avec l’homme.
    Mais un homme se tient debout dans son propre équilibre, et les deux bras qui pendent, dociles, au long de son corps, sont extérieurs à son unité. L’arbre s’exhausse par un effort, et cependant qu’il s’attache à la terre par la prise collective de ses racines, les membres multiples et divergents, atténués jusqu’au tissu fragile et sensible des feuilles, par où il va chercher dans l’air même et la lumière son point d’appui, constituent non seulement son geste, mais son acte essentiel et la condition de sa stature.
    La famille des conifères accuse un caractère propre. J’y aperçois non pas une ramification du tronc dans ses branches, mais leur articulation sur une tige qui demeure unique et distincte, et s’exténue en s’effilant. De quoi le sapin s’offre pour un type avec l’intersection symétrique de ses bois, et dont le schéma essentiel serait une droite coupée de perpendiculaires échelonnées.
    Ce type comporte, suivant les différentes régions de l’univers, des variations multiples. La plus intéressante est celle de ces pins que j’ai étudiés au Japon.
    Plutôt que la rigidité propre du bois, le tronc fait paraître une élasticité charnue. Sous l’effort du gras cylindre de fibres qu’elle enserre, la gaîne éclate, et l’écorce rude, divisée en écailles pentagonales par de profondes fissures d’où suinte abondamment la résine, s’exfolie en fortes couches. Et si, par la souplesse d’un corps comme désossé, la tige cède aux actions extérieures qui, violentes, l’assaillent, ou, ambiantes, la sollicitent, elle résiste par une énergie propre, et le drame inscrit au dessin tourmenté de ces axes est celui du combat pathétique de l’Arbre.
     Tels, le long de la vieille route tragique du Tokkaido, j’ai vu les pins soutenir leur lutte contre les Puissances de l’air. En vain le vent de l’Océan les couche : agriffé de toutes ses racines au sol pierreux, l’arbre invincible se tord, se retourne sur lui-même, et comme un homme arc-bouté sur le système contrarié de sa quadruple articulation, il fait tête, et des membres que de tous côtés il allonge et replie, il semble s’accrocher à l’antagoniste, se rétablir, se redresser sous l’assaut polymorphe du monstre qui l’accable. Au long de cette plage solennelle, j’ai, ce sombre soir, passé en revue la rangée héroïque et inspecté toutes les péripéties de la bataille. L’un s’abat à la renverse et tend vers le ciel la panoplie monstrueuse de hallebardes et d’écus qu’il brandit à ses poings d’hécatonchire ; un autre, plein de plaies, mutilé comme à coups de poutre, et qui hérisse de tous côtés des échardes et des moignons, lutte encore et agite quelques faibles rameaux ; un autre, qui semble du dos se maintenir contre la poussée, se rassoit sur le puissant contrefort de sa cuisse roidie ; et enfin j’ai vu les géants et les princes, qui, massifs, cambrés sur leurs reins musculeux, de l’effort géminé de leurs bras herculéens maintiennent d’un côté et de l’autre l’ennemi tumultueux qui les bat.

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Maruyama Ōkyo (1733-1795) – Pine Trees in Snow, between 1781 and 1789

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     Il me reste à parler du feuillage.
    Si, considérant les espèces qui se plaisent aux terres meubles, aux sols riches et gras, je les compare au pin, je découvre ces quatre caractères en elles : que la proportion de la feuille au bois est plus forte, que cette feuille est caduque, que, plate, elle offre un envers et un endroit, et enfin, que la frondaison, disposée sur les rameaux qui s’écartent en un point commun de la verticale, se compose en un bouquet unique. Le pin pousse dans des sols pierreux et secs ; par suite, l’absorption des éléments dont il se nourrit est moins immédiate et nécessite de sa part une élaboration plus forte et plus complète, une activité fonctionnelle plus grande, et, si je puis dire, plus personnelle. Obligé de prendre l’eau par mesure, il ne s’élargit point comme un calice. Celui-ci, que je vois, divise sa frondaison, écarte de tous côtés ses manipules ; au lieu de feuilles qui recueillent la pluie, ce sont des houppes de petits tubes qui plongent dans l’humidité ambiante et l’absorbent. Et c’est pourquoi, indépendant des saisons, sensible à des influences plus continues et plus subtiles, le pin montre un feuillage pérennel.
     J’ai du coup expliqué son caractère aérien, suspendu, fragmentaire. Comme le pin prête aux lignes d’une contrée harmonieuse l’encadrement capricieux de ses bois, pour mieux rehausser le charmant éclat de la nature il porte sur tout la tache de ses touffessingulières : sur la gloire et la puissance de l’Océan bleu dans le soleil, sur les moissons, et interrompant le dessin des constellations ou l’aube, sur le ciel. Il incline ses terrasses au-dessous des buissons d’azalées en flammes jusqu’à la surface des lacs bleu de gentiane, ou par-dessus les murailles abruptes de la cité impériale, jusqu’à l’argent verdi d’herbe des canaux : et ce soir où je vis le Fuji comme un colosse et comme une vierge trôner dans les clartés de l’Infini, la houppe obscure d’un pin se juxtapose à la montagne couleur de tourterelle.

Paul Claudel : Le Pin dans Connaissance de l’Est (séjour au Japon de 1898)

Pine Trees, six sided screen, by Hasegawa Tohaku (1539-1610), JapanesePine Trees, six sided screen, by Hasegawa Tohaku (1539-1610), Japanese

   Avec quelques coups de pinceau, un peintre japonais traduit la présence forte, de pins gris qui se tiennent debout dans la nuit de l’hiver. Associés à Confucius et aux immortels taoïstes, le pin est un sujet de prédilection des peintres et des poètes chinois et japonais. En raison de sa rusticité et du fait qu’il conserve ses feuilles vertes, même pendant l’hiver, le pin est devenu un symbole de longue vie, d’immortalité, de constance, de courage, de force dans l’adversité, et de fermeté face aux coups assénés par la nature ». 

Hozugawa-River-leftMaruyama Okyo – Hozu River (保津川), Edo period 1795

Hozugawa-River-right

    Ce travail est la dernière œuvre de Maruyama Okyo, et est constitué de 2 paires de huit panneaux pliés représentant deux aspects de la la rivière Hozu près de la ville de Okyo. Le premier ensemble représente  lune portion de rivière en amont avec son  flux violent qui déferle entre les rochers et dévale vers l’aval. Le second ensemble représente une scène plus calme qui montre le ruisseau s’écouler tranquillement en présentant divers aspects. Pour chacune des scènes un pin vert a été représenté.

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Maruyama Okyo – Hozu River (保津川), détail,  Edo period 1795

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Auspicious pines, bamboo, plum, cranes and turtles (detail), Edo period (1615 –1868), by Kano Sansetsu (1590–1651). Japan.

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Auspicious pine, bamboo, plum, crane, and turtles, Edo period (1615 –1868), by Kano Sansetsu (1590–1651). Japan

One of a pair of six-fold paper screens Japan Edo period 18th century

One of a pair of six-fold paper screens Japan Edo period 18th century

    Pins et rochers peint à l’encre et en couleur sur un fond doré. La partie inférieure du panneau est traité pour donner l’aspect de sable et de gravier. Le sujet représenté était très populaire durant les 16e et 17e siècle au Japon sous le nom de Shorin-zu byobu (forêt de pins sur panneaux). Les pins avec leur feuillage persistant sont une référence à l’immortalité.

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Fusen –  » Crane Birds & Matsu Tree « 

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Terada Seikan (1898 -?) –  » Arashiyama Valley « 

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Uezuma Yonen ( 1883 – ?) –  » Horaisan Mountain « 

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Kinryo –  » Horaisan Mountain « 

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Hashimoto Gaho (1835-1908) cerisiers en fleur et feuilles d'automne (diptych), vers 1893Hashimoto Gaho (1835-1908) cerisiers en fleur et feuilles d’automne (diptych), vers 1893

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Katsushika Hokusai - Pine tree and full Moon, 1848Katsushika Hokusai – Pine tree and full Moon, 1848

moule "Kashigata" à motif mats (pin)

moule « Kashigata » à motif mats (pin)

     Il s’agit d’un moule de pâtisserie en bois appelé « kashigata ». En japonais, le pin est appelée « matsu ». Souvent réalisé en sakura (bois de cerisier) préalablement mis à sécher 3 années avant d’être travaillé, les kashigatas ont été utilisés pour faire des confiseries séché à base de farine de riz et de sucre appelé rakugan. Cette pratique remonte au milieu du 17e siècle. Ces friandises ont été utilisés comme offrandes et des collations pour les occasions festives et même des événements malheureux. Par exemple, quand une personne décédait, les gens faisaient des bonbons ou des pâtisseries en forme de fleurs, poissons, etc qui étaient ensuite placés sur le « butsudan » (sanctuaire de famille de la maison) pour la personne décédée. Les Kashigatas ont également été utilisés dans la fabrication de wagashi (nama-gashi ou fraîchement gâteau et salut-gashi ou confiserie séché) pour les cérémonies de thé. 

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Shokei Kenko - Landscape, Sansuizu Muromachi period, late 15th-early 16th century - Museum of Fine Arts, Boston

Shokei Kenko – Landscape, Sansuizu Muromachi period, late 15th-early 16th century – Museum of Fine Arts, Boston

Unkoku Togan - Landscapes, 16th-17th century - Museum of Fine Arts, Boston

Unkoku Togan – Landscapes, 16th-17th century – Museum of Fine Arts, Boston

Sesshu Toyo - Birds in Trees, Saru taka zu byobu, 17th-18th century - Museum of Fine Arts, Boston

Sesshu Toyo – Birds in Trees, Saru taka zu byobu, 17th-18th century – Museum of Fine Arts, Boston

Soga - Hawk, 17th century - Museum of Fine Arts, Boston

Soga – Hawk, 17th century – Museum of Fine Arts, Boston

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Regards croisés : l’alpiniste et le pin au sommet de la montagne

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Gaston Rébuffat photographié par Lionel Terray sur le gendarme du Pic du Roc

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   L’arbre seul, dans la nature, pour une raison typifique, est vertical, avec l’homme. Mais un homme se tient debout dans son propre équilibre, et les deux bras qui pendent, dociles, au long de son corps, sont extérieurs à son unité. L’arbre s’exhausse par un effort, et cependant qu’il s’attache à la terre par la prise collective de ses racines, les membres multiples et divergents, atténués jusqu’au tissu fragile et sensible des feuilles, par où il va chercher dans l’air même et la lumière son point d’appui, constituent non seulement son geste, mais son acte essentiel et la condition de sa stature. (Le Pin – Connaissance de l’Est, Paul Claudel, 1920 – crédit Wikisource)

– Mais toi, Zarathoustra,
tu aimes aussi l’abîme, semblable au pin ?
Le pin agrippe ses racines,
là où le rocher lui-même
regarde dans les profondeurs en frémissant…
(Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra)

    L’Homme et l’arbre ont toujours été sujets à comparaison; le tronc de l’arbre qui s’élève en direction du ciel s’apparente au corps de l’homme dans sa stature verticale, ses racines qui l’arriment solidement au sol et ses branches qui se déploient à l’extérieur du tronc aux membres humains : jambes, pieds, bras et mains. L’imagination humaine va jusqu’à envisager la métamorphose de l’une des espèce en l’autre. Dans les contes, les légendes et le mythes, les arbres se déplacent et sont animés de sentiments humains et ces derniers se transforment et se figent en végétaux. Comme l’on comprend les mécanismes mentaux qui induisent cette imagination lorsque l’on contemple ces deux images mises côte à côte : D’un côté, l’homme debout, en équilibre précaire sur une minuscule plateforme rocheuse surplombant un abîme qui paraît sans fond… de l’autre un arbre isolé, un pin perché au sommet d’un monolithe de pierre où la terre est inexistante, où l’eau s’enfuit aussi vite que l’orage l’a amené, exposé sans protection aux brûlures du soleil et aux vents desséchants et glacés… Même sensation de vulnérabilité et d’admiration pour les efforts et  les qualités que chacun d’entre eux doit mettre en œuvre pour se préserver dans cet environnement hostile et l’on prête tout naturellement à l’arbre les mêmes qualités que l’on attribue à l’homme…

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     Première photo : Gaston Rébuffat au sommet de l’aiguille du Roc

Gaston Rébuffat photographié par Lionel Terray sur le gendarme du Pic du Roc

« Celui qui sait respirer l’atmosphère qui remplit mon œuvre sait que c’est une atmosphère des hauteurs, que l’air y est vif. Il faut être créé pour cette atmosphère, autrement l’on risque beaucoup d’y prendre froid. La glace est proche, la solitude est énorme – mais voyez avec quelle tranquillité tout repose dans la lumière ! Voyez comme l’on respire librement ! Que de choses on sent au-dessous de soi ! » (Friedrich Nietzsche, Ecce homo)

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Gaston Rébuffat (1921-1985)    La première photo représente Gaston Rébuffat, le célèbre alpiniste et écrivain français, auteur de nombreux ouvrages consacrés à la montagne, au sommet de l’une des aiguilles de Chamonix dans le massif du Mont-Blanc, l’aiguille du Roc (3.409 m) dont il a réalisé la première ascension en 1944. L’aiguille du Roc est en fait un pinacle détaché de l’arête Sud-Est de l’aiguille du Grépon (3.482 m). Elle est parfaitement visible de la station du Montenvers et du col des Montets. On distingue en arrière-plan sur la gauche l’aiguille du Géant, sur la frontière italienne. La photo a été prise par le photographe George Tairraz et a servie à illustrer la couverture de l’ouvrage de Gaston Rébuffat « La montagne est mon domaine ». Elle est l’une des photos choisies par la NASA pour être embarquées dans les sondes du programme Voyager, afin d’illustrer les réalisations humaines. J’ai découvert une autre photo de Gaston Rébuffat, apparemment sur le même sommet avec en arrière-plan sur la droite l’aiguille de la Tour Ronde.

Gaston-Rébuffat

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Deuxième photo : un pic des monts  Huang en Chine

Arbre_perché_-_HuangShan

  « Le picéa n’a plus les grandes ailes du sapin blanc. Il sacrifie les branches, et s’enrichit en feuilles. Il en met tout autour du rameau qui dardent et aspirent de tous côtés, qui l’alimentent, le fortifient. Tout son souci, c’est de se dresser en colonne, d’être un puissant mât de navire, qui brave aujourd’hui la tempête de la montagne, et demain l’Océan. Ces vaillants arbres ne font nul frais pour eux. Point de luxe. Nul ornement. Ils ont bien autre chose à faire aux pentes dangereuses où ils montent à l’assaut. Vent glacé, rocher nu. Ils montent, ils étendent, ils attachent, comme ils peuvent, leurs maigres racines et tiennent à peine au sol. C’est en se pressant, en serrant leurs rangs, leurs légions, qu’ils se soutiennent entre eux et soutiennent aussi la montagne. » (Jules Michelet, La montagne)

     La deuxième photo représente l’un des sommets du massif des monts Huang, (ou Huang Shan) (sinogrammes simplifiés 黄山  ; hanyu pinyin huángshān, littéralement « la montagne jaune ») qui est un massif montagneux granitique de la province de l’Anhui méridional, à l’est de la Chine. La région est connue pour la magnificence de ses paysages à l’aspect changeant formés d’une multitude de pics piquetés de pins aux formes tourmentées émergeant de mers de nuages et de bruines. Ces montagnes mythiques ont toujours constituées un sujet privilégié pour la peinture et la littérature chinoises traditionnelles et sont aujourd’hui une destination touristique prisée. Un million de visiteurs les visitent chaque année. 

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Pic_-_HuangShan

黄海树石_渐江

Pic dans la brume Huang Shan

Pic dans la brume, Huang Shan

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