Toponymie : les toponymes Madeleine et Mandallaz…

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   Dans deux articles précédents consacrés aux noms de lieux en dol  (c’est  ICI et aussi ICI ), nous avions désigné les toponymes Madeleine repérés en bordure de l’Arve dans la cluse de Bonneville comme des dols celtiques auquel aurait été ajouté un préfixe ma(n)- auquel nous ne pouvons, pour le moment, que formuler des hypothèse (peut-être dans certains cas, le celtique maen- : « sommet, montagne », breton mene ou un préfixe qualificatif restant à définir).

    Le plus souvent, les ouvrages consacrés à la toponymie continuent d’expliquer de manière exclusive les noms de lieux type Madeleine par la référence au prénom féminin Madeleine, issu de l’araméen Magdalena, « originaire de Magdala », où Magdala signifie « La Tour ». Comme Saint Lazare et sa soeur Sainte Madeleine étaient les protecteurs des lépreux, certains de ces toponymes rappellent la présence d´une léproserie ou d´une maladière. C’est ainsi que sont expliqués les nombreux toponymes suivants:

  • La Madeleine, pâturage (Val de Moiry, Grimentz, district de Sierre, Valais) ; 
    La Madeleine, hameau près d´une ancienne maladière, et Ruisseau de la Madeleine (Cornier, Faucigny, Haute-Savoie) ; 
    La Madeleine, apud Magdalenam en 1436, La Magdeleine-de-Varambon en 1743, hameau (Varambon, Bresse, Ain) ; 
    Rue de la Madeleine (Genève) ; 
    Plaine Madeleine, lieu-dit (Chandolin, Val d´Anniviers, Valais) ; 
    Col de la Madeleine, 1984m, entre la vallée de la Maurienne et la Tarentaise (Savoie, France) ; 
    Les Rayons de la Madeleine, sommet, 3051m (Alpes Pennines, Bourg-Saint-Pierre, district d’Entrepont, Valais et vallée d´Aoste) ; 
    Sex des Madeleines, parois (Hérémence, district d´Hérens, Valais) ; 
    La Magdeleine, commune et village dont le nom vient d´un oratoire dédié à Sainte Marie-Madeleine (Vallée d´Aoste). 

     Je veux bien croire qu’en cas de présence d’un oratoire ou une église consacré à Sainte-Marie-Madeleine, d’une léproserie ou maladière, la référence à cette sainte soit justifiée mais pourquoi une zone naturelle qui n’aurait possédé aucun des établissements de ce type et dont les caractéristiques naturelles seraient celles d’un dol celtique devrait-elle obligatoirement y référer ?    

      Il nous semble aujourd’hui que l’on peut ajouter à la liste des dols celtiques certains toponymes du type  Mandallaz dont nous connaissons quelques exemples en Haute-Savoie.

°°°

–––– les toponymes Mandallaz dans le massif préalpin de l’Est d’Annecy ––––––––––––––––––––––––

La Mandallaz vue depuis le village de Quintal (photo empruntée au site  http://www.annecy-ville.fr)

    J’ai longtemps cru que le nom de lieu Mandallaz provenait du latin amendola, amande, car en géologie on parle quelquefois de formations géologiques « en amande » pour désigner des éperons rocheux en saillie. C’est de l’ancien français amandolier, « amandier » issu du même mot latin que l’on explique les toponymes Mandolire, Mandrolaire, Mandrolière :

  • Route de Mandolire (Veyras, district de Sierre, Valais) ;
  • Mandrolaire, vigne de l´Amandoley en 1554, lieu-dit, vignes (Arnex-sur-Orbe, district d´Orbe, Vaud) ;
  • La Mandrolière, maisons isolées (Plateau des Glières, le Petit-Bornand-les-Glières, Faucigny, Haute-Savoie). 

   Le toponymiste Constantin donnait pour Mandallaz quand à lui une autre signification faisant dériver le terme de l´ancien français muer, « remuer », du latin mutanda, du verbe mutare, « mouvoir, déplacer » et sont synonymes de remue, « petit chalet d´alpage », en patois savoyard muanda, « chalet » et en occitan « alpage que parcourait les troupeaux durant l’été » 

De là proviendrait l’origine des noms de lieux  :

  • Mandallaz, Mandaz, Mande, Mandellerie, Mandelon, 
  • Mandettaz, Mandette, Mandollaz, Mendey, Meude, 
  • Meudes, Moendaz, Muenda, Muets.
  • Mandaz, alpage (Valtournenche, vallée d´Aoste) ; 
  • La Mande, grand alpage (Champagny-en-Vanoise, Bozel, Vanoise, Savoie) ;
  • La Meude, pâturage (Vallon de Van, Salvan, district de Saint-Maurice, Valais) ; 
  • Les Meudes, alpage (Roselend, Beaufortain, Savoie) ; 
  • Aiguilles de la Grande Moendaz, nom monté, Chalet de la Petite Moendaz (Saint-Martin-de-Belleville, Tarentaise, Savoie). 
  • Muenda, alpage (Région du Grand Saint-Bernard, vallée d´Aoste). 

Avec le suffixe collectif -ey

  • Mendey, alpage (Gignod, vallée d´Aoste). 

Avec le suffixe dimutif -ette

  • Pointe de la Mandette, sommet, nom monté d´une maison d´alpage des Hautes-Alpes (Valloire, Maurienne, Savoie). 

Avec le suffixe diminutif patois -ettaz

  • La Mandettaz, alpage (Bonneval-sur-Arc, Haute-Maurienne, Savoie).

Avec le suffixe -erie

  • La Mandellerie, maisons isolées (Manigod, Bornes-Aravis, Haute-Savoie). 

Avec le suffixe diminutif -on

  • Mandelon, Mandalon en 1906, alpage, et Pointe de Mandelon, 2559m (Hérémence, district d´Hérens, Valais). 

Avec le suffixe diminutif patois -allaz

  • Mandallaz, hameau, et Montagne de Mandallaz, colline boisée (La Balme de Sillingy, Annecy, Haute-Savoie) ; 
  • Pointe de Mandallaz ou les Trois Aiguilles, 2077m (Chaîne des Aravis, Haute-Savoie) ; 
  • Mandollaz, hameau (Nus, vallée d´Aoste). 

Et peut-être de même origine : 

  • Tête des Muets, sommet, 2075m (Chaîne des Aravis, Haute-Savoie).

Pointe de la Mandallaz, aiguille de Manigod, tête de l’Aup et Rouelle. Au 1er plan, la pointe d’Orsière et la Riondaz

Pointe de la Mandallaz, aiguille de Manigod, tête de l’Aup et Rouelle. Au 1er plan, la pointe d’Orsière et la Riondaz (avec l’aimable autorisation du site AltitudeRando, c’est ICI)

Lieux-dit Mandallaz près d'Annecy
Si cette explication me semble plausible pour les lieux qui constituent des zones d’alpage et de « remue », en particulier la Pointe de Mandallaz située dans le massif des Aravis, elle me semble inadaptée pour les lieux situés à faible altitude et pour les lieux d’altitude ne comportant pas d’alpages. Une reconnaissance sur le site de la Montagne de Mandallaz au-dessus d’Annecy, site rocheux et boisé montre qu’il n’a jamais pu servir de zone d’alpage et que l’altitude des terrains découverts qu’il surmonte (770 m) permet l’habitat permanent. Il existe d’autre part sur le flanc ouest de cette Montagne un hameau nommé Mandallaz implanté en bordure d’une zone marécageuse, avec indication de la présence d’un étang, dont les rives courbes sont occupées aujourd’hui par des prairies. Manifestement, on est dans ce cas de figure devant un dol qui a donné son nom au hameau qui s’y est implanté, peut-être man-dol, le « dol de la montagne », nom qui a ensuite été utilisé pour nommer la montagne qui le surplombait. Très souvent, en montagne, le nom donné à la montagne est celui du lieu, habité ou remarquable par ses caractéristiques  physiques, situé à ses pieds.

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6 réflexions au sujet de « Toponymie : les toponymes Madeleine et Mandallaz… »

  1. Bonjour,
    Tout d’abord félicitations pour votre blog richement documenté.
    Je partage votre avis sur les commentaires. En ce qui me concerne
    je me suis fait la même remarque pour des photos sur Panoramio,
    il est curieux de constater que les échanges ont l’air beaucoup plus
    nombreux partout dans le monde qu’en France ?
    C’est lors d’une recherche sur la toponymie de Madeleine que je suis
    arrivé sur votre article. Je trouve que vos hypothèses sur man et dol
    s’appliquent bien pour le lieu auquel je m’intéresse actuellement.
    Je suis dans l’Orne, près d’Alençon dans un village au pied de la
    Butte Chaumont, l’un des points culminants de l’Ouest; C’est un
    sommet isolé dont la face ouest est comporte un pierrier abrupt sur
    lequel s’appuie un retranchement constitué de talus de pierre.
    Au pied de cette butte, un second camp de forme géométrique régulière
    en forme de losange est très étrange. Les cotés sont constitués d’un
    fossé et de deux rangées de pierres. On nomme cet endroit les fossés
    de la Madeleine. Je viens de trouver un ancien plan datant de la seconde
    partie du 19eme où ces « remparts » figurent et où ce lieu est
    nommé la Madeleine. Sachant que ce camp en losange comporte des
    prolongements en talus de pierres se dirigeant vers les rivières formant
    une boucle dans les prairies non loin de la forêt et sur lesquelles semble
    s’appuyer ce camp, je trouve que, en lisant votre article, le nom pourrait
    bien venir de là ? Aucun travaux n’a vraiment été fait sur ces ouvrages,
    la seule origine dont j’ai entendu parlé serait « romano-celtique ».
    Je trouve que cela s’accorde plus qu’avec la classique interprétation
    de Madeleine que l’on trouve souvent.
    Qu’en pensez vous ?

    Cordialement.

    jj Duval

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