Descriptions « plus vraies que nature » – Brixen et la féminisation du paysage chez Michelet (1838)

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Jules Michelet (1798-1874)

Jules Michelet (1798-1874)

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    Le volume intitulé Sur les chemins de l’Europe a été publié en 1893 après la mort de Michelet par sa veuve qui a regroupé dans cet ouvrage de nombreux morceaux pris dans les journaux de voyage de l’historien, notamment ceux qui concernent les voyages d’Angleterre (1834), de Flandre et de Hollande (1837-1840), de Suisse, Lombardie et Tyrol (1838). Dans ces notes transparaissent les préoccupations historiques et politiques du voyageur. 

Brixen (Bressanone)

l’amphithéâtre naturel de Brixen am Eisack (Bressanone) – Province de Bolzano (Italie)

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   « Vallée de l’Eisack, moins impétueux que la Reuss et le Tessin, bien plus variée, des torrents coulent à nos pieds, des canaux passent sur nos têtes conduits par des aqueducs de bois. Nature bizarre, pleine de caprice et de vertige. A chaque instant le blé, la vigne, le maïs quittent la vallée, et montent à des hauteurs effroyables, puis descendent, puis remontent. Tantôt les ormes, les charmes accusent la nature du nord; tantôt les pins d’Italie, tantôt les sapins et la Suisse. Il y a ici, dit Lewald, tous les végétaux qui peuvent croître de l’Espagne jusqu’au Spitzberg. Le souffle puissant de l’Italie court des sommets du Tyrol, pénètre dans ses rudes vallées, porte le Sirocco jusqu’à Innsbruck. D’autre part on croirait que volontiers que ces rochers rouges, ces montagnes de porphyre, ont conservé quelque chose de la chaleur des volcans. Les Dolomites hérissent un grande partie de la contrée… C’est un poème étrange que ce Tyrol, et d’un lyrisme bizarre. Ces oasis de blé à mille pieds de haut éloigner l’idée du travail de l’homme. C’est apparemment la culture des aigles et des chamois. Mais il y a des montagne régulièrement étagées de cultures diverses et riches du sommet à la base. Une surtout me frappa parmi ce cercle grandiose de montagnes qui entourent Brixen. C’était un immense théâtre mêlé de tous les végétaux de la terre, une corbeille colossale dans laquelle se trouvaient mêlés tous les fruits de la nature. Entre ces deux beaux mamelons se posait une noble petite église pour regarder paisiblement à ses pieds les deux tours de Brixen avec leurs petits dômes noirs; par dessus la ville et un triple cercle de belles collines qui d’ailleurs tombent des montagnes, un pic neigeux passait sauvagement la tête pour indiquer aux gens la route de Vienne. » – (Michelet – Sur les chemins de l’Europe, 1893)

Brixen (Bressanone), Italie

Brixen am Eisack (Bressanone) avec ses deux collines en forme de mamelons qui ont marqué Michelet

Brixen et ses 2 collines

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     Sur le même sujet, lire l’article consacré à l’anthropomorphisme dans le paysage et son érotisation : c’est ICI.

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