les photos d’Enki — Mont Blanc : aux marches du royaume (I), la vallée de la Gitte au-dessus de Roselend (Beaufortain)

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   Telle une troupe de hobbits se rapprochant du royaume redouté de Mordor, nous arpentons les marches du royaume de celui que Jules Michelet surnommait, à l’instar des peuples anciens à qui il était interdit de prononcer le nom de leur divinité et qui ne pouvaient alors le désigner que par qualificatifs ou métaphores, l’illustre solitaire, le grand ermite, le géant muet, le neigeux, le morne dôme, le froid géant*, je veux dire, et tant pis si je suis frappé par la foudre en prononçant son nom, le mont Blanc… Nous avions choisi de nous diriger, à partir du lac de Roselend, vers le col du Bonhomme en suivant dans un premier temps la ligne de crête des Frettes qui domine le vallon et le lac de la Giettaz puis le flanc nord du Roc des Vents mais nous dûmes bientôt rebrousser chemin, après nous être heurtés à des névés très raides, à cause du manque de carte et d’équipement. Cette courte randonnée nous aura tout de même permis de découvrir, à l’occasion d’un éclaircissement momentané du manteau nuageux, le dôme immaculé de l’auguste sommet qui resplendissait dans le lointain brumeux, comme une promesse…

* pour lire le texte de Michelet sur le mont Blanc, c’est ICI.

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Beaufortain, secteur du barrage et du lac de Roselend : le Roc du Vent (2.112 m)

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Beaufortain : lac de Roselend vu du col de sur Frêtes

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Petit aperçu historique

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la cuvette de Roselend avant la construction du barrage dont les travaux commencèrent en 1955. La mise en eau eut lieu en 1960 et entraîna l’engloutissement du village d’alpage nommé Roseland, ce toponyme étant lui-même probablement issu du nom d’un ancien propriétaire : Rozelindus, attesté au Xe siècle). Les travaux furent achevés en 1962. Mesurant 800 m de long et 150 m de haut, il peut contenir jusqu’à 185 millions de m³ d’eau. Associé aux barrages de la Gittaz et de Saint-Guérin et à la centrale de la Bâthie, ils composent le vaste ensemble hydro-électrique du Beaufortain. La réalisation du barrage a empêché la naissance d’une grande station de sports d’hiver sur le site mais les habitants ne s’opposèrent pas au projet mettant à profit les indemnités versées par EDF pour réaliser la coopérative laitière de Beaufort.

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Beaufortain : vue des pentes nord-ouest du Roc du Vent sur les Rochers des Enclaves

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Beaufortain : vue panoramique sur les deux lacs de barrage de Roselend et de la Gittaz

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Beaufortain : pour nous amuser un peu, modelons le paysage…

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Beaufortain : ruine du chalet de Grezillon au pied de la face nord-ouest du Roc du Vent qui surveille la passage, telle une sentinelle

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Beaufortain : la ruine du chalet de Grezillon nous regarde…

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Beaufortain : la face nord-ouest du Roc du Vent

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Gracie, un cabot un peu cabotin… 

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au premier plan le col du Bonhomme (2.329 m) et en arrière plan le massif du mont Blanc avec l’Aiguille de Bionnassay, le mont Blanc (dans les nuages) et l’Aiguille des Glaciers (3.816 m)

IMG_3192Beaufortain : le chemin en zig-zag reliant le lac de la Gittaz au col de la Gitte

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épanchements sur le chemin du retour

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Prises de vues effectuées par Enki le 1er juin 2014 en début d’après-midi avec son  Iphone.

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––– Au sujet de quelques toponymes du secteur –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

  • col du Bonhomme : cette appellation provient certainementrocher du Bonhomme du rocher de forme remarquable qu’on peut assimiler à une silhouette humaine qui domine le col tel une sentinelle. Il existe également un col du Bonhomme dans le massif des Vosges dont la dénomination est expliquée par l’ancien français  et en dialecte roman local ou vosgien Bon homme, « l’homme sacré, saint homme » en référence à un saint protecteur du lieu saint Dié qui perpétuait ainsi une divinité gauloise antérieure. Cette interprétation pourrait également s’appliquer à notre col qui constituait une étape essentielle pour les voyageurs qui transitaient entre le Faucigny et l’Italie par le col de la Seigne et qui sollicitaient la protection de divinités ou de saints pour cette traversée périlleuse.
  • Enclaves (Rochers des enclaves). En géographie, le terme enclave sert à désigner tout territoire ou portion de territoire entièrement entouré par un territoire étranger. Il vient du verbe latin inclavare qui signifie « enfermer à clef ». Le verbe enclore qui signifie clôturer en est dérivé.  On est donc en présence d’un lieu où des rochers dominaient ou se situaient à proximité d’une place où étaient enclos les animaux lors de leur séjour en alpage à moins que cet alpage utilisé par une communauté extérieure constituât une « enclave » dans le territoire d’une autre. Il existe effectivement sur le versant nord de la montagne au-dessus du lac de la Girotte, un lieu dénommé Les Enclaves.

  • Frette, Fretaz, Fréty : pour Hubert Bessat et Claudette Germi dans leur ouvrage « Les noms du Patrimoine alpin – Atlas toponymique II » (éditions ELLUG), ces termes désignent des « arêtes et crêtes de montagne, des sommets », liée au terme même dialectal utilisé en construction pour désigner « la panne faîtière d’un toit » ou « le sommet » de celui-ci (« à la frette »). Ces termes serait issu du germanique *First, « faîte », attesté en vieux français, en occitan alpin et en franco-provençal et dont le R aurait subi une métathèse (déplacement d’une consonne dans un mot).
  • Gitte, Gittaz, Giette, Giettaz, Gietroz, Agitte : Pour certains, le nom (d)ziettâ désignerait en francoprovençal alpin moyen un lieu de rassemblement des troupeaux lors de la montée ou la descente d’alpage, apparenté au mot français gîte. Selon d’autres, il signifierait « bois de taillis », taillé régulièrement pour en exploiter les repousses issu de l´ancien français gitte, « rejet ». Hubert Bessat et Claudette Germi classent cette série de toponymes dans les noms de lieux de montagne ayant fonction de « reposoirs » pour les animaux (gîtes pour la nuit, aire de traite, etc.). Ils font remonter ces termes à la même racine latine qui exprime l’état de repos, le verbe jaceo (à ne pas confondre avec le verbe Jacio, « jeter » qui a donné les toponymes Get, Jet, Giet, Geay, « lieux où l’on lance le bois » pour le faire descendre dans la vallée, équivalent de Châble.  Jules Guex (La Montagne et ses noms, 1976) donne pour les noms de lieux de Suisse romande Le Getty (prononcer la djyette) et Gietaz  (prononcer djitte) et son dérivé Giètroz la même origine qu’il attribue au participe neutre pluriel latin jacita, « le gîte » qui aurait également donné les noms de lieux Les Agittes, Agettes, Agiettes (Suisse romande) ainsi que Jas et Jasse  (Savoie) à partir du latin jacium, « lieu àù le bétail se couche, se repose ».
  • Entre deux Nants : En franco-provençal, un nant est un ruisseau, un torrent. C’est un terme d’origine celtique issu du gaulois *nantu, vallée que l’on retrouve ailleurs en France (exemple Nantua et Nantes) et en Grande-Bretagne. de la même manière que l’appellation de la rive : « rivière » a finit par désigner le cours d’eau qu’elle bordait, le terme nanti, nanto désignant la vallée a fini par désigner le cours d’eau qui y coulait  Le lieu auquel s’applique ce toponyme est effectivement encadré de manière étroite par deux torrents sur les pentes sud dominées par les Rochers des Enclaves.
  • Pennaz (Aiguille de la Pennaz). Ce toponyme appartient à la série des formes en pen : alpes Pennines, Apennins, Péna, Pna du patois penna, « pointe, sommet » s’apparentant à l’ancien français penne, « éminence, hauteur ; arête, pointe » dérivant du latin pinna, « faîte », adjectif latin pennus, pinnus, « pointu » ou du gaulois penno- « tête, extrémité » de la racine celtique *pen-, « tête » qui toujours ce sens en breton.
  • Ven : la facilité serait de penser que le Roc des Vents doit son nom à la présence de vents particulièrement violents et permanents à cet endroit, mais on ne voit pas pourquoi le lieu où se dresse cette montagne se distinguerait des autres lieux de montagne similaires pour ce qui est de l’action du vent. On pense plutôt, compte tenu de la forme remarquable de cette montagne, à une appellation très ancienne utilisant la racine vraisemblablement d’origine pré-indo-européenne (et donc antérieure à l’arrivée des celtes) Van, Ven, Vin qui désignait le rocher et la hauteur et que l’on retrouve dans certains noms de sommets du sud de la France comme le Mont Ventoux (désigné comme Vintur dans certaines inscriptions latines), la Tête de Vene, la montagne Sainte-Victoire (autrefois dénommée Venturi), Ventabren et Ventabrun, etc… (Voir à ce sujet l’ouvrage de Paul-Louis Rousset : « Les Alpes et leurs noms de lieux »).

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