Poésie : The Cloud de Percy Bisshe Shelley revu par Louise Ackermann

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shelley

Percy Bisshe Shelley

                 The Cloud

                     I

I bring fresh showers for the thirsting flowers,
	From the seas and the streams;
I bear light shade for the leaves when laid 
	In their noon-day dreams.
From my wings are shaken the dews that waken
	The sweet buds every one,
When rocked to rest on their mother's breast,
	As she dances about the Sun.	
I wield the flail of the lashing hail,
	And whiten the green plains under,	
And then again I dissolve it in rain,
	And laugh as I pass in thunder.

                     II

I sift the snow on the mountains below,
	And their great pines groan aghast;
And all the night 'tis my pillow white,
	While I sleep in the arms of the blast.
Sublime on the towers of my skiey bowers,
	Lightning my pilot sits;
In a cavern under is fettered the thunder,
	It struggles and howls at fits;		
Over Earth and Ocean, with gentle motion,
	This pilot is guiding me,	
Lured by the love of the genii that move
	In the depths of the purple sea;
Over the rills, and the crags, and the hills,
	Over the lakes and the plains,
Wherever he dream, under mountain or stream,
	The Spirit he loves remains;	
And I all the while bask in Heaven's blue smile,
	Whilst he is dissolving in rains.

                     III

The sanguine Sunrise, with his meteor eyes,
	And his burning plumes outspread,
Leaps on the back of my sailing rack,
	When the morning star shines dead;
As on the jag of a mountain crag,
	Which an earthquake rocks and swings,
An eagle alit one moment may sit
	In the light of its golden wings.
And when Sunset may breathe, from the lit Sea beneath,
	Its ardours of rest and of love,	
And the crimson pall of eve may fall
	From the depth of Heaven above,
With wings folded I rest, on mine äery nest,
	As still as a brooding dove.

                      IV

That orbed maiden with white fire laden
	Whom mortals call the Moon,
Glides glimmering o'er my fleece-like floor
	By the midnight breezes strewn;
And wherever the beat of her unseen feet,
	Which only the angels hear,		
May have broken the woof, of my tent's thin roof,
	The stars peep behind her, and peer;
And I laugh to see them whirl and flee,
	Like a swarm of golden bees,
When I widen the rent in my wind-built tent,	
	Till the calm rivers, lakes, and seas,
Like strips of the sky fallen through me on high,
	Are each paved with the moon and these.

                      V

I bind the Sun's throne with a burning zone
	And the Moon's with a girdle of pearl;	
The volcanos are dim and the stars reel and swim
	When the whirlwinds my banner unfurl.	
From cape to cape, with a bridge-like shape,
	Over a torrent sea,
Sunbeam-proof, I hang like a roof --
	The mountains its columns be!
The triumphal arch, through which I march
	With hurricane, fire, and snow,
When the Powers of the Air, are chained to my chair,
	Is the million-coloured Bow;		
The sphere-fire above its soft colours wove
	While the moist Earth was laughing below.

                     VI

I am the daughter of Earth and Water,
	And the nursling of the Sky;
I pass through the pores, of the ocean and shores; 
	I change, but I cannot die --
For after the rain, when with never a stain 
	The pavilion of Heaven is bare,
And the winds and sunbeams, with their convex gleams, 
	Build up the blue dome of Air --	
I silently laugh at my own cenotaph 
	And out of the caverns of rain,
Like a child from the womb, live a ghost from the tomb, 
	I arise, and unbuild it again. --

           
            Percy Bisshe Shelley (1820)

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Jacob van RUYSDAEL - paysage avec nuages

Jacob van RUYSDAEL – paysage avec nuages

                                 Le nuage

                                                                   I.

Des ruisseaux et des mers
              J’apporte un bain de pleurs à la fleur embaumée ;
De mes hauts belvéders
             Je porte une ombre douce à la feuille pâmée.
J’éveille le bouton
             Quand dans le molleton
Sur le sein de sa mère il berce sa pensée,
             En tombant goutte à goutte en humide rosée.
Je fouette la grêle et par monts et par vaux,
             Et soudain je blanchis la terre,
Et puis me ravisant, j’en forme des ruisseaux
             Et lui rends sa verdure…… en dépit du tonnerre.

                                     II.

Bien au-dessus de moi
            Je tamise la neige, et les hauts pins gémissent ;
Et la nuit, comme un Roi
             Sur cet oreiller blanc mes membres s’assoupissent.
Dans les castels de l’air
             Mon pilote, l’éclair,
Se tient, muet sublime, observant le tonnerre
             Qui s’agite en dessous comme un foudre de guerre ;
Lors à travers la terre, à travers l’océan
             Bien doucement mon pilote me guide,
Prenant quelquefois son élan,
             Soit vers les rocs aigus, soit vers quelqu’Atlantide,
En quête où les Esprits assemblent leur divan,
             Où plane leur fluide ;
Jusqu’à ce qu’il soit sûr, sous un torrent, un mont,
              D’avoir trouvé l’Esprit qu’il aime ;
Et moi, pendant ce temps, je me chauffe au plafond
              Du ciel bleu ; – cependant qu’il se dissout lui-même !

III.

Le lever du soleil
             Avec ses réseaux d’or, ses yeux de météore,
M’arrache à mon sommeil,
             Quand l’étoile au matin dans l’azur s’évapore.
Tel sans craindre aucun choc
             L’aigle peut sur un roc
Ébranlé par la terre, asseoir son envergure,
             Et de son œil de feu visager la nature.
Et lorsque fatigué de sa course du jour
             Le soleil radieux dans l’océan se plonge,
Exhalant ses ardeurs de repos et d’amour,
             Et que le soir vient et s’allonge,
Moi, faisant de mon aile un suave abat-jour,
            Je dors comme un oiseau bercé par un doux songe.

IV.

Cette vierge aux feux blancs
            Que l’homme, en son jargon, appelle ainsi – la lune,
Se glissant sur mes flancs
            En tapinois, parcourt ma transparente dune ;
Et partout où bruit
            De ses pas le doux bruit,
De mon toit de vapeurs brisant la contexture
            Les étoiles soudain de montrer leur figure ;
Et je ris de les voir chacune cligner l’œil
           Comme feraient franches coquettes,
Et pour les exciter j’élargis mon linceuil,
           Et laisse passer les pauvrettes,
Jusqu’ à ce que les lacs, et la mer, et l’écueil,
           Tout soit enfin pavé de brillantes facettes.

V.

Avec chaînons d’or pur
            J’attache le soleil à la zone brûlante,
Et la lune à l’azur
            En roulant en anneaux la perle éblouissante ;
Les volcans sont blafards,
           Les étoiles brouillards,
Lorsque les tourbillons déployant ma bannière,
           Comme un soudain typhon je voile l’atmosphère.
Oh ! quand je marche ainsi, j’ai pour char triomphal
           Les Puissances de l’air, Neige, Grêle, Tonnerre,
De mon fougueux coursier l’univers est vassal ;
           Mais bientôt renaît la lumière,
L’arc aux mille couleurs allumant son fanal
           Vient éblouir le ciel et rajeunir la terre.

VI.

De la terre et de l’eau
           Je suis fils ; – mais au ciel j’ai fixé ma demeure ;
Et semblable à l’oiseau
           Dans les couches de l’air je me baigne à toute heure.
Je change à chaque instant
           Et sans mourir pourtant,
Car alors que, brillant, le ciel après la pluie
           S’empresse de sécher mes larmes qu’il essuie,
Et qu’il bâtit soudain le dôme bleu de l’air,
          Soudain aussi comme un vampire
Je sors de mon tombeau. – Puis plus prompt que l’éclair,
          Je jette à bas le dôme… au milieu d’un fou rire !

Percy Bisshe Shelley

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Pierre-Henri de Valenciennes - études de nuages dans la campagne romaine, 1780

Pierre-Henri de Valenciennes – études de nuages dans la campagne romaine, 1780

Autre traduction

                                 
Le nuage (1820)

                                                                   I.

J’apporte de fraîches averses pour les fleurs assoiffées,
Venues des mers et des fleuves;
Je répands une ombre légère sur les feuilles qui reposent
Dans leurs rêves de midi.
De mes ailes, je secoue la rosée qui éveille
Tous les charmants bourgeons,
Bercés et assoupis sur le sein de leur mère,
Quant elle danse devant le soleil.
Je brandis le fléau de la grêle,
Fouettant et blanchissant les vertes plaines plus bas,
Puis, à nouveau, je la dissous en pluie,
Et je ris quand je passe, apportant le tonnerre.

II

Je tamise la neige sur les monts au dessous,
Et leurs pins géants gémissent de terreur;
Et toute la nuit, c’est là mon blanc oreiller,
Tandis que je dors, dans les bras de la tempête.
Souverain, sur les tours de mes demeures aériennes
Se tient l’éclair, mon pilote;
Dans un antre inférieur est enchaîné le tonnerre;
Il se débat et rugit par accès;
Au-dessus de la terre et de l’océan, d’un mouvement doux
Ce pilote me guide,
Attiré par l’amour des génies qui hantent
Les profondeurs de la mer empourprée;
Par dessus les ruisseaux, les rochers, les collines,
Par dessus lacs et plaines,
Partout où il rêve que, sous monts ou rivières,
L’esprit qu’il aime demeure;
Et moi tout ce temps, je me baigne dans le sourire bleu du firmament,
Tandis qu’il se fond en pluie.

IIII

Le soleil levant écarlate, aux yeux de météore,
Aux plumes de flammes largements ouvertes,
Bondit sur mes vapeurs flottantes,
A l’heure où s’amortit l’éclat de l’étoile du matin;
Comme à la pointe d’un roc escarpé
Qu’un tremblement de terre ébranle et fait osciller,
Un aigle perché se repose un moment
Dans la lumière de ses ailes d’or.
Et quand le soleil couchant exhale, de la mer qu’il illumine
Ses feux où s’endort l’amour,
Et que le linceul rutilant du soir
Tombe des hauteurs du ciel,
Les ailes repliées, je repose sur mon nid aérien,
Aussi tranquille qu’une tourterelle qui couve.

IV

Cette sphère vierge, rayonnante de flammes blanches,
Que les mortels appellent Lune
Glisse et luit sur ma toison
Éparpillée par les brises de minuit;
Et toutes les fois que ses invisibles pas
Entendus par les anges seulement,
Rompent la trame de ma mince tente,
Les étoiles regardent derrière elle à la dérobée;
Et je ris de les voir se mouvoir en cercle et fuir,
Comme un essaim d’abeilles dorées,
Quand j’élargis l’ouverture de ma tente, dressée par le vent;
Jusqu’à ce que les calmes rivières, les lacs et les mers,
Comme des rubans de ciel tombés de là-haut à travers moi,
Tous, miroitent sous la lune et sous les astres.

V

J’entoure le trône du Soleil d’une ceinture brûlante,
Et celui de la Lune d’une cordelière de perles;
Les volcans sont obscurs, les étoiles chancellent et tournoient
Quand les tourbillons déploient ma bannière.
D’un cap à l’autre, semblable à un pont,
Par dessus une mer torrentueuse,
Insensible aux rayons du soleil, je suspends ma voûte,
Dont les montagnes sont les colonnes.
L’arche triomphale à travers laquelle je m’avance
Avec la tempête, l’ouragan, le feu et la neige,
Quand les Puissances de l’air sont enchaînées à mon trône,
Est l’arc-en-ciel aux millions de couleurs;
Cette sphère de feu là-haut tissa ses changeantes teintes,
Tandis que la Terre humide riait au-dessous.

VI

Je suis l’enfant de la Terre et de l’eau,
Et le nourrisson du Ciel;
Je passe à travers les mailles de l’océan et du rivage;
Je change, mais ne puis mourir.
Car, après la pluie, quand sans la moindre tache,
Le pavillon du ciel est dégagé,
Et que le vent, avec les rayons du soleil, de leurs reflets convexes,
Bâtissent le dôme bleu de l’air,
Je ris en silence de mon propre cénotaphe;
Et, des cavernes de la pluie,
Comme un enfant du sein maternel, comme un fantôme de la tombe,
Je me lève, et le détruis à nouveau.

Percy Bisshe Shelley

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Louise Victorine Ackermann (1813-1890)

Louise Victorine Ackermann (1813-1890)

 

Le Nuage
I change, but I cannot die.
Shelley, the Cloud

Levez les yeux ! C’est moi qui passe sur vos têtes,
Diaphane et léger, libre dans le ciel pur ;
L’aile ouverte, attendant le souffle des tempêtes,
Je plonge et nage en plein azur.

Comme un mirage errant, je flotte et je voyage.
Coloré par l’aurore et le soir tour à tour,
Miroir aérien, je reflète au passage
Les sourires changeants du jour.

Le soleil me rencontre au bout de sa carrière
Couché sur l’horizon dont j’enflamme le bord ;
Dans mes flancs transparents le roi de la lumière
Lance en fuyant ses flèches d’or.

Quand la lune, écartant son cortège d’étoiles,
Jette un regard pensif sur le monde endormi,
Devant son front glacé je fais courir mes voiles,
Ou je les soulève à demi.

On croirait voir au loin une flotte qui sombre,
Quand, d’un bond furieux fendant l’air ébranlé,
L’ouragan sur ma proue inaccessible et sombre
S’assied comme un pilote ailé.

Dans les champs de l’éther je livre des batailles ;
La ruine et la mort ne sont pour moi qu’un jeu.
Je me charge de grêle, et porte en mes entrailles
La foudre et ses hydres de feu.

Sur le sol altéré je m’épanche en ondées.
La terre rit ; je tiens sa vie entre mes mains.
C’est moi qui gonfle, au sein des terres fécondées,
L’épi qui nourrit les humains.

Où j’ai passé, soudain tout verdit, tout pullule ;
Le sillon que j’enivre enfante avec ardeur.
Je suis onde et je cours, je suis sève et circule,
Caché dans la source ou la fleur.

Un fleuve me recueille, il m’emporte, et je coule
Comme une veine au coeur des continents profonds.
Sur les longs pays plats ma nappe se déroule,
Ou s’engouffre à travers les monts.

Rien ne m’arrête plus ; dans mon élan rapide
J’obéis au courant, par le désir poussé,
Et je vole à mon but comme un grand trait liquide
Qu’un bras invisible a lancé.

Océan, ô mon père ! Ouvre ton sein, j’arrive !
Tes flots tumultueux m’ont déjà répondu ;
Ils accourent ; mon onde a reculé, craintive,
Devant leur accueil éperdu.

En ton lit mugissant ton amour nous rassemble.
Autour des noirs écueils ou sur le sable fin
Nous allons, confondus, recommencer ensemble
Nos fureurs et nos jeux sans fin.

Mais le soleil, baissant vers toi son oeil splendide,
M’a découvert bientôt dans tes gouffres amers.
Son rayon tout puissant baise mon front limpide :
J’ai repris le chemin des airs !

Ainsi, jamais d’arrêt. L’immortelle matière
Un seul instant encor n’a pu se reposer.
La Nature ne fait, patiente ouvrière,
Que dissoudre et recomposer.

Tout se métamorphose entre ses mains actives ;
Partout le mouvement incessant et divers,
Dans le cercle éternel des formes fugitives,
Agitant l’immense univers.

Nice, 1871

Louise AckermannPoésies Philosophiques

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