Marche républicaine du 11 janvier 2015 – Comme un air de déjà vu …

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A man holds a giant pencil as he takes part in a Hundreds of thousands of French citizens solidarity march (Marche Republicaine) in the streets of Paris

REUTERS, photographe Stephane Mahe

France Attacks Rally

Associated Press et Sipa, photographe Laurent Cipriani

Martin Argyroglo - agence Divergence Images

agence Divergence Images, photographe Martin Argyroglo

Eugène Delacroix - la liberté guidant le peuple (LesTrois Glorieuses), 1830

Eugène Delacroix – la liberté guidant le peuple (LesTrois Glorieuses), 1830

   La Liberté guidant le peuple est une huile sur toile d’Eugène Delacroix réalisée en 1830 fait référence au soulèvement populaire des Trois Glorieuses qui au cours des journées des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830  a chassé le roi Charles X qui voulait museler les libertés et en particulier celle de la presse. Par son aspect allégorique et sa portée politique, elle a été souvent choisie comme symbole de la République française ou de la démocratie. Elle est exposée au musée du Louvre.

Argyrolo : Delacroix

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une vieille chanson traditionnelle anglaise : Scarborough Fair

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Foire au Moyen-Âge

Foire au Moyen-Âge

    Scarborough Fair est une chanson traditionnelle anglaise qui date de la fin du Moyen Âge. Scarborough était alors un port important (en particulier au xve siècle), et un lieu de rencontre pour les marchands qui y venaient de toute l’Angleterre pour participer à une célèbre foire qui s’y tenait du 15 août au 30 septembre. A l’heure actuelle plus de 1000 versions différentes de la chanson ont été enregistrées.
       Dans la chanson un homme demande à un autre de dire à une femme qu’il avait aimée autrefois (She was once a true love of mine) de réaliser quantités de choses impossible à faire.  Ainsi, on sait qu’il est impossible de réaliser une chemise de batiste sans couture, impossible de trouver un acre de terre situé entre la mer et le sable, puisqu’entre la mer et le sable il n’ y a rien et que l’on ne peut y récolter quelque chose puisque rien ne pousse dans l’eau salée. Si la jeune femme parvenait à réaliser toutes ces taches, cela signifierait qu’elle serait son vrai amour mais comme cela est impossible, elle ne peut l’être. Malgré cela, il ne peut la blâmer car l’amour éternel que les amants souhaitent si ardemment ne peut exister. Dans d’autres versions, c’est la femme qui confie à l’homme des taches impossible à réaliser. Toutes ces versions exprime l’idée que malgré le fait que les amants nourrissent tous deux la même aspiration, la vie ruinera inexorablement leur amour. Il n’en reste pas moins que même si ils ne s’aiment plus, il reste au fond de leur cœur et de leur âme une nostalgie de cet amour passé et une affection l’un pour l’autre.

Scarborough Fair

     Dans la chanson, les herbes telles que le persil, la sauge, le romarin et le thym, citées à plusieurs reprises ont une présence symbolique forte et avaient pour les auditeurs de l’époque des significations bien précises, elles symbolisaient les vertus que le chanteur souhaitait avoir et celles qu’il espérait trouver chez sa bien-aimée, des vertus qui leur permettraient de se retrouver.

  • Le persil : le persil a longtemps été associé à la mort, depuis que les Grecs l’utilisaient lors des cérémonies funéraires, puisqu’ils croyaient que cette plante poussait seulement là où le sang du jeune Archémore fut répandu lorsqu’il fut tué par un serpent.
  • La sauge : autrefois, on associait la plante avec l’immortalité et la longévité.
  • Le romarin : au Moyen Âge, les gens plaçaient des tiges sous leur oreiller pour éloigner les mauvais esprits et les mauvais rêves.
  • Le thym : symbole de courage, d’élégance et de style.

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une belle interprétation de Carly Simon

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Une première version

Are you going to Scarborough Fair?
Parsley, sage, rosemary, and thyme,
Remember me to one that lives there,
For once she was a true love of mine.

Tell her to make me a cambric shirt,
Parsley, sage, rosemary, and thyme,
Without any seam or needlework,
And then she’ll be a true love of mine.

Tell her to wash it in yonder dry well,
Parsley, sage, rosemary, and thyme,
Where water ne’er sprung, nor drop of rain fell,
And then she’ll be a rue love of mine.

Tell her to dry it on yonder thorn,
Parsley, sage, rosemary, and thyme,
Which never bore blossom since Adam was born,
And then she’ll be a true love of mine.

O, will you find me an acre of land,
Parsley, sage, rosemary, and thyme,
Between the sea foam and the sea sand,
Or never be a true lover of mine.

O, will you plough it with a lamb’s horn,
Parsley, sage, rosemary, and thyme,
And to sow it all over with one peppercorn,
Or never be a true lover of mine.

O, will you reap it with a sickle of leather,
Parsley, sage, rosemary, and thyme,
And tie it all up with a peacock’s feather,
Or never be a true lover of mine.

And when you have done and finished your work,
Parsley, sage, rosemary, and thyme,
Then come to me for your cambric shirt,
And you shall be a true love of mine.

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Une seconde version de la chanson et sa traduction

                    Anglais                 Français

Are you going to Scarborough Fair?
Parsley, sage, rosemary and thyme,
Remember me to one who lives there,
She once was a true love of mine.

Tell her to make me a cambric shirt,
Parsley, sage, rosemary and thyme,
Without no seam nor needle work,
Then she’ll be a true love of mine.

Tell her to find me an acre of land,
Parsley, sage, rosemary and thyme,
Between the salt water and the sea strand,
Then she’ll be a true love of mine.

Tell her to reap it with a sickle of leather,
Parsley, sage, rosemary and thyme,
And to gather it all in a bunch of heather,
Then she’ll be a true love of mine.

Are you going to Scarborough fair?
Parsley, sage, rosemary and thyme,
Remember me to one who lives there,
She once was a true love of mine.

Allez-vous à la foire de Scarborough ?
Persil, sauge, romarin et thym,
Parlez de moi à quelqu’un qui vit là-bas,
Elle fut autrefois mon grand amour.

Qu’elle me confectionne une chemise de batiste,
Persil, sauge, romarin et thym,
Sans couture ni travaux d’aiguille,
Et là, elle sera mon grand amour.

Qu’elle me trouve un acre de terre,
Persil, sauge, romarin et thym,
Entre l’eau salée et le rivage,
Et là, elle sera mon grand amour

Qu’elle le moissonne avec une faucille de cuir,
Persil, sauge, romarin et thym,
Et lie sa moisson d’une brassée de bruyère,
Et là, elle sera mon grand amour.

Allez-vous à la foire de Scarborough ?
Persil, sauge, romarin et thym,
Parlez de moi à quelqu’un qui vit là-bas,
Elle fut autrefois mon grand amour.

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Une autre version

Are you going to scarborough fair?
Parsley, sage, rosemary and thyme
remember me to one who lives there
for once she was a true love of mine

Have her make me a cambric shirt
parsley, sage, rosemary and thyme
without no seam nor fine needle work
and then she’ll be a true love of mine

Tell her to weave it in a sycamore wood lane
parsley, sage, rosemary and thyme
and gather it all with a basket of flowers
and then she’ll be a true love of mine

Have her wash it in yonder dry well
parsley, sage, rosemary and thyme
where water ne’er sprung nor drop of rain fell
and then she’ll be a true love of mine

Have her find me an acre of land
parsley, sage, rosemary and thyme
between the sea foam and over the sand
and then she’ll be a true love of mine

Plow the land with the horn of a lamb
parsley, sage, rosemary and thyme
then sow some seeds from north of the dam
and then she’ll be a true love of mine

Tell her to reap it with a sickle of leather
parsley, sage, rosemary and thyme
and gather it all in a bunch of heather
and then she’ll be a true love of mine

If she tells me she can’t, i’ll reply
parsley, sage, rosemary and thyme
let me know that at least she will try
and then she’ll be a true love of mine

Love imposes impossible tasks
parsley, sage, rosemary and thyme
though not more than any heart asks
and i must know she’s a true love of mine

>parsley, sage, rosemary and thyme
come to me, my hand for to ask
for thou then art a true love of mine

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Et la version inoubliable interprété par Simon et Garfunkel dans l’album The Graduate (1968) – label Columbia

Are you going to Scarborough Fair                                  Partez-vous pour la foire de Scarborough
Parsley, sage, rosemary and thyme                                 Persil, sauge, romarin et thym 
Remember me to one who lives there                            Parlez de moi à quelqu’un qui vit là-bas,  
She once was a true love of mine                                     Elle fut, un temps, mon grand amour.

Tell her to make me a cambric shirt                               Qu’elle me confectionne une chemise de batiste
(On the side of a hill in the deep forest green)              (au flanc d’une colline, dans vert profond de la forêt)
Parsley, sage, rosemary and thyme                                 Persil, sauge, romarin et thym 
(tracing of sparrow on snow-crested ground)               (traces de passereau sur le sol étoilé de neige)
Without no seams nor needle work                                Sans couture ni travaux d’aiguilles,
(blankets and bedclothes the child of mountain)         (couvertures et draps, l’enfant de la montagne)
Then she’ll be a true love of mine                                    Et là, elle sera mon grand amour
(sleeps unaware of the clarion call)                                (dort en ignorant l’appel du clairon)

Tell her to find me an acre of land                                  Qu’elle me trouve un acre de terre,
(On the side of a hill in the deep forest green)              (au flanc d’une colline, une cascade de feuillage)
Parsley, sage, rosemary and thyme                                  Persil, sauge, romarin et thym 
(Washes the grave with silvery tears)                             (lave la terre de tant de larmes)
Between the salt water and the sea strand                   Entre l’eau salée et le rivage
(A soldier cleans and polishes a gun)                             (Un soldat nettoie et polit un fusil)
Then she’ll be a true love of mine                                    Et là, elle sera mon grand amour

Tell her to reap it with a sickle of leather                      Qu’elle le moissonne avec une faucille de cuir,
(War bellows lazing in scarlet battalions)                     les clameurs de guerre flamboient en bataillons écarlates)
Parsley, sage, rosemary and thyme                                 Persil, sauge, romarin et thym 
(Generals order their soldiers to kill)                            (les généraux ordonnent aux soldats de tuer)
And to gather it all in a bunch of heather                     Et lie sa moisson d’une brassée de bruyère
(And to fight for a cause they’ve long ago forgotten)  Et de se battre pour une cause depuis longtemps oubliée
Then she’ll be a true love of mine                                   Et là, elle sera mon grand amour

Are you going to Scarborough Fair                                  Partez-vous pour la foire de Scarborough
Parsley, sage, rosemary and thyme                                  Persil, sauge, romarin et thym 
Remember me to one who lives there                             Parlez de moi à quelqu’un qui vit là-bas,  
She once was a true love of mine                                     Elle fut, un temps, mon grand amour.

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Et une étonnante interprétation A Capella de Peter Hollens

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Hommage à Gustave Roud : « Orphée bleu », un beau texte de Maurice Chappaz

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Gustave Roud, poète vaudoisGustave Roud (1896-1976)

Gustave Roud. Monnéaz à Palézieux, ferme d'André Ramseyer    photo Gustave Roud. Monnéaz à Palézieux, ferme d’André Ramseyer

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Orphée bleu par Maurice Chappaz

Gustave Roud - Halte en juin, Fata Morgana      Il ne bougeait pas. Il est sentinelle dans la pénombre d’une ferme, les pieds enfoncés dans le verger, les yeux creusés et tendres, frissonnant de pensées comme des fourmis qui montent le long des cuisses. Tu appelles des fleurs, des bêtes, tu cries comme l’agneau quand le boucher, le tueur des petits villages lui perce la gorge et toute la nature sent que tu as pitié d’elle : les biches viennent, les martres, les belettes, toute la lyre (1) sauvage, la longue racine de cris et de plaintes qui part de dessous les aiguilles de sapins; les collines ont leurs plaies, des ravins s’élance une supplication, tu est là; ils t’écoutent le mulot écrasé, les papillons veloutés et pâles, miettes nocturnes qui s’effacent dans les arbres et se cognent à la lampe du carrefour, les marguerites blanches de sang humain, de ton agonie quand l’esprit est désespéré; tous les êtres s’assemblent, les campanules folles de vent, la chevêche (2) de minuit, la jaillissante alouette chère aux crucifiés (3). Moi aussi je suis venu. J’ai rencontré les hauts platanes aveugles qui balbutient au-dessus des cimetières. Harassé, brisé. Combien de fois ne me suis-je pas rassasié dans la demeure de Carrouge (4) des quatre gâteaux au vin, au fromage, aux pommes et aux épices de cumin et n’ai-je pas laissé mon cigare s’éteindre dans la nuit. On a la foi et puis on ne l’a plus et puis on l’a encore. Des chats à la queue grise ou brasillés (5) d’orange guettaient les miettes. Il m’a donné une pipe en terre Gambier (6), au bout du tuyau une griffe de coq serre un œuf. Je l’ai vue roussir en la fumant. Il accueille la mordante adolescence des poètes. Il est entouré de jeunes cavaliers et des larges et pensifs valets de ferme. Sur sa cheminée, il y a leurs photos torses nus. Hommes qui ont des bustes comme des fontaines, qui ont une source dans la poitrine. on dit qu’il les aime (7). Mais dans les paysans sous le hâle vous découvrez le flux insaisissable, votre vraie présence, notée, résine et larme des gris cerisiers; tenez-les pour picorer une étoile comme un grain de raisin vert. Le vent rase les grandes sapinières. Les muets hommes du monde dorment. Cet ami soupire après les forts et gras meuniers, aux moustaches mélancoliques, au cou enfariné, le bouvreuils d’hiver, les mendiants des passades plus faibles, plus tristes que les animaux estropiés. Il est leur messager non à cause des soucis quotidiens mais parce qu’il pense à leur mort. Chez les laboureurs au lourd soc qui raclent les terres sous les nuages et chez les bûcherons, chapeaux tachés de poix, saouls de jonquilles, il part travailler, il part errer. Ceux-ci ont au au poing le râteau ou ont cueilli un orchis pareil à la toison d’une femme; voyez les chars-à-bancs bleus voyageant, le vent du pays vous attrape aux épaules, le vent qui jaunit les blés et sort du Mont Jorat. Il fait ses emplettes la nuit. Il n’a pas voulu de famille : un cigare songe à lui dans les auberges rempli de salive amère, et les faux pendues dans les granges qui attendent, luisantes et fraîches, Messieurs les coupeurs de froment et sa tête qui étudié trop vorace d’absolu, le cou nimbé par la lampe durant le long, nocturne hiver. Hostie. Soleil surgi. O maître des villages du rosier-mousse, je tente de percer ton secret. Ma propre différence m’a perdu; je me suis réfugié en vain chez les géomètres, j’ai connu une autre solitude. Je renifle la neige et le fumier et les creux pleins de froid de ces collines. Les prés verts sucent les forêts noires. Je sens la folie de l’âme. Voilà cet ami que j’ai été voir, il y a vingt ans. Il est dans l’ombre en train de faire semblant d’être un homme. Il a l’abeille du langage à son front. Il se redresse sous l’auvent, près de la batteuse et de la fontaine, renonçant à sa propre existence, modeste d’une façon très rusée. Il appuie ses yeux gris sur nous. Toujours s’effacent les strates de notre randonnée; qui sait encore les distinguer un jour après l’autre ? Il le retrouve de ses yeux pourris de nuit. Il descends dans le sommeil d’autrui. Il va au fond des ténèbres. Il cherche. Temps de carême couleur d’anémones. Les fermes naviguent à travers le plateau des vents. Les domestiques du dimanche regardent les froments commençant de boucler, leurs cils très frais. Des colporteurs ivres sont couchés contre un talus; d’une fumée de broussailles un petite rousserolle a fui apeurée. Nous vivons révoltés et paisibles sans l’offrande intérieure. Pourquoi souffrons-nous ? Il murmure la grande litanie fraternelle, ses mains portent les stigmates d’une sauge. La grande fièvre, le paradis, par delà nos misères la vieille vérité de la campagne, sa sainteté naturelle : il l’a crié et c’est tellement ces villages que ce n’est plus eux. Ainsi il répond à toutes les créatures qui gémissent leur rapide printemps au bord des routes dallées entre le Jura bleu et la blanche Savoie.

Maurice Chappaz : Préface au recueil de Gustave Roud, « Halte en juin » – édit. FATA MORGANA

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Gustave Roud

    Gustave Roud sur un chemin du Jorat

     Gustave Roud et Maurice Chappaz étaient tous deux des solitaires, mais alors que Maurice Chappaz, fringant et passionné, meublait sa solitude par de ses nombreuses occupations professionnelles, ses multiples voyages à travers le monde et son amour des femmes, Gustave Roud, son aîné, le cœur taciturne, s’est accroché telle une huitre sur le rocher de la ferme familiale, dans le petit village de Carrouge, situé sur le plateau du Jorat au-dessus de Lausanne où il s’est attaché à décrire avec amour et sensibilité  les paysages, ses amis paysans et les travaux des champs. Ses seuls voyages étaient les longues promenades qu’ils menait sur les sentier du Jorat et ses seuls amours étaient ceux qu’il portait, sans espérance de partage et de retour, à certains de ses amis paysans qu’il photographiait, torses nus et brillants de sueur, les muscles saillants sous le soleil des moissons. C’était à une époque ou l’homosexualité était considérée, dans ce milieu rural protestant bien-pensant qu’était alors le pays de Vaud, comme un péché, une perversion ou une maladie. Il aura porté toute sa vie ce qu’il appelait sa « différence » comme une croix.  Le texte ci-dessus a été écrit par Maurice Chappaz en préface au recueil réunissant des textes de Roud écrits dans les années 30/40 « Halte en Juin » dans lesquels l’écrivain nous fait part de son expérience poétique et métaphysique de marcheur des « campagnes perdues ».

Gustave Roud et Maurice Chappaz lors d'une séance de signature chez Payot en mars 1968

Gustave Roud et Maurice Chappaz lors d’une séance de signature chez Payot en mars 1968

   Gérard Brocholier dans la Nouvelle Revue Française, n° 583 en décembre 1994 apporte un éclairage sur la nature des liens qui unissaient les deux poètes avec la région du Jorat et sur l’ambivalence de Chappaz chez qui il relève une double aspiration au vagabondage et à l’enracinement.

« C’est bien la solitude, en définitive, qui fait que Roud et Chappaz se reconnaissent l’un en l’autre, son goût de cendre et d’absence qui pousse Roud à garder la maison et Chappaz à tenter toujours de nouveaux départs. Maurice Chappaz trouve sa joie dans un paradis à la dimension des paysages du Jorat qu’il parcourt à pied le plus souvent. (…) Le lieu qu’il recherche est sans doute inaccessible, de nature et de poésie, vierge et peuplé de paysans tout à la fois. Roud est attaché à Aimé, l’être unique, moissonneur sublime, peut-être réel, peut-être idéal. Chappaz, lui, rêve d’un monde fraternel où les paysans l’accueilleraient comme l’un des leurs ».

Gustave-Roud-vers1940

photo Gustave Roud, vers 1940

   Quand au style magnifique de Chappaz dont cette préface est un exemple, la meilleure description que j’ai pu trouver est l’éloge que le poète Alain Bosquet en a fait dans la revue Ecriture 27 en 1986.

« Des mots qui se chamaillent, des verbes qui font des trous dans le poème, des phrases qui roulent et puis s’arrêtent net, des soupirs qui explosent, des dictons qui mettent la logique en rang d’oignon mais lui donnent le coup de pied de l’âne, des syllabes minérales, des caresses dans chaque voyelle prête pour la gifle, des consonnes à blesser l’âme et la peau, des images comme on cuit du pain jusqu’à la brûlure, des litotes à trébucher, des échos à fendre l’azur, des refrains à rebrousse-poil et dans chaque jambage comme la vérité toute nue sur le sein de la femme en gésine : c’est une humanité que je trouve chez Maurice Chappaz ».

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Maurice Chappaz. Le Châble. 26 février 1993 - photo Philippe Pache

     Maurice Chappaz est un écrivain et poète suisse né en décembre 1916 à Lausanne. Issu d’une famille d’avocats, de notaires et de responsables politiques, il passe son enfance entre Martigny et l’abbaye du Châble grandissant au sein d’une communauté rurale (le Valais d’avant-guerre) fruste mais heureuse figée dans le temps. Après des études gymnasiales au collège de Saint-Maurice, il s’inscrit en faculté de droit à l’Université de Lausanne (1938-1940) et fréquente dans le même temps les cours de Marcel Raymond à la Faculté de lettres de l’Université de Genève.
   Maurice Chappaz publie son premier texte, Un homme qui vivait couché sur un banc, en décembre 1939 mais la guerre l’oblige à arrêter ses études et, en 1947, il épouse Corinna Bille, elle-même écrivain et fille du peintre suisse Edmond Bille avec laquelle il mènera longtemps une vie de bohème.  Trois enfants naîtront de cette union. la famille s’établira à Veyras, près de Sierre, jusqu’à la mort de Corinna Bille en 1979. Maurice Chappaz reviendra alors au Châble où il s’installera dans un manoir rustique.
    Sans profession régulière et désireux de se consacrer à l’écriture, Chappaz sera correspondant occasionnel de presse, gestionnaire du domaine viticole de son oncle en Valais. Très tôt il fait connaissance de Gustave Roud et de Charles-Ferdinand Ramuz.
    Alpiniste, vigneron, grand voyageur, il aura passé sa vie à concilier nature et littérature, errance et attachement au terroir avec les accents de la pastorale antique (on lui doit une magnifique traduction de Virgile). Poète des montagnes, à la fois un homme hostile au progrès et un ardent défenseur de la nature, il a écrit deux livres violents : Le match Valais-Judée (1968) et le pamphlet Les maquereaux des cimes blanches (1976) où il dénonce la civilisation des affairistes. Des textes accusateurs qui provoquent une campagne de presse d’une violence inouïe et l’hostilité à son égard d’une partie des valaisans.
   Il écrira également Le Valais au gosier de grive (1960), le Chant de la Grande Dixence (écrit dès 1959, publié en 1965), Le portrait des Valaisans (1965), Office des Morts (écrit en 1963, publié en 1966), Tendres Campagnes (écrit en 1962, publié en 1966), L’aventure de Chandolin (1983), Évangile selon Judas (2001)…
    En 1985, l’Etat du Valais lui décerne son Grand Prix en «reconnaissance pour les avertissements précieux». Il reçoit également le Grand Prix Schiller en 1997 pour l’ensemble de son oeuvre. Il s’éteint à Martigny en 2009

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Explication de texte

la lyre sauvage : Orphée savait par les accents de sa lyre charmer les animaux sauvages et parvenait à émouvoir les êtres inanimés

la chevêche : La Chevêche d’Athéna ou Chouette chevêche (Athene noctua) est une espèce d’oiseau de la famille des strigidés de petite taille à l’aspect trapu. C’est la plus diurne des strigidés, malgré son nom latin (Athene noctua). Dans l’Antiquité grecque, la Chevêche d’Athéna était l’attribut d’Athéna, déesse de la Sagesse.

la jaillissante alouette chère aux crucifiés : par sa façon de s’élever très rapidement dans le ciel, tel un « jaillissement », puis au contraire de se laisser tomber comme une pierre, l’alouette symbolise l’union du terrestre et du céleste. Les théologiens mystiques son chant évoque la prière claire et joyeuse qui monte vers les cieux.  Dans l’Amour de Dieu, St François de Sales décrit l’alouette ravie dans les airs par l’éclat du soleil élevant à la fois son vol et sa voix qui s’épure et se développe au fur et à mesure qu’elle monte jusqu’au moment où, reconnaissant l’essence divine, elle descend petit à petit de ton et de corps avant de reprendre son chant et son ascension.

Carrouge : petit village du Jorat, dans le canton de Vaud, situé au-dessus de lausanne où le poète Gustave Roud a vécu en solitaire toute sa vie dans la ferme familiale.

maison du poète vaudois Gustave Roud à Carrouge (VD)

maison du poète vaudois Gustave Roud à Carrouge (VD)

brasiller : faire griller sur la braise – scintiller, resplendir comme de la braise.

pipes Gambier : La Maison Gambier est une fabrique de pipes en terre moulée, située à Givet, dans les Ardennes fondée à la fin du XVIIIe siècle et fermée en 1926. De 1826 à 1926, on estime que 2 milliards de pipes auraient été produite par cette société.

photos de Gustave Roud : Indissociable de son œuvre poétique, les photographies de Gustave Roud traitent de l’histoire quotidienne du Canton de Vaud entre 1915 et 1970 : Travaux des champs et vie rurale; paysages du Jorat et de la Broye ainsi que les photos de ses amis intellectuels qui  lui rendaient visite (René Auberjonois, Georges Borgeaud, Maurice Chappaz, Jacques Chessex, Philippe Jaccottet, C.F. Ramuz, Steven-Pal Robert). De nombreuses photos montrent ses amis paysans torses nus. Gustave Roud faisait pudiquement allusion à son homosexualité non assumée en la qualifiant de « différence » qui le séparait des autres hommes.

Gustave Roud, vers 1945

photo Gustave Roud, vers 1945 

« Sur sa cheminée, il y a leurs photos torses nus. Hommes qui ont des bustes comme des fontaines, qui ont une source dans la poitrine. »

Gustave Roud Les foins,  Terre d’ombres, 1915-1965 itinéraire photographique de G. Roud , éditions Slatkine (2002) - détail

Gustave Roud – Les foins,  Terre d’ombres, 1915-1965 itinéraire photographique de G. Roud , éditions Slatkine (2002) – détail

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France : 3.700.000 marcheurs pour défendre les valeurs de la République contre la barbarie – Le peuple est de retour…

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Dimanche 12 janvier : les plus belles photos de la marche républicaine et des manifestations de solidarité internationale.

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l’excès de religion tue !

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l'excès de reliigion tue - dessin Enki

l’excès de religion tue !

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Ils nous ont frappé au cœur, c’était facile……

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Les Justes

tués pour des dessins, parce qu’ils étaient journalistes, policiers ou simplement parce qu’ils étaient juifs…

Bernard Maris (économiste), Wolinski, Cabu, Charb, Tignous, Honoré (dessinateurs), Elsa Cayat (psychanalyste), Michel Renaut, Mustapha Ourad (correcteur), Frederic Boisseau (agent de maintenance), Ahmed Merabet et Franck Brinsolaro (policiers). Clariisa Jean-Philippe, Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab, François-Michel Saada.

     Ils nous ont frappé au cœur, c’était facile…

     La plupart d’entre nous n’avaient sans doute jamais rencontré aucun des dessinateurs et journalistes assassinés mais nous nous apercevons aujourd’hui, dans ces tristes heures, qu’ils étaient depuis toujours et sans que nous en ayons eu une conscience claire, des amis très chers… Depuis de nombreuses années ils ont accompagnés avec leurs dessins, leur humour, leur verve, leur irrévérence, leur bonne humeur, tous les évènements sociaux ou politiques qui ont rythmé nos vies, nous arrachant à chaque fois un sourire  même lorsque les sujets traités étaient graves et sérieux et que nous trouvions certaines de leurs productions de mauvais goût. La liberté absolue et l’outrance qui accompagnaient leur action étaient pour eux la condition nécessaire pour leur permettre d’accomplir la mission qu’ils s’étaient fixés en utilisant les simples armes de l’humour et du rire. En cela, ils étaient l’incarnation même de l’esprit français : frondeur, rebelle, iconoclaste qui, de Rabelais à Desproges en passant par Voltaire et Béranger s’est appliqué à exercer avec humour et dérision la critique sociale et politique. Ils avaient choisi pour exercer cette critique de s’exprimer par le moyen de la caricature dans la lignée de dessinateurs célèbres du XIXe siècles tels Honoré Daumier, André Gill ou Amédée de Noé dit Cham mais leur pratique était dénuée de toute méchanceté et haine car dans le même moment ils étaient naturellement optimistes, avaient foi dans l’humanité et étaient amoureux de la vie. Tout le contraire de ces monstres déshumanisés et morbides qui les ont assassinés.

charlie-hebdo

     Cabu avait coutume de dire qu’une bonne caricature agit « comme un coup de poing dans la gueule« . En cela, la caricature agit comme une catharsis. Par la représentation d’une image ou d’un acte réprimé par la morale, la loi ou la religion, et par la déstabilisation qu’elle induit dans l’esprit du spectateur par effet de plaisir ou de rejet, elle pousse à la réflexion et permet d’évacuer, d’une certaine manière, tensions et passions. Ils semblent malheureusement que pour certains, elle les a au contraire exacerbé… Ils exerçaient cette mission comme un sacerdoce – pardon d’utiliser ce mot au contenu religieux pour qualifier le travail de ces bouffeurs de curés – On leur a reproché leurs excès mais n’étaient-ce pas les actes et les sujets qu’ils dénonçaient qui étaient excessifs et insupportables ?  Peut on traiter et combattre de manière feutrée et « soft » le fanatisme, la bêtise la plus crasse, l’intolérance, le machisme le plus absolu, la misogynie  et la barbarie ? –  « Ne pas faire de vague… », – « ne pas provoquer… » – tel était le crédo des politiques « responsables » et des médias prudents mais cette attitude timorée et passive constituait en fait une forme d’auto-censure et avait pour effet de laisser le champs libre aux extrémistes. Elle constituait pour ceux-ci une première victoire et la preuve qu’ils pouvaient par l’intimidation imposer une limitation de cette liberté d’expression qu’ils exécraient… Nos amis de Charlie Hebdo étaient restés des grands gamins, des êtres aux cœurs purs qui avaient gardé leurs âmes d’enfants et qui réagissaient avec la spontanéité et la candeur de l’enfance à l’injustice, au mensonge, à l’hypocrisie, à la duplicité et à la violence. En cela ils étaient des Gavroches, des incarnations de la figure archétype du gamin de Paris généreux et malicieux créé par Victor Hugo dans Les Misérables. Ils ont assumés à eux seuls la charge que les politiques, les médias et nous tous n’avions pas voulu assumer qui était de lutter de front contre le fanatisme. Ils se sont portés en première ligne focalisant ainsi la haine des obscurantistes. Nous les avons ignoré, oublié, et laissé seuls, sans les appuyer et les réconforter de notre soutien. Si l’ensemble des publications françaises et européennes avaient alors suivi leur exemple, que ce serait-il produit ? Rien ou plutôt tout. La France, l’Europe auraient manifesté de manière massive leur indépendance d’esprit et leur attachement à la liberté d’expression face à ceux qui voulaient réduire ses libertés et nos amis seraient toujours vivants. Cette mission qu’ils s’étaient assignés, ils l’ont mené de nombreuses années au péril de leur vie. Aucun d’eux n’était fait pour vivre dans la peur permanente, dans la contrainte des précautions à prendre pour leur protection. Les enfants comme les oiseaux ne sont pas faits pour vivre en cage. On les présente aujourd’hui comme des héros… Je pense qu’ils seraient les premiers à en rire… Des héros, oui, mais à leur corps défendant. Ils ne se sont pas sacrifiés, nous les avons sacrifiés par notre indifférence…

  Alors, oui, ceux qui les ont assassinés nous ont touchés au cœur…Mais ils ont par cela réveillé nos consciences et faisons en sorte qu’ils trouvent désormais sur leur route tout un peuple que leur acte ignoble aura révolté, un peuple bien décidé à honorer la mémoire de ses héros et à défendre ses acquis politiques, culturels et moraux parmi lesquels figure en premier lieu la liberté d’expression.

Charlie Hebdo

Faire vivre et prospérer Charlie Hebdo

    Ces derniers temps Charlie Hebdo n’allait pas bien financièrement et aux soucis générés par les menaces s’ajoutaient les problèmes financiers pour la survie du journal. Les quelques survivants de l’équipe de rédaction, malgré leur douleur et le traumatisme subi vont s’attacher à sortir un nouveau numéro. Il sera imprimé à un million d’exemplaires. Il faut que tout le monde l’achète. Mieux encore, il faut que nous nous abonnions en masse pour assurer la pérennité du journal. Il faut que le journal vive, prospère et soit massivement lu. Ce sera notre réponse aux fanatiques qui constateront alors que leur action aura eu un effet opposé à celui qu’ils escomptaient. Dans le cas contraire, cela signifierait que les assassins avaient vu juste quand ils ont crié aussitôt après leur forfait « Charlie Hebdo est mort ! ». Il faut que Charlie Hebdo vive et poursuive la mission que Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré, Bernard Maris et Elsa Cayat ont mené jusqu’ici avec enthousiasme, brio et courage. On pourrait imaginer également que des expositions itinérantes des dessins que les extrémistes ont voulu interdire soit organisées et parcourent les villes et les villages de France et même d’Europe. Il faut également diffuser au maximum sur le Net et les réseaux sociaux les dessins publiés par Charlie Hebdo. Les terroristes avaient voulu faire taire toute critique, ils auront alors récolté tout le contraire, une extraordinaire diffusion de ce qu’ils avaient voulu interdire. Pour ma part, dans ce blog, dans la rubrique « Illustres Illustrateurs », je publierais une série d’articles sur chacun des dessinateurs assassinés de Charlie Hebdo montrant leurs dessins et j’invite chacun à relayer la diffusion de ces dessins. Il faut submerger la toile des dessins de Charlie Hebdo. A eux, qui utilise le Net pour leur propagande, il faut leur renvoyer au visage les dessins qu’ils ont voulus effacer…

Les dessinateurs de Charlie Hebdo ou l’esprit Gavroche…

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Gavroche (Victor Hugo)

Cabu

Cabu Gavroche

On est laid à Nanterre
C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.

Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C’est la faute à Rousseau.

Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à… 

      Peu de gens savent que cette chanson est née d’une réaction à la censure. C’est le genevois Jean-François Chaponière (1769-1850) qui en a composé le premier refrain pour se moquer de l’interdit (le « mandement »), professé par le clergé le 5 février 1785, de prendre connaissance des écrits des philosophes des lumières comme Voltaire et Rousseau. Plus tard, en 1832, est apparu une deuxième version de cette chanson écrite par le chansonnier Béranger qui s’intitulait alors Mandement des vicaires généraux de Paris. Cette chanson est vite devenue un signe de ralliement entre les révolutionnaires, les gens du peuple, et les libéraux. Victor Hugo, dans Les Misérables, en a repris le refrain « C’est la faute à Voltaire, c’est la faute à Rousseau » lors de la manifestation révolutionnaire du 5 juin 1832 ; Gavroche, tout en ramassant les cartouches des morts, se moque des gardes nationaux en la chantant jusqu’à sa mort, fauché par les balles des versaillais.

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dessin de Tignous

dessin de Cabu

dessins de Tignous à gauche et de Cabu à droite

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Première neige sur le Massif des Bauges : col de Leschaux

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Col de Leschaux : la saga des bouviers bernois

la saga des bouviers bernois

crépuscule au col de Leschaux - IMG_6643

crépuscule au col de Leschaux

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