Cela se passait les 7 juin et 12 novembre 1943 à Argenteuil, Saint-Ouen et Paris

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Légion

Si j’ai le droit de dire en français aujourd’hui
Ma peine et mon espoir, ma colère et ma joie
Si rien ne s’est voilé définitivement
De notre rêve immense et de notre sagesse

C’est que des étrangers comme on les nomme encore
Croyaient à la justice ici bas et concrète
Ils avaient dans leur sang le sang de leurs semblables
Ces étrangers savaient quelle était leur patrie

La liberté d’un peuple oriente tous les peuples
Un innocent aux fers enchaîne tous les hommes
Et qui se refuse à son cœur sait sa loi
Il faut vaincre le gouffre et vaincre la vermine

Ces étrangers d’ici qui choisirent le feu
Leurs portraits sur les murs sont vivants pour toujours
Un soleil de mémoire éclaire leur beauté
Ils ont tué pour vivre ils ont crié vengeance

Leur vie tuait la mort au cœur d’un miroir fixe
Le seul vœu de justice a pour écho la vie
Et lorsqu’on n’entendra que cette voix sur terre
Lorsqu’on ne tuera plus ils seront bien vengés.

Et ce sera justice.

Paul Éluard

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Rino della Negra

    A l’heure où tant de français, perdus et en proie à la désespérance, se laissent séduire et abuser par les sirènes de l’extrême droite comme tant de leurs grands parents s’étaient laissés séduire et abuser par le sirènes du pétainisme et de la collaboration avec le nazisme, il n’est pas vain de rappeler les luttes et le sacrifice de ceux qui alors ont eu le courage de se lever pour préserver l’honneur de la France et sa liberté contre l’idéologie d’extrême droite fasciste et raciste qui attisait la haine des juifs et de l’étranger. Cet article de l’écrivain et essayiste Didier Daeninckx paru dans le journal l’Humanité du 2 juillet 2004 est là pour nous le rappeler. Il me touche particulièrement car le héros de ce récit, un jeune émigré italien du nom de  Rino della Negra, jeune footballeur talentueux, habitait à Argenteuil dans la même rue que mes grands-parents et avait joué au football avec mon oncle.

°°°

    LES CLOCHES sonnaient midi en contrebas, vers la Seine, quand il avait croisé les carriers de chez Morin qui redescendaient de leurs cavernes de gypse. Il les avait salués en évitant de croiser le regard d’Amilcare, le père de Ribella, une fille qu’il avait serrée d’un peu près la semaine précédente au bal du café Camille, rue Héloïse. Il n’avait pourtant pas le droit de s’afficher dans ce genre d’endroits, les consignes étaient strictes, mais à vingt ans il n’y a pas que la tête qui commande. C’était une belle adolescente aux formes déjà pleines, les yeux perpétuellement rieurs et qui portait son surnom, Ribella, Ribellati, Rebelle-toi, en bandoulière. Un véritable chat sauvage, soyeux et griffant, dont on voulait s’emparer pour la douceur en acceptant de payer le prix de ses défenses acérées. Amilcare s’était contenté de froncer les sourcils, de grommeler. Il poussait une brouette pleine de débris de pierre que le patron abandonnait à ses ouvriers. Peu à peu ces éclats fortifiaient les soubassements du village de planches qui avait envahi les collines, permettaient aux cabanes de mieux résister aux pluies d’automne. Le bourbier dans lequel ils pataugeaient tous, à longueur d’année, avait fini par donner un nom à ces vallonnements de fin de ville : Massa Grande, quatre syllabes suaves qu’on pouvait traduire par la Grande Fosse à fumier. Les Français du coin le reprenaient maintenant à leur compte sous forme de Mazagran dont ils feignaient de penser que cela avait seulement à voir avec le café et l’Algérie.

L'usine Poliet et Chausson dans le quartier de Volembert à Argenteuil quartier où habitait Rino della Negra

L’usine Poliet et Chausson dans le quartier de Volembert à Argenteuil, dit « Mazagran », où habitait Rino della Negra. C’est dans cette usine qu’a travaillé mon grand-père italien à son arrivée en France.

°°°

    Il pénétra dans le dédale des ruelles étroites où l’odeur de la soupe se mêlait à la fumée âcre des poêles. Il s’arrêta un instant, amusé par les cris d’un gamin lancé à la poursuite d’un poulet, poussa la porte d’une masure et inclina la tête, les épaules, pour entrer dans la pièce. Il embrassa la femme qui s’affairait aux fourneaux.

– Bonjour, maman. Qu’est-ce que tu nous fais de bon ?

Elle répondit par d’autres questions.

– C’était pas prévu que tu viennes à Argenteuil. Comment ça se fait ? Tu ne travailles pas aujourd’hui ?

    Il avait déjà tiré le loquet de l’appentis où son père rangeait ses outils et dans lequel avaient été installées les commodités : une épaisse planche percée posée sur des moellons au-dessus d’une fosse. Comment lui avouer qu’il ne se présentait plus à la porte de l’usine depuis près de trois mois, qu’il faisait semblant de respecter l’horaire de la pointeuse pour ne pas l’inquiéter. Il se mit à genoux pour déplacer une caisse, dégager la terre qui cachait une boîte en fer-blanc. Il défit le linge graisseux entourant le 6.35 afin de vérifier le fonctionnement de l’arme, le positionnement du chargeur. Il glissa le pistolet dans sa ceinture, à l’arrière de son pantalon avant de prendre la carte d’identité établie au nom de Robin Chatel, célibataire, domicilié au 4 du passage du Génie, à Paris. Un bol de soupe l’attendait sur la table quand il ressortit du réduit. Il le but en silence. Le labyrinthe du bidonville était maintenant envahi par les ouvriers italiens, polonais, belges et tchèques des ateliers de cycles l’Aiglon, des fonderies Nanquette, des péniches Claparède, du caoutchouc Palladium qui se pressaient vers les cantines de la route d’Enghien ou de celle de Sannois. Il remonta son col de veste, planta ses mains dans ses poches de pantalon et fila, les yeux baissés, vers le fleuve. Un ami le héla, un autre, un autre encore, mais il fit comme s’il n’entendait pas leurs appels. Une horde d’une cinquantaine de gamins, divisée en deux équipes, s’affrontaient sur un terrain à peu près plan où, une fois l’an, s’installaient un cirque et sa ménagerie. Des pieux reliés par une grosse corde faisaient office de buts. Le ballon s’égara dans les airs alors qu’il passait à l’écart. Il vint rebondir sur le chemin, juste derrière lui, avant de finir sa course au milieu des orties. Il le dégagea de la végétation, du pointu de sa chaussure et le fit rouler en trottinant dans son sillage. Deux gosses décidés vinrent à sa rencontre. Il les effaça d’une feinte du corps, accéléra pour venir se placer dans un angle favorable. Trois autres équipiers montèrent à l’assaut. Un petit pont, un crochet, un faux démarrage, et il s’ouvrait un espace suffisant pour décocher un tir puissant qui surprit le goal au point que le ballon lui passa entre les jambes. Il s’éloigna de son cadre pour venir serrer la main du buteur. –

– Comment tu fais, Rino ? On dirait que le ballon t’obéit. C’est de la magie. Quand tu cours, il reste à côté de ton pied, comme un petit chien.

– C’est pourtant simple : on danse ensemble. Il faut apprendre la légèreté. Le football, c’est aérien. Observe un ballon, ça vole, ça rebondit, ça virevolte. Quand je suis au milieu de la pelouse, c’est comme quand j’invite une fille sur la piste de danse. Je la guide en douceur. J’ai l’impression d’être monté sur roulettes, d’être aussi souple que la môme Caoutchouc ! Si tu restes planté sur tes guibolles comme sur des échasses, tu ne feras rien de bon. Il faut que j’y aille. À la prochaine. Vous comprendrez mieux quand vous aurez l’âge d’aller au bal !

Rino Della Negra (1923-1944)

Rino della Negra (1923-1944)

       Il grimpa sur la plate-forme du bus, après avoir passé les quais et prit connaissance des nouvelles du monde sur le journal généreusement déplié par son voisin. Une heure plus tard, à la minute exactement prévue, il escaladait les marches de la station de la Muette. Il s’engagea dans la rue la plus à droite, sur le carrefour, comme il lui avait été indiqué dans le dernier courrier glissé dans la boîte aux lettres d’une piaule louée sous son nom d’emprunt. Il ne se sentait pas à son aise dans ce quartier d’immeubles ventrus. Sur le trottoir opposé, il reconnut la démarche chaloupée de Spartaco, et plus loin, près d’un fleuriste la silhouette effilée de Césare. Il ignorait jusqu’à cet instant l’identité de ceux qui devaient le couvrir, et il fut secrètement satisfait du choix de ses supérieurs. Ils étaient eux aussi originaires de la Ritalie d’Argenteuil et, en cas de coup dur, ils n’avaient pas besoin de parler pour se comprendre. Il accéléra le pas pour les dépasser, traversa l’avenue et prit place sur le trottoir de la rue Maspéro au moment où sa cible sortait d’un hall vitré et faisait claquer le cuir de ses bottes sur l’asphalte. Le chauffeur venait de s’incliner pour ouvrir la porte de la grosse Mercedes décapotable. Rino écarta le pan de sa veste, sa main glissa vers l’arrière, sa paume entoura la crosse de l’automatique qui capta soudain les rayons du soleil. Il se trouvait à moins d’un mètre de l’homme au crâne recouvert d’une casquette rigide, et l’allonge de son bras plaça l’orifice de l’arme à quelques centimètres de la tempe. Il tira par deux fois, n’ayant vu de celui qu’il venait d’abattre qu’un profil ensanglanté, puis il continua de marcher droit devant lui, sans se retourner, le corps secoué de tremblements. Seule la confiance dans la détermination de ses deux compagnons l’empêchait de se mettre à courir. Il obliqua à droite, à gauche, devina plus qu’il ne la vit la devanture du café des Vignes au travers du brouillard trouble que la peur jetait sur les êtres, les choses. Il traversa la salle à colonnes comme pour se diriger vers les toilettes. Une porte, un couloir, une cour, un autre couloir et une autre porte, enfin, qui donnait sur une rue parallèle. Le portique verdâtre du métro se dressait à moins de vingt mètres. Il tendit son ticket au poinçonneur et se précipita vers la rame une fraction de seconde avant que les portes pneumatiques ne se referment. Portant les mains à son visage, il sentit l’odeur de poudre qui les imprégnait et redouta, tout le temps du voyage qu’un passager ne la détecte. Il descendit Porte-de-Saint-Ouen, arpenta une heure durant le quartier des biffins pour se calmer les nerfs. Il était près de six heures lorsqu’il se présenta devant les grilles du stade. Foenkinos, le capitaine était déjà en tenue.

– Salut Rino. On se disait que tu avais mangé le rendez-vous. Toute l’équipe tourne sur la piste pour se chauffer.

    Dès qu’il fut seul dans les vestiaires, il grimpa sur un tabouret pour dissimuler son arme dans une niche ménagée derrière l’une des armoires métalliques. Il faudrait ensuite la remettre à son agent de liaison, Inès, l’une de ces jeunes filles qui prenaient autant de risques que lui en espionnant les dignitaires nazis, en transportant les pistolets, les bombes, d’une planque à l’autre. Il se déshabilla entièrement, prit une douche froide. Sur le terrain, il se contenta de quelques accélérations, de passes millimétrées vers son complice Gomez avec qui il formait la redoutable aile droite du Red Star. Et ce n’est pas seulement parce qu’il venait de tuer un homme qu’il déclina l’invitation à partager un pot-au-feu chez Vuillemin, leur entraîneur. Il faisait bien son boulot, de ce côté-là rien à dire, mais ce n’était pas un type très franc du collier. Rino préféra aller dormir dans le cocon boueux de Massa Grande, au cœur de ce maquis de planches et d’éclats de pierres de carrières où ne vivaient que de pauvres êtres solidaires. Il ne parvint pas à se lever, le lendemain matin. Le corps comme du plomb. Il prétexta un début de maladie pour rester un peu plus longtemps à l’abri, sous le regard maternel. En début d’après-midi, après mille précautions, Rino réintégra la chambre qu’il occupait sous le nom de Chatel au 4 passage du Génie, après le faubourg Saint-Antoine, près de la place de la Nation. Il demeura cloîtré jusqu’au dimanche matin. Seuls le respect de la parole donnée, le besoin aussi de se retrouver avec les copains, le poussèrent à quitter son antre. Il remarqua, en passant, qu’un papier blanc avait été glissé dans la boîte. Le message de l’inconnu qui faisait la liaison entre lui et ses supérieurs lui fixait un nouvel objectif pour le milieu de la semaine suivante. Il ne se montra pas au meilleur de sa forme, sur la pelouse, contre le club de Montreuil. S’il servit Foenkinos comme sur un plateau, lui permettant d’ouvrir la marque, il loupa deux occasions en or qui provoquèrent la stupeur parmi les spectateurs massés dans les tribunes du stade de Saint-Ouen. L’équipe adverse, pourtant surclassée sur le papier, profita du désarroi pour inscrire deux buts. Vuillemin, l’entraîneur, le fit sortir du terrain dès le début de la seconde mi-temps.

– Tu arrives en retard aux entraînements et en plus tu joues comme un fer à repasser ! C’est la petite Ribella qui te bouffe ton énergie ou quoi ? J’espère que ça ira mieux dimanche prochain pour affronter le Racing.

    Rino se retint difficilement de lui voler dans les plumes. Il se dirigea vers les vestiaires, s’habilla et partit vers le faubourg Saint-Antoine, lesté de son flingue, sans attendre la fin du match. La nouvelle mission avait mobilisé six hommes, deux Français, trois Italiens, un Polonais, en dehors de Rino. C’est lui qui était en pointe, cette fois encore, assisté par Robert, l’un des Français. Ils étaient en planque dans un hall, près d’un café où les deux convoyeurs se restauraient. Tout le reste du groupe était disposé le long de la rue La Fayette pour couvrir leur fuite après le vol des sacoches. Rino s’avança le premier vers la porte à tambour et fit feu dès que l’homme en uniforme posa le pied sur le trottoir. Il se baissa pour se saisir de la mallette quand la vitre explosa, à sa droite. On tirait de l’intérieur de la brasserie. Il ressentit une vive brûlure à l’épaule, sa bouche devint sèche, râpeuse, immédiatement, ses jambes se mirent à trembler. Il s’affaissa. La dernière image qu’il vit avant de perdre connaissance fut celle de son équipier qui courait sous une pluie de projectiles et qui s’engouffrait sous le porche d’un immeuble aux balcons soutenus par des cariatides. Après quelques minutes, des militaires se saisirent de lui, le déposèrent sans ménagement à l’arrière d’un camion bâché tandis qu’un détachement assiégeait la cave dans laquelle Robert s’était réfugié.

    Ce dimanche de la fin février 1944, la pièce à l’effigie du maréchal Pétain qui tournoya dans les airs désigna le Racing pour engager le match qui opposait l’équipe parisienne à celle de Saint-Ouen. Fred Aston, un surdoué du ballon rond qui avait longtemps occupé la place centrale de l’attaque du Red Star avant de signer pour Paris, se pencha vers Foenkinos, son ancien capitaine.

– Je ne vois pas Rino à ton aile droite. Tu le tiens en réserve ?

– Non, il nous a fait faux bond. Il n’avait pas la tête au jeu ces derniers temps. J’ai l’impression qu’il en pince pour une beauté.

    Le coup de sifflet de l’arbitre interrompit l’échange. En moins de trois passes exactement calibrées, les racingmen se faufilaient dans la surface audonienne et mettaient le gardien en danger.
     Quarante-cinq minutes plus tard, la pelouse se vida sur un score nul et les quelques centaines de spectateurs se dirigèrent vers les buvettes pour attendre la reprise de la rencontre. Quand ils revinrent à leur place, Ribella et Inès, deux jeunes femmes agents de liaison venues de Massa Grande, se levèrent dans le même mouvement. Elles ouvrirent leurs vestes de tailleur pour se saisir de poignées de papier qu’elles jetèrent en l’air, du haut des tribunes, avant de disparaître. Le vent fit tournoyer l’une des feuilles qui vint se poser près du point d’engagement, entre les deux capitaines. Fred Aston ramassa le tract mal imprimé qui remplaçait l’Humanité interdite. Sous le titre de Jaurès tracé au normographe, orné de la faucille et du marteau, un titre : « Les Soviétiques libèrent Leningrad après 900 jours de siège. »
    Léon Foenkinos vint se placer à côté de son adversaire pour lire un autre article relatant l’offensive de l’Armée rouge en direction de la Roumanie. C’est au verso, en bas de page, dans un encadré, que figurait une nouvelle qui pour eux avait encore davantage d’importance : « La semaine dernière, vingt-deux de nos camarades du groupe Manouchian des Francs-Tireurs et Partisans (Main-d’Œuvre immigrée) ont été fusillés par les bourreaux nazis. Parmi eux, Rino Della Negra, grièvement blessé rue La Fayette lors de l’attaque d’un convoyeur de fonds de l’armée allemande. Ailier droit vedette de l’équipe de Saint-Ouen, il a donné ce dernier message à son petit frère : « Envoie le bonjour et l’adieu à tout le Red Star. » » Les deux capitaines se regardèrent quand l’arbitre siffla la reprise. Les vingt-deux joueurs ne bougèrent pas. Il y eut ce jour-là à Saint-Ouen, en mémoire des vingt-deux, une mi-temps de silence. 

par Didier Daeninckx, vendredi 2 juillet 2004 – L’HUMANITÉ

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     Rino Della Negra, né en 1923 à Vimy dans le Pas-de-Calais de parents italiens arrive à dans la région parisienne, à Argenteuil, en 1926. En 1937, il travaille à l’usine Chausson d’Asnières-sur-Seine. Espoir du football, il débute sa carrière à Argenteuil avant d’aller dans l’un des clubs phare de la capitale : le Red Star Olympique.
      En 1942 réquisitionné pour le STO en Allemagne, il décide de ne pas partir et s’engage dans la clandestinité aux côtés des FTP. Il rejoint le 3e détachement italien des FTP-MOI de la région parisienne commandé par Missak Manouchian.

. Le 7 juin 1943 il participe à l’exécution du général Von Apt au 4 rue Maspéro
. Le 10 juin 1943 attaque du siège central du parti fasciste italien, rue Sédillot
. Le 23 juin 1943 attaque de la caserne Guynemer à Rueil-Malmaison.
. le 12 novembre 1943, au 56 rue La Fayette il attaque avec Robert Witchitz des convoyeurs de fonds allemands, mais c’est un échec, Rino blessé et Robert sont arrêtés.
. Le 13 novembre 1943 Spartaco Fontanot et Roger Rouxel sont arrêtés par Brigade Spéciale 2 des Renseignements généraux.
. Le 15 novembre Missak Manouchian et Joseph Epstein tombent entre les mains de la BS2 en gare d’Évry-Petit-Bourg
. Le 16 novembre Olga Bancic et Marcel Rajman sont également capturés.

    Au total dix-sept résistants MOI seront appréhendés par la Brigade Spéciale 2. Rino Della Negra, arrêté le 12 novembre 1943 sera fusillé au fort du mont Valérien le 21 février 1944 avec les 23 membres du groupe Manouchian dont les dix de l’affiche rouge.

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Lettre d’adieu écrite par  Rino à son petit frère Sylvain avant d’être fusillé

Petit frère,
Je veux t’envoyer un dernier petit mot pour que tu réconfortes de ton mieux Maman et Papa.
Tu es fort et robuste et je te sais courageux et c’est pourquoi je ne veux pas de larmes, t’as compris, hein mon vieux.
Je n’avais jamais pensé au mariage, c’est pourquoi les parents ont du chagrin, car j’avais l’intention de finir mes jours avec eux. Tu peux me faire plaisir en te sachant toujours près d’eux et de toujours les aider de ton mieux. C’est ton tour.
C’était le mien aussi, mais je n’ai jamais été très chanceux. C’est tout ce que je voulais te dire.
Remonte le moral à tout le monde et tout finira pour le mieux. Je veux que tu ailles chez tous les copains : Toni, Marius, Dalla, Keyla, Avante, Dédé, Papou, Cari, chez Inès en souhaitant le bonjour à tous les copains et les copines de Mara.
Embrasse bien fort tous ceux que je connaissais . Tu iras au Club Olympique Argenteuillais et embrasse tous les sportifs du plus petit au plus grand. Envoie le bonjour et l’adieu à tout le Red Star.
Je veux que tu ailles embrasser pour moi, toute la famille Barbera, Vincent, Paulette, Claudie, la Mater et le Pater, Thomas et Angèle et tout l’hôtel Parisis, chez la grand’mère à Yiyi, chez Sola et Raymond, chez Georges, chez Mario, chez Gilles, chez Bernard et chez tout le monde.
Embrasse bien Yiyi quand il reviendra et Dédé Grouin. Va chez Toni et faites un banquet.
Enfin, faites tout pour le mieux.
Je finis en t’embrassant bien fort, et courage. Ton grand frère qui t’aime toujours.

Rino

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Pour rendre hommage à Rino della Negra, quoi de mieux que cette chanson des partisans italiens chanté par Manu Chao chanteur auteur-compositeur-interprète et musicien français d’origine espagnole et bilingue hispanophone, devenu une figure majeure du rock français et de la musique latine avec son groupe la Mano Negra. (Clip réalisé avec les images du film  » la vie est un miracle  » d’ Emir Kusturica.)

Bella ciao

Una mattina mi son svegliato
O bella ciao, o bella ciao, o bella ciao ciao ciao
Una mattina mi son svegliato
Eo ho trovato l’invasor

O partigiano porta mi via
O bella ciao, o bella ciao, o bella ciao ciao ciao
O partigiano porta mi via
Che mi sento di morir

E se io muoio da partigiano
O bella ciao, o bella ciao, o bella ciao ciao ciao
E se io muoio da partigiano
Tu mi devi seppellir

Mi seppellirai lassu in montagna
O bella ciao, o bella ciao, o bella ciao ciao ciao
Mi seppellirai lassu in montagna
Sotto l’ombra di un bel fior

Cosi le genti che passeranno
O bella ciao, o bella ciao, o bella ciao ciao ciao
Cosi le genti che passeranno
Mi diranno che bel fior

E questo é il fiore del partigiano
O bella ciao, o bella ciao, o bella ciao ciao ciao
E questo é il fiore del partigiano
Morto per la libertà

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autre article de ce blog lié

L’affiche rouge de 1944 : Hommage à Rino della Negra et aux membres du groupe Manouchian

l'affiche rouge

Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,
Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, je n’y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.
Que puis-je t’écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.
Je m’étais engagé dans l’Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense.
Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous.

Pour la suite, c’est ICI.

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