meraviglia

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Jean Fouquet - la Vierge de Melun, vers 1452 (détail 3)

Jean Fouquet – la Vierge de Melun, vers 1452

Jean Fouquet - la Vierge de Melun, vers 1452

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meraviglia

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Wladyslaw Teodor Benda - portrait de jeune femme

Wladyslaw Teodor Benda – portrait de jeune femme

Pour en savoir plus sur cet illustrateur, c’est ICI

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Sartre et l’alpinisme – Le libre arbitre existe-t-il ?

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     « L’argument décisif utilisé par le bon sens contre la liberté consiste à nous rappeler notre impuissance… Loin que nous puissions modifier notre situation, il semble que nous ne puissions pas nous changer nous-mêmes. Je ne suis libre ni d’échapper au sort de ma classe, de ma nation, de ma famille, ni même d’édifier ma puissance ou ma fortune, ni de vaincre mes appétits les plus insignifiants ou mes habitudes. Je nais ouvrier, Français, tuberculeux… etc. Bien plus qu’il ne paraît «se faire»,  l’homme semble «être fait» par le climat et la terre, la race et la classe, la langue, l’histoire de la collectivité dont il fait partie, l’hérédité, les circonstances individuelles de son enfance, les habitudes acquises, les grands et les petits événements de sa vie

    Cet argument n’a jamais profondément troublé les partisans de la liberté humaine : Descartes, le premier, reconnaissait à la fois que la volonté est infinie et qu’il faut «tâcher à nous vaincre plutôt que la fortune». C’est qu’il convient ici de faire des distinctions ; beaucoup des faits énoncés par les déterministes ne sauraient être pris en considération. Le coefficient d’adversité des choses en particulier, ne saurait être un argument contre notre liberté, car c’est par nous, c’est à dire par la position préalable d’une fin que surgit ce coefficient d’adversité. Tel rocher qui manifeste une résistance profonde si je veux le déplacer, sera, au contraire, une aide précieuse si je veux l’escalader pour contempler le paysage. En lui-même s’il est même possible d’envisager ce qu’il peut être en lui-même il est neutre, c’est à dire qu’il attend d’être éclairé par une fin pour se manifester comme adversaire ou comme auxiliaire. Encore ne peut il se manifester de l’une ou l’autre manière qu’à l’intérieur d’un complexe ustensile déjà établi. Sans les pics et les piolets, les sentiers déjà tracés, la technique de l’ascension, le rocher ne serait ni facile ni malaisé à gravir ; la question ne se poserait pas, il ne soutiendrait aucun rapport d’aucune sorte avec la technique de l’alpinisme. Ainsi, bien que les choses brutes […] puissent dès l’origine limiter notre liberté d’action, c’est notre liberté elle même qui doit préalablement constituer le cadre, la technique et les fins par rapport auxquels elles se manifesteront comme des limites. Si le rocher, même, se révèle comme «trop difficile à gravir», et si nous devons renoncer à l’ascension, notons qu’il ne s’est révélé tel que pour avoir été originellement saisi comme «gravissable»; c’est donc notre liberté qui constitue les limites qu’elle rencontrera par la suite. 

Le Pas Tricouni (1905), dans la gorge de la Varappe. (photo Brand)

    […] Le sens commun conviendra avec nous, en effet, que l’être dit libre est celui qui peut réaliser ses projets. Mais pour que l’acte puisse comporter une réalisation, il convient que la simple projection d’une fin possible se distingue a priori de la réalisation de cette fin. S’il suffit de concevoir pour réaliser, me voilà plongé dans un monde semblable à celui du rêve, où le possible ne se distingue plus aucunement du réel. Je suis condamné dès lors à voir le monde se modifier au gré des changements de ma conscience, je ne puis pas pratiquer, par rapport à ma conception, la « mise entre parenthèses » et la suspension de jugement qui distinguera une simple fiction d’un choix réel. L’objet apparaissant dès qu’il est simplement conçu, ne sera plus ni choisi ni seulement souhaité. La distinction entre le simple souhait, la représentation que je pourrais choisir et le choix étant abolie, la liberté disparaît avec elle. 

    […] Il faut. en outre, préciser contre le sens commun que la formule « être libre » ne signifie pas « obtenir ce qu’on a voulu », mais « se déterminer à vouloir [au sens large de choisir] par soi même ». Autrement dit, le succès n’importe aucunement à la liberté. La discussion qui oppose le sens commun aux philosophes vient ici d’un malentendu : le concept empirique et populaire de « liberté » produit de circonstances historiques, politiques et morales équivaut à la « faculté d’obtenir les fins choisies ». Le concept technique et philosophique de liberté, le seul que nous considérions ici, signifie seulement : autonomie du choix. Il faut cependant noter que le choix étant identique au faire suppose, pour se distinguer du rêve et du souhait, un commencement de réalisation. Ainsi ne dirons nous pas qu’un captif est toujours libre de sortir de prison, ce qui serait absurde, ni non plus qu’il est toujours libre de souhaiter l’élargissement, ce qui serait une lapalissade sans portée, mais qu’il est toujours libre de chercher à s’évader [ou à se faire libérer] c’est à dire que quelle que soit sa condition, il peut projeter son évasion et s’apprendre à lui même la valeur de son projet par un début d’action. Notre description de la liberté ne distinguant pas entre le choisir et le faire, nous oblige à renoncer du coup à la distinction entre l’intention et l’acte. On ne saurait pas plus séparer l’intention de l’acte que la pensée du langage qui l’exprime et, comme il arrive que notre parole nous apprend notre pensée, ainsi nos actes nous apprennent nos intentions, c’est à dire nous permettent de les dégager, de les schématiser, et d’en faire des objets au lieu de nous borner à les vivre, c’est-à-dire à en prendre une conscience non thétique. Cette distinction essentielle entre la liberté du choix et la liberté d’obtenir a certainement été vue par Descartes, après le stoïcisme. Elle met un terme à toutes les discussions sur «vouloir» et «pouvoir» qui opposent aujourd’hui encore les partisans et les adversaires de la liberté. 

Capture d’écran 2015-04-20 à 03.37.34

   […] C’est donc seulement dans et par le libre surgissement d’une liberté que le monde développe et révèle les résistances qui peuvent rendre la fin projetée irréalisable. L’homme ne rencontre d’obstacle que dans le champ de sa liberté. Mieux encore : il est impossible de décréter a priori ce qui revient à l’existant brut et à la liberté dans le caractère d’obstacle de tel existant particulier. Ce qui est obstacle pour moi, en effet, ne le sera pas pour un autre. Il n’y a pas d’obstacle absolu, mais l’obstacle révèle son coefficient d’adversité à travers les techniques librement inventées, librement acquises ; il le révèle aussi en fonction de la valeur de la fin posée par la liberté. Ce rocher ne sera pas un obstacle si je veux, coûte que coûte, parvenir au haut de la montagne ; il me découragera, au contraire, si j’ai librement fixé des limites à mon désir de faire l’ascension projetée. Ainsi le monde, par des coefficients d’adversité, me révèle la façon dont je tiens aux fins que je m’as¬signe ; en sorte que je ne puis jamais savoir s’il me donne un renseignement sur moi ou sur lui. […] A désir égal d’escalade, le rocher sera aisé à gravir pour tel ascensionniste athlétique, difficile pour tel autre, novice, mal entraîné et au corps malingre. Mais le corps ne se révèle à son tour comme bien ou mal entraîné que par rapport à un choix libre. C’est parce que je suis là et que j’ai fait de moi ce que je suis que le rocher développe par rapport à mon corps un coefficient d’adversité. Pour l’avocat demeuré à la ville et qui plaide, le corps dissimulé sous sa robe d’avocat, le rocher n’est ni difficile ni aisé à gravir : il est fondu dans la totalité « monde » sans en émerger aucunement. Et, en un sens, c’est moi qui choisis mon corps comme malingre, en l’affrontant aux difficultés que je fais naître [alpinisme, cyclisme, sport]. Si je n’ai pas choisi de faire du sport, si je demeure dans les villes et si je m’occupe exclusivement de négoce ou de travaux intellectuels, mon corps ne sera aucunement qualifié de ce point de vue. Ainsi commençons nous à entrevoir le paradoxe de la liberté : il n’y a de liberté qu’en situation et il n’y a de situation que par la liberté. La réalité humaine rencontre partout des résistances et des obstacles qu’elle n’a pas créés ; mais ces résistances et ces obstacles n’ont de sens que dans et par le libre choix que la réalité humaine est. »

Sartre, extrait de L’Etre et le néant, 1943.

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Meraviglia

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VALLEE DE L'OMO, PEINTURES CORPORELLES, TRIBUS SURMA ET MURSI

    Depuis la nuit des temps les Surmas et les Mursis qui vivent au sud de l’Ethiopie dans la vallée du fleuve Omo parent et décorent leur corps. Les origines de ces dessins sont inconnus. La certitude est que ce n’est ni religieux ni rituel. Il peuvent se baigner et les effacer plusieurs fois par jour. Pierres volcaniques broyées, les pigments sont mélangés à l’eau. Ils se dessinent vite, du bout des doigts, avant que le mélange ne sèche. Cette rapidité d’exécution garantie leur spontanéïté.

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Nostalgie des années soixante : « Nights In White Satin » des Moody Blues (1967) et « C’est Extra » de Léo Ferré (1969)

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     Nights in White Satin est une chanson du groupe de rock britannique formé à Birmingham The Moody Blues, sorti en single le 10 novembre 1967. Dès janvier 1968, il connait un succès honorable en Grande-Bretagne où Il s’écoule alors à 20.000 exemplaires journaliers et reste onze semaines dans le classement du hit-parade britannique. Le single rencontre un succès encore plus important en France ( 516.000 exemplaires vendus) où il devient le 100e single le plus vendu des années 1960 et aux Pays-Bas, en Belgique et en Suisse. Son succès sera moindre en Allemagne, en Italie et hors d’Europe. Aux États-Unis, il n’obtient pas le succès escompté mais il refait soudainement son apparition en 1972 dans les hit-parades américains en se vendant beaucoup plus que lors de sa première parution en single. Finalement, Nights in White Satin passe sur la plupart des stations de radio américaines et devient alors un tube national. Son nouveau succès se diffuse alors au Canada et en Grande-Bretagne où il fait mieux qu’au moment de son lancement en 1967.

Nights in white satin,                              And I love you,
Never reaching the end,                         Yes, I love you,
Letters Ive written,                                  Oh, how, I love you.
Never meaning to send.                          Oh, how, I love you.

Beauty Id always missed                        Nights in white satin,
With these eyes before,                          Never reaching the end,
Just what the truth is                              Letters Ive written,
I cant say anymore.                                 Never meaning to send.

‘Cause I love you,                                     Beauty I’ve always missed
Yes, I love you,                                          With these eyes before,
Oh, how, I love you.                                 Just what the truth is
Oh, how, I love you.                                 I cant say anymore.

Gazing at people,                                      ’cause I love you,
Some hand in hand,                                Yes, I love you,
Just what Im going thru                          Oh, how, I love you.
They can understand.                             Oh, how, I love you.

Some try to tell me                                   ’cause I love you,
Thoughts they cannot defend,               Yes, I love you,
Just what you want to be                        Oh, how, I love you.
You will be in the end,                             Oh, how, I love you.

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    C’est extra est une chanson érotique de Léo Ferré, parue sur le 33 tours L’Été 68 et sur 45 tours en 1969 qui a été l’un de ses plus gros succès commerciaux. La légende veut qu’il aurait eu l’idée de cette chanson en voiture, entre deux concerts, en écoutant Nights in White Satin des Moody Blues sur son autoradio. Il fait d’ailleurs directement référence à ce groupe et à cette chanson dans le corps du texte, respectivement dans la première et dans la quatrième  strophe. L’expression « c’est extra » proviendrait du fait que sa petite nièce la sortait à tout propos. Mais une autre version de la naissance de la chanson est donnée par Daniel Ichbiah dans son livre « 50 ans de chansons française » : En 1968, Léo Ferré aurait été fasciné par la vision d’une fille qui dansait lors d’un concert des Moody Blues. Cette vision lui aurait alors donné l’idée d’écrire C’est extra. Pour la mettre en musique, il s’en serait remis à son orchestrateur et complice de toujours, Jean-Michel Defaye avec cette requête : « Compose moi quelque chose dans le style des Moody Blues, tu sais « Nights in white satin »… A partir du disque de ce groupe anglais qui lui a été prêté par l’un de ses voisins auteur-compositeur, Pierre Saka, Defaye tente de comprendre comment fonctionne cette musique qui mêle des violons à l’atmosphère d’un groupe pop. C’est ainsi que serait né la chanson qui va lui faire retrouver les faveurs du public. Il va bientôt se faire pousser les cheveux et se produira sur scène en compagnie d’un groupe français de rock.

Une robe de cuir comme un fuseau
Qu’aurait du chien sans l’faire exprès
Et dedans comme un matelot
Une fille qui tangue un air anglais
C’est extra
Les Moody Blues qui chante la nuit
Comme un satin de blanc marié
Et dans le port de cette nuit
Une fille qui tangue et vient mouiller

C’est extra, c’est extra
C’est extra, c’est extra

Des cheveux qui tombent comme le soir
Et d’la musique en bas des reins
Ce jazz qui d’jazze dans le noir
Et ce mal qui nous fait du bien
C’est extra
Des mains qui jouent de l’arc-en-ciel
Sur la guitare de la vie
Et puis ces cris qui montent au ciel
Comme une cigarette qui brille

C’est extra, c’est extra
C’est extra, c’est extra

Ces bas qui tiennent hauts perchés
Comme les cordes d’un violon
Et cette chair que vient mouiller
L’archet qui coule ma chanson
C’est extra
Et sous le voile à peine clos
Cette touffe de noir jésus
Qui ruisselle dans son berceau
Comme un nageur qu’on n’attend plus

C’est extra, c’est extra
C’est extra, c’est extra

Une robe de cuir comme un oubli
Qu’aurait du chien sans l’faire exprès
Et dedans comme un matin gris
Une fille qui tangue et qui se tait
C’est extra
Les Moody Blues qui s’en balancent
Cet ampli qui n’veut plus rien dire
Et dans la musique du silence
Une fille qui tangue et vient mourir

C’est extra
C’est extra
C’est extra
C’est extra

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Scott McKenzie – San Francisco, 1967

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    Scott McKenzie, nom de scène de Philip Blondheim (1939 -2012), est un chanteur américain connu pour son succès San Francisco (Be Sure to Wear Flowers in Your Hair) en 1967 qui avait été écrit et produit pour lui par son ami John Phillips lors du Human Be-In. Sur le titre, Phillips joue de la guitare et Gary L. Coleman du carillon. Succès immédiat, la chanson est rapidement numéro un dans le monde entier. San Francisco devient un hymne hippie aux États-Unis, joué lors du festival Summer of love à San Francisco. Elle sera également reprise par Johnny Hallyday sur une adaptation française de Georges Aber.

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If you’re going to San Francisco
Si tu vas à San Francisco
Be sure to wear some flowers in your hair
Sois certain d’avoir quelques fleurs dans tes cheveux
If you’re going to San Francisco
Si tu vas à San Francisco
You’re gonna meet some gentle people there
Tu y rencontreras des gens gentils

For those who come to San Francisco
Pour ceux qui viennent à San Francisco
Summertime will be a love-in there
L’été y sera une saison d’amour
In the streets of San Francisco
Dans les rues de San Francisco
Gentle people with flowers in their hair
( il y a ) des gens gentils avec des fleurs dans les cheveux

All across the nation
À travers tout le pays
Such a strange vibration
Une si étrange vibration
People in motion
(celle) d’un peuple en marche
There’s a whole generation
Il y a une génération entière
With a new explanation
Avec une nouvelle vision du monde
People in motion
Un peuple en marche
People in motion
Un peuple en marche

For those who come to San Francisco
Pour ceux qui viennent à San Francisco
Be sure to wear some flowers in your hair
Soyez certains d’avoir quelques fleurs dans tes cheveux
If you come to San Francisco
Si vous venez à San Francisco
Summertime will be a love-in there
L’été y sera une saison d’amour

If you come to San Francisco
Si tu viens à San Francisco
Summertime will be a love-in there
L’été y sera une saison d’amour

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L’utopie de Taylor Camp à Hawaii ou quand l’alternative semblait encore possible…

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Symbole de la paix associé à l'expression Peace and love.

     Quitter le monde lorsque celui-ci n’apparaissait plus digne d’être supporté, passer comme Alice de l’autre côté du miroir pour atteindre un monde plus vrai, plus authentique, plus juste et y vivre comme Eve et Adam dans le dépouillement le plus extrême en harmonie avec la nature et en se limitant à l’essentiel : des milliers de jeunes, en Europe et surtout aux Etats-Unis y ont cru et l’ont expérimenté dans les années soixante et soixante dix. En France, on allait garder des chèvres et des moutons dans le Larzac, aux Etats-unis, on gagnait des régions au climat clément telle la Californie où l’on s’établissait en communautés dans des hameaux retirés faits de caravanes ou de constructions sommaires de bric et de broc… On y subsistait de petits boulots, d’artisanat et de jardinage. On y vivait d’amour et d’eau fraiche et accessoirement de LSD, en vêtements légers à fleurs ou dans le plus simple appareil et l’on se réunissait le soir au son d’une guitare autour d’un feu de camp. Le credo de ces déserteurs de la société officielle et adeptes d’une contre-culture qu’on appelait alors les hippies se résumait à deux mots : PEACE and LOVE !

Capture d’écran 2015-04-10 à 12.58.27 Ka'ilio Point, Ha'ena

     Taylor Camp est le lieu d’implantation de l’un de ces groupes à partir de 1969. Ils n’avaient pas choisi pour fonder leur communauté l’une des contrées au climat rigoureux du nord des Etats-Unis mais une île au climat enchanteur, celle d’Hawaii, profitant de la bonne volonté du propriétaire d’un bout de côte dans cette île, un certain Howard Taylor (le frère de l’actrice Elisabeth Taylor) à qui l’Etat refusait le droit de construire. On ne connaîtrait rien aujourd’hui de cette expérience si un jeune photographe de 23 ans alors en vacance à Hawaii chez des amis, John Wehrheim, n’était tombé par hasard sur le camp et en avait fait quelques clichés. En 1977, l’Etat a acquis la propriété pour l’intégrer à un parc protégé et les résidents ont été expulsés. Les autorités ont alors mis le feu au camp pour empêcher leur retour.
     Pourquoi, ce qui était possible en 1969, est-il devenu inenvisageable aujourd’hui ? La valorisation outrancière du foncier a fait qu’il ne serait guère possible de trouver aujourd’hui un morceau de terrain libre dans un site comme celui d’Hawaii mais les mentalités ont elles aussi bien changées… Qui aujourd’hui dans la jeune génération souhaiterait vivre dans le dénuement le plus complet sans électricité, privé de son téléphone portable ou de son Ipad ?  D’ailleurs la plupart des protagonistes de cette époque sont depuis rentrés dans le rang et se sont ralliés sur le tard à l’American Dream of Life… Mais tous assurent que cette période a été la meilleure de leur vie et les photos de John Wehrheim nous font rêver d’une douce utopie…

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Jennie's sunset dance

Jennie’s sunset dance

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Bok, Jeannie et Gary sur la plage

Diane's house Buffalo Bill's loft above John and Marie's house

Diane’s house (photo du haut) – Buffalo Bill’s loft et John and Marie’s house (photo du bas)

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   Voici le texte que le webzine Chick’n Touch a écrit pour présenter cette expérience. Je n’en change pas une ligne…

      Taylor Camp, c’est l’histoire vraie de treize hippies blasés par l’Amérique qui décident de partir vivre le rêve baba à Hawaii, fondant une communauté autogérée qui durera plus de huit ans. Huit ans d’une vie utopique et tropicale à vivre nu sur une plage en graillant des mangues et du LSD. Un scénario digne de La Plage mais sans gourou chelou et requins mangeur d’homme.
      L’aventure débute en 1969. Cela fait déjà une dizaine d’années que l’Amérique s’embourbe dans le conflit Vietnamien. Dans les rues, la jeunesse chevelue gueule son mécontentement et ses envies de paix, se faisant régulièrement matraquer la gueule par un corps policier bien décidé à casser du hippie, qu’il considère comme une bande de jeunes junkies hirsutes antipatriotiques et super énervant avec  leur manie de s’asseoir partout par terre en jouant du Jimi Hendrix au banjo.
      Dans ce climat pas très Flower Power, treize hippies, lassés par les brutalités policières, l’élection de Nixon et l’American Dream en général, décident de se faire la malle à Hawaii, espérant vivre à la cool, proche de leurs idéaux, sans flics et sans fringues. Ils débarquent sur l’île la même année, vadrouillant d’abord de plage en plage à la recherche d’un spot. Mais bon, Hawaii c’est quand même l’Amérique et les bandes de beatnik en vadrouille, ici aussi, on n’en veut pas. Le petit groupe finit donc assez rapidement en taule pour vagabondage.
     Heureusement, leur périple émeut un riche résident de l’île, Howard Taylor, frère de l’actrice, qui décide de leurs céder gracieusement un bout de terrain paradisiaque, une baie idyllique bordée de jungle et suffisamment à l’écart. C’est un terrain vierge de toute infrastructure. Pas d’électricité, pas de chiotte et tout à inventer.

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Diane dans sa chambre

Jesse below pat n'Andy's house with Emee's house behind treehouse1

Capture d’écran 2015-04-10 à 13.06.59 Cherry

Kung Fu Bill et Cerise

Buffalo Bill taylorcampbook

Buffalo Bill

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Allan Kroll et Rosie

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les « Sin sisters », Teri et Debi Green (à gauche)

Karma assise au pied d'un arbre

Karma assise au pied d’un arbre

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Roger et Debi (photo du haut), Paulo, Sharon et Roberto (photo du bas)

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Dana et Karma devant the big house (photo du haut)  et Alpin (derrière la porte)

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Debi (photo du haut) et Diane, chacune dans leur cuisine

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John and Marie (en haut), Cherry avec Moses dans les bars (au centre) et Diane et Richie (en bas)

     Nos treize hippies se mirent donc à construire des cabanes sur pilotis en bord de mer avec du  bambou, des lianes et à peu près tous ce qu’ils pouvaient récupérer. Le climat est clément et se prête aisément à la vie sauvage et aux huttes rudimentaires. Petit à petit, le quotidien à Taylor Camp s’organise. Les mecs vivent de la culture et de la pêche, parfois aussi des bons alimentaires dispensés par le trésor américain. Bientôt, un médecin et une sage-femme rejoignent le camp, amenant avec eux une certaine autonomie. Les petits hippies vont aussi à l’école et leurs parents réussissent même à convaincre le chauffeur de bus scolaire de marquer un nouvel arrêt à Taylor Camp.
     L’utopie tropicale suit paisiblement son cour. Petit à petit, la nouvelle de l’existence d’un petit bout de paradis autogéré par une bande de fan de Frank Zappa se propage et de nouveaux arrivants affluent, attirés comme des mouches par cette ultime fantaisie hippie. A son apogée, on compte près de 120 personnes vivant sur un peu moins de 3 hectares, 120 hippies vivant cul nul un splif à la main dans un décor de carte postale. Un vrai rêve de fonfon.
     Outre la beuh, les drogues psychédéliques font également parties du voyage et le LSD coule à flot. Certains résidents sont connus pour leur amour du trip et détiennent de véritable record de défonce. Défonce qu’il nomment mignonnement « éveil des sens » ou « expérience cosmique ».

Taylor Camp

    Ce mode de vie alternatif cumulant nudité, drogue dure et amour libre ne fait pas vraiment l’unanimité sur l’île. La plupart des insulaires voyant d’un très mauvais œil ce campement de gitans à cheveux longs qui squattent désormais une belle portion du littoral. Parfois, et vu qu’on n’est pas non plus dans un Disney, les problèmes viennent de l’intérieur, donnant du grain à moudre aux détracteurs de Taylor Camp. Même si la majorité de la communauté est plutôt paisible, certains résidents amènent avec eux une ambiance beaucoup plus malsaine, troublant la tranquillité du lieu, écornant encore un peu plus l’image du groupe.
      Après 8 ans d’une vie sans règles et sans chef, l’aventure Taylor Camp s’essouffle, sous les coups répétés des insulaires excédés et de la pression grandissante de l’industrie du tourisme, qui aimerait bien récupérer cette baie idyllique squattée depuis presque 10 ans par une bande de hippies utopistes se baladant les couilles à l’air. En 1977, l’état rachète le terrain d’Howard Taylor, expulse les derniers occupants et brûle les maisons, ayant pour projet de bâtir une réserve naturelle avec parking et table de pique-nique. Les derniers des hippies s’en vont, retournant au Etats-Unis vivre une vie plus classique.

Taylor camp

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Hawk, Cherry et Moses (en haut), Moses, Paulo et Sailor

Limahuli Stram sunrise

Limahulli sunrise

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Taylor Camp Film Trailer – 70s Hippie Film Documentary

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Meraviglia : Ho perduta


article publié le 17 avril 2015

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Un beau texte de Belinda Cannone, extrait de L’écriture du désir.

   Diderot appelait «hiéroglyphe» une image poétique qui condense en elle sens et émotion en un tout homogène (à quelque art qu’elle appartienne : il évoque le hiéroglyphe musical). (…) Au XVIIIe siècle, avant qu’on déchiffre le langage des anciens Egyptiens, les hiéroglyphes étaient souvent perçus comme vocabulaire d’une langue sacrée, langue de mystères. Ce qui explique sans doute que Diderot ait choisi ce terme. Il y a du mystère dans la capacité de certaines formes artistiques à dire et à donner beaucoup plus à sentir que leurs moyens ne semblent le permettre. Aussi : par un mot devenu intraduisible, meraviglia, les Italiens du XVe siècle désignaient le plaisir qui nait de l’étonnement et de l’admiration, à la lecture de la poésie, lorsque l’on découvre, comprend, intuitivement, plus de choses que le poète ne paraît en avoir dit.     Je voudrais que chaque roman fût une réalisation de ce «merveilleux du discours».

    Un magnifique hiéroglyphe visuel que mes mots ne rendront pas : dans Kaos, film que les frères Taviani ont tiré de quelque nouvelle de Pirandello, l’épilogue raconte un souvenir d’adolescence de la mère de l’écrivain. Pendant un voyage vers Malte, lors d’une halte sur une des Îles Eoliennes, la jeune fille regarde ses frères et sœurs courir vers la petite falaise de pierre ponce blanche qui s’enfonce vers la mer, tandis qu’elle reste avec sa mère. Désir bridé. Puis la mère, la devinant, la libère. Elle ôte alors ses larges robes et, en chemise et jupons étincelants, grimpe au sommet de la falaise. plan rapproché : la jeune fille lève lentement les bras (visage grave, intensité du geste ouvert par lequel elle semble prête à étreindre le monde), secondes suspendues, puis elle s’élance et les enfants suivent. Camera derrière eux, en plongée. On voit la demi-douzaine de petits corps en chemises descendre en bondissant sur la poudre blanche jusqu’à la mer turquoise où ils s’enfoncent – points noirs des têtes qui surnagent. On entend alors la merveilleuse cavatine de Barberina, l’ho perduta, qui n’entre pas pour peu dans l’émotion indescriptible qui chaque fois m’étreint jusqu’aux larmes devant cette image de l’élan. Car la musique confirme ce que l’image pourrait faire oublier. La gravité et la mélancolie qui accompagner la facilité de cette descente précédant l’extase du corps léger que soutiendra la mer. A moins qu’elle ne soit plutôt rappel du point de vue, nostalgique parce que deux fois filtré : la vision émane de la jeune fille devenue femme plus qu’âgée, qui se souvient, et ce souvenir maternel n’est plus, lui-même, qu’une trace dans la mémoire du fils. L’ho perdura : que perd-on en vieillissant, si ce n’est la vigueur de l’élan ? Cavatina, du latin cavare, creuser, diminutif de l’italien cavala, tirer un son d’un instrument – ici image-son de l’élan qui fore, vrille dans la conscience, hiéroglyphe du désir vivant.

Belinda Cannone, L’écriture du Désir – Gallimard collection folio-essai (pages 13 à 15)

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Belinda Canone

Belinda Cannone, née en 1958, est romancière, essayiste et maître de conférences. Elle enseigne la littérature comparée à l’Université de Caen Basse-Normandie depuis 1998 après avoir enseigné neuf ans à l’université de Corte (Corse). Elle a publié plusieurs ouvrages sur les liens de la littérature avec la musique, et sur la littérature. Depuis les années 1990, elle écrit des articles pour les revues comme Quai Voltaire Revue littéraire, Verso – Arts et lettres, L’Atelier du roman. Elle est l’auteur de plusieurs romans (Dernières promenades à Petrópolis, Le Seuil, 1990, et « Points Seuil » 2013 sous un nouveau titre, L’Adieu à Stefan Zweig – L’Île au nadir, Quai Voltaire, 1992 – Trois nuits d’un personnage, Stock, 1994 – Lent Delta, Verticales, 1998 – L’Homme qui jeûne, L’Olivier, 2006 – Entre les bruits, L’Olivier, 2009 – Nu intérieur, L’Olivier, 2015) et d’essais (L’Ecriture du désir, Calmann-Lévy, 2000 et « Folio Essais » no 566 (Prix de l’essai de l’Académie française 2001) – Le Sentiment d’imposture, Calmann-Lévy, 2005 et « Folio essais » no 515. (Grand Prix de l’essai de la Société des Gens de lettres) – La bêtise s’améliore, Stock, 2007 – La Tentation de Pénélope, Stock, 2010 – Le Baiser peut-être, Alma éditeur, 2011 – Le Goût du baiser, textes choisis et commentés, Le Mercure de France, 2013 – Petit éloge du désir, « Folio 2 euros », 2013).


les frères Taviani

Kaos, contes siciliens est un film italien des frères Paolo et Vittorio Taviani, sorti en 1984. Le film est l’adaptation de cinq nouvelles de Luigi Pirandello. Kaos, avec un K, est le nom en dialecte sicilien d’un village des environs d’Agrigente Le film se déroule en quatre temps dont un épilogue ; le fil conducteur en est un corbeau noir planant au-dessus de la Sicile de Pirandello, une clochette accrochée au cou, et qui fait la liaison entre chaque temps. 1) L’autre fils (L’altro figlio) raconte la haine qu’une mère – interprétée par Margarita Lozano – entretient à l’égard d’un de ses fils, dont la troublante apparence physique semble être la vive réincarnation de l’homme qui l’a violée. 2) Le Mal de lune (Mal di luna) montre l’amour, l’angoisse et le désir d’une jeune mariée, Sidora, confrontée au mal inconnu de son mari Batà. Ce dernier en effet, les nuits de pleine lune, est soudain mû d’une violence incontrôlable… 3) Requiem (Requiem) dépeint la lutte de paysans contre les administrateurs bourgeois de la ville voisine, Ragusa, afin de pouvoir enterrer leur patriarche sur leurs hautes terres de Margari, et non dans le cimetière de la lointaine agglomération. 4) Épilogue : entretien avec la mère (Epilogo: colloquio con la madre), Pirandello parle avec le fantôme de sa mère d’une histoire qu’il a voulu écrire, mais qu’il n’a pas pu faire, faute de trouver les mots. Ce court épilogue est prétexte à un flashback et à l’évocation de la relation fils-mère. – (crédit Wikipedia)


Wolfgang Amadeus Mozart

L’air de Ho Perduta est tiré de l’Opéra de Mozard Le nozze di Figaro  sur un livret en italien de Lorenzo da Ponte inspiré de la comédie de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro. Qu’est-ce qui rend si triste la pauvre Barberine, la fille du jardinier ? Bien sûr, il y a la version officielle… la perte d’une épingle qui fermait une lettre proposant un rendez-vous galant, et qui devait être rapportée par Barberine à l’auteur de la lettre comme preuve que celle-ci avait bien été lue… En fait, l’expéditeur de la lettre se révèle être la femme du comte destinataire de la lettre, qui s’est fait pour l’occasion passer pour une autre afin de confondre son mari. Donc la pauvre Barberine est vraiment embarrassée de l’avoir perdu. Mais certain esprits malicieux qui voient le mal partout ont imaginé que ce ne serait pas une épingle que Barberine aurait perdu et qui la fait se lamenter mais son pucelage qu’elle ne retrouvera jamais plus…      

       L’ho perduta, me meschina!        je l’ai perdue, pauvre de moi!      
       Ah chi sa dove sarà ?                    Ah, qui sait où est-ce qu’elle peut bien être?            
       Non la trovo. L’ho perduta.         Je ne la trouve pas. Je l’ai perdue      
       Meschinella !                                 Que je suis misérable!      
       E mia cugina ? E il padron,         Et ma cousine ? et le patron ?      
       cosa dirà ?                                      Que vont-ils dire ?

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meraviglia

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Karl_Friedrich_Schinkel_Die_Sternenhalle_der_Königin_der_Nacht_Bühnenbild_Zauberflöte_Mozart.tif

Mozart, La Flûte enchantée – Proposition de mise en scène pour la première apparition de la Reine de la nuit de Karl Friedrich Schinkel, Berlin, 1815.

Capture d’écran 2015-04-17 à 16.55.56

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meraviglia…

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Bob Wallace - Lotus aft, vers 1937 (George Eastman House Collection) Bob Wallace - Lotus fore, vers 1937 (George Eastman House Collection) –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––