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éternelle Jean Seberg

Jean Seberg (1938-1979)

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poésie de Maurice Chappaz

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Maurice Chappaz (1916-2009) -photo Philippe Pache

Maurice Chappaz (1916-2009) -photo Philippe Pache

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Comptine de l’apprenti poète

Pleure, pluie douce. Mon mari était un troubadour.

Ma femme était une princesse. Pleure, pluie douce,

aujourd’hui, c’est la fin de nos amours, je l’ai vue repartir comme une petite dame juive balayée par ses péchés ou par les miens. Fous le camp, ma jument malade. Pleure, pluie douce pour la troisième fois.

Le sais-tu le Cantique des Cantiques ?

Bien beau déjà de tenir l’harmonium dans un hameau de cosaques qui crachent, jurent, me marchent sur les pieds. Et manger avec eux pain et fromage. Bien bon déjà de se cogner aux montagnes bleues.

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Comptine des poètes absents

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Revenez, revenez du futur mélancoliques frères, revenez à la pluie quotidienne, revenez vous abriter sous l’auvent, allons prenez de l’embonpoint comme les curés, les passe-crassanes, ne bougez pas au soleil. Laissez flâner la pluie sur l’écorce. Vous êtes toujours loin, vous allez chez les morts, vous parlez aussi à des bonshommes qui ne sont pas encore nés. Mais vous risquez de perdre en route votre sac plein d’âmes. Et de sécher au lieu de mûrir. Envoyez-nous une carte d’Assise ou d’Egypte. Priez je vous le dis toute la nuit. Tuez les mots pour faire naître les images et puis sacrifiez les images pour connaître le sens. Et si votre espace intérieur ne se remplit d’univers revenez, revenez, insensés… à la petite maison et aux bons poiriers.

Maurice Chappaz. Pages choisies II. L’Age d’Homme, Poche suisse, no145.

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Deuxième

La mort dans mon cœur a la verticale de l’alouette. Bienheureuse celle qui a pu joindre l’Amour. Au-dessus de moi une note jubile toute la journée. N’écrirai-je donc pas sur ma porte : mort au monde ?

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«Je voudrais que les baisers remplacent les chants d’oiseaux. Qu’ils pépient dès l’aube sur tes joues, tes paupières. Je voudrais que la nuit remplace le jour, que la prière remplace le travail, que le silence remplace les paroles. Je voudrais que l’éternité remplace cette vie ne serait-ce qu’un instant».

In Tendres campagnes, Editions Fata Morgana.

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Bald Eagle in mid-air flight over Homer Spit Kenai Peninsula Alaska Winter

Capitale du désert Les maquereaux des cimes blanches XXVII

Les oiseaux de proie se partagent le champ de bataille en hommes d’affaires ayant traversé le désert où discutent les nouveaux brins d’herbes. Si j’étais là, j’écouterais le silence. Et il y a des millions d’œufs ainsi que de petits ciels dans les cavernes fraîches. Pourquoi suis-je heureux? Je suis aussi une bête, je suis aussi un paradis. Les files d’hommes entrant à l’usine comme au lasso tentaient de prendre les derniers jeunes gens — eux les hirsutes. Et les ouvriers s’appuyaient aux guichets tels des faucons apprivoisés avec un capuchon qui tombait sur l’œil. C’est alors qu’il y eut la grande crise que je souhaitais : ces catastrophes, ces famines, abondances et errances. Promoteur décidé du ciel bleu, un des rapaces très chevalier du moyen âge sur une borne fontaine dit à un chat    qui flânait dans la ville empoisonnée par le travail : «Ils ont tous crevé sans religion.» Les montagnes à midi sont comme de la boue bleue, de l’air pétri. Moi j’entends les âmes qui tintent. Evangile du désert où pérorent les coquelicots.

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Après il y a un oiseau

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Après il y a un oiseau qui vient toujours taper du bec au bord de la fenêtre et Samuel dit : «J’aurais dû m’enfuir avec eux,» Tous les hommes au bord de la tombe sont partis cet hiver, ils ont longtemps écouté l’horloge, ils ont longtemps léché les cuillerées de miel et le creux des tasses où il est peint une fleur. Puis un grand vent est venu fracassant les branches d’arbres. Ou bien la lumière a baissé dans la chambre mais dehors la neige était éblouissante. Elle a fondu près du lit. On entendait le tic-tac des cœurs.

Comptine de ma vie toujours en retard.

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La mort est devant moi

La mort est devant moi comme un morceau de pain d’épice, la vie m’a tournoyé dans le gosier comme le vin d’un calice. L’une par l’autre j’ai cherché à les expliquer. J’ai trempé le pain dans le vin, je me suis assis, j’ai fumé, j’étais sauvage avec les femmes. Avec les mains, avec l’esprit j’ai tâché de travailler à des œuvres qui respirent. Maintenant je cherche un parfum dans la nuit.

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Le seigneur a créé quelqu’un qui n’existe pas

Que les mensonges qui me constituent fusent hors de mon corps, hors de mon esprit. Je vais cueillir Ta réponse dans ma chambre noire comme une dure étoile, comme une fleur de marécage. Donne-moi de naître une fois à moi-même, selon la vérité. L’immense rien qui est en moi soupire, attend. Toute ma douceur est dans une miette d’ombre.

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meraviglia

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Leonard de Vinci - La Scapigliata (Portrait de jeune femme aux cheveux ébouriffés) vers 1508

Leonard de Vinci – La Scapigliata (Portrait de jeune femme aux cheveux ébouriffés) vers 1508

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meraviglia

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Jean Fouquet - la Vierge de Melun, vers 1452 (détail 3)

Jean Fouquet – la Vierge de Melun, vers 1452

Jean Fouquet - la Vierge de Melun, vers 1452

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meraviglia

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Wladyslaw Teodor Benda - portrait de jeune femme

Wladyslaw Teodor Benda – portrait de jeune femme

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Sartre et l’alpinisme – Le libre arbitre existe-t-il ?

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     « L’argument décisif utilisé par le bon sens contre la liberté consiste à nous rappeler notre impuissance… Loin que nous puissions modifier notre situation, il semble que nous ne puissions pas nous changer nous-mêmes. Je ne suis libre ni d’échapper au sort de ma classe, de ma nation, de ma famille, ni même d’édifier ma puissance ou ma fortune, ni de vaincre mes appétits les plus insignifiants ou mes habitudes. Je nais ouvrier, Français, tuberculeux… etc. Bien plus qu’il ne paraît «se faire»,  l’homme semble «être fait» par le climat et la terre, la race et la classe, la langue, l’histoire de la collectivité dont il fait partie, l’hérédité, les circonstances individuelles de son enfance, les habitudes acquises, les grands et les petits événements de sa vie

    Cet argument n’a jamais profondément troublé les partisans de la liberté humaine : Descartes, le premier, reconnaissait à la fois que la volonté est infinie et qu’il faut «tâcher à nous vaincre plutôt que la fortune». C’est qu’il convient ici de faire des distinctions ; beaucoup des faits énoncés par les déterministes ne sauraient être pris en considération. Le coefficient d’adversité des choses en particulier, ne saurait être un argument contre notre liberté, car c’est par nous, c’est à dire par la position préalable d’une fin que surgit ce coefficient d’adversité. Tel rocher qui manifeste une résistance profonde si je veux le déplacer, sera, au contraire, une aide précieuse si je veux l’escalader pour contempler le paysage. En lui-même s’il est même possible d’envisager ce qu’il peut être en lui-même il est neutre, c’est à dire qu’il attend d’être éclairé par une fin pour se manifester comme adversaire ou comme auxiliaire. Encore ne peut il se manifester de l’une ou l’autre manière qu’à l’intérieur d’un complexe ustensile déjà établi. Sans les pics et les piolets, les sentiers déjà tracés, la technique de l’ascension, le rocher ne serait ni facile ni malaisé à gravir ; la question ne se poserait pas, il ne soutiendrait aucun rapport d’aucune sorte avec la technique de l’alpinisme. Ainsi, bien que les choses brutes […] puissent dès l’origine limiter notre liberté d’action, c’est notre liberté elle même qui doit préalablement constituer le cadre, la technique et les fins par rapport auxquels elles se manifesteront comme des limites. Si le rocher, même, se révèle comme «trop difficile à gravir», et si nous devons renoncer à l’ascension, notons qu’il ne s’est révélé tel que pour avoir été originellement saisi comme «gravissable»; c’est donc notre liberté qui constitue les limites qu’elle rencontrera par la suite. 

Le Pas Tricouni (1905), dans la gorge de la Varappe. (photo Brand)

    […] Le sens commun conviendra avec nous, en effet, que l’être dit libre est celui qui peut réaliser ses projets. Mais pour que l’acte puisse comporter une réalisation, il convient que la simple projection d’une fin possible se distingue a priori de la réalisation de cette fin. S’il suffit de concevoir pour réaliser, me voilà plongé dans un monde semblable à celui du rêve, où le possible ne se distingue plus aucunement du réel. Je suis condamné dès lors à voir le monde se modifier au gré des changements de ma conscience, je ne puis pas pratiquer, par rapport à ma conception, la « mise entre parenthèses » et la suspension de jugement qui distinguera une simple fiction d’un choix réel. L’objet apparaissant dès qu’il est simplement conçu, ne sera plus ni choisi ni seulement souhaité. La distinction entre le simple souhait, la représentation que je pourrais choisir et le choix étant abolie, la liberté disparaît avec elle. 

    […] Il faut. en outre, préciser contre le sens commun que la formule « être libre » ne signifie pas « obtenir ce qu’on a voulu », mais « se déterminer à vouloir [au sens large de choisir] par soi même ». Autrement dit, le succès n’importe aucunement à la liberté. La discussion qui oppose le sens commun aux philosophes vient ici d’un malentendu : le concept empirique et populaire de « liberté » produit de circonstances historiques, politiques et morales équivaut à la « faculté d’obtenir les fins choisies ». Le concept technique et philosophique de liberté, le seul que nous considérions ici, signifie seulement : autonomie du choix. Il faut cependant noter que le choix étant identique au faire suppose, pour se distinguer du rêve et du souhait, un commencement de réalisation. Ainsi ne dirons nous pas qu’un captif est toujours libre de sortir de prison, ce qui serait absurde, ni non plus qu’il est toujours libre de souhaiter l’élargissement, ce qui serait une lapalissade sans portée, mais qu’il est toujours libre de chercher à s’évader [ou à se faire libérer] c’est à dire que quelle que soit sa condition, il peut projeter son évasion et s’apprendre à lui même la valeur de son projet par un début d’action. Notre description de la liberté ne distinguant pas entre le choisir et le faire, nous oblige à renoncer du coup à la distinction entre l’intention et l’acte. On ne saurait pas plus séparer l’intention de l’acte que la pensée du langage qui l’exprime et, comme il arrive que notre parole nous apprend notre pensée, ainsi nos actes nous apprennent nos intentions, c’est à dire nous permettent de les dégager, de les schématiser, et d’en faire des objets au lieu de nous borner à les vivre, c’est-à-dire à en prendre une conscience non thétique. Cette distinction essentielle entre la liberté du choix et la liberté d’obtenir a certainement été vue par Descartes, après le stoïcisme. Elle met un terme à toutes les discussions sur «vouloir» et «pouvoir» qui opposent aujourd’hui encore les partisans et les adversaires de la liberté. 

Capture d’écran 2015-04-20 à 03.37.34

   […] C’est donc seulement dans et par le libre surgissement d’une liberté que le monde développe et révèle les résistances qui peuvent rendre la fin projetée irréalisable. L’homme ne rencontre d’obstacle que dans le champ de sa liberté. Mieux encore : il est impossible de décréter a priori ce qui revient à l’existant brut et à la liberté dans le caractère d’obstacle de tel existant particulier. Ce qui est obstacle pour moi, en effet, ne le sera pas pour un autre. Il n’y a pas d’obstacle absolu, mais l’obstacle révèle son coefficient d’adversité à travers les techniques librement inventées, librement acquises ; il le révèle aussi en fonction de la valeur de la fin posée par la liberté. Ce rocher ne sera pas un obstacle si je veux, coûte que coûte, parvenir au haut de la montagne ; il me découragera, au contraire, si j’ai librement fixé des limites à mon désir de faire l’ascension projetée. Ainsi le monde, par des coefficients d’adversité, me révèle la façon dont je tiens aux fins que je m’as¬signe ; en sorte que je ne puis jamais savoir s’il me donne un renseignement sur moi ou sur lui. […] A désir égal d’escalade, le rocher sera aisé à gravir pour tel ascensionniste athlétique, difficile pour tel autre, novice, mal entraîné et au corps malingre. Mais le corps ne se révèle à son tour comme bien ou mal entraîné que par rapport à un choix libre. C’est parce que je suis là et que j’ai fait de moi ce que je suis que le rocher développe par rapport à mon corps un coefficient d’adversité. Pour l’avocat demeuré à la ville et qui plaide, le corps dissimulé sous sa robe d’avocat, le rocher n’est ni difficile ni aisé à gravir : il est fondu dans la totalité « monde » sans en émerger aucunement. Et, en un sens, c’est moi qui choisis mon corps comme malingre, en l’affrontant aux difficultés que je fais naître [alpinisme, cyclisme, sport]. Si je n’ai pas choisi de faire du sport, si je demeure dans les villes et si je m’occupe exclusivement de négoce ou de travaux intellectuels, mon corps ne sera aucunement qualifié de ce point de vue. Ainsi commençons nous à entrevoir le paradoxe de la liberté : il n’y a de liberté qu’en situation et il n’y a de situation que par la liberté. La réalité humaine rencontre partout des résistances et des obstacles qu’elle n’a pas créés ; mais ces résistances et ces obstacles n’ont de sens que dans et par le libre choix que la réalité humaine est. »

Sartre, extrait de L’Etre et le néant, 1943.

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Meraviglia

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VALLEE DE L'OMO, PEINTURES CORPORELLES, TRIBUS SURMA ET MURSI

    Depuis la nuit des temps les Surmas et les Mursis qui vivent au sud de l’Ethiopie dans la vallée du fleuve Omo parent et décorent leur corps. Les origines de ces dessins sont inconnus. La certitude est que ce n’est ni religieux ni rituel. Il peuvent se baigner et les effacer plusieurs fois par jour. Pierres volcaniques broyées, les pigments sont mélangés à l’eau. Ils se dessinent vite, du bout des doigts, avant que le mélange ne sèche. Cette rapidité d’exécution garantie leur spontanéïté.

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