Je suis malade…

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Je suis malade !!!

7917-emily-the-strange-posters     Ciel ! Je l’ignorais mais je suis malade ! Un mal gravissime qui me ronge peu à peu le corps et l’esprit, un mal honteux nouvellement apparu, dont j’avais jamais entendu parler et qui s’appelle l’insécurité culturelle. Chose curieuse, il paraît que cette maladie touche une catégorie bien particulière de la population, les vilains d’extrême droite et tout ceux qu’ils influencent… Ce mal fonctionnerait donc comme le sida à ses débuts que l’on pensait toucher exclusivement les homosexuels… De là à penser que c’est une maladie envoyée par le ciel pour punir une catégorie de pécheur … « Tu es un homosexuel, je vais te punir en t’envoyant le SIDA ! », « Tu as des idées honteuses d’extrême-droite, je vais te punir en te rendant anxieux culturellement ! », « Bien fait pour toi !, Na ! ». Bon, tout n’est pas perdu, on me laisse un espoir : il parait que ça se soigne… Ce que je ne comprends pas c’est que je ne suis aucunement d’extrême-droite et que je fuis comme la peste ces gens là… La preuve ? Eh bien, quand sur un trottoir je vois venir à ma rencontre un nazi en costume de SS ou même un skinhead à l’air bovin brandissant une batte de baseball, je traverse immédiatement la rue pour l’éviter. Pour les gens du Front National, c’est devenu plus difficile de les reconnaître car ils recrutent désormais chez les ouvriers, les énarques et même les homosexuels… Il y aurait même des français d’origine musulmane qui voteraient pour eux parce qu’ils trouvent qu’il y a vraiment trop d’immigrés en France…  Alors comment ais-je pu attraper cette saloperie ? aux toilettes peut-être… pourtant je me lave consciencieusement les mains et évite de toucher les poignées de portes des WC quand je les utilise… J’ai un truc pour cela : je rentre ma main à l’intérieur de la manche de ma veste et je tourne la poignée à travers le tissu  pour éviter que mon épiderme entre en contact avec elle mais il est vrai après cela c’est la manche de la veste qui est souillée… Vous imaginez l’examen d’une poignée de porte de WC au microscope ? Un ignoble bouillon de culture ! Rien que d’y penser, ça me fait gerber… Mais peut-être attrape-t-on cette maladie par le simple fait de respirer… C’est terrifiant ! La personne bien intentionnée qui m’a diagnostiqué m’a laissé un espoir en me disant que ça pouvait se soigner et elle m’a conseillé pour cela de commencer par lire l’éditorial de Riss dans Charlie Hebdo

Riss    Connaissant Charlie Hebdo, je suis sûr que ce sera un remède de cheval. Si j’osais faire du (très) mauvais humour ( mais avec Charlie tout est permis…n’est-il pas ? ), je dirais que si le remède a de grande chance de tuer le microbe ou le virus il tuera certainement aussi le malade… Bon voyons ce que dit Riss dans son éditorial… C’est bien ce que j’imaginais, le remède n’a rien à voir avec la médecine douce ou homéopathique et Riss à son habitude ne fait pas dans la dentelle. Ce serait plutôt de la chirurgie lourde de temps de guerre avec instruments médicaux improvisés et sans anesthésie à la manière de la chirurgie du film américain MASH… En fait, on apprend dans l’éditorial de Riss que le virus de l’Insécurité culturelle est né d’une manipulation génétique pratiquée dans les laboratoires secrets de l’extrême droite et est un pur produit de la guerre bactériologique… Le virus s’attaque aux neurones introduisant dans ceux-ci la peur de l’étranger et de l’immigré ainsi qu’aux glandes surrénales qui vont alors sécréter des hormones qui vont provoquer une mise en alerte de l’organisme et du stress. Les premiers symptômes de la maladie se révèlent quand les contaminés paniquent à l’idée qu’on pourrait leur subtiliser le produit phare de leur identité culturelle, je parle du camembert : « Au secours, on m’a volé mon camembert !  » Car c’est bien connu, le camembert est avec la baguette et le croissant – Non, j’enlève le croissant…– l’expression la plus raffinée de la culture et de l’identité française. On se demande d’ailleurs pourquoi la France a choisi d’arborer aux frontons de ses bâtiments publics la devise Liberté, Egalité, Fraternité plutôt qu’un beau camembert au lait cru bien coulant…

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Il y a au moins un endroit en France où l’on a utilisé le camembert comme symbole des valeurs les plus nobles, c’est en Haute-Savoie, au Plateau des Glières avec le monument du sculpteur Gilioli

     L’éditorial de Riss est très instructif mais sans concession, j’apprends ainsi que les français touchés par le virus de l’insécurité culturelle ne brillent en général pas par leur intelligence : ce sont soit des pauvres types crédules manipulés par l’extrême-droite, des franchouillards ringards qui prennent leur camembert pour le Saint-Graal, des créatures plus proches de la gent animale que du genre humain qui se rassemblent en meutes et qu’on excite facilement en agitant un chiffon rouge, des poltrons effrayés par une couscoussière, un narguilé, une mosquée même pas belle ou une corne de gazelle (???)… Je n’en mène pas large car je comprends maintenant pourquoi j’ai attrapé cette maladie, j’appartiens en effet à au moins deux de ces catégories : je fais partie des pauvres types crédules manipulés par l’extrême-droite et des franchouillards ringards qui adorent le camembert…

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     Bon, arrêtons de rigoler et quittons la caricature pour revenir à des propos plus sérieux. Comment se fait-il que Riss, à l’instar de la majorité de la Nomentaklura politico-médiatique française, n’ait toujours pas compris qu’il était totalement contre-productif d’être dans le déni des sentiments que ressentent de manière prégnante et douloureuse une part importante de la population française. C’est caricaturer et mépriser la sensibilité et les opinions de ceux qui éprouvent une inquiétude et un mal-de-vivre face à des événements et des faits qui ne relèvent pas de leurs fantasmes mais qu’ils vivent quotidiennement que de les réduire à des crédules manipulés par l’extrême droite, des franchouillards ringards ou des membres d’une meute excités par un chiffon rouge. Cela n’a rien à voir avec un raisonnement, cela s’appelle du mépris. Riss fait partie des bien-pensants qui considèrent qu’une partie de la population française n’est pas digne d’être écoutée et prise au sérieux. Le résultat est que cette population est blessée, se sent rejetée et se tourne par réaction vers ceux qui déclarent être à son écoute, les gens du  Front National, à moins que par cette action, elle ne veuille qu’exprimer son désir de « punir » ceux qui la méprisent. Le reste de l’éditorial est à l’avenant. « Circulez, il n’y a rien à voir… » 

     Riss refuse d’aborder les problèmes réels que pose la présence grandissante de l’Islam dont le livre fondateur comporte de nombreux préceptes qui sont en opposition fondamentales avec les valeurs cardinales de la République française : liberté d’expression, égalité des sexes, laïcité et qui peuvent présenter un danger pour la société française si une frange des musulmans vivant en France en faisait une lecture littérale et intégriste. Ce qui est le cas, on est bien obligé de le reconnaître… Les événements de ces dernières semaines le prouvent. Charlie-Hebdo nous avait habitué dans le passé à plus de clairvoyance. Venant après les déclarations de Luz selon lesquelles celui-ci ne dessinerait plus désormais Mahomet (ce que personne lui reprochera après ce qu’il a vécu), l’éditorial de Riss semble être le signe d’un changement de ligne du journal vis-à-vis de l’Islam. Les fanatiques auraient-ils gagnés ? Il faut le craindre et ce serait la preuve que ceux qui sont aujourd’hui inquiets ont raison de l’être… Réduire les problèmes posés par l’immigration et la présence de l’Islam en France aux remous causés par l’arrivée du Rock n’roll et à la menace qu’il représentait alors pour le bal musette est stupide. Cela s’appelle refuser le débat et vouloir s’en tirer par une pirouette…  Traiter de problèmes aussi cruciaux et si lourds de conséquences pour l’avenir du pays et la vie de nos concitoyens de manière aussi légère est consternant. Riss ajoute ensuite finement que « L’histoire des cultures n’est qu’une succession de remises en cause de modèles culturels anciens, mais au bout du compte le résultat n’est pas forcément mauvais ». Cette phrase énonce des généralités creuses et ne veut strictement rien dire : de quelles cultures parle-t-on ? Quid des cultures qui ont été phagocytées par d’autres et se sont affaiblies au point parfois de disparaître ? Quid des guerres de religion ? Riss précise que le résultat n’est pas « forcément mauvais », on en conclut donc qu’il y a des risques qu’il puisse être mauvais… Mais alors, plutôt que d’accepter béatement le choc des cultures en souhaitant que tout va bien se passer, pourquoi ne pas reconnaître que l’inquiétude (qu’il ne faut pas confondre avec la peur) est légitime et qu’il serait peut-être temps de ne plus éluder le problème et d’y réfléchir sereinement avec responsabilité…

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à suivre… Thème d’un prochain article : le monde enchanté des bisounours…

     Il existe un monde merveilleux dans lequel tout le monde il est beau, il est gentil ou plutôt tout le monde, il sera beau, il sera gentil… Car ce monde n’existe pas encore, c’est une potentialité, une aspiration, un devenir à construire si TOUS, nous retroussons nos manches, dominons nos préjugés et nos peurs et nous ouvrons enfin à l’autre, à ses différences, à ses richesses et de cette attitude naîtra une nouvelle société, plurielle ou synthétique qui sera plus riche que l’ancienne… Alleluia ! Cette attitude d’esprit, cette aspiration s’appelle l’utopie et elle n’est nullement répréhensible car les hommes aient besoin d’utopie pour avancer,  rompre la pesanteur et l’immobilisme du repli sur soi. Je ne vais pas critiquer l’utopie, moi qui a cru longtemps à l’avènement possible d’une société sans classe dans laquelle les biens matériels et leur moyens de production et d’échange seraient mis en commun et répartis suivant les besoins de chacun. Mais l’histoire montre qu’il faut se méfier des utopies : les grands principes de liberté, égalité et fraternité de la Révolution française sont été noyés dans la Terreur et la construction du communisme s’est soldé par des dizaines de millions de victimes. Eh oui, il faut bien reconnaître que l’Enfer est pavé de bonnes intentions…

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