meraviglia

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la quête du sourire : le sourire étrusque

la tête de Tums - Temple de Portonaccio de Véles, Ve siècle av. notre ère

la tête de Tums – Temple de Portonaccio de Véles, Ve siècle av. notre ère

Tête de l'Apollon de Véles, terre cuite, Vie siècle av. notre ère

Tête de l’Apollon de Véles, terre cuite, Vie siècle av. notre ère

Apollon de Véles avec ses couleurs originelles, Vie siècle av. notre ère

Apollon de Véles avec ses couleurs originelles, Vie siècle av. notre ère

    Je suis toujours profondément troublé et même, j’ose le dire, déçu par les reconstitutions de l’état originel des statues antiques. L’usure du temps a fait que nous avons été habitués à voir les vestiges de la statuaire et de l’architecture antique, qu’elles soient égyptienne, grecque ou étrusque, comme exemptes de toute décoration et fioritures dans un état où la matière qui constitue l’œuvre est restée brute dans son aspect naturel. De là s’est produit un phénomène d’extraction de l’œuvre du réel avec ses textures et ses couleurs, et de projection de celle-ci dans le domaine abstrait des idées, de l’essence et du sacré. Vision toute platonicienne s’il en est de l’œuvre d’art. Colorer le marbre brut qui à nos yeux la magnifie et lui confère un caractère sacré, c’est ramener l’œuvre d’art au réel et au profane et lui faire perdre une part de son caractère mystérieux et magique. C’est également réduire l’effet produit par la forme pure au bénéfice de l’apparence première; distrait par la profusion, l’intensité et les contrastes des couleurs, l’œil oublie ou néglige la forme. Mais alors comment les Egyptiens, les Grecs ou les Etrusques réagissaient-ils au marbre brut ? Se pouvait-il qu’ils ressentent alors une impression de manque et d’inachevé ? Fallait-il que l’œuvre d’art soit colorée et rendue réaliste pour qu’elle soit apte à provoquer chez eux une émotion et répondre ainsi à sa fonction ? J’ai peine à imaginer Phidias barbouiller de peinture ses statues ou ses bas-reliefs du Parthénon… Et pourtant, c’est ce qui a du se produire. Voici comment en 1910,  Elie Faure, le grand historien de l’art, décrivait les koroi, ces statues e l’Acropole d’Athènes découvertes quelques années plus tôt : « créatures barbarement enluminées, éblouissantes et bizarres comme des oiseaux des tropiques [ayant] la forte saveur des femmes d’Orient, fardées, parées, peut-être assez vulgaires, fascinantes, pourtant, lointaines, des êtres de conte, des animaux puérils, des esclaves gâtées ». Il les trouvaient néanmoins belles… En fait, c’est sous l’empire romain, avec les copies des statues grecques que la blancheur et la pureté de la matière ont commencées à être valorisées, la peinture symbolisant dés lors l’impureté et l’extravagance. Le Moyen Age et la Renaissance poursuivront la tendance considérant le blanc comme le symbole de la pureté et portant en lui la marque de la civilisation. Cette conception s’est prolongée jusqu’à l’époque moderne et Winckelmann pourra écrire : « un beau corps sera d’autant plus beau qu’il sera plus blanc, et, s’il est nu, paraîtra plus grand qu’il n’est dans la réalité ». Ce n’est que récemment que les archéologues ont pu, grâce à de nouvelles techniques, prouver que les statues grecques étaient peintes et retrouver leurs couleurs d’origine. Horreur ! dans l’antiquité, le rose bonbon, le vert pomme et le bleu vif étaient tendance…

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