l’occupation israélienne en Palestine : arbitraire, absurdité et ressentiment…

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   Une association israélienne, « Breaking the silence » créée par un ancien soldat israélien, Yehuda Shaul, qu’on ne pourra suspecter « d’antisémitisme » recueille et publie des témoignages de soldats qui dénoncent l’occupation des Territoires palestiniens. Les textes, parfois violents, sont percutants et montrent le calvaire enduré depuis des décennies par les palestiniens en proie aux vexations et aux humiliations récurrentes lors de leurs passages aux check points. Le site Rue89 a publié quatre de ces témoignages. Nous avons choisi parmi ces témoignage celui d’un soldat servant dans le Bataillon Lavi, dans les collines d’Hébron Sud en 2003, révélateur du climat fait tout à la fois d’arbitraire et d’absurdité qui accompagne l’occupation israélienne.

Témoignage

     « Il y a eu un incident dont je pense que c’est le plus… c’est le truc que je regrette le plus. C’est la pire chose que j’ai faite pendant tout mon service dans les Territoires.

      Il y avait ce type qui venait de Yatta et qui voulait passer un barrage. Il se rendait de Yatta à Hébron, à la laiterie. Il y avait un camion plein de récipients pour le lait. Je crois qu’il y avait un couvre-feu à Hébron à ce moment-là. Bref, il n’avait pas le droit de passer. Je l’ai attrapé au moment où il franchissait le barrage, c’était la troisième fois de la semaine que j’attrapais le même type – dans des circonstances différentes, mais le même type, plus ou moins au même endroit.      J’ai un peu pété les plombs, parce que je l’ai fait sortir… je lui ai dit de descendre du véhicule et tout, mais il s’est mis à protester et à crier, alors j’ai tout de suite fait deux choses : j’ai sorti les menottes et le bandeau. Je suis monté dans la jeep et je l’a amené à la porte. Il était, je ne sais pas, 10 heures du matin, quelque chose comme ça… et je l’ai relâché entre 11 heures et 1 heure du matin.        C’est-à-dire, c’était l’été… c’est-à-dire, toute la journée. Il avait genre 2 000 litres de lait avec lui et tout a tourné. Ça a duré toute la journée, il est resté à la porte avec les yeux bandés et les mains attachées.

         Quand j’y repense maintenant, j’ai honte pour deux raisons. Premièrement, pour la manière dont j’ai traité un autre être humain. Attraper un homme et prendre le contrôle de sa vie comme ça ? […] Je l’ai emmené comme un prisonnier, attaché. Et personne d’autre n’était responsable de ça. Ce n’est pas comme si j’avais reçu des ordres, vous voyez ? Non, c’est ce que j’ai décidé de faire. Et c’était acceptable. Du point de vue de tous mes supérieurs, il n’y avait pas de problème.         OK, tu as arrêté quelqu’un, voilà comment tu as traité un autre être humain, mais le fait est qu’il y avait aussi des biens, c’est-à-dire du lait. Quelque chose qui avait une valeur financière a été perdu. […]

       Ce n’est pas un terroriste, il n’était pas recherché, il ne s’en est pas pris à moi, il ne m’a pas menacé avec une arme. C’est un type normal. Quelle était l’utilité de ce que j’ai fait ? Aucune. Est-ce que ça a contribué à la sécurité de l’Etat ? Non. J’ai juste fait du mal à quelqu’un. Et ça ne va pas. »

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