le chagrin de Bachelard

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Pour l’ambiance, commencez par allumer le feu, s’il vous plait. Pour l’allume feu automatique, appuyez là où vous savez… Et n’hésitez pas à jeter les pubs au feu !

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MoiMon client a prévu pour son chalet une cheminée à feu ouvert.
l’ingénieur écologiste : Ah mais ce ne va pas être possible !
Moi : Ah bon, mais pourquoi ?
l’ingénieur écologiste : Eh bien pour deux raisons : la première c’est que le rendement d’une cheminée à feu ouvert est ridicule et la deuxième est que ces cheminées sont nuisibles sur les plans écologique et sanitaire par leur pollution. elles libèrent en effet les fameuses particules fines PM10 à la taille inférieures à 10 microns qui sont dangereuses pour la santé. Elles sont d’ailleurs sujettes à restriction dans certains secteurs comme dans la région parisienne et la vallée de l’Arve en Haute-Savoie.
Moi : Je pensais que dans la vallée de l’Arve, c’était la circulation des nombreux camions qui utilisent le tunnel du Mont-Blanc qui générait cette pollution… Pourquoi n’agit-on pas sur cette cause principale plutôt que sur les cheminées ?
–  l’ingénieur écologiste : Réduire la circulation des camions entre la France et l’Italie ? Vous n’y pensez pas. Les conséquences seraient trop importantes sur le plan économique. 
– Moi : Ça va causer beaucoup de peine à Bachelard, votre histoire…
l’ingénieur écologiste : Qui ?
– Moi : Gaston Bachelard, un spécialiste des feux de cheminée...
l’ingénieur écologiste : Gaston Bachelard, vous dites ? Un spécialiste des feux de cheminée ? Connais pas… jamais entendu parler…

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L’art du tisonnage

    Quand j’étais malade, mon père faisait du feu dans ma chambre. Il apportait un très grand soin à dresser les bûches sur le petit bois, à glisser entre les chenêts la poignée de copeaux. manquer un feu eût été une insigne sottise. Je n’imaginais pas que mon père pût avoir d’égal dans cette fonction  qu’il ne déléguait jamais à personne. En fait, je ne crois pas avoir allumé un feu avant l’âge de dix huit ans. C’est seulement quand je vécus dans la solitude que je fus le maître de la cheminée. Mais l’art de tisonner que j’avais appris de mon père m’est resté comme une vanité. J’aimerais mieux, je crois, manquer une leçon de philosophie que manquer mon feu du matin. Aussi avec quelle vive sympathie je lis chez un auteur estimé (il s’agit de Ducarla), tout occupé de savantes recherches, cette page qui est pour moi presque une page de souvenirs personnels : « Je me suis souvent amusé de cette recette quand j’étais chez les autres ou quand j’avais quelqu’un chez moi : le feu se ralentissait; il fallait le tisonner inutilement, savamment, longuement, à travers une fumée épaisse. On recourait enfin au menu bois, au charbon, qui ne venaient pas toujours assez tôt : après qu’on avait souvent bouleversé des bûches noires, je parvenais à m’emparer des pincettes, chose qui suppose patience, audace et bonheur. J’obtenais même sursis en faveur d’un sortilège, comme ces Empiriques, auxquels la Faculté livre un malade désespéré; puis je me bornais à mettre en regard quelques tisons, bien souvent  sans qu’on pût s’apercevoir que j’eusse rien touché. Je me reposais sans avoir travaillé; l’on me regardait comme pour me dire d’agir et cependant la flamme venait et s’emparait du bûcher; alors on m’accusait d’avoir jeté quelque poudre, et l’on reconnaissait enfin, selon l’usage, que j’avais ménagé des courants : on n’allait pas s’enquérir des chaleurs complète, effluente, rayonnante, des pyrosphères, des vitesses translatives, des séries calorifiques. » (…)  

Gaston Bachelard – la psychanalyse du feu (pages 25-26)

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la rêverie devant le feu

    Le rêve chemine linéairement, oubliant son chemin en courant. La rêverie travaille en étoile. Elle revient à son centre pour lancer de nouveaux rayons. Et précisément la rêverie devant le feu, la douce rêverie consciente de son bien-être, est la rêverie la plus naturellement centrée. Elle compte parmi celle qui tient le mieux à son objet ou si l’on veut à son prétexte. D’où cette solidité et cette homogénéité qui lui donnent un tel charme que personne que personne ne s’en déprend. Elle est si bien définie que c’est devenu une banalité de dire qu’on aime un feu de cheminée. Il s’agit alors du feu calme, régulier maîtrisé, où la grosse bûche brûle à petites flammes. C’est phénomène monotone et brillant, vraiment total : il parle et il vole, il chante.
      Le feu enfermé dans le foyer fut sans doute pour l’homme le premier sujet de rêverie, le symbole du repos, l’invitation au repos. On ne conçoit guère une philosophie du repos sans une rêverie devant les bûches qui flambent. Aussi, d’après nous, manquer à la rêverie devant le feu, c’est perdre l’usage vraiment humain et premier du feu. sans doute le feu réchauffe et réconforte. mais on ne prend bien conscience de ce réconfort que dans une assez longue contemplation; on ne reçoit le bien-être du feu que si l’on met les coudes aux genoux et al tête dans les mains. Cette attitude vient de loin. L’enfant près du feu la prend naturellement. Elle n’est pas pour rien l’attitude du penseur. Elle détermine une attitude  très particulière, qui n’a rien de commun avec l’attention du guet ou de l’observation. Elle est très rarement utilisée pour une autre contemplation. Près du feu, il faut s’asseoir; il faut se reposer sans dormir; il faut la rêverie objectivement spécifique.

Gaston Bachelard – la psychanalyse du feu (pages 36-37)

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