illustres illustrateurs de fleurs et d’oiseaux : le peintre américain Martin Johnson Heade (1819-1904)

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Martin Johnson Heade (I) : illustrations de fleurs, d’oiseaux et de natures mortes

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Martin Johnson Heade – Orchidée cattleya et trois colibris brésiliens, 1871

Heliodore's Woodstar and a Pink Orchid - circa 1875-1890 - oil on canvas by Martin Johnson Heade (1819-1904) - via The Athenaeum

Martin Johnson Heade – Colibri Heliodore et orchidée rose, vers 1875-1890 via The Athenaeum

Cattleya Orchid, Two Hummingbirds and a Beetle - 1875-1890 - oil on canvas by Martin Johnson Heade (1819-1904) - via The Athenaeum

Martin Johnson Heade – Deux colibris et un coléoptère près d’une orchidée Cattleya, vers 1819-1904 –  via The Athenaeum

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Martin Johnson Heade – Deux colibris bataillant près de deux orchidées, 1875

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Martin Johnson Heade – Deux orchidées

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Martin Johnson Heade – Paysage tropical avec colibris, 1870

Martin Johnson Heade - Hummingbird et Passiflores (1875-1885) via Le Metropolitan Museum of Art

Martin Johnson Heade – Colibri et Passiflores, vers 1875-1885

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Martin Johnson Heade – Oiseaux tropicaux dans un paysage montagneux, vers 1883

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Martin Johnson Heade – Fleurs de lotus avec paysage en arrière-plan, vers 1185-1900

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Martin Johnson Heade – Magnolias géants sur un tissu de velours bleu, vers 1890

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Martin Johnson Heade – Deux roses Cherokee, vers 1883-1895

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Martin-johnson-heade

Martin Johnson Heade, (1819-1904) est un peintre américain célèbre pour ses représentations de paysages, d’oiseaux tropicaux et de natures mortes. Fils d’un magasinier, il étudie auprès du peintre naïf quaker Edward Hicks. Durant les années 1840, il peint surtout des portraits et voyage en Europe. Vers 1857, il se consacre à la peinture de paysage, parcourant le littoral américain qui sera sa source principale d’inspiration. Il exposera ses premiers paysages à Philadelphie en 1841, puis à New York en 1843. C’est à cette époque qu’il se liera d’amitié avec les peintres de la Hudson River School. À partir des années 1860, il se découvre une passion pour les pays d’Amérique du Sud dans lesquels il se rend à de nombreuses reprises pour peindre des paysages, des oiseaux et des fleurs exotiques. Après son mariage en 1883, il retourne dans sa région natale de Floride où il peindra principalement des natures mortes, notamment des fleurs sur velours, magnolias et orchidées.

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Echange de clés…

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serrure

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Echange de clés – Une nouvelle d’Arno Schmidt

     C’est très retiré, là-derrière à la Sarre. Des gorges aux parois verticales de grès triasique; des rochers malabars obstruent le chemin, en armures rouges de brigand, où l’énorme pierre branlante tient lieu de crâne; (« on est arrêté par de hautes montagnes, dans lesquelles habitent, paraît-il, des gens aux pieds de bouc, et au-delà en sont d’autres qui dorment six lunes durant » — j’ai toujours lu avec plaisir ces passages chez Hérodote. (Mon premier poème épique, SATASPES.)
        Dans le petit village somnolent où j’habitais alors, je venais juste de rentrer d’un tour en forêt; en progressant courbé entre buissons & hauts fûts, mon peu de front s’était englué comme d’ordinaire d’invisibles toiles d’araignées froufrouteuses. En haut, sur les deux côtés de la grand-route, les ailes vinrent à l’assaut, poignées de sabres au-dessus des têtes échevelées; du vent rasait çà et là; subitement le temps sembla changer.

      Ensuite je fus assis, épuisé et content, dans mon unique pièce; plutôt pauvre en meubles, mais je sais au besoin prendre le coffre de ma machine à écrire pour oreiller et me couvrir avec la porte de ma chambre. en outre, on pense mieux entouré de peu d’ustensiles : mon idéal serait une pièce vide sans porte; deux fenêtres nues, sans rideaux, dans chacune se détire une croix maigre – inestimable pour ces sortes de ciels comme le matin vers quatre heures; ou le soir, quand les grêles langues rouges de serpents poursuivent le soleil de leur sifflements (mes doigts se courbent en conséquence).
       (Cette explication encore : je vis des revenus de ma machine à écrire. Le plus souvent des choses futiles mais mignonnes : articles de journaux, causeries; il existe dans le Grand Brehm la notion de  » tableau de ménagerie  » – où les dix espèces animales cohabitent sans gêne sur fond de paysage paradisiaque – c’est dans cette même manière que je conçois mes petits articles, Des savants qui eurent épouses méchantes. Au mieux, de temps en temps, un essai radiophonique sérieux, Fouqué & quelques-uns de ses contemporains. Pas un beau métier !)
      Donc rester assis. Survoler des yeux écarquillés les plate-bandes d’idées. (devant moi, le tic-tac de la montre; je suis vieux jeu, j’aime les bons gros oignons en étui de mineur, au bout d’une chaîne d’acier.) Le mur blanc me regardait, comme toujours, paisiblement; paisiblement; – pai. Si. Blement. –– (Le gros point brillant dans la serrure de la porte, c’était le bout de la tige – de la clé; très brillant. Brillant gênant en fait; je décidai d’y coller demain un rond de papier.)

serrure + clé

      Silence. Au loin, dans les communaux, le bruit d’un tracteur malingre. On avait le nez d’un ornithorynque. Et le mur était patient comme seule peut l’être une pierre; de et vers la pierre. – Mais quelque chose n’allait pas ! Mon visage se contracta : ? Ah ! Là !
    Tout doucement – on ne le remarquait qu’au clignotement différent – le gros point brillant tourna dans la serrure de la porte. Tourna : et disparut !

      Or je suis toujours long à la détente. En général je suis enfoncé jusqu’à la poitrine dans la jungle des pensées et dois d’abord m’en extirper, me hisser sur la paume des mains – : la clé était partie !
       Je bondis; clenchai et me précipitai par la porte; tête à droite : rien ! Tête à gauche : la porte d’entrée ne venait-elle pas de retomber dans la serrure ?! Je fis trois pas (je mesure un mètre quatre-vingt-cinq et j’ai de longues jambes !) – et vis disparaître quelque chose de brun vis-à-vis dans le verger. Une main surpuissance me donna un coup dans le dos : sus !
     Chasse au brun : les branches m’offrirent une leçon d’escrime dans le règles de l’art, quarte, tierce, seconde latérale. Un soleil douteux tachait partout.
      Traque dans les chemins des labours. Après cent mètres nous étions au bord des rochers, et mon brun se précipita la tête la première dans les noisetiers. Je dégringolai la paroi en roulé-boulé; donnai de la souplesse à mes articulations – mondieu, çà allait de plus en plus vite ! – fus roulé dans le ruisselet, collé contre le tronc d’un sapin; et me rétablis bras écartés : un glissement en contre-haut; les buissons se mirent à taper sauvagement autour d’eux; je me ramassai et amortis de tout mon corps le ballon brun; au visage de fille, à la tête sablonneuse : nous nous somme tenus ainsi un moment. Le temps de souffler.

       Assis l’un à côté de l’autre. « Oui, je l’ai » avoua-t-elle haletante, à propos de ma clé. Le vent surpris poussa un bref gémissement; puis retour du silence pré-orageux : taille moyenne; jambes minces; visage absent. « c’est parce que je collectionne les clés – les clés célèbres. Des hommes d’Etat ou des professeurs. » (Haleter une fois, entre-temps, « todos : juntos » comme disent les espagnols pour « ho hisse » !). « ou des écrivains. »
        « Au fait, où habitez-vous ? » trouvai-je; elle me montra de la tête la maisonnette sur le talus. Son manteau était élimé, comme le mien, et ses souliers misérablement éculés. « Je n’en crois rien; je veux d’abord voir ! » Nous nous rendîmes donc côte à côte, pacifiques, à son logement : une chambre; murs blancs, une réfugiée venue de Silésie.
       Elle se tourna gauchement au milieu du pauvre mobilier; verrouilla aussi la porte avant; puis elle ouvrit un tiroir : « Là. » Je vis, consterné, les énormes trousseaux de clés en partie déjà rouillés; chacun muni du petit carton écrit à la main : « Clé de la chambre à coucher de Greta Garbo »; « Celle d’Eisenhower »; « Clé du studio du Prof. Max Bense ». Elle soupesait craintivement la mienne sur sa main brun clair; elle demanda d’une voix de sorcière, haute et enrouée : « Puis-je ? »
trousseau de clés

        Sortir rapidement; je demandai en douce à la fermière : « Qui c’est, votre locataire ? ». la grosse vigoureuse fit hocher sa chair marbrée de rouge, et rit : « C’en est une qu’a tout perdu à l’Est, elle est un peu dérangée. N’a plus personne; pas dangereuse. Mais z’avez intérêt à garder un œil sur vos clés ! » – Je retournai à l’intérieur, hésitant; s’il y a une sorte de gens pour laquelle j’ai un faible, c’est bien le collectionneurs : passion et absence de scrupules, finesse et avidité assassine.
        Je marchai donc droit sur la brunette : sa tête allait juste à ma poitrine. Un épais nid de cheveux, dans lequel on pouvait cacher des diamants (ou des clés ! L’idée l’enthousiasma tout de suite !). la quarantaine : ça allait aussi. Nous nous sommes regardés pendant un certain temps.
       « Vous pourrez donc garder ma clé – à condition que vous me donniez la vôtre ! » Elle haussa un visage lisse : « Oh, » dit-elle innocemment, « chez moi c’est une serrure d’armoire toute simple – n’en vaut pas la peine. » Silence. J’inspirai profondément, pour que ma carrure prenne une largeur recommandable (tantôt s’agissait bien d’un « brigand en armure rouge rouille » non ?); « Tout de même, j’aimerais bien ! » dis-je à voix basse.
Son regard d’abord sur la clé, puis sur moi; le leva vers moi puis revint à la simple clé. une rougeur délicate recouvrit lentement son visage. « Ah d’accord » dit-elle hésitante. Regarda çà & là. « Mais enfin je suis folle » objecta-t-elle faiblement. Bref mouvement de ma tête pour dire que non; je promis aussi : « Je fournirai beaucoup de clés d’écrivains; je les connais tous ! »
        Vaincue elle baissa le front contre moi; ses épaules doutèrent encore un peu. Puis elle s’avança vers la porte; l’en retira; revint vers moi; me fora çà & là d’un air gêné dans le ventre avec la clé; leva les yeux et sourit : d’abord très dubitative; puis de plus en plus rayonnante. ses mains me tripotèrent, partout : poitrine, épaules, plus haut, – cou ! Moi aussi je mis les coudes en équerres, et posai les mains sur ses fines omoplates.

        « Ah oui ! » dit-elle apaisée. A l’échange de clés.

Arno Schmidt, Histoires – traduit de l’allemand par Claude Riehl, éditions TRISTAM, 2000.

serrure cœur

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Coil – Music To play in The Dark : Where are you ?

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Qui déchiffrera le langage des ocelles ?

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Le langage du Dieu (Extrait de L’Ecriture de Dieu, El Aleph de  Jorge Luis Borges).

      « Cette pensée me donna du courage, puis me plongea dans une espèce de vertige. Sur toute l’étendue de la terre, il existe des formes antiques, des formes incorruptibles et éternelles. N’importe laquelle d’entre elles pouvait être le symbole cherché ; une montagne pouvait être la parole du dieu, ou un fleuve, ou l’empire, ou la disposition des astres. Mais, au cours des siècles, les montagnes s’usent et le cours d’un fleuve dévie, et les empires connaissent des changements et des catastrophes, et la figure des astres varie. Jusque dans le firmament, il y a mutation. La montagne et l’étoile sont des individus, et les individus passent. Je cherchai quelque chose de plus tenace, de moins vulnérable. Je pensai aux générations des céréales, des herbes, des oiseaux, des hommes. Peut-être la formule était-elle écrite sur mon visage et j’étais moi-même le but de ma recherche. (…)

       Je ne dirai pas mes fatigues et ma peine. Plus d’une fois, je criai aux murs qu’il était impossible de déchiffrer un pareil texte. Insensiblement, l’énigme concrète qui m’occupait me tourmenta moins que l’énigme générique que constitue une sentence écrite par un dieu. « Quelle sorte de sentence, me demandais-je, devait formuler une intelligence absolue ? » Je réfléchis que, même dans les langages humains, il n’y a pas de proposition qui ne suppose pas l’univers entier. (…) Je réfléchis encore que, dans le langage d’un dieu, toute parole énoncerait cet enchaînement infini de faits, et non pas d’un mode implicite, mais explicite, et non pas une manière progressive, mais instantanée. Avec le temps, la notion même d’une sentence divine me parut puérile et blasphématoire. « Un dieu, pensai-je, ne doit dire qu’un seul mot et qui renferme la plénitude. Aucune parole articulée par lui ne peut être inférieure à l’univers ou moins complète que la somme du temps. Les pauvres mots ambitieux des hommes, tout, monde, univers, sont des ombres, des simulacres de ce vocable qui équivaut à un langage et à tout ce que peut contenir un langage. » (…)

      Alors arriva ce que je ne puis oublier ni communiquer. Il arriva mon union avec la divinité, avec l’univers (je ne sais si ces deux mots diffèrent). L’extase ne répète pas ses symboles. L’un a vu Dieu dans un reflet, l’autre l’a perçu dans une épée ou dans les cercles d’une rose. J’ai vu une Roue très haute qui n’était pas devant mes yeux, ni derrière moi ni à mes côtés, mais partout à la fois. Cette Roue était faite d’eau et aussi de feu et elle était, bien qu’on en distinguât le bord, infinie. Entremêlées, la constituaient toutes les choses qui seront, qui sont et qui furent. J’étais un fil dans cette trame totale (…) Là résidaient les causes et les effets et il me suffisait de voir la Roue pour tout comprendre, sans fin. Ô joie de comprendre, plus grande que celle d’imaginer ou de sentir ! Je vis l’univers et je vis les desseins intimes de l’univers. Je vis les origines que raconte le Livre du Conseil. Je vis les montagnes qui surgirent des eaux. Je vis les premiers hommes qui étaient de la substance des arbres. Je vis les jars qui attaquèrent les hommes. Je vis les chiens leur déchirant le visage. Je vis le dieu sans visage qui est derrière les dieux. Je vis des cheminements infinis qui formaient une seule béatitude et, comprenant tout, je parvins aussi à comprendre l’écriture »

Jorge Luis Borges, « L’Ecriture du Dieu ».

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meraviglia

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absorption chlorophyllienne

Thomas Wilmer Dewing - Summer 1900

Thomas Wilmer Dewing – Eté, 1900

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   Thomas Wilmer Dewing (1851-1938) est un peintre impressionniste américain qui a étudié la peinture à l’Académie Julian à Paris avec les maîtres Gustave Boulanger et Jules Lefebvre  avant de s’installer à New York. Il épouse Maria Oakey Dewing,  artiste peintre elle-même, issue d’une famille ayant de nombreux liens avec le monde de l’art. Son sujet de prédilection est la figure féminine dans une atmosphère onirique et lunaire. Il est un des principaux  représentants de ce que l’on a appelé le tonalisme anglo-saxon inspiré de l’École de Barbizon avec son accentuation colorée de l’atmosphère et des ombres, ses ambiances de brume et son choix de privilégier les valeurs chromatiques moyennes au détriment des contrastes appuyés et des couleurs vives. Les toiles tonalistes privilégient le mode contemplatif, mettent à nu les équivalences entre les lignes, une géométrie mystérieuse du paysage, les volumes, le lien entre l’espace et le pictural, les couleurs du paysage et les modulations de l’âme. la peinture de Thomas Wilmer Dewing a également été très influencé par les peintres français Corot, Millet et Monet. (crédit Wikipedia)

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Thomas Wilmer Dewing, Summer, 1893

Thomas Wilmer Dewing – Eté, 1893

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Axis Mundi – le doigt de Dieu

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Sur le chemin de la Tournette (lac d’Annecy)

Le doigt de Dieu - photo Enki (IMG_1050)

Le doigt de Dieu – photo Enki

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Axis Mundi – « dégager les os de la Terre… »

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Un reportage d’Angélique Garcia du magazine La Roulotte

     La plupart des gens «habillent» la Terre, la meublent, l’affublent, la travestissent. A Beauregard dans le Lot, le sculpteur Roger Rousseau a quant à lui «déshabillé» le sol de son terrain, une causse calcaire de 7.000 m2 enserrée de routes pierreuses perdue au milieu de chêneraies. Il s’agissait dans un premier temps de dégager certaines parties du soubassement rocheux fait de blocs calcaires datant du Jurassique moyen (autour de 130 millions d’années) en enlevant certaines parties de la gangue argileuse qui les recouvrait  afin de créer un espace propice à l’exposition de ses sculptures mais, peu à peu, ce qui devait n’être à l’origine qu’un simple décor minéral s’est révélé être d’une telle puissance expressive et source d’émotion qu’il s’est imposé comme la sculpture principale. C’est ainsi que durant vingt années, Roger Rousseau a poursuivi inlassablement le dégagement des  «os de sa Terre» : «Je sais que je ne cherche rien – dit-il – Seulement que ce lieu dégage son propre esprit.»

Artiste-dici-Roger-Rousseau

Roger Rousseau

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Poèmes sur la folie – Emile Verhaeren, poète halluciné.

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D’avoir trop errer dans les brumes flamandes … : 3 poèmes sur la folie, Emile Verhaeren, Les Campagnes Hallucinées.

le crapaud blanc

Chanson de fou (1)

Le crapaud noir sur le sol blanc
Me fixe indubitablement
Avec des yeux plus grands que n’est grande sa tête ;
Ce sont les yeux qu’on m’a volés
Quand mes regards s’en sont allés,
Un soir, que je tournai la tête.

Mon frère ? – il est quelqu’un qui ment,
Avec de la farine entre ses dents ;
C’est lui, jambes et bras en croix,
Qui tourne au loin, là-bas,
Qui tourne au vent,
Sur ce moulin de bois.

Et Celui-ci, c’est mon cousin
Qui fut curé et but si fort du vin
Que le soleil en devint rouge ;
J’ai su qu’il habitait un bouge,
Avec des morts, dans ses armoires.

Car nous avons pour génitoires
Deux cailloux
Et pour monnaie un sac de poux,
Nous, les trois fous,
Qui épousons, au clair de lune,
Trois folles dames, sur la dune.

Odilon Redon - Fleur du marécage

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Odilon Redon - le Fou

Odilon Redon – le Fou

Chanson de fou (2)

Je les ai vus, je les ai vus,
Ils passaient, par les sentes,
Avec leurs yeux, comme des fentes,
Et leurs barbes, comme du chanvre.

Deux bras de paille,
Un dos de foin,
Blessés, troués, disjoints,
Ils s’en venaient des loins,
Comme d’une bataille.

Un chapeau mou sur leur oreille,
Un habit vert comme l’oseille ;
Ils étaient deux, ils étaient trois,
J’en ai vu dix, qui revenaient du bois.

L’un d’eux a pris mon âme
Et mon âme comme une cloche
Vibre en sa poche.

L’autre a pris ma peau
– Ne le dites à personne –
Ma peau de vieux tambour
Qui sonne.

Un paysan est survenu
Qui nous piqua dans le sol nu,
Eux tous et moi, vieilles défroques,
Dont les enfants se moquent.

Odilon Redon - chimère

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Odilon Redon - Gnome

Chanson de fou (3)

Brisez-leur pattes et vertèbres,
Chassez les rats, les rats.
Et puis versez du froment noir,
Le soir,
Dans les ténèbres.

Jadis, lorsque mon coeur cassa,
Une femme le ramassa
Pour le donner aux rats.

– Brisez-leur pattes et vertèbres.

Souvent je les ai vus dans l’âtre,
Taches d’encre parmi le plâtre,
Qui grignotaient ma mort.

– Brisez-leur pattes et vertèbres.

L’un d’eux, je l’ai senti
Grimper sur moi la nuit,
Et mordre encor le fond du trou
Que fit, dans ma poitrine,
L’arrachement de mon coeur fou.

– Brisez-leur pattes et vertèbres.

Ma tête à moi les vents y passent,
Les vents qui passent sous la porte,
Et les rats noirs de haut en bas
Peuplent ma tête morte.

– Brisez-leur pattes et vertèbres.

Car personne ne sait plus rien.
Et qu’importent le mal, le bien,
Les rats, les rats sont là, par tas,
Dites, verserez-vous, ce soir,
Le froment noir,
A pleines mains, dans les ténèbres ?

Odilon Redon - Fou à la bouteille

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Une autre histoire de Fou en Bretagne hallucinée – Un ancien poème d’Enki

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En Bretagne hallucinée

cathédrale de Guingamp

cathédrale de Guingamp, photo Enki

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Histoire de fou…

Dans la ville endormie
le sonneur est fou à lier…
C’est pour cela qu’on l’a attaché
aux cordes de ses cloches.
Toutes les nuits, il les fait sonner.
Elles sonnent, elle sonnent…
Mais cela ne dérange personne
car ce sont des cloches de bois.
Mais lui les entend sonner toutes.
Elles résonnent dans sa tête,
Elles résonnent à tue-tête,
Elles lui ont tué la tête,
C’est pour cela qu’il est fou…

Enki signature°°°
Enki, Guingamp, 8 août 2011

Un-masque-sonne-le-glas-funebre-Odilon-Redon-229x300

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