la flaque d’eau comme miroir fragmenté du monde

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Jean Marais dans l'Orphée de Jean Cocteau, en 1950

Jean Marais dans l’Orphée de Jean Cocteau, en 1950

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      « Lorsqu’on y fait attention, les flaques d’eau de pluie ressemblent à quelques reflets, éphémères, de notre monde. Mais si elles étaient plutôt des hublots qui donnent sur un autre monde, quasi jumeau du nôtre, un monde inversé, juste sous nos pieds, qu’il serait même possible, sous certaines conditions, de visiter ? »

Karin Serres

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    « Ils (Les fragments) sont comparables à ces petites flaques d’eau qui se sont déposées sur le chemin après l’averse et que la terre n’a pas bues. Chacune d’entre elle reflète tout le ciel, les nuages qui se sont déchirés et qui passent, le soleil qui luit de nouveau. Une grande mare, ou tout l’océan, n’aurait répété le ciel qu’une fois. »

Pascal Guignard

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     « La vie a besoin des livres comme les nuages ont besoin des flaques d’eau pour s’y mirer et s’y connaître. »

Christian Bobin, Les ruines du ciel

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      « Il y avait de grosses flaques d’eau sur le chemin, mais les étoiles brillaient. A mi-chemin, je vis quelque chose par terre dont j’ai failli avoir peur; tantôt ça gisait tout contre terre, tantôt ça se relevait en gémissant le plus lamentablement du monde. Je finis par m’approcher et trouvai mon patron à gratter dans les flaques, à se soulever ensuite sur les genoux pour, au nom du ciel, prier le bon Dieu de ne pas le laisser pendre à la porte du ciel, mais de l’aider à y entrer tout à fait. Il n’était plus capable de marcher, voyait dans les flaques les étoiles collées à ses yeux, croyait être pendu à la porte du ciel sans pouvoir y entrer. Je le conduisis à la maison où sa femme lui chassa ses pensées célestes. »

Jeremias Gotthelf, Le miroir des paysans.

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     « Quand j’étais un gamin d’une dizaines d’année, j’ai eu un jour l’envie d’attraper le soleil dans un verre. J’en pris un, je m’approchai du mur à pas de loup et… clan ! Je me suis coupé la main et j’ai été battu. Et puis après, je suis sorti dans la cour, j’aperçois le soleil dans une flaque d’eau, et vas-y que je te le piétine tant et plus ! J’étais éclaboussé de boue… On m’a encore battu… Alors voilà que je me mets à crier au soleil : « Ça ne me fait pas mal, diable roux, ça ne me fait pas mal ! » Et je lui tirais tout le temps la langue… ça me consolait. »

Maxime Gorki

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sauter
de nuage en nuage
des flaques d’eau

Haiku- Minh Triê’t PHAM

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      « Il y eut le moment de la flaque sur le chemin ; quand, sans que j’en puisse en découvrir la raison, tout est devenu soudain irréel ; j’étais suspendue, je ne pouvais franchir la flaque ; j’ai essayé de toucher quelque chose, le monde est devenu irréel. »

Virginia Woolf

Cet événement qui a marqué son enfance est repris dans son roman, Les vagues, où son héroïne Rhoda rencontre elle aussi une flaque d’eau :

      « Voici la flaque, dit Rhoda, et je ne peux la franchir. J’entends arriver à toute vitesse la grande meule, à un centimètre de ma tête. Le vent qu’elle fait me rugit au visage. Toutes les formes de vie tangible m’ont fait défaut. Si je ne peux pas tendre la main et toucher quelque chose de dur, je serais emportée pour toujours dans les couloirs éternels. Que puis-je donc toucher ? Quelle brique ? Quelle pierre ? Et ainsi me faire rejoindre mon corps sans danger. »

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       « Les villes qui fument le crack n’aiment pas qu’on dise qu’elles sont belles. La nuit, quand elles allument leurs chandelleries minables sous la pluie, elles ont les yeux qui se rincent le sang, en mille morceaux de miroirs, dans les flaques d’eau. »

Alfred Alexandre, Les villes assassines

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