Pour une réhabilitation respectueuse du bâti rural : procédés architecturaux pour la création de grandes baies vitrées

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    Dans l’architecture rurale traditionnelle, la majorité des constructions, qu’elles soient à usage d’habitat, à usage agricoles ou mixtes groupant les deux fonctions sont des constructions de un à deux niveaux, de largeur assez étroite, se développant en longueur selon l’axe du faîtage d’une toiture en général à deux pans. Les planchers sont en très grande majorité supportés par des poutres bois de section moyenne avec comme conséquence une portée limitée qui reposent sur les murs porteurs des façades longitudinale. Les murs intermédiaires porteurs longitudinaux qui permettraient l’élargissement de la largeur des constructions sont extrêmement rares. Par contre, on relève la présence de murs transversaux de refends qu’ils aient été intégrés à la construction d’origine ou qu’ils correspondent à des anciens murs pignons intégrés à la construction lors d’une extension. C’est en général au centre de ces murs de refends transversaux ou pignons qu’étaient accolées les anciennes cheminées à feu ouvert.

     Le langage courant donne à ce type de construction toute en longueur le nom de « maison en longueur », de « longère » avec des appellations régionalistes particulières telle le « pen-ty » ou « Ty-forme » dans le Finistère.

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Quelques exemples de lingères traditionnelles :

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Voici quelques exemples pris en Bretagne et dans le Lot de maisons en longueur ou « lingères » à un niveau + combles aménagé ou non. Dans le cas de l’aménagement des combles, on y accédait à l’aide d’un escalier intérieur ou extérieur et l’éclairage des volumes sous toiture s’effectuait à l’aide de lucarnes ou chien-assis dont la façade était placée le plus souvent en prolongement de la façade longitudinale.

plan de longères dans le village de Gâvres en Riantec.png

plan de 2 longères dans le village de Gâvres en Riantec près de Lorient dans le Morbihan. (crédit Histoire-Généalogie, magazine-web, c’est  ICI )

Ces 2 lingères présentées ci-dessus font partie d’une même exploitation. La plus petite de dimensions intérieures 2,90 m x 5,20 m est appelée Ty-Forme et ne comprend qu’une pièce de vie, la seconde de dimensions intérieures 4,70 m x 9,40 m possède 2 pièces séparées par un hall-dégagement. Les 2 maisons possèdent une cheminée installée en position centrale de l’un des murs pignons mais certaines possèdent une cheminée par mur pignon.

Plan maison longue ou longère - maison de petit agriculteur dans le Lot, XIXe siècle (crédit Christian Lassure, L'architecture vernaculaire de la France).jpg

Plan de maison longue ou lingère dans le Lot – maison de petit agriculteur, XIXe siècle (crédit Christian Lassure, L’architecture vernaculaire de la France).

Il s’agit d’une longère formée par l’adjonction d’une étable-fenil à une maison rectanguaire à pièce unique; four à pain à une extrémité, citerne non couverte à l’autre – dim. intér. : pièce unique : long. 6,50 x larg. 4,00 m – étable : long. 7,55 x larg. 4,00 m. Légende : 1 – salle à vivre;   2 – étable à ovins surmontée d’un fenil;   3 – citerne non couverte:   4 – four à pain;   a) – cheminée;   b) – évier;   c) – citerne intérieure;   d) – crèche-mangeoire;   e) – entrée;   f) – fenêtre.

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Problèmes fonctionnels et esthétiques posés par la réhabilitation des longères

Exemple de réhabilitation en Bretagne

     Le problème qui se posent aux concepteurs lors de la réhabilitation des constructions rurales traditionnelles type longère est d’ordre fonctionnel et esthétique. Fonctionnel car il s’agit de faire répondre une construction ancienne qui n’avait pas été réalisée pour répondre à ces objectifs à des besoins nouveaux imposés par l’évolution du concept d’habitat tant en matière d’habitabilité que d’économie. Esthétique car les solutions proposées pour résoudre le problèmes posés vont souvent à l’encontre de la préservation de la qualité architecturale d’origine. Les constructions anciennes offrent un faible nombre d’ouvertures de petites dimensions alors que les besoins exprimés portent aujourd’hui sur la présence de quelques grandes baies vitrées permettant de faire entrer la lumière et d’offrir une vue maximale sur le paysage. L’exemple ci-contre réalisé par la société Poriel à Clohars-Fouesnant montre un cas particulièrement réussi et exemplaire de réhabilitation respectueux de l’architecture ancienne mais certains maîtres d’ouvrage auraient pu souhaiter que l’ouverture du séjour soit de surface beaucoup plus importante posant ainsi un problème architectural délicat à résoudre d’intégration d’un élément architectural contemporain — en l’occurrence une grande baie vitrée — à une construction ancienne au style bien particulier. Dans le même ordre d’idée, la nécessité de réaliser des ouvertures plus nombreuses et d’installer des capteurs solaires en toiture auraient eu un impact négatif sur la qualité de l’architecture.

     L’exemple qui suit montre quelles solutions techniques et architecturales peuvent être mises en œuvre pour répondre à ces exigences.

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Réhabilitation d’une lingère dans le Morbihan, 2013 – agence d’architecture ATOME à Plougoumelen 56400.

Atome architectes - Morbihan, Projet de réhabilitation d'une longère ancienne, 2013

     Le problème qui se posait aux architectes de l’agence d’architecture ATOME pour la réhabilitation de cette  longère du Morbihan était double : créer des grandes ouvertures pour l’éclairage des pièces principales des volumes intérieurs et placer sur le toit de la constructions des panneaux solaires. Pour ces deux types d’aménagements, le risque était grand de dénaturer la construction en brisant son unité première par la mise en place d’ouvertures de taille disproportionnées en rupture avec les ouvertures traditionnelles et l’installation sur la toiture d’un corps étranger en saillie du plan formé par le revêtement en ardoises.

     Plutôt que de réaliser des ouvertures supplémentaires du même type que celles existantes mais de taille inappropriée, les architectes ont préférés découper une tranche de l’un des murs de façade sur toute sa hauteur et d’y installer une baie de  grande dimension ce qui a pour effet de donner l’illusion qu’on est en présence de deux corps de bâtiments traditionnels séparés par une articulation vitrée. Pour appuyer cette idée les arêtes des deux murs situés de part et d’autre de la grande baie vitrée ont reçues un appareillage de pierres d’angle. La transition entre la partie verticale vitrée et la partie continue de la toiture se fait très intelligemment par un claustra de lames de bois jouant le rôle de brise-soleil qui brouille la perception en jouant à la fois le rôle d’écran « clos » et « ouvert » grâce à sa semi-transparence. Le même système est utilisé pour réduire artificiellement la hauteur d’une baie en pignon dont la proportion dérogeait aux règles habituelles. Les éléments architecturaux constitutifs des deux volumes pleins tels que l’appareillage en pierres des murs, les encadrements de fenêtres et les linteaux ont été conservés et mis en valeur pour affirmer l’architecture traditionnelle. À noter l’espace privatif extérieur qui prolonge le séjour sous la forme d’une terrasse en bois qui vient buter sur des murets extérieurs traités comme les murs de la construction.

capteurs solaires invisibles  Thermoslate

    Pour l’installation des capteurs solaires thermiques, les architectes ont choisi le système Thermoslate conçu par la société Cupa, qui offre l’intérêt d’être invisible car il utilise des ardoises qui sont extraites de la même carrière au même moment. Ce matériau absorbe la chaleur et la restitue à un ballon d’eau chaude pour alimenter un chauffage basse température, un circuit d’eau chaude sanitaire ou pour chauffer une piscine. Ce système est moins performant qu’un capteur solaire classique mais le fabriquant affirme qu’il s’use moins et est de maintenance nulle. 

Le résultat : une maison à l’architecture contemporaine, simple et sobre, bien adaptée à son environnement qui répond aux exigences d’habitabilité et de confort moderne tout en respectant les principes architecturaux qui avait fait l’originalité et la valeur de la construction initiale.

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