Rénovation de la Casa Falk à Stromboli – LGB architetti

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la casa Falk dans l’île Stromboli

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La casa Falk après sa rénovation par le cabinet LGB architetti

Sotto al volcan – Casa Falk à Stromboli

    La casa Falk dans le quartier de Piscità à Stromboli, près du secteur du « Sciara del Fuoco » est la maison qui avait servi de décor pour le logis dans lequel habitait Karin (Ingrid Bergman) et le pêcheur italien qu’elle venait d’épouser, Antonio (Vitale) dans le film de Roberto Rossellini, Stromboli terra di Dio. Cette maison située sur les premières pentes du Stromboli (Sciara del Fuoco veut dire l’allée de Feu), admirablement placée face à la mer, juste au-dessus de la grotta d’Eolo, mais en très mauvais état avait été mise en vente par son propriétaire peu après le tournage du film.

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L’état de la maison en 1949, au moment du tournage du film. Au premier plan, Ingrid Beregman et Vitale

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Hans Falk (1918-2002)

     La maison a été dans un premier temps acquise, dans les années soixante, par le peintre et graphiste suisse Hans Falk qui l’a rénové de manière drastique en respectant toutefois les caractéristiques de l’architecture des maisons Éolliennes. Je n’ai malheureusement pas pu trouver de documents relatifs à cette première rénovation. Le peintre y a vécu  jusqu’en 1968 créant des œuvres abstraites inspirées des de l’île. Il utilisait comme matière première pour ses toiles et ses collages des matériaux trouvés dans l’ile : sable, chaux,  lambeaux de sacs de ciment et le roseau utilisés par les artisans locaux. La lave à la teinte anthracite, la craie et la chaux immaculées, les tiges des canisses lui inspiraient des images abstraites et de secoueurs inédites.  En 1968 il déménage à Londres où il se réconcilie avec l’expression figurative, puis gagne en 1973, New York, c’est dans ces deux villes qu’il atteindra une consécration internationale. En 1977-1978, l’artiste accompagne durant trois mois la tournée du cirque Knie et réalise plus de 1.000 dessins sur le thème du cirque. Après un court retour en Suisse et une période de voyage à l’étranger, Hans Falk retourne en 1987 dans sa chère casa de Stromboli où il continuera de peindre avec passion jusqu’à sa mort survenue en 2002.

Hans Falk - Stromboli, 1961

Hans Falk – Stromboli, 1975

    Dans cette oeuvre, censée être « non figurative », peut-on se permettre de discerner la masse blanche d’une façade se détachant du fond noir de la lave avec l’amorce d’un chemin tortueux se dirigeant vers la mer ? Mais le propre de toute œuvre d’art non figurative n’est-il pas  de permettre au spectateur de laisser son imagination se projeter dans toutes les directions et d’inventer lui-même le sujet de l’œuvre…

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Sotto al volcan : le projet de rénovation de la Casa Falk par le cabinet LGB architetti

      Cinq années après la mort de Hans Falk, en 2007, la maison est acquise par son propriétaire actuel, un collectionneur d’art et de meubles qui confie le projet de rénovation complète à l’architecte Giorgi Luciano du cabinet LGB architetti. Voilà comment l’architecte présente les principes qui ont conduit à la l’étude et la réalisation de son projet.

Giorgi Luciano (né en 1966)

Giorgi Luciano

     Nous avons choisi de mener une approche basée sur un processus de minimalisation et de simplification en cherchant à affirmer le caractère presque métaphysique de l’architecture induit par ses volumes géométriques abstraits aux ouvertures sculpturales et ses volumes éblouissants créés par ce blanc mystique qui compte comme du marbre gesso dans la lumière du jour.
   Le jardin de la propriété est entouré par les murs des maisons voisines, presque comme dans une « casbah », mais en même temps il offre une ouverture vers les deux éléments essentiels de l’île, la mer et la volcan. À l’intérieur des murs de la propriété, le rôle donné à l’espace ouvert est fondamental : après être entré dans la propriété par l’entrée principale, l’un des jeux du jardin méditerranéen qui agit comme un filtre entre l’extérieur et l’intérieur est de vous conduire par un défilé de terrasses, de patios et de sentiers pavés de pierres de lave sur les différents niveaux qui jalonne la liaison entre les différents bâtiments et la mer.
      La connexion au premier étage des maisons n’est possible qu’en utilisant les escaliers extérieurs d’origine, que nous avons décidé de maintenir. Notre choix des matériaux, inspiré par la situation antérieure, est radical. L’idée, qui a été immédiatement approuvée entre le propriétaire et moi-même, a été d’utiliser des matériaux fabriqués en Italie, d’origine locale, dont la pierre de lave provenant de la zone de l’Etna, du bois de châtaignier trouvé dans les forêts de Sicile et le « statuario », le marbre tiré des célèbres grottes de Carrare qui nous rattache à la célèbre tradition de la sculpture italienne ainsi que l’utilisation de bronze pour les fenêtres et les portes, qui ont été réalisées près de Venise, là où la vieille tradition de Carlo Scarpa reste un « must » de l’architecture contemporaine.
        La même pierre de lave des terrasses et chemins est également utilisée à l’intérieur des étages pour le revêtement de sol afin de le faire ressembler à une grande plate-forme grise qui permettra de souligner dans le même temps la connexion entre l’intérieur et l’extérieur. Sur les premiers étages le marbre « statuario » est également utilisé pour s’harmoniser avec les murs blancs afin de créer une sorte de boîte où lumineuse de clarté. Portes et fenêtres sont presque invisibles pour le spectateur en raison de la manière dont nous avons joué avec les murs, et étant en bronze, leur face extérieure s’oxydera naturellement.
     Dans les chambres, le mobilier fixe a été conçu par moi-même, et réalisé principalement à base de bois de châtaignier, d’aspect très neutre, ce qui permet au propriétaire de jouer avec une sélection raffinée d’objets anciens ou en édition limitée, de meubles et d’œuvres d’art.
     les premiers étages sont dédiés aux suites privées qui comprennent chacune une chambre et une salle de bains, avec terrasse privée et une vue imprenable sur la mer et le volcan. L’une suite possède une cheminée rugueuse extravagante faite de béton et pierre de lave, conçue à l’origine dans les années soixante-dix par le propriétaire précédent Hans Falk, et dont la forme rappelle le cou d’une girafe.
    Le rez-de-chaussée des quatre bâtiments sont principalement conçu comme de grands espaces communs : la cuisine à côté de la salle à manger, un studio-bibliothèque avec une cheminée, un salon avec un spa avec bain de vapeur et une grande salle de séjour, avec en face, d’un côté la mer et de l’autre côté, un patio verdoyant que nous réalisé en démolissant une partie du bâtiment, une décision assez radicale pour souligner l’objectif principal du projet : le luxe et la nature est quelque chose qui ne peut pas aller dehors.

Traduction modifiée par Enki

 

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     La représentation de la  casa Falk rénovée par le cabinet LGB Architteti a été magnifiée par  le photographe Tommaso Sartori, qui est l’auteur de la plupart des photos de la villa présentées ici, et qui a réussi à présenter l’architecture de la villa « en situation » avec les éléments naturels constitutifs du site, volcan, rochers, nuages, aménagements extérieurs.

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Vues de l’extérieur : environnement & façades

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Vues intérieurs : volumes, aménagement et décoration

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Tentative d’analyse de l’idéologie inductrice des choix architecturaux.

     Le modèle ayant conditionné les choix choix fonctionnels, architecturaux et décoratifs des architectes est le modèle de la maison rurale type des îles Éoliennes forgé au cours des siècles passés et qui a connu son apogée et son aboutissement fin XVIIIe-début XIXe siècle lors de l’amélioration des conditions de vie liées au développement du commerce entre les îles et leur environnement géographique. C’est à cette époque que les éléments fondamentaux constitutifs de cette architecture comme la terrasse recouverte d’une pergola rustique, la bagghiu, et les frontons des façades se sont sophistiqués par l’adjonction d’éléments architecturaux complémentaires à la fois fonctionnels et décoratifs comme les bisoli, ces bancs faïencés entre piliers et les frontons à volutes surmontés de pinacles. Ce qui est surprenant, c’est que ces évolutions se sont effectuées sur l’ensemble des îles de manière unitaire en référence à des modèles types acceptés et reconduits par tous. On est surpris aujourd’hui de voir, sur l’ensemble des îles, les propriétaires, anciens ou nouveaux, respecter le plus souvent ces modèles pour la rénovation de leurs maisons tout en faisant preuve d’imagination et d’une grande liberté de choix pour la réalisation et la mise en place de ces éléments constitutifs de leur architecture notamment dans le traitement des détails et des couleurs) et du mobilier qui l’accompagne. 

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Pot-pourri des aménagements contemporains de la maison éolienne : la réutilisation systématique des éléments constitutifs de l’architecture traditionnelle n’empêche pas la fantaisie et la liberté de ton.

Ainsi, on peut distinguer trois phases dans l’évolution de la maison éolienne :

  • la phase de définition et de fixation du modèle architectural de base que l’on qualifiera de primitif correspondant à la période d’activités économiques spécifiquement rurale et halieutique qui a précédée le XIXe siècle et où sont fixés les canons des techniques et de l’art de la construction. Cette période est une période de grande pauvreté, où l’économie de moyens est recherchée dans l’utilisation des techniques et des matériaux et la part des éléments décoratifs est réduite au minimum. On est en présence d’une architecture minimaliste où l’ensemble des éléments constitutifs qui feront l’originalité de l’architecture éolienne sont présent mais de manière frustre, sans aucunes fioritures. Ce qui compte alors, pour les habitants, c’est la satisfaction des besoins suscités par la vie domestique et le travail agricole, au moindre coût en matière d’investissement et de temps passé. Les deux gravures présentées ci-après expriment bien cet aspect des choses : la terrasse couverte qui prolonge à l’extérieur le volume intérieur, le bagghiu, est réalisé de manière rustique avec une grande économie de moyen. les sièges aménagés entre les piliers de pierre support de la pergola,, les panerà, ne sont que blocs de pierre ou des murets bas mal dégrossis. Son sol est graveleux et encombré des objets nécessaires à l’exploitation agricole. On ne retrouve aucun des éléments décoratifs qui flatteront l’œil et amélioreront l’habitabilité et le confort de vie.

Casa a Serra

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  • la seconde phase est celle qui à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle correspond à l’amélioration des conditions de vie par le développement du commerce et la multiplication des échanges matériels et humains avec le continent et la Sicile. Les îles s’ouvrent au monde et le monde découvre cette poignée d’îles singulières et pittoresques. Une certaine aisance apparaît chez certaines familles qui vont alors chercher, à l’échelle des moyens limités que peuvent offrir les îles,  à imiter le modèle aristocratique et bourgeois. C’est de cette époque que datent les traitements sophistiqués des « bisoli« , ces sièges de pierres placés entre les « pannerà » dont la liaison avec ces derniers sera réalisé en forme de courbe d’adossement et qui seront revêtus de carreaux de céramiques. C’est également à cette époque qu’apparaîssent le traitement en « dentelle » du sommet des murs de façade et l’apparition à leurs angles, de pinacles et de clochetons décoratifs et le revêtement systématique des murs de pierres des façades par un enduit blanc immaculé ou teinté de couleurs vives. Des pièces ou espaces nouveaux sont aménagées comme la salle de bain et la cuisine en remplacement du coin réservé au cufularu (nom de lancine foyer).

Bagghiu, Pulera et Bisoli

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maison à Stromboli, 1999 – photographie Dominique Bollinger

    On peut considérer que la phase actuelle de rénovation de l’habitat existant et de développement des constructions nouvelles n’est que le prolongement de cette phase d’évolution expansive et de complexification du modèle architectural primitif pour le faire répondre, sur les plans pratique et idéologique, au modèle bourgeois qui n’est lui-même qu’un avatar appauvri de l’architecture aristocratique. 

  • Une troisième phase d’importance beaucoup plus restreinte est celle apparue à la fin du XXe siècle qui correspond à une démarche intellectuelle et artistique que l’on qualifierait d’élitiste visant à revenir à la simplicité formelle du modèle primitif en épurant les formes et éliminant le superflu. C’est par l’exaltation de la pureté et de l’austérité du modèle primitif qu’on va sublimer l’architecture et lui conférer un caractère presque sacré.

     L’architecte Giorgi Luciano, dans sa notice explicative de la démarche employée pour concevoir son projet, insiste sur cette recherche du minimalisme et de la « simplification » et utilise un vocabulaire mystique  : il est question notamment de « caractère presque métaphysique de l’architecture induit par ses volumes géométriques abstraits aux ouvertures sculpturales », de « volumes éblouissants créés par ce blanc mystique ». Très peu de meubles, de couleurs et de parements faïencés dans cette architecture qui, s’ils étaient employés risqueraient de rivaliser avec l’essence même de la forme et l’amoindrir, car ce qui compte vraiment dans cette architecture, c’est moins la forme elle-même que l’idée que l’on s’en fait et que l’on veut exprimer et magnifier. Comme l’écrit l’architecte, il s’agit de créer les conditions d’une atmosphère mystique propice à l’adoration de la forme ramenée à son état le plus pur.

 Déesse Artémis, vers 520 av. JC aux couleurs reconstituées     À l’instar des esthètes qui préfère la statuaire grecque ramenée à sa matière brute après que l’usure du temps l’ait débarrassé de son habillage polychrome à la statuaire multicolore authentique d’origine, les zélateurs de cette démarche veulent élever la « machine à habiter » , comme l’avait qualifié Le Corbusier, jusque là vivante et évolutive qu’était la maison éolienne à une œuvre d’art figée, certes productrice de sens, mais d’un sens artificiel très éloigné du sens pratique qui était jusque là prosaïquement attaché à une maison d’habitation. Le nouveau propriétaire de la casa Falk rénovée par le cabinet LGB architetti est un collectionneurs d’art et de meubles anciens qui ne pouvait apparemment considérer son lieu d’habitation que comme étant lui-même une œuvre d’art à exposer et à contempler.

     Si l’enveloppe architecturale de la maison doit rappeler jusqu’à l’excès le modèle rural primitif, il n’en est pas de même des revêtements intérieurs tel le carrelage qui n’est pas constitué de pierres de laves issues du volcan tout proche mais de marbre de Carrare plus à même de susciter l’ambiance « métaphysique » et « mystique » recherchée. De même les menuiseries ont été réalisées en bronze façon ancienne et le mobilier comporte des meubles anciens uniques ou de création contemporaine mais à production restreinte. Paradoxalement et en rupture avec l’idée initiale de minimalisme et de simplification, l’affirmation, dans le choix des objets d’accompagnement d’un luxe exacerbé poussé à l’extrême apparait comme l’un des moyens d’atteindre l’Unique et la Perfection. On en n’est pas à une contradiction près…

    Le problème se pose de savoir si au delà de la satisfaction de son égo, aussi démesuré soit-il, il est possible de vivre confortablement, de manière naturelle et sereine, dans une œuvre d’art…

Enki sigle°

°
février 2016

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