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Montaigne et La Boétie : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi »

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      « Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et se confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel qu’elles s’effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant :
              « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ».
                Il y a, au-delà de tout mon discours et de ce que je puis dire particulièrement, je ne sais quelle force inexplicable et fatale médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus et par les rapports que nous oyions l’un de l’autre qui faisaient en notre affection plus d’efforts que ne le porte la raison des rapports, je crois par quelque ordonnance du ciel ; nous nous embrassions par nos noms. Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous que rien dès lors ne nous fut si proches que l’un à l’autre. »

Montaigne, Essais, 1-28, De l’amitié

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Paul Signac à L’Ermitage de Lausanne

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Paul Signac, une vie au fil de l’eau

Fondation de l'Hermitage à Lausanne (Suisse)

      Connaissez vous la Fondation de l’Ermitage à Lausanne ? C’est une fondation privée créée par les descendants d’un grand collectionneur, natif de la cité vaudoise, le banquier Charles-Juste Bugnion (1811-1897). En 1976, ceux-ci ont cédé à la ville une magnifique propriété située sur les hauteurs dominant la ville pour abriter une partie de la collection de la fondation composée de près de 800 œuvres d’art et pour abriter les deux ou trois expositions qui sont organisées chaque année.
    C’est le genre de musée que j’apprécie : aménagé dans une ancienne maison de maître de caractère située dans un immense parc peuplé d’essences rares avec une vue magnifique sur le lac Léman et les Alpes françaises, sa petite taille ne permet de présenter qu’un nombre limité d’œuvres. Tant mieux ! vous échapperez ainsi aux inconvénients des grands musées. Ici, pas de visite marathon au milieu d’une foule agitée et pressée dont on sort exténué et gavés d’un trop plein de nourritures spirituelles : une heure et demi à deux heures de visite suffisent et si le temps le permet vous pouvez ensuite boire un café ou déjeuner sur la terrasse ensoleillée de l’un des deux cafés restaurants aménagés dans le parc ou vous promener dans celui-ci en admirant le paysage et en devisant aimablement sur l’exposition présentée. La chance était avec nous, c’était justement les conditions climatiques qui prévalaient le jour de notre visite de l’exposition « Signac, une vie au fil de l’eau », dédiée comme son nom l’indique au peintre Paul Signac*.

 * Du 24 juin au 30 octobre 2016

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Paul Signac (18603-1935)

Paul Signac (1863-1935)

Le pointillisme

      J’avoue, avant l’exposition Signac, avoir été peu sensible aux œuvres des peintres pointillistes. Je jugeais leurs tableaux intéressants par leur singularité de leur technique et leur luminosité mais en même temps je les trouvais empreints, du fait justement de la spécificité de la technique utilisée, d’un caractère naïf et figé très marqué qui nuisait à l’expression pleine et entière des sujets représentés. C’est le peintre Georges Seurat, un ami de Paul Signac, qui avait inventé la technique pointilliste en s’appuyant sur la théorie du divisionnisme élaborée en 1839 par le chimiste Eugène Chevreul à partir de la Loi du contraste simultané des couleurs selon laquelle, pour un observateur,  une couleur n’existe pas en soi mais seulement dans les relations qu’elle entretient avec les autres couleurs qui l’entourent. Seurat, reprenant en cela des techniques déjà utilisées par Delacroix et les impressionnistes, eut l’idée d’utiliser à grande échelle la technique de  juxtaposition de petits points de couleur pure pour qu’à une certaine distance de l’oeil de l’observateur les couleurs donnent l’illusion de s’être mélangées et donnent ainsi naissance à une nouvelle teinte plus lumineuse et chargée de vibration qu’une couleur qui aurait été obtenue de manière traditionnelle par simple mélange.

    Georges Seurat

Georges Seurat – Pointillisme : Une Baignade à Asnières (1883-1884)  et Un dimanche après-midi à l’Île de la Grande Jatte (1884-1886), Institut d’art de Chicago

      C’est en mai 1884, lors de l’ouverture de la première exposition du Groupe des artistes indépendants à Paris que Signac fait la connaissance de Seurat qui y expose alors son tableau pointilliste Une Baignade à Asnières. Malgré leurs caractères opposés, Seurat était ombrageux et secret alors que Signac était expansif, ils deviendront des amis très proches et Seurat l’initiera aux théories de la perception de la couleur. C’est dans ces circonstances qu’il assistera au début de 1885 à plusieurs conférences données par Eugène Chevreul aux ateliers des Gobelins. Signac jusqu’alors lié à l’impressionnisme s’enthousiasme pour la technique initiée par son ami et compose ses  premières oeuvres divisées; l’une d’entre elles, intitulée Les Andelys, les laveuses a été peinte en 1986 en Normandie et a fait l’objet d’une réédition en lithographie l’année suivante dont l’exemplaire « bon à tirer » annoté de la main de l’artiste faisait partie de l’exposition.

Paul Signac - Les Andelys, les laveuses, 1886-1887

Paul Signac – Les Andelys, les laveuses, 1886 : l’un des premiers tableaux pointilliste du peintre. La grossièreté des touches de peinture, leur espacement, et l’absence de dégradés dans les teintes montrent que le peintre n’a pas encore parfaitement maîtrisé cette nouvelle technique de représentation. 

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Paul Signac – Saint-Briac, les Balises. Opus 210, 1890. Ce tableau souligne l’évolution du peintre qui, sous l’influence de l’art des estampes japonaises, tente de transcrire l’essence d’un paysage en le dépouillant de toute anecdote  en cherchant à le réduire à l’essentiel dans l’harmonie des pleins et des vides et dans la vibration des tons.

Siganc - Saint-Tropez, la jetée vue du chantier naval , 1892, crayon conté photo M. Aeschimann

Paul Signac – Saint-Tropez, la jetée vue du chantier naval, 1892. Ce dessin effectué au crayon Conté représente la jetée  du port;  le peintre dilue les lignes des contours et accentue le contraste entre les parties sombres et claires faisant ainsi nettement référence à la technique de mise en valeur du clair-obscur de son ami Seurat qui était décédé l’année précédente

Paul Signac - Port de Saint-Tropez, étude de reflets, 1894. Aquarelle, plume et encre de Chine, 10,2 cm x 17. Photo Maurice Aeschimann.

Paul Signac – Port de Saint-Tropez, étude de reflets, 1894. Aquarelle, plume et encre de Chine, 1894

Paul Signac - Soleil coucahnt sur la ville de saint-Tropez, 1892 – Etude

Paul Signac – Soleil couchant sur la ville de Saint-Tropez, 1892 – Etude colorée qui  fait penser à certains tableaux des peintres scandinaves influencés par le symbolisme et l’expressionnisme.

    En 1892, lassé de la vie parisienne, Signac, sur les conseils de son ami Henri-Edmond Cross déjà installé au Lavandou,  aborde à Saint-Tropez à la barre de son voilier Olympia avec sa jeune épouse Berthe Roblès et un matelot. Il découvre la crique des Graniers et loue au-dessus de ce mouillage naturel, une maison, la Hune, dont il fera un plus plus tard l’acquisition et où il passera désormais la belle saison. Quand il n’entreprend pas l’un de ses nombreux voyages à l’étranger, il va alors partager son temps entre Paris (Salon des Indépendants à l’automne), la Bretagne et Saint-Tropez (mai-septembre). La petite cité méditerranéenne va devenir l’un des thèmes favoris du peintre. Depuis la mort de Seurat en 1891, le peintre est le dernier représentant du pointillisme et reçoit le surnom de « Saint-Paul du pointillisme ». Mais avec le temps, il n’hésite pas à expérimenter d’autres techniques sont utilisées pour représenter Saint-Tropez et ses environs et notamment les aquarelles rehaussées d’encre à la plume rappelant les estampes du peintre japonais Hiroshige.

Paul Signac - Saint-Tropez, Fontaine des Lices, 1895.

Paul Signac – Saint-Tropez, Fontaine des Lices, 1895.

Paul Signac - saint-Tropez après l'orage, 1895

Paul Signac – saint-Tropez après l’orage, 1895

Signac, Le port de Saint-Tropez, 1901, National Museum of Western Art, Tokyo

Paul Signac – le port de Saint-Tropez, 1901

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Paul Signac – Juan les Pins, 1914

Paul Signac - La-Place-Des-Lices-A-St.-Tropez, 1905

Paul Signac – la Place des Lices à Saint-Tropez, 1905 – aquarelle, plume et encre de Chine

Hiroshige et Van Gogh

Hiroshige – Maiko Beach in Harima Province, , 1854 et Vincent Van Gogh – Verger d’oliviers, oct. 1889

Au printemps 1890, Signac visite la rétrospective consacrée à l’estampe japonaise par l’Ecole des Beaux-Arts en compagnie du critique Arsène Alexandre qui se souvient : « Nous regardions longuement les paysages d’Hiroshige».

Paul Signac - Constantinople, Yeni Djami, vers 1909. Aquarelle, plume et encre de Chine, 20,8 cm x 25,7. Photo Maurice Aeschimann

Paul Signac – Constantinople, Yeni Djami, vers 1909. Aquarelle, plume et encre de Chine

Paul Signac - Etude pour trois mats terre neuvas, 1931 - Encre de Chine, lavis d’encre, pierre noire sur papier

Paul Signac – Etude pour trois mats terre neuvas, 1931 – Encre de Chine, lavis d’encre, pierre noire sur papier

En 1929, alors âgé de 65 ans et au fait de sa technique et de sa célébrité, Signac se lance dans un projet qui lui tenait à cœur : peindre à l’aquarelle 100 ports de France. L’homme d’affaire et collectionneur d’art Gaston Lévy finance le projet et le peintre a trouvé un moyen original de le dédommager : « Je ferais deux aquarelles dans chaque port, l’une pour vous et l’autre pour moi, différentes d’ailleurs, et vous choisiriez celle des deux qui aurait votre préférence. » Il lui faudra plus de deux années pour mener à bien ce projet titanesque.

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Because the world is not belong to us

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AaRON – Blouson Noir avec prélude de John Malkovich

Because
  The world is not belong to us;
    Because
      We’re nothing, leftovers, we’re tumbleweeds on roads;
        Because
          We are every lost, dashing, shadow;
            Because
              We’re poems on sidewalks;
                Because
                  You are the needle in my arm;

We are equals
We are mirrors
We cut the night.

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Dialogue Inter-net : gueules d’anges

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Dresde, la Florence de l'Elbe, en ruine en 1945

Dresde, la Florence de l’Elbe, en ruine – l’Ange vu de l’Hôtel-de-ville, photo de Richard Peter, fin 1945

      L’article qui suit est une réponse au commentaire adressé par une lectrice sur l’article  » À l’aube du XXe siècle : rayons et ombres sur l’Europe » consacré à Stefan Zweig (c’est  ICI) et plus spécialement à la photo de l’Ange de Dresde présentée ci-dessus qui figurait dans l’article.

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       Un commentaire ; commenter : oui, pourquoi pas ?

     Il y a des visions qui n’appellent pas les commentaires, mais peut-être est-ce déjà commenter que de le dire; dire qu’il n’y a rien à dire devant l’image de la destruction; sauf que l’ange, bien cadré au-dessus de la rue très propre, invite peut-être à circuler :

       « Circulez, dit benoîtement l’ange, il n’y a rien à voir. »

      Quelques années après la guerre auraient-elles redonné l’espoir au grand écrivain de la nostalgie ? Je ne crois pas. Sa mémoire scellée, réservée comme le souvenir de Walter Benjamin et de nombreux écrivains juifs allemands au monde de la culture, est en partie délaissée par la jeunesse qui a tellement de choses à penser ; et que penser des milliers d’années qui exigeront d’elle davantage de mémoire et de jugement ? Que penser de la science appliquée qui nous a porté jusqu’à la lune durant que bon nombre d’entre nous s’inscrivaient à l’article premier de la rêverie sous la définition : « être dans la lune. », déjà comblante ?

Michèle Cointe

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Emile Boussu - La Cathédrale de Reims en flammes, 1914

      L’article d’où est tiré la photo de Dresde détruite présentait une autre image qui se voulait être symétrique et qui représentait l’incendie de la cathédrale de Reims le 19 septembre 1914 après plusieurs jours de bombardements par l’armée allemande qui occupaient les hauteurs environnantes. Symétrie  des ruines mais aussi symétrie des symboles par la figure de l’Ange qui dans les deux cas est emblématique des deux villes. Pour Dresde, « La Florence de l’Elbe », c’est l’ange qui apparaît en premier plan sur le cliché pris par le photographe natif de cette ville, Richard Peter, et qui, amputé d’une partie de ses doigts, semble prendre le monde à témoin des destructions qui s’étalent à ses pieds. Pour Reims, c’est le sublime « Ange au sourire » dont la tête, frappée par la chute d’une poutre lors du bombardement allemand, gisait fracassée en une vingtaine de morceaux au pied du fronton de la cathédrale incendiée.

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L’ange au sourire de la cathédrale de Reims

      Dans les deux cas, les deux anges n’avaient pas été créés pour visualiser l’horreur de la guerre et les destructions, ils avaient été imaginés par les édiles des deux cités pour représenter et célébrer la bonté, la joie et l’harmonie qui doivent sous-tendre les relations entre les habitants. La folie des hommes en aura voulu autrement et Dieu, s’il existe, n’est pour rien là-dedans. Stefan Zweig et Walter Benjamin auraient-ils retrouvé l’espoir s’ils avaient survécu ? Peut-être pas l’espoir qui avait animé leur jeunesse mais l’espoir sans doute d’empêcher que cette tragédie se renouvelle en tentant de comprendre les sources et le mécanisme du phénomène qui les avait broyé. C’est ce que d’autres intellectuels juifs allemands comme Hannah Arendt ou Theodor W. Adorno ont plus tard cherché à réaliser.  Il me semble que les cas de Stefan Zweig et Walter Benjamin sont à différencier. Stefan Zweig était à l’abri au Brésil mais, usé par les épreuves successives, n’avait plus le goût de vivre. Walter Benjamin avait obtenu un visa pour les Etats-Unis mais se trouvait coincé à la frontière espagnole avec la menace d’être renvoyé en France et remis aux mains de la police de Vichy avec tous les risques que cela comportait d’être renvoyé en Allemagne, ce qu’il redoutait pardessus tout. Il existe des doutes sur la réalité de son suicide, certains ayant émis l’hypothèse d’un assassinat.

       Curieusement, Walter Benjamin était lui aussi marqué par la figure de l’ange. Il était possesseur d’une aquarelle de Paul Klee, du nom d’Angelus novuspeinte en 1920, à laquelle il tenait beaucoup au point de l’emmener avec lui partout où il allait et qu’il avait décrit, dans la neuvième thèse de ses Thèses sur le concept d’histoire  : 

Klee,_Angelus_novus

       « Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus novus. Il représente un ange qui semble avoir dessein de s’éloigner de ce à quoi son regard semble rivé. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l’aspect que doit avoir nécessairement l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Où paraît devant nous une suite d’événements, il ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu’au ciel devant lui s’accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. »

    La réponse à la question posée par Michèle Cointe sur le bien-fondé de la mémoire, je l’emprunterais à Walter Benjamin. En rupture avec l’idéologie du progrès qui postulait que le monde s’améliorait dans une perspective historique, ce philosophe pensait que ce qu’en appelait progrès devait être analysé à l’aune de la domination des vainqueurs et de l’écrasement des vaincus, ces « damnés de la terre » : « la tradition des opprimés nous enseigne que « l’état d’exception » est la règle. Tous ceux qui à ce jour ont obtenus la victoire, participent à ce cortège triomphal où les maîtres d’aujourd’hui marchent sur les corps de ceux qui aujourd’hui gisent à terre. Le butin, selon l’usage de toujours, est porté dans le cortège. C’est ce qu’on appelle les biens culturels. Ceux-ci trouveront dans l’historien matérialiste un spectateur réservé. Car tout ce qu’il aperçoit en fait de biens culturels révèlent une origine à laquelle il ne peut songer sans effroi. De tels biens doivent leur existence non seulement à l’effort des grands génies qui les ont crées, mais aussi au servage anonyme de leurs contemporains. car il n’y a pas de témoignage de culture qui ne soit en même temps témoignage de barbarie.» Si  » Ange de l’histoire  » il y a, son rôle devra être de perpétuer le souvenir de tous ceux que l’histoire officielle a tenté d’enfouir sous la chape du silence et de l’oubli. À l’instar des Anges de Reims et de Dresde, il contemple horrifié, la catastrophe « qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds. » Les philosophies de l’histoire ont introduit l’espérance dans le cœur des hommes en donnant un sens positif à l’évolution historique dans la mesure où celle ci devait conduire l’humanité vers la rédemption et le progrès mais pour Walter Benjamin cette perspective n’est que trop souvent illusion et tromperie, les catastrophes succédant dans le temps aux catastrophes et les révolutions dévorent leurs enfants. Contrairement au marxisme évolutionniste classique, Walter Benjamin, sous les influences conjointes du romantisme et du messianisme juif, deux mouvements qui l’ont profondément imprégné,  ne conçevait pas la révolution comme le résultat “naturel” ou “inévitable” du progrès économique et technique, mais comme l‘interruption d’une évolution historique conduisant à la catastropheC’est dans le moment présent que peut surgir dans une structure métaphysique de type messianique ou révolutionnaire à la façon de la révolution française de 1789, l’imprévisibilité et la nouveauté capables d’interrompre le mouvement historique conduisant à la catastrophe. À nous de discerner ce moment et de prendre nos responsabilités. Les déséquilibres et les crises qui secouent le monde aujourd’hui et qui vont en se multipliant et s’accentuant laissent supposer que des opportunités pourront se produire qui donneront lieu à une avancée de l’humanité ou au contraire à des catastrophes encore plus grandes. On peut toujours rêver, peut-être qu’à ces occasions, les « lunatiques » reviendront-ils sur Terre….

Enki sigle

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Hommage à Walter Benjamin

Laurie Anderson

       Pour son cinquième album, Strange Angels, publié en 1989 par Warner Bros Records, la chanteuse et performeuse américaine complice de Lou Reed, Laurie Anderson, a composé une magnifique chanson dédiée à Walter Benjamin et au texte déjà cité que celui-ci avait consacré au fameux tableau de Paul Klee qu’il possédait, « Angelus novus » (voir plus haut). Cette chanson intitulée « The Dream Before » est également connue sous l’appellation de « Hansel et Gretel sont bien vivants« .

Le décor de la vidéo qui va suivre est le monument érigé en souvenir de Walter Benjamin à Portbou en Espagne près de l’endroit où il a mis fin à ses jours.

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THE DREAM BEFORE
(for Walter Benjamin)

Hansel and Gretel are alive and well
And they’re living in Berlin
She is a cocktail waitress
He had a part in a Fassbinder film
And they sit around at night now
drinking schnapps and gin
And she says: Hansel, you’re really bringing me down
And he says : Gretel, yu can really be a bitch
He says : I’ve wated my life on our stupid legend
When my one and only love
was the wicked witch.

She said : What is history?
And he said: History is an angel
being blown backwards into the future
He said: History is a pile of debris
And the angel wants to go back and fix things
To repair the things that have been broken
But there is a storm blowing from Paradise
And the storm keeps blowing the angel
backwards into the future
And this storm, this storm
is called
Progress

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LE RÊVE D’AVANT

Hansel et Gretel sont bien vivants
Et ils vivent à Berlin
Elle est une serveuse de cocktail
Lui avait un rôle dans un film de Fassbinder
Et Ils sont assis en cercle dans la nuit maintenant
buvant schnaps et gin
Et elle dit : Hansel, tu vas vraiment me faire vaciller
Et lui réponds : Gretel, tu peux vraiment être une chienne
Il rajoute : J’ai gâché ma vie avec cette stupide légende 
Quand mon seul et unique amour
était cette méchante sorcière

Elle a dit : quelle histoire ?
Et lui répondit : l’histoire est celle d’un ange
propulsé en arrière dans le futur
Il ajouta : l’histoire est un tas de débris
Et l’ange veut revenir en arrière et corriger les choses
Réparer les choses qui ont été brisées
Mais il y a une tempête venue du paradis
Et la tempête continue de pousser l’ange
en arrière dans le futur
Et cette tempête, cette tempête
est appelée
Progrès

Traduction Enki

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meraviglia : image du printemps

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Pour faire oublier l’image précédente…

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boursouflure égotique

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« La célébrité est un masque qui vous dévore le visage»  – John Updike

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Donald Trump vu par James Ostrer (show at the Art Central in Hong Kong)

     Postiche bouffante couleur miel, groin de cochon, globes oculaires de moutons, tranches de poissons crus, coulures de pétrole brut, gravats dorés à la feuille, un demi-croissant au travers de la bouche, le tout engoncé dans un costume « high street » de production de masse, voilà comment l’artiste et photographe anglais James Ostrer connu pour ses compositions « Junk food » élaborées à partir de produits alimentaires et de déchets. voit le candidat à l’élection présidentielle américaine : « Si vous regardez tous les détails de ce travail, il y a beaucoup de références au marché des matières premières. Il y a du pétrole qui dégouline des trous de son costume. Ou des morceaux de gravats qui sont peints avec de l’or, en référence à son empire immobilier. Et, vous savez, financièrement, il aurait été préférable qu’il investisse toute sa fortune, car la plupart de ses sociétés ont fait faillite, et en même temps, il nous promet une Amérique plus forte. »

          Portrait que je trouve pour ma part assez ressemblant. Le problème est de savoir pourquoi ce triste personnage monopolise la une des média et nous intéresse. La présence de la laideur tant physique que mentale est tout d’abord vécue chez l’homme comme une valeur négative provocante qui fascine, captive et le remet en question. En réaction, peut-être éprouve-t-il le besoin de surmonter cette négativité en l’affrontant et la domestiquant. Le laid est souvent la résultante de l’usure du temps. Le temps passant, on devient le plus souvent gros et laid, on perd ses cheveux, on rumine ses échecs et on a de moins en moins de succès auprès du sexe opposé. C’est le lot d’une fraction notable de la population américaine. Or voilà qu’apparait sur la scène politique où les jeux semblaient déjà faits, un personnage gros et laid, portant une postiche, inculte, raciste, misogyne, qui collectionne avec ses multiples faillites les échecs professionnels comme il collectionne les bimbos et qui se révèle avoir des chances d’être le prochain Président de la première puissance mondiale. Il n’en fallait pas moins pour s’attirer la sympathie de tous les vieux obèses, incultes, racistes, misogynes, chauves et frustrés du rêve américain déliquescent, et ils sont légion dans ce pays. Donald Trump est leur revanche, le doigt d’honneur qu’ils brandissent à la face de l’Amérique et du monde…

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Une Charogne

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux:
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s’élançait en pétillant;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

— Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
À cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion!

Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés!

Charles Baudelaire

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Rêves de pierre…

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Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre…   Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal.

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Ville improbable,
empreinte incertaine d’un songe lointain,
ville rêvée qui s’efface peu à peu dans la brume de la mémoire

Existe-tu vraiment ?

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Cette ville existe-t-elle vraiment ? Qui lèvera le voile ?

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