Mes Deux-Siciles : parità du Parler et du Manger

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

sciannaurlo

la parità du Parler et du Manger

     Un jour le Parler et le Manger se disputèrent et faute de se mettre d’accord ils allèrent chez le roi Salomon pour qu’il tranche la question. Le roi dit : « Écoutons les raisons de ce litige.  —  Majesté, nous nous querellons car la Vue, l’Ouïe et l’Odorat ont, chacun, deux petites maisons, mais moi, le Manger, et mon compagnon, le Parler, nous sommes condamnés à rester comme des voleurs, pieds et mains liés, tous deux dans la même demeure. Est-ce justice ? Or nous souhaiterions être séparés et avoir chacun notre maison, mais la bouche me revient  car je suis le Manger et si je n’étais pas de ce monde les chrétiens ainsi que les animaux pourraient chanter le requiem.  —   Et toi, qu’as-tu à dire » demanda Salomon au Parler. « Moi, je dis que la bouche me revient car je suis plus noble; en effet, sans moi il n’y aurait aucune différence entre l’homme et le pou. Majesté, si nous devons habiter ensemble une même maison, je dois être le poltron et lui le serviteur.  —  « Écoutez-moi, je vais vous mettre d’accord », dit le roi Salomon, « toi, le Parler, tu domineras sans rival dans la bouche des riches, car ils ont le Manger assuré et s’ils ne parlaient pas ils n’auraient vraiment rien à faire; et toi, ô Manger, tu feras à ta guise la loi dans la bouche des pauvres, car les pauvres moins ils parlent mieux c’est. Partagez-vous donc les bouches des hommes et ne pensez plus à vous disputer. »

Maria Pia di Bella, Dire ou taire en Sicile – Édit. du Félin, 2008 (parità tirée du livre de Seratino A. Guastella, Le Parità morali)

mulo

paysans siciliens des années cinquante

       En Sicile, les paritàs, sont de courtes histoires métaphoriques édifiantes sur la conception et l’organisation du monde que les paysans aiment à raconter et qui dévoilent leurs structures de pensée. La parità qui précède exprime le fait qu’en Sicile les riches propriétaires terriens bénéficiaient du privilège de bien manger à leur guise et avaient toute liberté de parole alors que les pauvres, s’ils voulaient se nourrir, devaient servir comme métayers du riche et avaient pour cela tout intérêt à se taire. En fait le jugement rendu par Salomon n’est équitable qu’en théorie car, dans la pratique, les riches ont tous les droits, celui de manger et de parler alors que les pauvres doivent se taire, c’est-à-dire ne pas se plaindre et tout supporter pour ne pas crever de faim. Ils sont réduits à l’état du pou de la parità… 

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Etudes et articles liés

  • Étude de Maria Pia di Bella sur la parole et l’omertà en Sicile :  Dire ou taire en Sicile – Édit. du Félin, 2008
  • article de ce blog : Pour une autre parità, lire « La terre glaise, matériau matriciel de création de l’humanité », c’est  ICI

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s