quand le Grand Chant se sera tu…

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Though the great song return no more
There’s keen delight in what we have :
The rattle of pebbles on the shore
Under the receding wave

Même si le grand chant ne doit plus reprendre,
Ce sera pure joie, ce qui nous reste :
Le fracas des galets sur le rivage,
Dans le reflux de la vague.

W.B. Yeats, The Nineteenth Century and After (1929)

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4 réflexions au sujet de « quand le Grand Chant se sera tu… »

  1. Même si le grand chant ne doit plus reprendre…
    En 1978, les éditions Le soleil noir, dirigée par François Di Dio, aujourd’hui disparu, publiait un ouvrage de références sur la question « Wozu dichter in dürftiger zeit ? » – à quoi bon des poètes en un temps de manque ? – posée par Hölderlin : conviés à y répondre cent cinquante écrivains et peintres internationaux parmi les plus influents : Julien Gracq, William S. Burrougghs, Samuel Beckett, Peter Handke, Michel Leiris, René Char…, Adami, Arroyo, Hantai, Télémaque, Joan Miro… (entre autres). L’ouvrage, dans lequel figurait mon nom (pratiquement inconnu) pour une réponse qui ne me satisferait pas aujourd’hui, eut pas mal de résonance. La réflexion de Julien Gracq, entre autres, fit l’objet d’un article important dans les journaux Libération et le Monde.
    En retrouvant, avec une certaine mélancolie, les mots de Yeats, je pense que j’aimerais reposer la question, aujourd’hui, à notre monde instruit sur le temps.
    A quoi bon le grand chant si nous n’y sommes plus ? Galets et vagues n’ont jamais eu « vent » de nous…. Et, c’est bien ainsi.

    • Merci de votre contribution, j’essaierais de retrouver ces écrits et surtout celui de Julien Gracq que je vénère.
      La question que vous formulez à la fin nous plonge tout au bord d’un abîme de perplexité dans lequel notre réponse risque de nous entraîner…
      « A quoi bon le grand chant si nous n’y sommes plus ? » C’est un peu la question que je me posais dans un précédent article intitulé « Silence : un poème de Lorand Gaspar » :
      « Qu’est-ce que le monde ? Existe t’il en dehors de notre pensée ? Et s’il n’y avait dans l’univers ni conscience, ni pensée, le monde existerait-il encore ? Et où serait la preuve de son existence puisque compréhension, il n’y aurait plus. Et s’il existait objectivement, comment évoluerait-il, à quoi servirait-il, puisque ni chose, ni personne n’en aurait conscience. Peut-on imaginer un monde mort et désert inhabité par la conscience ? … »
      Je ne m’apitoie pas sur la disparition éventuelle de l’espèce humaine qui, lorsque l’on mesure l’étendue de l’ubris qui ravage le monde, ne semble pas mériter la chance qui a été la sienne d’accéder à la conscience et en même temps à la beauté… On parle aujourd’hui de l’anthropocène pour désigner, dans l’échelle des temps géologiques, la période durant laquelle l’homme a modulé le monde et profondément modifié la biosphère. Alors, à l’issue de cette nouvelle ère géologique, lorsque le dernier homme aura disparu sur notre terre, il ne restera plus que des vestiges de sa présence, des fossiles de ses actions passées et de ses créations, les pires comme les supermarchés et les centrales nucléaires et les meilleures comme les poèmes de Yeats et les lieds de Rückert mis en musique par Mahler.
      Rien ni personne ne pourra les apprécier me direz-vous ?
      Ne soyons pas pessimiste. La vie continuera à se développer après notre disparition. Après tout l’âge de la terre est d’environ 4,5 milliards d’années, la vie y serait apparue il y a 3,85 milliards d’années et l’homme n’y est présent que depuis 7 tout petits millions d’années, donc on peut penser que des formes de vie évoluées continueront à se développer avec, après quelque temps, leurs penseurs, leurs philosophes, leurs géologues et archéologues pour comprendre notre pensée, déchiffrer et apprécier peut-être nos œuvres.
      Mais il y aura certainement aussi de la compétition, des luttes, de l’égoïsme et des destructions avec des prêtres, des soldats, des prédateurs, et alors tout sera à recommencer… C’est déprimant !

      En attendant, comme le dit si bien le lied de Rückert :

      Ich bin gestorben dem Weltgetümmel,
      und ruh in einem stillen Gebiet.
      Ich leb allein in meinem Himmel
      in meinem Lieben, in meinem Lied

      Je suis mort au monde et à son tumulte
      et je repose dans un coin tranquille.
      Je vis solitaire dans mon ciel,
      dans mon amour, dans mon chant.

      Rien que pour ces quelques vers, la musique qui l’accompagne et la voix de Dietrich Fischer-Dieskau qui les aura chanté, le passage de l’homme sur la Terre n’aura pas été vain…

  2. La question avec  » Enki Dou d’un paysage à l’autre » c’est que le voilà maintenant inévitable dans mes journées bien chargées, et que je ne peux m’empêcher – ou me priver – de l’y retrouver. Ce chantre de la nature et de la poésie n’aurait-il donc que cela à faire ? Rassurez-vous, mon propos ne questionne en aucun cas la nature de votre vie privée, et c’est une qualité de l’incitation à penser et à découvrir que de le faire fonctionner dans un état d’indépendance.
    Il n’empêche; je vous envie un peu d’avoir un lac comme ami, des balades en montagne pour divertissement, des contemplations et des quêtes pour activité. A propos de lied, le choix avait été laissé de trois interprétations : je suis donc passée, sur le lit des ondes, de Kozenà à Norman, de la direction de Claudio Abbado à celle de Zubin Metha, et cela comme sous enchantement, pendant un bon quart d’heure, au risque de perturber mes communications.
    Voyez où peut conduire le goût d’apprendre ?
    Michèle Cointe.

    • Malheureusement mes journées sont également bien chargées et je n’ai pas que cela à faire. Il y a des périodes au cours desquelles je consacre beaucoup de temps à cette activité et des périodes de relâchement (ce qui sera prochainement le cas). Il faut savoir qu’un certain nombre d’écrits étaient déjà engagés depuis longtemps et que de ce fait le temps nécessaire à leur mise en forme avant publication est moins important qu’on le pense. De plus, j’ai pris l’habitude quand je lis un livre ou un article de prendre des notes que je réutilise par la suite. Enfin, je considère la rapidité d’écriture d’un article comme un exercice intellectuel et un entraînement, (ce qui fait que je laisse trop souvent des coquilles et des fautes d’orthographe que je corrige par la suite…)
      Certains tiennent un journal ou font des mots croisés, ce blog est la solution que j’ai trouvé pour ne pas laisser mon cerveau « se rouiller » et ne pas laisser sombrer dans l’oubli des textes que j’avais apprécié ou qui m’avaient interpellé.
      En tous les cas, merci pour l’intérêt que vous portez à ce blog et votre réactivité…

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