boursouflure égotique

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« La célébrité est un masque qui vous dévore le visage»  – John Updike

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Donald Trump vu par James Ostrer (show at the Art Central in Hong Kong)

     Postiche bouffante couleur miel, groin de cochon, globes oculaires de moutons, tranches de poissons crus, coulures de pétrole brut, gravats dorés à la feuille, un demi-croissant au travers de la bouche, le tout engoncé dans un costume « high street » de production de masse, voilà comment l’artiste et photographe anglais James Ostrer connu pour ses compositions « Junk food » élaborées à partir de produits alimentaires et de déchets. voit le candidat à l’élection présidentielle américaine : « Si vous regardez tous les détails de ce travail, il y a beaucoup de références au marché des matières premières. Il y a du pétrole qui dégouline des trous de son costume. Ou des morceaux de gravats qui sont peints avec de l’or, en référence à son empire immobilier. Et, vous savez, financièrement, il aurait été préférable qu’il investisse toute sa fortune, car la plupart de ses sociétés ont fait faillite, et en même temps, il nous promet une Amérique plus forte. »

          Portrait que je trouve pour ma part assez ressemblant. Le problème est de savoir pourquoi ce triste personnage monopolise la une des média et nous intéresse. La présence de la laideur tant physique que mentale est tout d’abord vécue chez l’homme comme une valeur négative provocante qui fascine, captive et le remet en question. En réaction, peut-être éprouve-t-il le besoin de surmonter cette négativité en l’affrontant et la domestiquant. Le laid est souvent la résultante de l’usure du temps. Le temps passant, on devient le plus souvent gros et laid, on perd ses cheveux, on rumine ses échecs et on a de moins en moins de succès auprès du sexe opposé. C’est le lot d’une fraction notable de la population américaine. Or voilà qu’apparait sur la scène politique où les jeux semblaient déjà faits, un personnage gros et laid, portant une postiche, inculte, raciste, misogyne, qui collectionne avec ses multiples faillites les échecs professionnels comme il collectionne les bimbos et qui se révèle avoir des chances d’être le prochain Président de la première puissance mondiale. Il n’en fallait pas moins pour s’attirer la sympathie de tous les vieux obèses, incultes, racistes, misogynes, chauves et frustrés du rêve américain déliquescent, et ils sont légion dans ce pays. Donald Trump est leur revanche, le doigt d’honneur qu’ils brandissent à la face de l’Amérique et du monde…

°°°

Une Charogne

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux:
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s’élançait en pétillant;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

— Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
À cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion!

Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés!

Charles Baudelaire

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3 réflexions au sujet de « boursouflure égotique »

  1. Carpe diem
    Après l’invitation du poète Horace à la jeune Leuconoé, métamorphosée en chauve-souris pour avoir refusé de se joindre au culte de Dionysos, c’est au tour de Ronsard, trois siècles avant le grand Baudelaire, d’avertir les dames sur leur cruel avenir de « vieille accroupie »… Rien n’y fait, et c’est la force de la vie que jeunes et vieilles continuent de jouer avec le « pauvre coeur des hommes ».
    Voyons, voyons ! je n’ai pas en mémoire, sur l’heure, un poème féminin mettant en garde du temps les jolis garçons ; il y en a sûrement, et notre joueur de partition, Enki, qui cueille
    les jours au jour le jour, va devoir plancher pour rattraper l’affaire…

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