Animaux fabuleux : n°01 – Le Squonk

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Lacrimacorpus dissolvens

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    Dans son traité Le livre des êtres imaginaires, l’écrivain argentin Jorge Luis Borges nous fait découvrir le Squonk (Lacrimacorpus dissolvens), un animal étrange considéré comme l’animal  « le plus malheureux de la création » à cause de son apparence pitoyable, qui vit dans le nord de l’Amérique plus précisément en Pennsylvanie et qui a la particularité d’être facilement sujet à des crises de larmes.

Squonk

     « Le domaine du Squonk est très limité. En dehors de la Pennsylvanie, peu de gens ont entendu parler de lui, bien qu’on dise qu’il est encore assez commun dans les champs de ciguë de cet État. Le Squonk est très sauvage : généralement il voyage à l’heure du crépuscule. Sa peau qui est couverte de verrues et de grains de beauté, ne lui sied pas bien; les connaisseurs les plus avertis déclarent qu’il est le plus malheureux des animaux. Suivre sa piste est facile, car il pleure continuellement et il laisse une trace de larmes. Quand on le traque et qu’il ne peut pas fuir ou quand on le surprend et qu’on lui fait peur, il fond en larmes. Les chasseurs de Squonks ont plus de succès les nuits de froid et de lune, alors que les larmes tombent lentement et que l’animal n’aime pas bouger; ses odeurs s’entendent sous les branches des obscurs arbustes de ciguë. »

William T. Cox, Fearsome Creatures of the Lumberwoods, 1910

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     On raconte qu’un trappeur de Pennsylvanie parvint une nuit à mettre la main sur un Squonk. En imitant ses pleurs, il l’aurait amené à se fourrer dans un sac. Durant tout le trajet qui le ramenait chez lui, l’homme entendit la pauvre créature pleurer convulsivement. Comme le trappeur approchait de chez lui, les pleurs cessèrent enfin.  Mais lorsque l’homme ouvrit triomphalement son sac devant sa famille et ses amis, tout ce que la toile grossière retenait encore n’étaient que quelques bulles et quelques larmes brillantes, qui se dissolvèrent rapidement.
    On rapporte également qu’un autre chasseur, se croyant plus malin, piégea un Squonk en creusant une fosse au pied d’un grand sapin. Tombé dans le piège, le petit être commença aussitôt à pleurer et le chasseur descendit dans la fosse pour s’en saisir. L’homme mourut noyé dans l’abondance des larmes du Squonk.

Cité par André-François Ruand dans Le Dico féérique : Le Règne humanoïde

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Le complément d’Enki : métabolisme du Squonk, des perspectives effarantes.

    Voici plus d’un siècle qu’on a plus vu de Squonk en Pennsylvanie. La plupart des scientifiques considèrent qu’il s’agit d’un espèce disparue à cause de la coutume stupide qu’avaient les maraîchers de cet État d’attacher en période de sécheresse l’un de ces animaux  au pied de chacun de leurs arbres fruitiers pour leur assurer grâce à l’abondance de ses larmes une humidité suffisante. On raconte que certains d’entre eux, sachant que les pleurs de l’animal étaient motivées par la laideur extrême de son visage, allaient jusqu’à placer un miroir au pied de l’arbre afin qu’à la vue de sa pitoyable face la pauvre créature redouble de pleurs. Il est certain qu’avec un tel traitement, ces animaux ne pouvaient résister longtemps. Quelques chercheurs persistent à penser qu’il pourrait néanmoins en subsister encore quelques uns et organisent régulièrement des battues dans les zones forestières de Pennsylvanie et des Ètats limitrophes où quelques derniers spécimen auraient pu se réfugier. Leur recherche n’est absolument pas désintéressée; il y a peut-être de l’argent à gagner… En effet la faculté que possédait l’animal de se dissoudre dans ses larmes (qui serait à l’origine de l’expression « fondre en larmes») intéresse au plus haut point ces scientifiques. Ils émettent l’hypothèse que la chair de l’animal aurait pu avoir une consistance semblable à celle du savon ce qui expliquerait sa capacité de dissolution en milieu humide. Ils souhaiteraient notamment savoir si le phénomène était réversible, c’est à dire si  l’animal avait la faculté de se reconstituer après que le danger soit passé. Si une telle résilience se révélait possible, cela ouvrirait des perspectives immenses dans le domaine de l’économie des transports car on pourrait envisager de liquéfier les êtres vivants dans des barriques ou des containers pour les transporter sur de longues distances et les reconstituer à l’arrivée.
    On est parfois surpris par la teneur du courrier des lecteurs. L’un de ceux-ci m’a demandé sans rire « s’il existait un risque que ce comportement lacrymal des Squonks puisse se transmettre aux êtres humains et si dans ce cas le sexe féminin pouvait présenter une prédisposition à cette atteinte…». Il expliquait qu’il y avait dans sa famille et dans le cercle de ses amis plusieurs femmes qui fondaient effectivement en larmes à toute occasion. Il précise que certaines d’entre elles avaient séjourné dans le passé aux Etats-Unis et auraient très bien pu se rendre à cette occasion en Pennsylvanie. Je lui ai répondu que cette faculté des Squonks devait être d’ordre génétique et qu’il était peu probable qu’elle ait pu franchir la barrière des espèces et se transmettre à l’homme. J’ajoutais en plaisantant que s’il voulait s’en assurer, il lui suffisait de placer l’une des personnes qu’il soupçonnait d’être atteinte dans un grand sac et vérifier au bout de quelque temps si elle s’était transformée en mare de larmes et en bulles de savon ou non. J’ose espérer qu’il n’a pas pris mon conseil à la lettre…

Enki sigle

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En 1976, le groupe de rock Genesis a créé une chanson qui fait référence aux larmes du Squonk (album A Trick of the Tail)

«I opened up the sack, all that I had
A pool of bubbles and tears – just a pool of tears»

« Squonk »

Like father like son
Not flesh nor fish nor bone

A red rag hangs from an open mouth

Alive at both ends but a little dead in the middle

A-tumbling and a-bumbling he will go

All the King’s horses and all the King’s men

Could never put a smile on that face

He’s a sly one, he’s a shy one
Wouldn’t you be too?
Scared to be left all on his own
Hasn’t a, hasn’t a friend to play with, the Ugly Duckling
The pressure on, the bubble will burst before our eyes
All the while in perfect time
His tears are falling on the ground
But if you don’t stand up you don’t stand a chance

Go a little faster now, you might get there in time

Mirror mirror on the wall
His heart was broken long before he ever came to you
Stop your tears from falling
The trail they leave is very clear for all to see at night
All to see at night

In season, out of season
What’s the difference when you don’t know the reason
In one hand bread, the other a stone
The hunter enters the forest
All are not huntsmen who can blow the huntsman’s horn
By the look of this one you’ve not got much to fear

Here I am, I’m very fierce and frightening
Come to match my skill to yours
Now listen here, listen to me, don’t you run away now
I am a friend, I’d really like to play with you
Making noises my little furry friend would make
I’ll trick him, then I’ll kick him into my sack
You better watch out, you better watch out

I’ve got you, I’ve got you, you’ll never get away

Walking home that night
The sack across my back, the sound of sobbing on my shoulder
When suddenly it stopped
I opened up the sack, all that I had
A pool of bubbles and tears – just a pool of tears

All in all you are a very dying race
Placing trust upon a cruel world
You never had the things you thought you should have had
And you’ll not get them now
And all the while in perfect time
Your tears are falling on the ground

Songwriters : Mike Rutherford et Tony Banks Singer : Phil Collins
Squonk lyrics © EMI Music Publishing, Warner/Chappell Music, Inc., IMAGEM U.S. LLC

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Le monde à travers un miroir : The lady of Shallot

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William Holman Hunt et Edward Robert Hugues - The lady of Shalott, 1905.jpg

William Holman Hunt – Lady of Shalott, 1905

The mirror crack’d from side to side;
“The curse is come upon me”
cried The Lady of Shalott.

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    Imaginez une jeune fille prisonnière d’une tour à qui il est interdit tout contact avec le monde extérieur. La seule connaissance qui lui est permise du monde lui est donnée par le reflet d’un miroir qu’elle s’attache à représenter pour le préserver en tissant une tapisserie… Belle métaphore de tous ceux qui n’ont du monde que la connaissance transmise par leur télévision ou leur smartphone… La belle se désespérait de ne jamais connaître le sentiment que ressentaient les couples d’amoureux qu’elle observait au loin jusqu’au jour où elle s’éprit du  chevalier Lancelot dont elle avait aperçu le reflet dans son miroir. Elle se mit à l’épier et fut pour cela frappée d’une malédiction. Embarquée dans un bateau à la proue duquel figurait la mention « la Dame de Shalott » dans le but de rejoindre la cour du roi Arthur à Camelot où se trouvait l’objet de son amour, elle fut retrouvée par les Dames et les chevaliers de la Cour parmi lesquels figurait Lancelot, morte de froid  enroulée dans la tapisserie qu’elle avait tissée.

« Et dans les eaux sombres de la rivière
Tel un prophète téméraire en transe,
Réalisant toute son infortune —
C’est avec une figure terne
Qu’elle regarda Camelot.

Et lorsque le jour déclina,
Desserrant la chaîne, elle s’allongeait ;
Le courant au loin l’emportait,
La Dame de Shallot… »

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 Sur le poème The Lady of Shalott écrit en 1842 par le poète romantique anglais Alfred Tennyson, la chanteuse canadienne Loreena Mckennitt en a tiré une chanson magnifique (Album The Visit, 1991)

Loreena McKennitt - The Visit
Loreena Mckennitt – The Visit

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Illustres illustratrices : Anna + Elena = Balbusso

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Deux cerveaux pour imaginer + quatre mains pour dessiner et peindre

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Anna + Elena Balbussot twins

     Les deux jumelles nées dans le Frioul (Udine) ont entrepris des études artistiques durant cinq années à Institut d’art « G. Sello » d’Udine d’où elles sont sorties avec un Diplôme d’études secondaires de conception graphique et de photographie puis durant encore quatre années en section peinture  à l’Académie des Beaux-Arts de Milan, ville où elles vivent et travaillent aujourd’hui. Leur talent est internationalement reconnu dans des domaines aussi variés que l’édition, la presse, les illustrations de livres pour adultes et enfants, la communication sous toutes ses formes et la publicité. Leur travail a fait l’objet de nombreuses exposition et elles ont glanées des prix prestigieux.

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La Lettre,  illustration du roman « Pride et Prejudice » de Jane Austen – Folio société, 2013

     “Be not alarmed, Madam, on receiving this letter, by the apprehension of its containing any repetition of those sentiments or renewal of those offers which were last night so disgusting to you. I write without any intention of paining you, or humbling myself, by dwelling on wishes which, for the happiness of both, cannot be too soon forgotten…”

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After the Ashes de Sara K. Joiner – l’éruption du volcan Krakatoa dans l’île de Java en 1883

     Histoire d’une enfant de 13 ans, Katrien Courtland qui vit à Java où elle vient de terminer la lecture du livre de Darwin « Sur l’Origine des Espèces » et qui inquiète son père et sa tante lorsqu’elle parcourt la jungle avec son ami indigène Slamet à la recherche de coléoptères plutôt que de passer son temps avec une fille blanche « comme il faut » nommée Brigitta que sa famille cherche à lui imposer. Lorsque le volcan Krakatoa entre en éruption, déclenchant un tsunami qui va tuer la moitié de la population, Katrien et Brigitta vont s’entraider pour survivre et ce partenariat va se transformer en amitié.

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House fire

    L’illustration « Maison en feu » crée pour la revue reader’s Digest Magazine de Novembre 2015 a reçu le Award of Excellence au « Communication Arts illustration » de 2016.

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Illustration pour le roman Arts du langage de Stéphanie Kallos, 2015

     Ce roman compte l’histoire de Charles Marlowe, un professeur plein de bonnes intentions, qui enseigne à ses élèves que le langage permet de repousser les limites de leur monde mais qui malheureusement est impuissant à communiquer avec son fils autiste. Sa femme et sa fille ont déserté le foyer familial et il s’interroge sur les raisons qui l’ont amené à cette impasse existentielle. Avec l’aide d’un étudiant en art ambitieux, d’une religieuse italienne et la mémoire d’un jeune garçon en costume blanc qui traduit son enfance avec consolation et tristesse, Charles va pouvoir finalement être capable de réécrire le script de sa vie. L’illustration des sœurs Balbussot représente Cody, le fils autiste comme un enfant alors que dans le roman, il est âgé de 21 ans. Il est vrai que dans le roman il y a beaucoup de flash-back dans les enfances du père et de son fils. Cody est représenté comme un acrobate en équilibre sur la ligne courbe de sa calligraphie pendant qu’il entoure la Lune de cercles concentriques. L’idée était de transmettre le sens de l’équilibre, la sensation de sérénité, du rêve et des émotions qui concourent ç la définition d’une nouvelle dimension de la communication.

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The Franklin's Tale is one of The Canterbury Tales by Geoffrey Chaucer. It focuses on issues of providence, truth, generosity and gentillesse in human relationships Dorigen on the black rocks in the sea.

The Franklin’s Tale of the Canterbury Tales by Chaucer

     Le conte du Franklin (The Frankeleyns Tale) est l’un des Contes de Canterbury écrit en Angleterre au XIVe siècle par Geoffrey Chaucer. Il se situe en Armorique et raconte l’histoire du mariage atypique d’Arvéragus de Kerru et de Doriguène dans lequel l’époux n’exerce aucune autorité sur son épouse même si, en public, le couple donne le change. Arvéragus doit partir en Angleterre, plongeant son épouse dans l’affliction et la crainte que son navire soit victime d’un naufrage lors de son retour en se fracassant sur les récifs noirs de la côte. Invitée à une fête où elle ne parvient pas à s’extraire de sa mélancolie, elle fait la connaissance d’Aurélius, un écuyer qui déclare être amoureux d’elle depuis longtemps. Emue par la détresse du jeune homme elle lui déclare qu’elle répondra à ses avances si il parvient à faire disparaître les récifs noirs au large. Un illusionniste parviendra à faire disparaître les rochers et réclame son dû à Doriguène. Celle-ci est désespérée d’avoir à tromper son époux qui entre temps est revenu d’Angleterre et songe au suicide. Finalement, à la vue de son mari, elle lui avoue sa faute mais contre toute attente celui-ci lui demande d’honorer sa promesse en gardant l’affaire secrète. Finalement, Aurélius libérera Doriguène de son contrat, ému par l’étendue de l’amour qui unit les deux époux. L’illusionniste, à son tour, abandonnera sa créance impressionné par la noblesses e l’écuyer. Le narrateur conclut son conte en demandant au public qui a été le plus généreux. L’illustration des sœurs Balbussot montre Doriguène scrutant l’arrivée du navire de son époux entourée de récifs et de falaises noirs.

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Illustration pour la nouvelle de Maupassant, le Horla

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Illustrations pour « Little Knife » de Leigh Bardugo

      La première image représente une énorme vague sous les traits d’une femme qui s’abat sur la forêt. Le jeune garçon qui se tient debout sur le rivage est représenté dans la seconde image agrippé à un arbre qu’entraîne le flot déchaîné.

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au revoir…

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Mais que veulent donc réellement les femmes ?

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Je précise : selon Chaucer et au Moyen-Âge…

Gennady Spirin - The Children of Lir - 2014balbusso_canterburytale_6

Anna + Elena Balbusso – illustration du conte de Chaucer La femme de Bath (Canterbury Tales)

This knight, of which my tale is specially,
Whan that he saugh he mighte nat come therby,
This is to seye, what wommen loven moost,
With-inne his brest ful sorweful was the goost;
But hoom he gooth, he mighte nat soiourne.
The day was come, that hoomward moste he tourne,
And in his wey it happed him to ryde,
In al this care, under a forest-syde,
Wher-as he saugh up-on a daunce go
Of ladies foure and twenty, and yet mo;
Toward the whiche daunce he drow ful yerne,
In hope that som wisdom sholde he lerne.
But certeinly, er he came fully there,
Vanisshed was this daunce, he niste where.
No creature saugh he that bar lyf,
Save on the grene he saugh sittinge a wyf;
A fouler wight ther may no man devyse.

Ce chevalier, qui est le sujet de mon conte,
quand il vit qu’il ne pouvait réussir,
c’est-à-dire, à savoir ce que les femmes aiment le plus,
en sa poitrine son âme fut tout affligée ;
mais il revient en son pays, il ne pouvait demeurer.
Le jour était arrivé qu’il devait s’en retourner,
et chemin faisant il lui advint de chevaucher,
en tout ce souci, sous l’orée d’un bois,
où il vit se mouvoir en danse
vingt-quatre dames, et davantage encore ;
vers laquelle danse il se dirigea tout empressé,
dans l’espoir d’y pouvoir trouver quelque instruction.
Mais certes avant qu’il arrivât tout auprès,
cette danse s’était évanouie, il ne savait où.
Il ne vit nul être qui eût vie,
sauf que sur la prairie il vit assise une femme ;
créature plus horrible ne se peut imaginer.

Extrait du conte La femme de Bath de Chaucer (Les Contes de Canterbury) – Le texte en anglais qui précède est en moyen-anglais du XIVe siècle)

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Résumé du conte de La femme de Bath de Geoffrey Chaucer 

    Le Conte de la bourgeoise de Bath ou Conte de la femme de Bath est l’un des Contes de Canterbury écrit au XIVe siècle par l’écrivain et poète anglais Geoffrey Chaucer (vers 1340-1400). Le conte narre l’histoire de l’un des chevaliers du roi Arthur condamné à mort pour le viol d’une jeune fille et qui, grâce à l’intercession de la reine Guenièvre, bénéficie d’un sursis d’un an et un jour pour répondre à la question difficile entre toutes : que désirent réellement les femmes ? Manifestement, en accomplissant son acte odieux, il avait montré qu’il en ignorait la réponse. Si dans ce délai, il parvenait à résoudre à cette énigme, il bénéficierait d’une grâce royale.

« Tu es toujours (dit-elle), en tel état
que tu n’es point encore assuré de ta vie.
Je t’accorde la vie sauve si tu peux me dire
quelle est la chose que les femmes désirent le plus.
Penses-y bien et garde ta nuque du fer.
Et si tu ne peux le dire à cette heure,
eh bien ! je te donnerai loisir d’aller
douze mois et un jour pour chercher et apprendre
une réponse convenable à cette question.
Et avant que tu partes, je veux avoir caution
que tu livreras ton corps en ce lieu. »

    Le début de la quête est difficile, les femmes qu’il rencontre étant d’avis différents : certaines désirent la richesse, d’autres la gloire, certaines ont besoin de flatterie  et pour d’autres rien ne compte plus que le plaisir au lit. L’année s’écoule sans qu’il ait trouvé une réponse satisfaisante. Le dernier jour, alors qu’il est sur le chemin du retour, il tombe sur un groupe de vingt-quatre jeunes filles qui dansaient et chantaient près d’un château à l’orée d’un bois mais comme il tente de les approcher, elles disparaissent brusquement ne laissant derrière elles qu’une vieille femme horriblement laide. Lui ayant exposé son problème, celle-ci consent à l’aider en échange d’une faveur que le conte ne dévoile pas. Revenu à la cour du roi Arthur, le chevalier donne la réponse à la question posée par la reine Guenièvre : ce que les femmes désirent par-dessus tout, c’est d’être maîtresses de leurs maris. Toutes les femmes de la cour présentes à cet instant confirment que c’est bien la bonne réponse. Le chevalier est donc libéré mais la vieille femme réclame son dû qui était de se faire épouser par le chevalier. Malgré la laideur repoussante de la vieille, celui-ci est obligé de respecter sa promesse. 

Et sur ce mot se leva la vieille femme
que le chevalier avait vue assise en la prairie :
« De grâce (dit-elle), madame ma reine souveraine,
avant que votre cour se sépare, faites moi droit.
J’ai enseigné cette réponse au chevalier,
pour laquelle il m’a juré sa foi là-bas,
que la première chose que je requerrais de lui
il la ferait, si elle était en son pouvoir.
Devant la cour donc, je te prie, sire chevalier,
(dit-elle), de me prendre pour femme ;
car tu sais bien que tu me dois la vie.
Si j’en ai menti, dénie-le sur ta foi. »
Le chevalier répondit : « Hélas et malheur !
Bien sais-je que telle fut ma promesse.
Pour l’amour de Dieu je te prie de choisir une autre
prends tout mon bien et renonce à moi. »
« Si je le fais (dit-elle), malédiction sur toi et sur moi !
Car bien que je sois vieille et laide et pauvre,
je ne voudrais pour tout le métal et tout le minerai
qui sous la terre est enfoui, ou qui gît au-dessus,
renoncer à être ta femme et aussi ton amante ! »
« Mon amante (dit-il), non, ma damnation !
Hélas ! qu’aucun de ma race
fasse jamais si hideuse mésalliance ! »
Mais tout fut vain ; la fin est qu’il
fut contraint : il lui fallut l’épouser ;

    La cérémonie du mariage passée, le chevalier et son épouse se retrouvent pour consommer leur nuit de noce mais le temps des énigmes n’est toujours pas passé, son épouse lui demande en effet quelle est sa préférence :  une vieille femme laide qui lui soit toujours fidèle, ou une belle jeune femme qui pourrait bien lui être infidèle. Dans cette situation, la plupart des hommes auraient choisi la seconde réponse, moi y compris, mais le chevalier esquive ce qui s’avérait être certainement un piège. Il répond qu’il se soumettra à sa décision, montrant qu’il a parfaitement intégré le fait que les femmes désirent par-dessus tout d’être maîtresses de leurs maris. Comme on est dans un conte, il sera récompensé : l’antique laideron se transforme soudainement en une jeune beauté qui lui sera toujours fidèle… Le conte ne précise pas s’ils eurent beaucoup d’enfants…

        Moralité : Pour bénéficier des faveurs exclusives de votre femme, il faudra toute votre vie lui manger dans la main…

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Pour en savoir plus

  • le conte traduit en français de la femme de Bath de Chaucer sur Wikisource, c’est  ICI (Attention, vous pouvez éviter le prologue un peu indigeste qui est deux fois plus long que le conte lui-même).
  • le site officiel des illustratrices Anna + Elena Balbusso Twins avec de nombreuses illustrations, c’est  ICI et l’article de ce blog qui leur est consacré, c’est  ICI .

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Les Visiteurs III – Ça pue !

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Soupe peu ragoûtante au navet

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      Samedi 23 avril 17 h – Genève. Nous venons tout juste de nous réfugier dans l’un des grands centres commerciaux de la périphérie pour échapper au déluge qui s’est abattu sur la ville. Totalement désœuvrés et errants sans but dans ce capharnaüm labyrinthique de la société de consommation au milieu de groupes d’ados passablement excités courant en tous sens, nos pas nous conduisent jusqu’à l’entrée d’un complexe cinématographique. Nous sommes sauvés ! Il ne faut finalement jamais désespérer de la providence… Le cinéma n’a-t-il pas été inventé pour secourir  tous ceux qui s’ennuient les jours de pluie ?  Nous passons en revue les films à l’affiche mais par malheur, aucun d’eux ne retient notre intérêt. Mais que faire ?  Retourner dans le labyrinthe pour y hâler notre pesant d’ennui est au-dessus de nos forces, de même que sortir et affronter la pluie… Nous préférons finalement mettre nos vies entre parenthèses en nous enfermant un long moment dans une salle obscure, au risque de voir un navet. En ce qui me concerne, il y aura toujours la possibilité de piquer un petit somme réparateur, ce qui m’arrive régulièrement quand le film est insipide. Mais pour ce qui est de navet, nous allons être servi !

      Nous avons choisi Les Visiteurs III malgré ma réticence car je me méfie des films à suite qui ne sont que trop souvent l’occasion pour les producteurs d’accommoder les restes d’un succès premier et je ne peux supporter le jeu surfait et prévisible de Clavier mais la présence de Jean Reno, de Karin Viard et de Sylvie Testud nous rassure. Avec de tels acteurs, un film ne peut être totalement mauvais. Le film commence : Godefroi de Montmirail et Jacquouille la Fripouille sont toujours piégés dans le labyrinthe du temps et transportés cette fois en 1793, en pleine période de la Terreur révolutionnaire. Dés les premières  minutes de projection, nous nous rendons compte que cette séance sera pour nous un long calvaire… Manque total d’imagination, Indigence et vulgarité extrême des gags, personnages inconsistants, ébrouement complaisant dans une scatologie verbale à un point tel que par rapport aux deux films précédents, le réalisateur donne l’impression d’être victime d’une régression psychologique et d’un retour au stade anal. Comme dans les cours de récréation, il est effectivement beaucoup question d’effluves malodorantes, de pets et de merde et c’est apparemment destiné à nous faire rire. Quand au cynisme et au mépris qui accompagne la présentation de la Révolution française, il donne envie de vomir. Alors dans ce marigot mal-odorant, Clavier, à grand renfort de grimaces, de bouche édentée, de furoncle purulent et de couilles à hauteur du menton nous impose ses pitoyables pitreries, Reno se réfugie dans sa stature de noble chevalier contrarié au-dessus de la mêlée, attendant que ça passe pour profiter de son cachet que le Pretium doloris qu’il aura subi lors du tournage d’un tel navet aura pour lui pleinement justifié, Karin Viard, Sylvie Testud et Frank Dubosc font ce qu’ils peuvent, donnant l’impression de se demander à tout moment ce qu’ils sont venus faire dans cette galère… Quoi faire ? mais cachetonner, cachetonner. En ces temps difficiles, il faut bien vivre…

     Mépris pour l’histoire de France et la vérité historique, mépris pour l’intelligence et le bon goût, mépris pour les acteurs dont on utilise la notoriété comme faire-valoir commercial et enfin  mépris pour le public traité comme une masse inculte et décérébrée… Monsieur Poiré, votre film :  Ça puuuuuue !  Mais c’est bien connu, l’argent, lui, n’a pas d’odeur…

     Le pire, c’est que la fin du film laisse augurer d’un futur Les Visiteurs IV qui se situerait au temps de l’occupation. Que voulez-vous, on ne change pas une monture qui gagne….

Enki sigle

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Du microcosme au maquereaucosme

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Histoire sans parole

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meraviglia

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The call of the wild

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Frontispice de L’Appel de la Forêt (The Call of the Wild) de Jack London, 1903
illustrateur Charles Livingstone Bull
« And beyond that fire… Buck could see many gleaming coals, two by two, always two by two.»

The_Call_of_the_Wild_(1903)_p._85_With_the_aurora_borealis

l’Aurore Boréale de L’Appel de la Forêt (The Call of the Wild) de Jack London, 1903
illustration de Charles Livingstone Bull

Jack Mondon

      L’Appel de la forêt ou L’Appel sauvage (titre original : The Call of the Wild) est un roman de Jack London publié en 1903 aux Etats-Unis et en 1908 en France. Il relate l’histoire d’un chien domestique, vendu à la suite d’un concours de circonstance comme chien de traîneau à l’époque de la Ruée vers l’or et qui revient à ses instincts naturels lorsqu’il est confronté aux pièges et à la rudesse du territoire du Yukon. Jack London avait participé en 1897 à la Ruée vers l’or de la Klondike River au Canada à l’ouest du Yukon mais atteint du scorbut, il avait du être rapatrié. Cette expérience du Grand Nord canadien l’incita à se consacrer à l’écriture.

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