Mais que veulent donc réellement les femmes ?

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Je précise : selon Chaucer et au Moyen-Âge…

Gennady Spirin - The Children of Lir - 2014balbusso_canterburytale_6

Anna + Elena Balbusso – illustration du conte de Chaucer La femme de Bath (Canterbury Tales)

This knight, of which my tale is specially,
Whan that he saugh he mighte nat come therby,
This is to seye, what wommen loven moost,
With-inne his brest ful sorweful was the goost;
But hoom he gooth, he mighte nat soiourne.
The day was come, that hoomward moste he tourne,
And in his wey it happed him to ryde,
In al this care, under a forest-syde,
Wher-as he saugh up-on a daunce go
Of ladies foure and twenty, and yet mo;
Toward the whiche daunce he drow ful yerne,
In hope that som wisdom sholde he lerne.
But certeinly, er he came fully there,
Vanisshed was this daunce, he niste where.
No creature saugh he that bar lyf,
Save on the grene he saugh sittinge a wyf;
A fouler wight ther may no man devyse.

Ce chevalier, qui est le sujet de mon conte,
quand il vit qu’il ne pouvait réussir,
c’est-à-dire, à savoir ce que les femmes aiment le plus,
en sa poitrine son âme fut tout affligée ;
mais il revient en son pays, il ne pouvait demeurer.
Le jour était arrivé qu’il devait s’en retourner,
et chemin faisant il lui advint de chevaucher,
en tout ce souci, sous l’orée d’un bois,
où il vit se mouvoir en danse
vingt-quatre dames, et davantage encore ;
vers laquelle danse il se dirigea tout empressé,
dans l’espoir d’y pouvoir trouver quelque instruction.
Mais certes avant qu’il arrivât tout auprès,
cette danse s’était évanouie, il ne savait où.
Il ne vit nul être qui eût vie,
sauf que sur la prairie il vit assise une femme ;
créature plus horrible ne se peut imaginer.

Extrait du conte La femme de Bath de Chaucer (Les Contes de Canterbury) – Le texte en anglais qui précède est en moyen-anglais du XIVe siècle)

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Résumé du conte de La femme de Bath de Geoffrey Chaucer 

    Le Conte de la bourgeoise de Bath ou Conte de la femme de Bath est l’un des Contes de Canterbury écrit au XIVe siècle par l’écrivain et poète anglais Geoffrey Chaucer (vers 1340-1400). Le conte narre l’histoire de l’un des chevaliers du roi Arthur condamné à mort pour le viol d’une jeune fille et qui, grâce à l’intercession de la reine Guenièvre, bénéficie d’un sursis d’un an et un jour pour répondre à la question difficile entre toutes : que désirent réellement les femmes ? Manifestement, en accomplissant son acte odieux, il avait montré qu’il en ignorait la réponse. Si dans ce délai, il parvenait à résoudre à cette énigme, il bénéficierait d’une grâce royale.

« Tu es toujours (dit-elle), en tel état
que tu n’es point encore assuré de ta vie.
Je t’accorde la vie sauve si tu peux me dire
quelle est la chose que les femmes désirent le plus.
Penses-y bien et garde ta nuque du fer.
Et si tu ne peux le dire à cette heure,
eh bien ! je te donnerai loisir d’aller
douze mois et un jour pour chercher et apprendre
une réponse convenable à cette question.
Et avant que tu partes, je veux avoir caution
que tu livreras ton corps en ce lieu. »

    Le début de la quête est difficile, les femmes qu’il rencontre étant d’avis différents : certaines désirent la richesse, d’autres la gloire, certaines ont besoin de flatterie  et pour d’autres rien ne compte plus que le plaisir au lit. L’année s’écoule sans qu’il ait trouvé une réponse satisfaisante. Le dernier jour, alors qu’il est sur le chemin du retour, il tombe sur un groupe de vingt-quatre jeunes filles qui dansaient et chantaient près d’un château à l’orée d’un bois mais comme il tente de les approcher, elles disparaissent brusquement ne laissant derrière elles qu’une vieille femme horriblement laide. Lui ayant exposé son problème, celle-ci consent à l’aider en échange d’une faveur que le conte ne dévoile pas. Revenu à la cour du roi Arthur, le chevalier donne la réponse à la question posée par la reine Guenièvre : ce que les femmes désirent par-dessus tout, c’est d’être maîtresses de leurs maris. Toutes les femmes de la cour présentes à cet instant confirment que c’est bien la bonne réponse. Le chevalier est donc libéré mais la vieille femme réclame son dû qui était de se faire épouser par le chevalier. Malgré la laideur repoussante de la vieille, celui-ci est obligé de respecter sa promesse. 

Et sur ce mot se leva la vieille femme
que le chevalier avait vue assise en la prairie :
« De grâce (dit-elle), madame ma reine souveraine,
avant que votre cour se sépare, faites moi droit.
J’ai enseigné cette réponse au chevalier,
pour laquelle il m’a juré sa foi là-bas,
que la première chose que je requerrais de lui
il la ferait, si elle était en son pouvoir.
Devant la cour donc, je te prie, sire chevalier,
(dit-elle), de me prendre pour femme ;
car tu sais bien que tu me dois la vie.
Si j’en ai menti, dénie-le sur ta foi. »
Le chevalier répondit : « Hélas et malheur !
Bien sais-je que telle fut ma promesse.
Pour l’amour de Dieu je te prie de choisir une autre
prends tout mon bien et renonce à moi. »
« Si je le fais (dit-elle), malédiction sur toi et sur moi !
Car bien que je sois vieille et laide et pauvre,
je ne voudrais pour tout le métal et tout le minerai
qui sous la terre est enfoui, ou qui gît au-dessus,
renoncer à être ta femme et aussi ton amante ! »
« Mon amante (dit-il), non, ma damnation !
Hélas ! qu’aucun de ma race
fasse jamais si hideuse mésalliance ! »
Mais tout fut vain ; la fin est qu’il
fut contraint : il lui fallut l’épouser ;

    La cérémonie du mariage passée, le chevalier et son épouse se retrouvent pour consommer leur nuit de noce mais le temps des énigmes n’est toujours pas passé, son épouse lui demande en effet quelle est sa préférence :  une vieille femme laide qui lui soit toujours fidèle, ou une belle jeune femme qui pourrait bien lui être infidèle. Dans cette situation, la plupart des hommes auraient choisi la seconde réponse, moi y compris, mais le chevalier esquive ce qui s’avérait être certainement un piège. Il répond qu’il se soumettra à sa décision, montrant qu’il a parfaitement intégré le fait que les femmes désirent par-dessus tout d’être maîtresses de leurs maris. Comme on est dans un conte, il sera récompensé : l’antique laideron se transforme soudainement en une jeune beauté qui lui sera toujours fidèle… Le conte ne précise pas s’ils eurent beaucoup d’enfants…

        Moralité : Pour bénéficier des faveurs exclusives de votre femme, il faudra toute votre vie lui manger dans la main…

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Pour en savoir plus

  • le conte traduit en français de la femme de Bath de Chaucer sur Wikisource, c’est  ICI (Attention, vous pouvez éviter le prologue un peu indigeste qui est deux fois plus long que le conte lui-même).
  • le site officiel des illustratrices Anna + Elena Balbusso Twins avec de nombreuses illustrations, c’est  ICI et l’article de ce blog qui leur est consacré, c’est  ICI .

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