Le monde d’hier : l’église Saint-Séverin à Paris photographiée par Eugène Atget

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Un lieu symbolique où mes pas m’ont entraîné durant de nombreuses années…

Eugène Atget - Église Saint-Séverin, vue prise sur les toits, entre 1903 et 1927

Eugène Atget – Église Saint-Séverin, vue prise sur les toits, entre 1903 et 1927 — épreuve sur papier albuminé à partir d’un négatif verre au gélatino-bromure d’argent

Eugène Atget - Église Saint-Séverin, vue prise sur les toits, entre 1903 et 1927 — épreuve su papier albuminé à partir d'un négatif verre au gélatino-bromure d'argent

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Eugène Atget, l’un des premiers photographes documentaristes

BNF_-_Portrait_d'Eugène_Atget_-_1890_-_001      À une époque où la photographie, encore adolescente, s’attachait avec le pictorialisme  à imiter la peinture en recherchant des ambiances floutées et en retouchant les clichés au moment du tirage, Eugène Atget réalise des clichés documentaires nets et précis se contentant de soigner le cadrage. C’est pour satisfaire les peintres, les architectes et les graphistes qui ont besoin de documentation qu’il s’est lancé après 1890 dans la photographie après avoir du quitter son métier d’acteur suite à une affection des cordes vocales. Il photographie de manière systématique par « thèmes » qu’il épuise les uns après les autres. Après les « petits métiers de Paris » en voie de disparition, il passe aux cours d’immeubles, aux devantures de boutiques, aux monuments et aux rues. De 1890 à 1927, année de sa mort, il a accumulé des milliers de clichés qui ont permis de conserver l’image du vieux Paris. Une grande partie de ces clichés ont été acquis par la Bibliothèque nationale, le musée Carnavalet et la Bibliothèque historique de la ville de Paris et forment un fond inestimable de 18.600 photographies. La célèbre photographe américaine, un temps assistante de Man Ray à Paris, Berenice Abbott a acquis un fond important de plusieurs milliers de tirages aujourd’hui conservé au Museum of Modern Art à New York.

euegene-atget (1857-1927)      Voilà ce qu’écrivait Walter Benjamin à son sujet : « Dès que l’homme est absent de la photographie, pour la première fois, la valeur d’exposition l’emporte décidément sur la valeur cultuelle. L’exceptionnelle importance des clichés d’Atget qui a fixé les rues désertes de Paris autour de 1900, tient justement à ce qu’il a situé ce processus en son lieu prédestiné. On a dit à juste titre qu’il avait photographié ces rues comme on photographie le lieu d’un crime. Le lieu du crime est aussi désert. Le cliché qu’on en prend a pour but de relever des indices. Chez Atget les photographies commencent à devenir des pièces à conviction pour le procès de l’histoire. C’est en cela que réside leur secrète signification politique. Elles en appellent déjà à un regard déterminé. Elles ne se prêtent plus à une contemplation détachée. Elles inquiètent celui qui les regarde  ; pour les saisir, le spectateur devine qu’il lui faut chercher un chemin d’accès. Dans le même temps, les magazines illustrés commencent à orienter son regard. Dans le bon sens ou le mauvais, peu importe. Avec ce genre de photos, la légende est devenue pour la première fois indispensable et il clair qu’elle a un tout autre caractère que le titre d’un tableau (…) »
                                           Walter Benjamin, l’Oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique.

 * en haut : portrait d’Eugène Atget (1857-1927) réalisé par un photographe anonyme vers 1890. En bas,
    Eugène Atget âgé.

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Eugène Atget - Eglise S.t Séverin - XVe s.

      L’Eglise Saint-Séverin se situe dans le Quartier latin de Paris a proximité de la Sorbonne (5e arrondissement). Elle a une origine très ancienne puisque dés 650 une chapelle aurait été fondée à cette emplacement pour commémorer la vie d’un ermite du nom de Séverin qui venait en ce lieu pour prier. Elle fut brûlée par les Vikings au XIe siècle et au XIIIe siècle on commença sa reconstruction qui ne fut terminée qu’au XVème. Des changements furent opérés au XVIIème siècle pour la mettre au goût du jour (et la mode à l’époque était au classicisme). Après la Révolution, en 1793, elle servi de dépôt de poudre et de salpêtre. Le portail de la façade principale a été ajouté en 1837 après avoir été récupéré sur l’église voisine de Saint-Pierre-aux-boeufs démolie par le percement de la rue d’Arcole sur l’Ile de la Cité.

Eugène Atget - rue Saint-Jacques après la démolition des maisons longeant le cloîre de l'église Saint-Séverin à Paris, 1908

Eugène Atget – rue Saint-Jacques après la démolition des maisons longeant le cloîre de l’église Saint-Séverin à Paris, 1908

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

La destruction du vieux Paris

   « À l’heure actuelle, le quartier Saint-Séverin, le seul, à Paris, qui conserve encore un peu de l’allure des anciens temps, s’effrite et se démolit chaque jour ; dans quelques années, il n’y aura plus trace des délicieuses masures qui l’encombrent. On nivellera d’amples routes, l’on abolira les tapis-francs, l’on refoulera le long des remparts les purotins et les escarpes ; une fois de plus, les moralistes s’imagineront qu’ils ont déblayé la misère et relégué le crime ; les hygiénistes clameront également les bienfaits des larges boulevards, des squares étriqués et des rues vastes ; l’on répétera sur tous les tons que Paris est assaini, et personne ne comprendra que ces changements ont rendu le séjour de la ville intolérable. » – Huysmans dans La Bièvre et Saint-Séverin publié en 1898

Eugène Atget - rue saint séverin rue saint jacques vers 1900

Eugène Atget – rue Saint Séverin rue Saint Jacques, vers 1900

Eugène Atget - Chevet de l'église Saint-Séverin après démolition des vieilles maisons, 1914

Eugène Atget – Chevet de l’église Saint-Séverin après démolition des vieilles maisons, 1914. La même vue que la photographie précédente quatorze années plus tard

       La rue Saint-Jacques est probablement la rue la plus ancienne de Paris. D’abord piste gauloise, elle a été aménagée en voie pavée par les romains et est devenue au Moyen âge l’un des itinéraires pour se rendre au pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Le percement du boulevard Saint Michel en 1859 a bouleversé le quartier et lui a donné un rôle secondaire. Les deux photos ci-dessus qui montrent l’évolution d’une partie de cette rue après la destruction des constructions érigées devant le chevet de l’église Saint-Séverin sont un bon exemple de la méthode de travail d’Atget qui revenait sur les lieux quelques années plus tard pour rendre compte des changements opérés.

Eugène Atget - La rue des Prêtres-Saint-Séverin et l'église Saint-Séverin, en 1899.

Eugène Atget – La rue des Prêtres-Saint-Séverin et l’église Saint-Séverin à Paris, en 1898-1899.
Deux séquences de la même rue : la teinte de ses photographie n’était jamais noire et blanche
mais  oscillait du sépia au brun-violacé tout en affirmant les contrastes.

Eugène Atget - Rue des Prêtres-Saint-Séverin, 1898

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s