meraviglia

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Daphnis et chloé, l’enfance de l’amour

Mauris Denis - Daphnis-et-chloé

Maurice Denis – Daphnis et Chloé, 1918

    Daphnis et Chloé est un récit grec romancé d’inspiration bucolique écrit par un certain Longus au IIe ou IIIe siècle de l’ère chrétienne. L’auteur déclare avoir découvert par hasard, dans un sanctuaire de Lesbos, un tableau représentant l’allégorie de l’Amour, ce qui lui a donné l’idée d’écrire un récit sur ce sujet.  Daphnis est un jeune chevrier qui a été trouvé, enfant , dans un bosquet de laurier (d’où son nom qui provient du grec ancien δάφνη : daphné = « laurier »). Chloé, quant à elle est une bergère, également enfant trouvée. Ils s’éprennent l’un de l’autre mais de multiples rebondissements les empêchent d’assouvir leur amour. C’est avant tout leur éducation sentimentale qui est décrite avec ironie tout au long de ces péripéties. (crédit Wikipedia)
   Le thème de ces deux jeunes gens faisant l’apprentissage de l’amour a nourri une abondante iconographie et a inspiré à Maurice Ravel et au chorégraphe Michel Fokine en 1912 une symphonie chorégraphique. Le Blé en herbe de Colette en 1923 dont l’intrique est proche fait également référence à ce roman.

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[livre 1, chapitres 12, 13 & 14] : L’éveil de l’amour

    Revenus ensuite à leurs troupeaux, les ayant trouvés qui paissaient tranquillement et en bon ordre, chèvres et brebis, ils s’assirent au pied d’un chêne et regardèrent si Daphnis était point quelque part blessé. Il n’y avait en tout son corps trace de sang ni mal quelconque, mais bien de la terre et de la boue parmi ses cheveux et sur lui. Si délibéra de se laver, afin que Lamon et Myrtale ne s’aperçussent de rien. Venant donc avec Chloé à la caverne des Nymphes, il lui donna sa pannetière et son sayon à garder, et se mit au bord de la fontaine à laver ses cheveux et son corps. Ses cheveux étaient noirs comme ébène, tombant sur son col bruni par le hâle ; on eût dit que c’était leur ombre qui en obscurcissait la teinte. Chloé le regardait, et lors elle s’avisa que Daphnis était beau ; et comme elle ne l’avait point jusque-là trouvé beau, elle s’imagina que le bain lui donnait cette beauté. Elle lui lava le dos et les épaules, et en le lavant sa peau lui sembla si fine et si douce, que plus d’une fois, sans qu’il en vît rien, elle se toucha elle-même, doutant à part soi qui des deux avait le corps plus délicat. Comme il se faisait tard pour lors, étant déjà le soleil bien bas, ils ramenèrent leurs bêtes aux étables, et de là en avant Chloé n’eut plus autre chose en l’idée que de revoir Daphnis se baigner. Quand ils furent le lendemain de retour au pâturage, Daphnis, assis sous le chêne à son ordinaire, jouait de la flûte et regardait ses chèvres couchées, qui semblaient prendre plaisir à si douce mélodie. Chloé pareillement, assise auprès de lui, voyait paître ses brebis; mais plus souvent elle avait les yeux sur Daphnis jouant de la flûte, et alors aussi elle le trouvait beau ; et pensant que ce fût la musique qui le faisait paraître ainsi, elle prenait la flûte après lui, pour voir d’être belle comme lui. Enfin, elle voulut qu’il se baignât encore, et pendant qu’il se baignait, elle le voyait tout nu, et le voyant elle ne se pouvait tenir de le toucher; puis le soir, retournant au logis, elle pensait à Daphnis nu, et ce penser-là était commencement d’amour. Bientôt elle n’eut plus souci ni souvenir de rien que de Daphnis, et de rien ne parlait que de lui. Ce qu’elle éprouvait, elle n’eût su dire ce que c’était, simple fille nourrie aux champs, et n’ayant ouï en sa vie le nom seulement d’amour. Son âme était oppressée; malgré elle bien souvent ses yeux s’emplissaient de larmes. Elle passait les jours sans prendre de nourriture, les nuits sans trouver de sommeil : elle riait et puis pleurait; elle s’endormait et aussitôt se réveillait en sursaut ; elle pâlissait et au même instant son visage se colorait de feu. La génisse piquée du taon n’est point si follement agitée. De fois à autre elle tombait en une sorte de rêverie, et toute seulette discourait ainsi : A cette heure je suis malade, et ne sais quel est mon mal. Je souffre, et n’ai point de blessure. Je m’afflige, et si n’ai perdu pas une de mes brebis. Je brûle, assise sous une ombre si épaisse. Combien de fois les ronces m’ont égratignée, et je ne pleurais pas ! Combien d’abeilles m’ont piquée de leur aiguillon, et j’en étais bientôt guérie! Il faut donc dire que ce qui m’atteint au coeur cette fois est plus poignant que tout cela. De vrai, Daphnis est beau, mais il ne l’est pas seul. Ses joues sont vermeilles, aussi sont les fleurs; il chante, aussi font les oiseaux ; pourtant quand j’ai vu les fleurs ou entendu les oiseaux, je n’y pense plus après. Ah! que ne suis-je sa flûte, pour toucher ses lèvres ! que ne suis-je son petit chevreau, pour qu’il me prenne dans ses bras! O méchante fontaine qui l’a rendu si beau, ne peux-tu m’embellir aussi ? O Nymphes! vous me laissez mourir, moi que vous avez vue naître et vivre ici parmi vous ! Qui après moi vous fera des guirlandes et des bouquets, et qui aura soin de mes pauvres agneaux, et de toi aussi, ma jolie cigale, que j’ai eu tant de peine à prendre ? Hélas ! que te sert maintenant de chanter au chaud du midi? Ta voix ne peut plus m’endormir sous les voûtes de ces antres; Daphnis m’a ravi le sommeil.»

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Daphnis et Chloé de Maurice Ravel

Orchestre Symphonique de Montreal dirigé par Charles Dutoit

Ballet de Monte-Carlo – chorégraphie Jean-Christophe Maillot – Scénographie Ernest Pignon Edouard avec les danseurs Anjara Ballesteros-Cilla (Chloé) et Jeoren Verbruggen (Daphnis)

Nota : un peu de patience, la durée du téléchargement est un peu longue…

     Entreprise difficile sinon impossible que celle entreprise par Maurice Ravel et Michel Fokine de réaliser une symphonie chorégraphique sur le thème de Daphnis et Chloé. La peinture comme la musique et le chant ont pour eux de permettre le libre envol de l’imagination. La peinture parce qu’elle ne représente qu’un moment figé de l’événement ou du récit et qu’elle laisse toute liberté au spectateur d’imaginer le passé et l’avenir. La musique et le chant parce que leur ambition se limite à créer une « ambiance » suggestive à partir de laquelle l’auditeur va imaginer le déroulement de la scène à laquelle elle sont attachées. Le spectateur et l’auditeur peuvent, dans ces conditions, élaborer leur propre histoire et vision. La danse, par contre, dans la mesure où elle met en scène le corps humain dans les limites de ses capacités physiques, même si celles-ci sont poussées au maximum de leurs possibilités, occupe le vide de la représentation et est interprétée comme une  « réponse » qui « bloque » l’imagination. Désolé, mais je n’ai pas retrouvé dans la chorégraphie de Jean-Christophe Maillot la magie du texte de Longus, de la musique de Ravel et des représentations graphiques des illustrateurs qui se sont frottés au thème de l’amour naissant entre les deux jeunes gens.

Enki sigle

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