Autres temps, autres mœurs : Rome 1599, l’affaire Beatrice Centi

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Caravaggio_Judith_Beheading_Holofernes

Le Caravage – Judith décapitant Holopherne, vers 1598-1599

Le sort des meurtrières victimes de violence conjugales aujourd’hui en France

    En France, plusieurs affaires de meurtre de maris violents par leur femme ont dernièrement défrayé la chronique. Parmi elles, les affaires Alexandra LangeBernadette Dinet et Jacqueline Sauvage ont eu un grand retentissement. Alexandra Lange avait tué en juin 2009 à Douai son époux alcoolique et violent d’un coup de couteau à la gorge qui tentait de l’étrangler après 11 années de calvaire au cours desquelles elle avait été humiliée, battue, violée. Les appels au secours et la plainte qu’elle avait tenté de déposé auprès des autorités n’avait été suivies d’aucune aide. La cour d’assise l’avait acquitté.  Dans le cas de Bernadette Dinet, cette femme de 60 ans a tué en janvier 2012 d’un coup de fusil son mari Bernard Bert qui la terrorisait, l’humiliait et la brutalisait depuis des années. Il avait en outre violé l’une de ses belles-sœurs qui avait eu un enfant de cette relation forcée et en avait agressé un autre encore mineure. Le jugement rendu en février 2016 sera clément : la meurtrière sera condamnée à cinq ans de prison avec sursis pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. C’est en septembre 2012 que Jacqueline Sauvage a tué son mari Norbert Marot elle aussi d’un coup de fusil après 47 années de violences conjugales et suite à des menaces de mort. Les trois filles du couple ont déclarées avoir été abusées sexuellement par leur père et le fils, également victime de violences de la part de son père s’était suicidé la veille du meurtre par pendaison. En octobre 2014, la cour d’assise ne retiendra pas la légitime défense et condamnera Jacqueline Sauvage à 10 ans de prison, peine confirmée en décembre 2015 par les jurés du procès en appel. Elle sera finalement graciée partiellement par le Président de la République en janvier 2016, la peine d’emprisonnement étant ramenée à 2 ans et 4 mois.

Cenci

Portrait présumé de Beatrice Cenci, par Guido Reni ou peut-être Elisabetta Sirani

Année 1599 à Rome : L’affaire Beatrice Cenci

   Le 11 septembre 1599 à Rome, sous le règle du pape Clément VIII, trois condamnés, un homme et deux femmes sont amenés au Pont San’Angelo sur lequel a été installé un échafaud. L’homme est jeune, il a pour nom Giacomo Cenci. Le supplice commence : le bourreau lui écrase la tête d’un coup de maillet sur le billot puis il est démembré et ses membres accrochés aux quatre coins de la place. Les deux femmes ont pour nom Lucrezia Petroni et Beatrice Cenci. Beatrice Cenci est la sœur cadette de l’homme qui vient d’être supplicié et Lucrecia Petroni est sa belle-mère. leur sort sera un peu moins cruel, elles seront toutes les deux décapitées à l’aide d’une espèce de guillotine. Leur crime ? Avoir assassiné leur père et mari, Francesco Cenci, un aristocrate au tempérament violent et aux mœurs dissolues et immorales qui avait été précédemment emprisonné par la justice papale mais qui avait été libéré du fait de son appartenance à la noblesse. Il avait abusé de sa seconde épouse Lucrezia et même de son propre fils Bernardo qu’il avait eu avec elle et s’apprêtait de faire de même avec sa fille Beatrice qui avait alerté les autorités sans que celles-ci réagissent. Les quatre membres de la famille victime du père et mari indigne estimèrent qu’il n’avaient d’autre chois que de tuer leur bourreau. Avec l’aide de deux vassaux dont l’un était amant de Beatrice, ils tentèrent d’empoisonner Francesco Cenci mais le poison mal dosé ne remplit pas sa fonction, ils parachevèrent le travail en le frappant à coup de marteau et jetèrent son corps par la fenêtre pour faire croire à un accident mais les autorités ne furent pas dupes. L’amant de Beatrice mourut sous la torture sans avoir trahi ses acolytes et le second vassal fut par précaution assassiné pour qu’il ne puisse dévoiler la vérité mais celle-ci fut finalement révélée et les quatre membres de la famille Cenci arrêtés et condamnés à mort, leurs biens étant confisqués au profit de la famille du pape. Malgré l’action du peuple de Rome qui avait pris fait et cause pour les condamnés, le pape Clément VIII refusa sa grâce. Seul le plus jeune frère, Bernardo, fut épargné  et emprisonné.

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Exécution de Beatrice Cenci, le bourreau masqué présente la tête tranchée à la foule, 1895

    Selon la légende, le corps de Beatrice a reçu les honneurs funéraires du peuple et a été portée en procession dans la Via Giulia, Ponte Sisto et le Janicule jusqu’à l’église de S. Pietro in Montorio où il a fait l’objet d’une sépulture qui faisait l’objet d’un culte. En 1798, le peintre Vincenzo Camuccini a rapporté que, lors de la restauration du tableau de Raphaël  la Transfiguration, il a vu les occupants français du général Berthier entrer dans l’église et violer la tombe de Beatrice pour la piller. Enfin, des Romains affirment avoir vu le fantôme de la jeune femme roder à minuit le jour anniversaire de sa mort sur la place du Castel Sant’Angelo, tenant sa tête entre ses mains.

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Beatrice Cenci vue par la photographe Julia Margaret Cameron

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Julia Margaret Cameron –  Etude photographique sur le thème de Beatrice Cenci, 1866 . Le modèle est sa nièce May Prinsep.

      Julia Margaret Cameron (1815-1879) est une photographe britannique connue pour ses portraits de célébrités de son temps qu’elle mettait en scène par un cadrage serré et une savante utilisation du flou artistique. Elle réalisa aussi des illustrations photographiques inspirées par la peinture préraphaélite anglaise. En rupture avec le style documentariste des premiers temps de la photographie qui s’attachait à représenter le sujet avec la plus grande précision, elle était animée d’une recherche esthétique et cherchait à capter la personnalité des sujets qui posaient pour elle. Son travail fut dans un premier temps incompris car la photographie n’était pas considérée comme un art mais comme une simple technique Elle s’inspirait pour la composition et l’éclairage des œuvres des grands peintres et cela a été le cas pour cette représentation de Beatrice Cenci inspiré du tableau attribué à Guido Reni mais à laquelle elle a ajouté au visage l’empreinte d’une expression douloureuse de souffrance tragique.

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