Japon : le Kaihogyo, une ascèse bouddhiste par la marche

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View of the sacred Mount Hiei from Kuramadera.

Le mont Hiei vu du temple bouddhiste de Kurama-dera. Cette montagne sacrée qui surplombe les villes de Kyoto et d’Otsu est célèbre pour les temples bouddhistes Tendai qui y sont bâti comme les temples Mii-dera fondé en 672 et Enryaku-ji fondé en 788.

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    Les moines bouddhistes Tendai du mont Hiei suivant la devise « Où l’esprit va, le corps doit suivre » pratiquent le Kaihogyo ( « Tour de la montagne »), une forme d’ascétisme et de méditation par la pratique de la marche réalisée de manière rigoureuse qui se classe comme l’un des défis d’endurance les plus exténuants de toute l’histoire humaine. Elle consiste a effectuer 1000 jours de marche intensive accompagnée de prière répartis sur sept années. L’échec de cette épreuve était dans le passé sanctionné par le suicide.
     Depuis sa fondation par le moine Soo Osho au IXe siècle où il se limitait à une ascèse réalisée dans un lieu isolé de retraite, le Kaihogyo a constamment évolué et s’est structuré pour aboutir à ce qu’il est aujourd’hui : visite de lieux sacrés dans un ordre défini (il en exige 260 aujourd’hui), retraite sur la rivière Katsuragawa, règles concernant l’équipement, les vêtements ou les chemins à suivre, périodes de jeûne et de privation de sommeil, etc. 

Kaihogyo

      La plupart des moines se limitent en général à seulement effectuer la première année du kaihogyo, ce qui est déjà un défi en soi. C’est ainsi qu’ils doivent marcher 30 kilomètres par jour pendant 100 jours consécutifs. Pendant la marche, les moines ne prennent des pauses que pour prier ou méditer dans les différents sanctuaires qui entourent le mont Hiei. Lors de la marche, les moines portent leur habit monastique traditionnelle, ainsi que des sandales de paille tissés à la main pour les chaussures.

Sandales traditionnelles en paille. Quatre à cinq paires sont nécessaires par jour

Sandales traditionnelles en paille. Quatre à cinq paires sont nécessaires par jour

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     Si un moine parvient à réaliser la première année du kaihogyo, il peut demander aux moines aînés l’autorisation de compléter les six années restantes du défi. A l’origine,  dans le japon médiéval, les sept années étaient imposées et ceux qui échouaient n’avaient pas d’autre choix que le suicide. Aujourd’hui, dans le Japon moderne, la clause de suicide du kaihogyo a été retiré du défi.
     Le reste du kaihogyo se déroule comme suit : au cours des années 2 et 3, le moine doit marcher 30 km par jour pendant 100 jours consécutifs. Pour les années 4 et 5, le moine doit marcher 30 km par jour pendant 200 jours consécutifs. Pour l’année 6, le moine doit marcher 60 kilomètres par jour pendant 100 jours consécutifs. Enfin, pour la dernière année 7, le moine doit marcher 84 km par jour pendant 100 jours consécutifs. Suit une période de méditation qui accompagne une marche de 30 km par jour pendant 100 jours consécutifs. Pendant les périodes restantes de l’année qui sont considérées comme  des «périodes de repos», le moine doit remplir tous ses devoirs monastiques, tels que les relations avec le public, la méditation, l’adoration, la réalisation d’études scientifiques complétés de divers travaux autour du monastère.

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    Ceux qui auront pu réaliser de manière complète le kaihogyo auront accumulés un total de 38.500 kilomètres soit presque la circonférence de la Terre. Peu de moines ont terminé le défi. En fait, depuis 1885, seulement 46 moines ont terminé avec succès l’épreuve. Un des plus vieux était un moine nommé Yusai Sakai, qui a accompli le kaihogyo à l’âge de 60 ans en 1987.

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3 réflexions au sujet de « Japon : le Kaihogyo, une ascèse bouddhiste par la marche »

    • J’apprécie beaucoup la culture japonaise si différente de la nôtre qui nous invite à réfléchir sur nos principes de vie que l’on croyait universels. Cela dit, de la même manière que je m’interroge sur la possibilité de jouer du Mozart et caresser ses chères petites têtes blondes le soir après avoir été commandant d’un camp de concentration le jour, je m’interroge sur la contradiction qui existe entre un raffinement et une sensibilité si poussés et les atrocités à grande échelle commises par l’armée japonaise en Chine, Corée et Asie du Sud-Est durant la seconde guerre mondiale que le Japon refuse toujours de reconnaître aujourd’hui… L’extrémisme des comportements me fait toujours un peu peur car pour briser les consciences les religions ou les systèmes politiques totalitaires cherchent à ritualiser les comportements. Le culte de l’obéissance dans un cas, le sacrifice de soi dans l’autre poussés à l’extrême peuvent amener les hommes au meilleur et au pire en annihilant tout esprit critique et opérer une sélection dans le ressentiment des émotions et de la sensibilité. L’effort, la perfection du geste, du décor et du rituel qui devient un art, le dépassement de soi ne sont pas positifs en soi, ils ne le deviennent que si ils sont mis au service d’une bonne cause. Mis au service d’une mauvaise cause, ils deviennent des instruments terrifiants de barbarie… Mais c’est un problème qui se pose également pour l’art qui agit sur les consciences par fascination et séduction et permet de faire ainsi l’économie de l’esprit critique et de la raison.

  1. En deçà des opinions sur la culture japonaise, le mont Hiei doit son atmosphère très spéciale à la puissance extraordinaire de sa forêt de cryptomères géants (leurs racines aériennes étaient un lieu d’entrainement au combat au sabre des samouraïs : rien de mieux pour le jeu de jambes !).
    Différente en effet est la culture japonaise : au mont Hiei, nous mesurons combien l’approche occidentale – fondamentalement dualiste – peine penser l’unité, ici celle des racines …

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