Brumes d’automne sur le mont Arashima-Dake au Japon

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    Brumes d’automne sur le mont Arashima-Dake (1.523 m), Préfecture du  Fukui. Il fait partie des 100 montagnes célèbres du Japon. Photo tirée du blog « One Hundred Mountains ». Le mont est aussi connu sous le nom d’Ōno Fuji. Sa base est couverte d’une dense forêt de hêtres qui, jaunissant en automne, font ressortir la montagne du reste du paysage environnant. L’ascension de la face nord, par le principal sentier de randonnée, conduit à un plateau d’altitude environ 1.200 m : Shakunage-daira (plateau Rhododendron), un lieu réputé pour la floraison de diverses espèces d’azalées au printemps (source Wikipedia)

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Japon : le Kaihogyo, une ascèse bouddhiste par la marche

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View of the sacred Mount Hiei from Kuramadera.

Le mont Hiei vu du temple bouddhiste de Kurama-dera. Cette montagne sacrée qui surplombe les villes de Kyoto et d’Otsu est célèbre pour les temples bouddhistes Tendai qui y sont bâti comme les temples Mii-dera fondé en 672 et Enryaku-ji fondé en 788.

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    Les moines bouddhistes Tendai du mont Hiei suivant la devise « Où l’esprit va, le corps doit suivre » pratiquent le Kaihogyo ( « Tour de la montagne »), une forme d’ascétisme et de méditation par la pratique de la marche réalisée de manière rigoureuse qui se classe comme l’un des défis d’endurance les plus exténuants de toute l’histoire humaine. Elle consiste a effectuer 1000 jours de marche intensive accompagnée de prière répartis sur sept années. L’échec de cette épreuve était dans le passé sanctionné par le suicide.
     Depuis sa fondation par le moine Soo Osho au IXe siècle où il se limitait à une ascèse réalisée dans un lieu isolé de retraite, le Kaihogyo a constamment évolué et s’est structuré pour aboutir à ce qu’il est aujourd’hui : visite de lieux sacrés dans un ordre défini (il en exige 260 aujourd’hui), retraite sur la rivière Katsuragawa, règles concernant l’équipement, les vêtements ou les chemins à suivre, périodes de jeûne et de privation de sommeil, etc. 

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      La plupart des moines se limitent en général à seulement effectuer la première année du kaihogyo, ce qui est déjà un défi en soi. C’est ainsi qu’ils doivent marcher 30 kilomètres par jour pendant 100 jours consécutifs. Pendant la marche, les moines ne prennent des pauses que pour prier ou méditer dans les différents sanctuaires qui entourent le mont Hiei. Lors de la marche, les moines portent leur habit monastique traditionnelle, ainsi que des sandales de paille tissés à la main pour les chaussures.

Sandales traditionnelles en paille. Quatre à cinq paires sont nécessaires par jour

Sandales traditionnelles en paille. Quatre à cinq paires sont nécessaires par jour

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     Si un moine parvient à réaliser la première année du kaihogyo, il peut demander aux moines aînés l’autorisation de compléter les six années restantes du défi. A l’origine,  dans le japon médiéval, les sept années étaient imposées et ceux qui échouaient n’avaient pas d’autre choix que le suicide. Aujourd’hui, dans le Japon moderne, la clause de suicide du kaihogyo a été retiré du défi.
     Le reste du kaihogyo se déroule comme suit : au cours des années 2 et 3, le moine doit marcher 30 km par jour pendant 100 jours consécutifs. Pour les années 4 et 5, le moine doit marcher 30 km par jour pendant 200 jours consécutifs. Pour l’année 6, le moine doit marcher 60 kilomètres par jour pendant 100 jours consécutifs. Enfin, pour la dernière année 7, le moine doit marcher 84 km par jour pendant 100 jours consécutifs. Suit une période de méditation qui accompagne une marche de 30 km par jour pendant 100 jours consécutifs. Pendant les périodes restantes de l’année qui sont considérées comme  des «périodes de repos», le moine doit remplir tous ses devoirs monastiques, tels que les relations avec le public, la méditation, l’adoration, la réalisation d’études scientifiques complétés de divers travaux autour du monastère.

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    Ceux qui auront pu réaliser de manière complète le kaihogyo auront accumulés un total de 38.500 kilomètres soit presque la circonférence de la Terre. Peu de moines ont terminé le défi. En fait, depuis 1885, seulement 46 moines ont terminé avec succès l’épreuve. Un des plus vieux était un moine nommé Yusai Sakai, qui a accompli le kaihogyo à l’âge de 60 ans en 1987.

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Teilhard de Chardin : Réflexion sur le bonheur

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   Afin de mieux comprendre comment se pose à nous le problème du bonheur, et pourquoi, devant lui, nous sommes amenés à hésiter, il est indispensable, pour commencer, de faire un tour d’horizon, c’est-à-dire de distinguer trois attitudes initiales, fondamentales, adoptées en fait par les hommes en face de la Vie. 
  Guidons-nous, si vous le voulez bien, par une comparaison. Supposons des excursionnistes partis pour l’escalade d’un sommet difficile ; et considérons leur groupe quelques heures avant le départ. A ce moment on peut imaginer que l’équipe se divise en trois sortes d’éléments :

1) Les uns regrettent d’avoir quitté l’auberge. La fatigue, les dangers leur paraissent disproportionnés avec l’intérêt dusuccès. Ils décident de revenir en arrière.
2) Les autres ne sont pas fâchés d’être partis. Le soleil brille, la vue est belle. Mais pourquoi monter plus haut ? Ne vaut il pas mieux jouir de la montagne là où on se trouve, en pleine prairie ou en plein bois ? Et ils s’étendent sur l’herbe ou explorent les environs, en attendant l’heure du pique-nique.
3) D’autres enfin, les vrais alpinistes, ne détachent pas leurs yeux des cimes qu’ils se sont juré d’atteindre. Et ils repartent en avant.

     Des fatigués, des bons vivants, des ardents. Trois types d’Homme que nous portons en germe, chacun au fond de nous-mêmes, et entre lesquels, en fait, se divise depuis toujours l’Humanité autour de nous.

1) Des fatigués (ou des pessimistes), d’abord.
     Pour cette première catégorie d’hommes, l’existence est une erreur ou un raté. Nous sommes mal engagés, et par conséquent il s’agit, le plus habilement possible, de quitter le jeu. Portée à l’extrême, et systématisée en doctrine savante, cette attitude aboutit à la sagesse hindoue, pour qui l’Univers est une illusion et une chaîne, ou à un pessimisme « schopenhauerien ». Mais, sous une forme atténuée et commune, la même disposition apparaît et se trahit dans une foule de jugements pratiques que vous connaissez bien. « A quoi bon chercher ?… Pourquoi ne pas laisser les sauvages à leur sauvagerie, et les ignorants à leur ignorance ? Pourquoi la Science et pourquoi la Machine ? N’est-on pas mieux étendu que debout ? mort que couché ? ». Tout ceci revient à dire, au moins implicitement, qu’il vaut mieux être moins qu’être plus, et que le mieux serait de ne pas être du tout.

2) Des bons vivants (ou des jouisseurs) ensuite.
     Pour les hommes de cette deuxième espèce, il vaut mieux certainement être que ne pas être. Mais « être », prenons y garde, prend alors un sens tout particulier. Être, vivre, pour les disciples de cette école, ce n’est pas agir, mais c’est se remplir de l’instant présent. Jouir de chaque moment et de chaque chose, jalousement, sans en rien laisser perdre, et surtout sans se préoccuper de changer de plan : en ceci consiste la sagesse. Que la satiété vienne, on se retournera sur l’herbe, on se dégourdira les jambes, on changera de point de vue ; et ce faisant, du reste, on ne se privera pas de descendre. Mais, pour et sur l’avenir on ne risque rien, à moins que, par un excès de raffinement, on s’intoxique à jouir du risque pour lui-même, que ce soit pour goûter le frémissement d’oser ou pour sentir le frisson d’avoir peur.
     Tel nous représentons-nous, sous une forme simpliste, l’ancien hédonisme païen, de l’école d’Épicure. Telle était en tout cas, il n’y a pas longtemps, dans les cercles littéraires, la tendance d’un Paul Morand, ou celle d’un Montherlant ou, beaucoup plus subtile, celle d’un Gide (celui des Nourritures Terrestres), pour qui l’idéal de la vie est de boire sans jamais étancher (mais plutôt de façon à augmenter) sa soif nullement avec l’idée de reprendre des forces, mais par souci de rester prêt à se pencher, toujours plus avidement, sur toute source nouvelle.

3) Et des ardents, enfin.
     Ceux-là, veux-je dire, pour qui vivre est une ascension et une découverte. Non seulement, pour les hommes formant cette troisième catégorie, il vaut mieux être que ne pas être, mais encore il est toujours possible, et uniquement intéressant, de devenir plus. Aux yeux de ces conquérants épris d’aventures, l’être est inépuisable, non pas à la manière gidienne, comme un joyau à facettes innombrables, qu’on peut tourner en tous sens sans se lasser, mais comme un foyer de chaleur et de lumière dont il est possible de se rapprocher toujours plus. On peut plaisanter ces hommes, les traiter de naïfs, ou les trouver gênants. Mais en attendant ce sont eux qui nous ont faits, et c’est d’eux que s’apprête à sortir la Terre de demain.

     Pessimisme et retour au Passé ; jouissance du moment présent ; élan vers l’Avenir. Trois attitudes fondamentales, je disais bien, en face de la Vie. Et par suite, inévitablement, voilà qui nous replace au coeur même de notre sujet-trois formes opposées de bonheur en présence :

1) Bonheur de tranquillité, d’abord. Pas d’ennuis, pas de risques, pas d’efforts. Diminuons les contacts-restreignons nos besoins-baissons nos lumières-durcissons notre épiderme-rentrons dans notre coquille. — L’homme heureux est celui qui pensera, sentira et désirera le moins.

2) Bonheur de plaisir, ensuite, — plaisir immobile, ou, mieux encore, plaisir incessamment renouvelé. Le but de la vie n’est pas d’agir et de créer, mais de profiter. Donc, moindre effort encore, ou juste l’effort nécessaire pour changer de coupe et de liqueur. S’étaler le plus possible, comme la feuille aux rayons du soleil-varier à chaque instant sa position pour mieux sentir : voilà la recette du bonheur.- L’homme heureux est celui qui saura savourer le plus complètement l’instant qu’il tient entre les mains.

3) Bonheur de croissance, enfin. — De ce troisième point de vue, le bonheur n’existe pas ni ne vaut par lui-même, comme un objet que nous puissions poursuivre et saisir en soi ; mais il n’est que le signe, l’effet, et comme la récompense de l’action convenablement dirigée. « Un sous-produit de l’effort », dit quelque part A. Huxley. Ce n’est donc pas assez, comme le suggère l’hédonisme moderne, de se renouveler n’importe comment pour être heureux. Nul changement ne béatifie, à moins qu’il ne s’opère en montant. — L’homme heureux est donc celui qui, sans chercher directement le bonheur, trouve inévitablement la joie, par surcroît, dans l’acte de parvenir à la plénitude et au bout de lui-même, en avant.

Bonheur de tranquillité, bonheur de plaisir, bonheur de développement.
     Entre ces trois lignes de marche, la Vie, au niveau de l’Homme, hésite et divise son courant, sous nos yeux. Pour motiver notre choix, n’y aurait-il vraiment, comme on le répète, qu’une préférence individuelle de goût et de tempérament ?
      Ou bien pouvons-nous trouver quelque part une raison, indiscutable parce que objective, de décider qu’une des trois voies est absolument la meilleure, et par conséquent la seule qui puisse authentiquement nous béatifier ?

Teilhard de Chardin : Réflexions sur le bonheur

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« j’exerce mon droit à la paresse ! »

Sérénité, plaisir, dépassement de soi = équilibre
     Pourquoi avoir à choisir entre ces trois attitudes ? Pourquoi ce que Teilhard de Chardin appelle le « bonheur » et que pour ma part je préfère appeler équilibre ou harmonie de vie ne serait-il pas composé d’un mélange de « tranquillité » que je préfère appeler sérénité si cela correspond au sentiment légitime d’un état de repos mérité, de « plaisir » et de « croissance » que je préfère appeler dépassement de soi si ce dépassement et la lutte qu’il impose est  rendu nécessaire par des raisons légitimes. Être « surhomme » à la manière nietzschéenne de temps en temps est bien assez… En tant que randonneur, puisque Teilhard de Chardin prend comme exemple pour appuyer son propos les excursionnistes, j’avoue avoir à diverses reprises renoncé à une sortie programmée, par paresse ou parce que je considérais avoir mieux affaire de même que j’ai pu persévérer stupidement dans la réalisation d’une course en montagne dans de mauvaises conditions atmosphériques ou techniques par bravade. La personnalité des êtres humains est comme la vie : multiforme, évolutive et possède une histoire. Pourquoi vouloir ranger absolument les êtres dans des catégories strictes et figées ? Les comportements sont sans doute catégoriels mais un individu peut avoir de multiples comportements en fonction du contexte, des circonstances et de ses besoins propres. C’est cette multiplicité et variété des comportements qui fait la richesse d’un être et d’une vie et leur permet de s’adapter au monde et d’évoluer. À l’inverse, c’est la stricte référence à un comportement unique qui l’appauvrit. Quant à la « béatification », suprême récompense de ceux qui ont tout sacrifié, je la laisse aux maniaques, aux fanatiques et aux saints

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chronique d’une randonnée suivie d’une ascension : le mont Charvin dans la vallée de Manigod (Haute-Savoie)

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Vendredi 19 août 2016 : randonnée vers les sources du Fier et ascension du Mont Charvin (2.409 m)

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       Le mont Charvin est pour moi un sommet mythique, il se détache fortement dans le paysage des sommets environnants, est souvent nimbé de nuages et j’apprécie tout particulièrement sa silhouette d’aile de requin émergeant de l’océan de vagues pétrifiées des montagnes qui l’entourent.

les photos d’Enki

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Vue du mont Charvin (c’est la pyramide située au centre contre laquelle colle un nuage) un peu avant le parking de Sous l’Aiguille qui marque la fin de la route qui suit le cours du Fier au fond de la vallée de Manigod.

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Sur le chemin d’accès aux alpages de l’Aulp et du lac du mont Charvin : vue de l’extrémité de la vallée du Fier et les sommets du massif des Aravis qui la bordent.

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Un lieu magique : « le Vargne à Reydet »

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Le « Vargne à Reydet  » avec en arrière-plan le chalet et au pied du vargne, ma chienne Gracie.

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       Un lieu magique : « le Vargne à Reydet » et son chalet de madriers massifs sur le chemin d’accès aux alpages avec ma chienne Gracie qui prend la pose. « Vargne » ou « vuargne » est le nom en patois savoyard (franco-provençal) d’un conifère, le sapin (Abies alba) qui recherche l’ombre et l’humidité et ne dépasse pas l’altitude de 1.500 m. Occupant 15% du couvert forestier cette essence est beaucoup moins répandue que son cousin la « pesse », nom savoyard de l’épicéa (Picea abies) qui en occupe 55%. Le reste du couvert est occupé par des feuillus. Reydet est le nom d’une famille anoblie au XVe siècle par le Comte de Genève, les Reydet de Vulpillières, qui possédait de nombreux biens en Savoie dont la seigneurie de Manigod (acquise en 1579 ou 1610 selon les sources). L’appellation « le Vargne à Reydet » pourrait donc être en relation avec cette famille. C’est un arbre monumental dont la circonférence atteint 4,60 m à 1,5 m du sol. Une méthode de calcul très approximative de son âge à partir de son diamètre lui donnerait un âge de trois siècles et demi (formule : 460 cm / π 3,1416 x coeff.2,5 = 366 ans), ce qui nous ramènerait à l’an 1650, date très proche de celle à laquelle les seigneurs de Reydet possédaient effectivement la vallée.
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      La magie du lieu réside dans la taille démesurée du vargne avec son pied impressionnant et sa grande hauteur qui projette sa cime bien au-dessus des arbres environnants. C’est un colosse dont la longévité nous projette dans les temps les plus anciens. Avec son chalet traditionnel fait de madriers massifs, sa fontaine rustique en bois et son environnement de montagnes, il pourrait servir de décor à une scène du Seigneur des Anneaux. Le Vargne à Reydet nous fait comprendre l’importance dans nos paysages des très vieux arbres monumentaux qui sont autant de ponts avec notre passé le plus ancien et structure d’une dimension temporelle le paysage.

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Rencontre inopportune

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     J’avais préféré quitter un moment la voie d’alpage caillouteuse et emprunter un ancien sentier très raide à travers les prairies et les bois. Il fallait pour cela franchir une clôture électrifiée qui laissait supposer la présence d’un troupeau. Effectivement, après 10 minutes de marche, je me suis soudain trouvé nez à nez avec une tarine de taille imposante qui se tenait debout sur le sentier comme si elle montait la garde et qui sembla surprise de me voir. À priori, je n’ai pas peur des vaches, à condition que ce soit bien des vaches et non pas des taureaux — ceci en référence à un événement malheureux qui s’était produit dans ma jeunesse — J’examinais donc illico les attributs pendentifs de la bestiole : c’était bien une vache si l’on en croyait la mamelle gonflée qui pendait entre ses pattes. Cela dit, les vaches ont en commun avec les taureaux d’avoir des cornes et celle ci était sur ce plan particulièrement bien montée. Ce qui m’inquiétait, c’était l’immobilité dont elle faisait preuve et la nature de son regard qui me semblait différent de celui que les tarines arborent habituellement et que je trouve pour ma part particulièrement gracieux et même un tantinet enjôleur. Cette fois, le regard semblait chargé de circonspection à mon égard et me communiquait l’impression somme toute déplaisante de vouloir me jauger. Peut-être, dans son raisonnement limité de vache, me considérait-elle comme un intrus qui violait son territoire… De ma longue expérience de rencontre alpestre avec les vaches, j’avais appris que celles-ci commençaient par manifester une certaine curiosité à votre égard puis, après un moment d’inertie dû sans doute à leur caractère placide et à l’énormité de la masse qu’elles avaient à déplacer, finissaient toujours par reconnaître la prééminence de l’homme et s’écartaient pour lui laisser le passage. Mais celle-ci semblait avoir un caractère différent et vouloir s’affranchir des règles et coutumes habituelles. Qui sait ? Peut-être était-elle la reine du troupeau qui voulait manifester les prérogatives dues à son rang… Contre toute attente, à mon approche elle restait plantée bien fermement sur ses quatre sabots et continuait à me fixer avec intensité au détail près que ses yeux ne me parurent plus exprimer la curiosité et la circonspection mais bien une attitude de défi. Ainsi, il semblait bien que cet animal n’avait aucune intention de se déplacer et me défiait ! peut-être même souhaitait-il en découdre… Cette constatation provoqua immédiatement un changement dans le déroulement de mes fonctions cognitives : la partie reptilienne de mon cerveau prit d’autorité la direction des opérations et, sans m’en avoir préalablement référé, orienta mon regard vers la paire de cornes bien aiguisées que la bête arborait fièrement sur le sommet du crâne. Un avertissement sonore  et lumineux répétitif fut alors enclenché dans mon cerveau : DANGER ! DANGER ! et je sentis que mes jambes s’apprêtaient à me propulser dans une fuite éperdue. Mais, Dieu merci, après ce moment d’égarement, ma raison, bien secondée par l’émergence d’un sentiment profond d’indignation et d’une prise de conscience des responsabilités qui m’incombaient en tant qu’humain reprit la situation bien en main. J’étais en ce lieu le représentant de la glorieuse race des Hommes et il ne sera pas dit que je devrais m’incliner devant la volonté d’un animal réduit à une vulgaire et méprisable usine à lait sur pattes qui ne trouvait pas mieux à occuper son temps que de mâcher de l’herbe à longueur de journée. J’élaborais donc une stratégie : tout d’abord, il convenait avant tout de chasser la peur de mes pensées car on sait bien que les animaux possèdent un sens inné qui leur permet de connaître votre état d’âme et il ne fallait surtout pas que dans le processus de confrontation qui venait de s’amorcer, la bestiole puisse ressentir le fait qu’elle m’inspirait la moindre crainte. Il fallait que la peur change de camp et pour cela je devais paraître sûr de moi, volontariste et dominateur. Je bombais donc le torse, pris l’air le plus viril qui soit et marchais fermement vers la bête d’un pas décidé, en opposant à son sombre regard vitreux, mon propre regard empreint d’une froide détermination. Cette rencontre avait pris un tour inattendu et une importance considérable : elle était devenue une confrontation emblématique anthropologique et cosmologique de deux volontés farouches : l’Homme contre l’animal, la pensée contre la sauvagerie, l’ordre du monde contre le chaos… Ma responsabilité était donc immense et je poursuivis mon avancée de manière déterminée vers la bête insolente mais mon action ne sembla malheureusement pas aboutir au résultat escompté : celle-ci restait immobile et ne paraissait aucunement intimidée. Bon sang, mais où était passé ma chienne Gracie ? Pourquoi n’était-elle pas à ce moment précis où j’avais besoin d’elle, à mes côtés pour me seconder : un bouvier bernois est après-tout un chien de troupeau qui gardait anciennement et même encore aujourd’hui les vaches dans l’Oberland bernois. Il est vrai que Gracie, animal citadin, a peur des vaches et, petite, se réfugiait dans mes bras pour s’en protéger… La tension avait atteint son comble lorsque j’arrivais à la hauteur de la tarine. Peut-être devrais-je dire la tsarine ? Que devais-je faire : élever la voix ? Gesticuler de manière menaçante ? Saisir ses deux cornes comme le font les cow-boys et lui faire un croc en jambe pour la déséquilibrer ? la frapper ? ou bien peut-être la contourner benoîtement en ravalant ma fierté ce qui aurait été une défaite cuisante et lourde de conséquence pour toute l’espèce humaine… On en était à ce moment fatidique où le battement d’une aile de papillon peut provoquer un cyclone dévastateur à l’autre bout du monde, où le sort des batailles, des peuples, des civilisations, des espèces même se joue, où tout peut basculer d’un côté ou d’un autre. C’est à ce moment précis que la bête, ayant enfin pris la mesure de son infériorité sinon physique mais du moins mentale et prise de vertige sans doute devant les conséquences dramatiques d’un vacillement de l’ordre du monde que son attitude risquait de créer, détourna son regard et après avoir un peu hésité, se retourna et quitta le sentier pour me laisser la voie libre dans laquelle je m’engageais, triomphant… Ouf !

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l’œuvre des trolls ?

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       Vision étonnante sur la voie de l’alpage que cette excavation réalisée dans un immense rocher cubique. Lors de mon dernier passage il y a deux années à cet endroit, l’excavation était moins profonde et la construction de bois n’avait pas encore été réalisée. Quelqu’un s’est donc lancé patiemment depuis plusieurs années dans la réalisation d’un projet étonnant et fastidieux : creuser une cavité dans une roche très dure et l’aménager. Dans quel but ? créer un abri pour animaux ? une buvette à l’intention des randonneurs et des habitants de la vallée ? Il aurait été plus économique de bâtir une construction nouvelle mais voilà, des constructions qui ne seraient pas nécessaires aux activités agricoles ne sont pas permises dans cet espace naturel protégé alors que rien n’interdit, semble-t-il, de réaliser une cavité dans un rocher… À moins que ce soit l’œuvre d’un Troll…

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le mont Charvin finit par apparaître dans toute sa majesté (à droite de l’image)

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Une vision surréaliste 

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Une répétition du mythe grec de la création du sanctuaire d’Apollon à Delphes ?

      À tout instant de la journée, même dans les situations les plus banales, la magie, la poésie et le rêve peuvent surgir et créer un monde de merveilles et d’enchantement. À un moment de la longue marche qui me conduisait aux alpages je rencontrais un troupeau de chèvres qui s’étaient établies sur la ligne de crête d’un alignement de rochers dont la base abritait une excavation. Quoi de plus « bateau » que de photographier un troupeau de chèvres ? De plus la scène était à contre-jour : les rayons du soleil auraient causé des effets parasites et le premier plan aurait été sombre et illisible. L’intérêt de l’Iphone est que la prise de vue est rapide et ne nécessite pas de préparation. Je prenais donc la résolution de prendre malgré tout quelque photos et bien m’en a pris. C’est lorsque je vis la scène dans le viseur que je fus littéralement ébloui par l’étrangeté et la beauté de la scène. Les silhouettes de chèvres se détachaient en ombres chinoises sur le blanc lumineux d’un nuage qui avait eu la bonne idée de se trouver là au bon moment. Pour ma part, ces photos, surtout celle où le soleil apparaît en contre-jour, prenaient une dimension mythologique qui m’a ramené à la Grèce antique.

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la chèvre, animal sacré de la mythologie grecque

   Dans la mythologie grecque, certaine sources indiquent que ce serait des chèvres qui auraient indiqué le site où devait être édifier à Delphes le temple dédié à Apollon, le dieu du soleil et de la lumière. Une chèvre était d’ailleurs utilisée par les prêtres pour définir l’ordre de passage des pèlerins : des gouttes d’eau froide étaient jetées sur elle qui, si elle ne tremblait pas, faisait perdre son tour au pèlerin. Un oracle de Delphes aurait également guidé Caranos, de la race des Héraclides (les descendants d’Héraclés), à fonder le royaume de Macédoine en l’incitant de se laisser guider par  un troupeau de chèvres dans la recherche d’une terre d’accueil : « Songe, ô divin Caranos, et garde en ton esprit mes paroles: quitte Argos et la Grèce aux belles femmes et gagne les sources de l’Haliacmon ; et là, si tu aperçois d’abord des chèvres en train de brouter, c’est là précisément qu’il faut que tu mènes une existence digne d’envie, toi-même et toute ta lignée ». Dans un autre mythe, Amalthée est une chèvre qui allaita Zeus lorsqu’il était enfant, aidée par des abeilles qui le nourrissaient de miel. Zeus l’aurait par la suite  récompensée en en faisant une constellation dans le ciel  (constellation du capricorne), ou encore comme la plus grande des étoiles de la constellation du Cocher (Capella « la chèvre », c’est-à-dire α du Cocher). Cette « étoile de la chèvre » est une super géante qui fait deux mille fois la taille du soleil. C’est suite de ce mythe que la chèvre a reçu le surnom de « fille du Soleil ». Selon d’autres traditions, à la mort de la chèvre, Zeus aurait pris sa peau pour en revêtir son arme merveilleuse, symbole de la puissance souveraine, l’égide : le terme grec αἰγίς / aigís signifie en effet également « peau de chèvre ». La déesse Athéna utilisait une peau de chèvre, appelée également Egide, à la façon d’une voile pour être portée par les vents. Chez le poète latin Ovide, Amalthée est personnifiée en naïade qui a pris soin de Zeus en le nourrissant de lait de chèvre par l’intermédiaire d’une corne de chèvre brisée : « Amalthée ramassa cette corne brisée, l’entoura d’herbes fraîches, la remplit de fruits, et la présenta ainsi aux lèvres de [Zeus] ». Cette légende serait à l’origine de la corne d’abondance.

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Le versant nord-ouest du  mont Charvin (2.409 m). Le lac éponyme se situe sur le plateau situé à gauche et la voie d’accès au sommet sur l’autre versant après avoir gravi le col situé sur la gauche. Gracie a pris de l’avance et m’attends, étendue dans l’herbe.

stratigraphie des faces N-O et N-E du mont Charvin

    Lors de ma dernière visite sur le site, il y a deux années, je n’avais pas remarqué les strates rocheuses resserrées au pendage presque vertical de la pointe nord-ouest de cette montagne qui forme une pyramide presque parfaite. La face nord-ouest de la pyramide a été formée après l’effondrement, puis l’érosion d’une partie la couche rocheuse originelle qui a mis à jour la paroi extérieure de l’une des strates et formé la grande dalle lisse aujourd’hui apparente alors que la face nord-est qui lui est adjacente fait apparaître en coupe les strates rocheuses qui se succèdent en rang serré. Le guide géologique précise que la roche est constituée de calcaires argileux clairs du Sénonien qui se sont formés par des dépôts crayeux marins pendant la période du Crétacé supérieur entre 90 et 66 millions d’années. Le lac Charvin a été créé par un effet de surcreusement à l’ère glaciaire qui a laissé en place un verrou rocheux retenant les eaux du lac après la fonte des glaces

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     Le lac Charvin (2.011 m) est une étape incontournable sur la route du sommet. On pourrait penser qu’il ne reste plus qu’une dénivellation de 400 m à grimper mais ce serait négliger la descente du col à venir et la remontée équivalente sur l’autre face de la montagne qui en découle soit un dénivelle supplémentaire d’environ 320 m ce qui veut dire qu’il reste en fait encore 720 m à monter. Ainsi, en ajoutant les 100 m supplémentaires de dénivellation montés pour accéder au lac, c’est une dénivellation totale de plus de 1600 m qu’il aura fallu monter depuis le parking de Sous l’Aiguille…

     Sur les pentes descendant vers les rives du lac, un certain Manu (c’est du moins sa signature) s’est livré à une entreprise de land art ou plutôt de calligraphie caillouteuse exprimant sa vision philosophico-politique du monde : la devise « Ni dieu, ni maître », écrite en lettres géantes à l’aide de cailloux gris, tranche sur l’herbe verte et paraît totalement incongrue dans ce décor. Cela parait d’assez mauvais goût car la montagne est un endroit que l’on voudrait voir préservé de la confusion du monde. Ce monde que nous avons quitté se rappelle à nous comme il s’était rappelé à l’occasion du passage d’un bruyant petit avion qui s’est attardé au-dessus du site…

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Gracie

la devise de Gracie : « Pas de dieu, mais un maître »
C’est fini pour aujourd’hui… Ouaf ! Ouaf !

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Loreena McKennitt – Dante’s Prayer

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« Dante’s Prayer »

 

 

When the dark wood fell before me                  Quand le bois sombre jaillit devant moi                              
And all the paths were overgrown                     Et que tous les chemins furent envahis
When the priests of pride say                              Quand les prêtres de l’orgueil disaient
there is no other way                                              qu’il n’y avait pas d’autre chemin.
I tilled the sorrows of stone                                  Je perçois les souffrances des pierres

I did not believe because I could not see          Je ne pouvais croire car j’étais aveugle
Though you came to me in the night                 Pensant que tu viendrais à moi dans la nuit
When the dawn seemed forever lost                Quand l’aube semblait à jamais perdue
You showed me your love in the light               Tu m’a montré ton amour dans la lumière
of the stars                                                                 des étoiles

                  [chorus]                                                                      [refrain]
Cast your eyes on the ocean                                 Porte ton regard sur l’océan
Cast your soul to the sea                                       Porte ton âme sur l’océan
When the dark night seems endless                  Quand la nuit noire semble sans fin
Please remember me                                             S’il-te-plait, souviens-toi de moi

Then the mountain rose before me                   Alors que la montagne s’élève devant moi
By the deep well of desire                                    Par la profonde volonté du désir
From the fountain of forgiveness                      De la fontaine du pardon
Beyond the ice and fire                                         Au-delà de la glace et du feu

                [chorus]                                                                      [refrain]
Cast your eyes on the ocean                                 Porte ton regard sur l’océan
Cast your soul to the sea                                       Porte ton âme sur l’océan
When the dark night seems endless                  Quand la nuit noire semble sans fin
Please remember me                                             S’il-te-plait, souviens-toi de moi

Though we share this humble path,                  Pensant que nous partageons cet humble 
alone                                                                            chemin, seuls
How fragile is the heart                                         Combien fragile est le cœur
Oh give these clay feet wings to fly                    Oh, donne à ces pieds d’argile des ailes pour voler
To touch the face of the stars                               Pour toucher la face des étoiles

Breathe life into this feeble heart                      La vie respire dans ce cœur fragile
Lift this mortal veil of fear                                   Soulève ce voile mortel de peur
Take these crumbled hopes, etched                   Prends ces morceaux d’espoirs, gravés
with tears                                                                    aux larmes
We’ll rise above these earthly cares                  Nous nous envolerons au-dessus des soucis terrestres

                  [chorus]                                                                      [refrain]
Cast your eyes on the ocean                                 Porte ton regard sur l’océan
Cast your soul to the sea                                       Porte ton âme sur l’océan
When the dark night seems endless                  Quand la nuit noire semble sans fin
Please remember me                                             S’il-te-plait, souviens-toi de moi

Please remember me                                             S’il-te-plait, souviens-toi de moi

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Loreena McKennith
Loreena McKennitt

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Comme papa…

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Tu seras un homme, mon fils ! — Mais lequel ?

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Nazi et son jeune fils

Jeune soldat de 15 ans capturé par la 9ème armée US, avril 1945 -

Jeune soldat allemand de 15 ans capturé par la 9ème armée US, avril 1945

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Dresde 1940-1945 : regards croisés

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L. Junghans Dresden 1940

L. Junghans – Jeune femme se déshabillant à Dresde en 1940

    Les photos présentées ont été prises à 5 années de distance. la première, prise par le photographe allemand L. Junghans à Dresde montre une belle jeune femme se déshabillant dans son boudoir. Meubles de style moderne et épuré, miroir reflétant la scène, rideaux transparents, tout respire la sérénité et la volupté et pourtant l’Allemagne met l’Europe à feu et à sang depuis déjà une année.
      La deuxième et la troisième photo datent de 1945, elles ont été prises par un autre photographe allemand, Richard Peter, qui a photographié ce qui restait de sa chère ville de Dresde, « la Florence de l’Elbe« , joyau baroque de la Saxe, après le terrible bombardement anglo-américain des 13, 14 et 15 février 1945 au cours duquel 1.300 bombardiers ont lâchés 3.900 tonnes de bombes  et d’explosifs incendiaires sur la ville. Autant de bombes dont beaucoup incendiaires lancées dans un espace réduit a eu un effet dramatique en provoquant un effet de souffle gigantesque aspirant l’oxygène et causant la mort atroce de nombreux habitants par asphyxie dans les abris où ils s’étaient réfugiés. Les estimations des personnes tuées dans le bombardement varient de 25.000 à 200.000. Il existe une incertitude sur le chiffre exacte des pertes car un grand nombre de personnes fuyant l’avance russe s’étaient réfugiées dans cette ville sans valeur militaire où elle pensaient se protéger.

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 Richard Peter – l’Ange de la Miséricorde, Dresde 1945

   C’est en septembre 1945, sept mois après l’enfer que Richard Peter, ancien photojournaliste qui opérait dans Dresde avant la guerre pour le légendaire journal de gauche AIZ  est revenu du service militaire. Il a passé les quatre années qui ont suivies à photographier les ruines, les «canyons» urbains, des épaves de voiture, et enfin les cadavres dans les abris anti-aériens qui ont commencé à être ouverts seulement en 1946. C’est dans l’un de ces abris qu’a été découvert ce cadavre d’une jeune femme.

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Taillé dans le granit

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Jean Sibelius (1865-1957), compositeur finlandais de musique classique

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Cette blessure…

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Léo, tu nous manques !

Titre extrait de l’album Avec le Temps – Les chansons d’amour, 2004 – Label Barclay

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Cette blessure
Où meurt la mer comme un chagrin de chair
Où va la vie germer dans le désert
Qui fait de sang la blancheur des berceaux
Qui se referme au marbre du tombeau
Cette blessure d’où je viens

Cette blessure
Où va ma lèvre à l’aube de l’amour
Où bat ta fièvre un peu comme un tambour
D’où part ta vigne en y pressant des doigts
D’où vient le cri le même chaque fois
Cette blessure d’où tu viens

Cette blessure
Qui se referme à l’orée de l’ennui
Comme une cicatrice de la nuit
Et qui n’en finit pas de se rouvrir
Sous des larmes qu’affile le désir

Cette blessure
Comme un soleil sur la mélancolie
Comme un jardin qu’on n’ouvre que la nuit
Comme un parfum qui traîne à la marée
Comme un sourire sur ma destinée
Cette blessure d’où je viens

Cette blessure
Drapée de soie sous son triangle noir
Où vont des géomètres de hasard
Bâtir de rien des chagrins assistés
En y creusant parfois pour le péché
Cette blessure d’où tu viens

Cette blessure
Qu’on voudrait coudre au milieu du désir
Comme une couture sur le plaisir
Qu’on voudrait voir se fermer à jamais
Comme une porte ouverte sur la mort

Cette blessure dont je meurs

       Léo Ferré (1916-1993)

   Léo Ferré (1916-1993)

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Ford Madox Brown (1821-1893), peintre préraphaélite anglais

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Portraits

Ford Madox Brown - Lucy, first surviving daughter, 1849.jpg

Ford Madox Brown – Lucy, first surviving daughter, 1849

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Lucy, détail

Ford Madox Brown - The Irizh Girl, 1860.jpg

Ford Madox Brown – The Irish Girl, 1860.

Ford Madox Brown - The Irizh Girl, 1860 (détail).png

Irish Girl, détail

Mauvais Sujet 1863 by Ford Madox Brown 1821-1893

Ford Madox Brown – Mauvais sujet, 1863

Tableaux historiques, littéraires et sociaux

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Ford Madox Brown – The Pretty Baa-Lambs, 1852

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Ford Madox Brown – Work, 1852-1863

Manfred on the Jungfrau par Ford Madox Brown (1821-1893)

Ford Madox Brown – Manfred au sommet de la Jungfrau, 1842

     Cette huile sur toile a été inspirée par le célèbre poème dramatique  de Lord Byron, Manfred, et représente le personnage central du poème sur le point de se jeter dans le vide du haut de la Jungfrau. Il sera sauvé de justesse de la mort par un chasseur de chamois. Ce sont certainement les vers de la scène 2 de l’acte I qui ont inspirés le peintre :

Extrait de la scène 2 de l’acte 1 de Manfred de Byron – traduction Benjamin Laroche

      Les esprits que j’ai évoqués m’abandonnent, — les charmes que j’ai étudiés m’ont déçu, — le remède sur lequel je comptais me torture ; je ne veux plus recourir à une aide surnaturelle ; il ne peut rien sur le passé ; et quant à l’avenir, jusqu’à ce que le passé soit englouti dans les ténèbres, je n’ai que faire de le chercher, — ô terre ! ô ma mère ! et toi, jour qui commences à poindre ; et vous, montagnes, pourquoi y a-t-il en vous tant de beauté ? je ne puis vous aimer. Et toi, œil brillant de l’univers, qui t’ouvres sur tous, et qui es pour tous un délice, — tu ne luis point sur mon cœur. Et vous, rochers, au sommet desquels je me tiens debout en ce moment, ayant à mes pieds le lit du torrent et les hauts pins qui le bordent, lesquels, vus à cette distance étourdissante, semblent des arbrisseaux ; il suffirait d’un élan, d’un pas, d’un mouvement, d’un souffle, pour me briser sur ce lit de rochers, et reposer ensuite pour toujours. — Pourquoi est-ce que j’hésite ? J’éprouve le désir de me précipiter de cette hauteur, et pourtant je n’en fais rien ; je vois le péril, pourtant je ne recule pas ; mon cerveau a le vertige, pourtant mon pied est ferme : je ne sais quel pouvoir m’arrête et me condamne à vivre, si toutefois c’est vivre que de porter en moi cette stérilité de cœur, et d’être le sépulcre de mon âme ; car j’ai cessé de me justifier à moi-meme mes propres actions, — derniere infirmité du mal. (Un aigle passe devant lui.)

     Oui, toi qui fends les nuages d’une aile rapide, dont le vol fortuné s’élève le plus haut vers les cieux, tu fais bien de m’approcher de si près, — je devrais être ta proie, et servir de pâture à tes aiglons ; tu t’éloignes à une distance ou mon œil ne peut te suivre ; mais le tien, en bas, en haut, devant, pénètre à travers l’espace. — Oh ! que c’est beau ! Comme tout est beau dans ce monde visible ! comme il est magnifique en lui-même et dans son action ! Mais nous, qui nous nommons ses souverains, nous, moitié poussière, moitié dieux, également incapables de descendre ou de monter, avec notre essence mixte nous jetons le trouble dans ses éléments, nous aspirons le souffle de la dégradation et de l’orgueil, luttant contre de vils besoins et des désirs superbes, jusqu’à ce qu’enfin notre mortalité prédomine, et les hommes deviennent ce qu’ils ne s’avouent pas à eux-mêmes, ce qu’ils n’osent se confier les uns aux autres. (On entend de loin la flûte d’un berger.)

     Cinq années plus tôt, le peintre anglais John Martin avait déjà peint une aquarelle représentant la même scène mais en privilégiant le décor grandiose des Alpes au détriment des personnages, simplement esquissés. Il s’agissait, en bon romantique qu’il était,  de montrer l’insignifiance de l’homme face à l’immensité et au caractère sublime de la nature. À la différence des peintres romantiques qui minimisent la présence de l’homme face à la nature,  Ford Madox Brown privilégie la représentation du sujet décrit par le poème de Byron et de son état d’âme, la nature n’est pas pour lui le thème principal.

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John Martin – Manfred sur la Jungfrau, 1837

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Ford Madox Brown

Ford Madox Brown (1821-1893).jpg     Né à Calais en avril 1821 (son père était commissaire de bord) Ford Madox Brown a commencé sa formation artistique à Paris où il découvre les peintres Delacroix et Delaroche et la poursuit en Flandre, à Bruges, Gand et Anvers et finalement à Rome où il sera influencé par les peintres allemands Nazaréens. Ce n’est qu’en 1846 qu’il s’installera à Londres alors que l’Angleterre lui était totalement inconnue. Là, il rencontrera les peintres raphaéliques, Dante Gabriel Rossetti, William Holman Hunt et John Everett Millais avec lesquels il sera très proche. Son style se caractérise par un recherche de luminosité dans le traitement des couleurs des couleurs et le soin apporté au traitement des détails.

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