Le désenchantement du monde selon Rimbaud

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Désenchantement

Rimantas Dichavivius, né en 1937 - Lithuanie

photographies Rimantas Dichavicius – Lithuanie

°°°

Soleil et chair (Extrait)

Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie, 
Verse l’amour brûlant à la terre ravie, 
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent 
Que la terre est nubile et déborde de sang ; 
Que son immense sein, soulevé par une âme, 
Est d’amour comme Dieu, de chair comme la femme, 
Et qu’il renferme, gros de sève et de rayons, 
Le grand fourmillement de tous les embryons !

Et tout croît, et tout monte !

– Ô Vénus, ô Déesse ! 
Je regrette les temps de l’antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des faunes animaux,
Dieux qui mordaient d’amour l’écorce des rameaux 
Et dans les nénufars baisaient la Nymphe blonde !
Je regrette les temps où la sève du monde,
L’eau du fleuve, le sang rose des arbres verts 
Dans les veines de Pan mettaient un univers ! 
Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ; 
Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre
Modulait sous le ciel le grand hymne d’amour ; 
Où, debout sur la plaine, il entendait autour
Répondre à son appel la Nature vivante ;
Où les arbres muets, berçant l’oiseau qui chante, 
La terre berçant l’homme, et tout l’Océan bleu
Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu ! 
Je regrette les temps de la grande Cybèle
Qu’on disait parcourir, gigantesquement belle,
Sur un grand char d’airain, les splendides cités ; 
Son double sein versait dans les immensités
Le pur ruissellement de la vie infinie. 
L’Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie, 
Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux.
– Parce qu’il était fort, l’Homme était chaste et doux.

Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,
Et va, les yeux fermés et les oreilles closes. 
Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! l’Homme est Roi, 
L’Homme est Dieu ! Mais l’Amour, voilà la grande Foi ! 
Oh ! si l’homme puisait encore à ta mamelle,
Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ; 
S’il n’avait pas laissé l’immortelle Astarté
Qui jadis, émergeant dans l’immense clarté
Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume, 
Montra son nombril rose où vint neiger l’écume,
Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs, 
Le rossignol aux bois et l’amour dans les coeurs !

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                                             II

Je crois en toi ! je crois en toi ! Divine mère, 
Aphrodite marine ! – Oh ! la route est amère 
Depuis que l’autre Dieu nous attelle à sa croix ;
Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c’est en toi que je crois ! 
– Oui, l’Homme est triste et laid, triste sous le ciel vaste.
Il a des vêtements, parce qu’il n’est plus chaste, 
Parce qu’il a sali son fier buste de dieu, 
Et qu’il a rabougri, comme une idole au feu, 
Son cors Olympien aux servitudes sales ! 
Oui, même après la mort, dans les squelettes pâles 
Il veut vivre, insultant la première beauté ! 
– Et l’Idole où tu mis tant de virginité, 
Où tu divinisas notre argile, la Femme, 
Afin que l’Homme pût éclairer sa pauvre âme 
Et monter lentement, dans un immense amour, 
De la prison terrestre à la beauté du jour, 
La Femme ne sait plus même être courtisane ! 
– C’est une bonne farce ! et le monde ricane 
Au nom doux et sacré de la grande Vénus !

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                                          III

Si les temps revenaient, les temps qui sont venus ! 
– Car l’Homme a fini ! l’Homme a joué tous les rôles ! 
Au grand jour, fatigué de briser des idoles, 
Il ressuscitera, libre de tous ses Dieux, 
Et, comme il est du ciel, il scrutera les cieux ! 
L’Idéal, la pensée invincible, éternelle, 
Tout ; le dieu qui vit, sous son argile charnelle, 
Montera, montera, brûlera sous son front ! 
Et quand tu le verras sonder tout l’horizon, 
Contempteur des vieux jougs, libre de toute crainte, 
Tu viendras lui donner la Rédemption sainte ! 
– Splendide, radieuse, au sein des grandes mers 
Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers 
L’Amour infini dans un infini sourire ! 
Le Monde vibrera comme une immense lyre 
Dans le frémissement d’un immense baiser !

– Le Monde a soif d’amour : tu viendras l’apaiser.

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Ô ! L’Homme a relevé sa tête libre et fière ! 
Et le rayon soudain de la beauté première 
Fait palpiter le dieu dans l’autel de la chair ! 
Heureux du bien présent, pâle du mal souffert, 
L’Homme veut tout sonder, – et savoir ! La Pensée, 
La cavale longtemps, si longtemps oppressée 
S’élance de son front ! Elle saura Pourquoi !… 
Qu’elle bondisse libre, et l’Homme aura la Foi !
– Pourquoi l’azur muet et l’espace insondable ? 
Pourquoi les astres d’or fourmillant comme un sable ? 
Si l’on montait toujours, que verrait-on là-haut ? 
Un Pasteur mène-t-il cet immense troupeau 
De mondes cheminant dans l’horreur de l’espace ? 
Et tous ces mondes-là, que l’éther vaste embrasse, 
Vibrent-ils aux accents d’une éternelle voix ? 
– Et l’Homme, peut-il voir ? peut-il dire : Je crois ? 
La voix de la pensée est-elle plus qu’un rêve ? 
Si l’homme naît si tôt, si la vie est si brève, 
D’où vient-il ? Sombre-t-il dans l’Océan profond 
Des Germes, des Foetus, des Embryons, au fond 
De l’immense Creuset d’où la Mère-Nature 
Le ressuscitera, vivante créature, 
Pour aimer dans la rose, et croître dans les blés ?…

Nous ne pouvons savoir ! – Nous sommes accablés 
D’un manteau d’ignorance et d’étroites chimères ! 
Singes d’hommes tombés de la vulve des mères, 
Notre pâle raison nous cache l’infini ! 
Nous voulons regarder : – le Doute nous punit ! 
Le doute, morne oiseau, nous frappe de son aile… 
– Et l’horizon s’enfuit d’une fuite éternelle !…

Le grand ciel est ouvert ! les mystères sont morts 
Devant l’Homme, debout, qui croise ses bras forts 
Dans l’immense splendeur de la riche nature ! 
Il chante… et le bois chante, et le fleuve murmure 
Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour !… 
– C’est la Rédemption ! c’est l’amour ! c’est l’amour !…

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                                             IV

Ô splendeur de la chair ! ô splendeur idéale ! 
Ô renouveau d’amour, aurore triomphale 
Où, courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros, 
Kallipyge la blanche et le petit Éros 
Effleureront, couverts de la neige des roses, 
Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses !
– Ô grande Ariadné, qui jettes tes sanglots 
Sur la rive, en voyant fuir là-bas sur les flots, 
Blanche sous le soleil, la voile de Thésée, 
Ô douce vierge enfant qu’une nuit a brisée, 
Tais-toi ! Sur son char d’or brodé de noirs raisins, 
Lysios, promené dans les champs Phrygiens 
Par les tigres lascifs et les panthères rousses, 
Le long des fleuves bleus rougit les sombres mousses. 
– Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant 
Le corps nu d’Europé, qui jette son bras blanc 
Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague. 
Il tourne lentement vers elle son oeil vague ; 
Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur, 
Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt 
Dans un divin baiser, et le flot qui murmure 
De son écume d’or fleurit sa chevelure. 
– Entre le laurier-rose et le lotus jaseur 
Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur 
Embrassant la Léda des blancheurs de son aile ; 
– Et tandis que Cypris passe, étrangement belle, 
Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins, 
Étale fièrement l’or de ses larges seins 
Et son ventre neigeux brodé de mousse noire, 
– Héraclès, le Dompteur, qui, comme d’une gloire, 
Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion, 
S’avance, front terrible et doux, à l’horizon !

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Par la lune d’été vaguement éclairée,
Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée
Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,
Dans la clairière sombre où la mousse s’étoile,
La Dryade regarde au ciel silencieux…
– La blanche Séléné laisse flotter son voile,
Craintive, sur les pieds du bel Endymion,
Et lui jette un baiser dans un pâle rayon…
– La Source pleure au loin dans une longue extase…
C’est la Nymphe qui rêve, un coude sur son vase,
Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.
– Une brise d’amour dans la nuit a passé, 
Et, dans les bois sacrés, dans l’horreur des grands arbres,
Majestueusement debout, les sombres Marbres,
Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,
– Les Dieux écoutent l’Homme et le Monde infini !

Arthur Rimbaud, 29 avril 1870

Rimbaud n’avait que 16 ans quand il a écrit ce poème…

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      Rimantas Dichavicius, ce photographe lituanien qui a commencé sa carrière à l’ère soviétique, né en 1937, est l’un de mes photographes préféré. Son thème de prédilection est la femme dans la nature et ses photographies à la fois si pures et sensuelles m’ont semblé dignes d’accompagner ce poème de Rimbaud.
      Je ne résiste pas à vous livrer l’une de ses professions de foi qui préface l’un de ses livres et qui fait écho à ce poème  :

     The present publication is like a poem of images through which attempt was made to portray youth — its unique beauty, its blazing radiance and its dreams. Youth which runs barefooted on the paths and in the meadows of a native country, or along a sandy seashore. Youth which is caressed by sun rays and by a cool Baltic wave.
       Youth needs no adornments either gold or gems.
   Youth itself like a pearl radiates purity and life. However, youth can be percepted only restrocpectively and from a distance. Man has been always and everywhere searching for beauty — in the verdure and in the peaceful flight of a bird, in glazing sunrises and sunsets, in a slender waist line of a beloved woman. However, the relentless flow of time changes everything. Beauty as well. Nothing but art is able to best reflect beauty, to immortalise and preserve it for future generations.
       What does beauty give to the man, why does he strive for it ?
      A scientist, philosopher, artist, teen-ager or an old sage, everyone would answer differently, and, still, everyone would be right.

As beauty is truth. Beauty is perfection.
Beauty is the acme* of nature’s creation.
Beauty is the trace of a genius.
Beauty is a miracle.
Beauty is a spiritual radiance.
Beauty is love.
Beauty is virtue.
Feminine beauty is a miracle of nature. It accompanies love, and love means coming in touch with eternity

Rimantas Dichavicius

L’acmé : (du grec ancien ἀκμή, « apogée ») désigne le point extrême d’une tension, d’un propos ou d’une situation. Appliqué à une civilisation, le terme évoque son apogée.

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article de ce blog lié

  • Photographier le Nu dans la Nature – Regards croisés entre le lituanien Rimantas Dichavicius et l’américaine Anne Brigman. C’est   ICI.

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Rimantas Dichavicius : humour

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Nostalgie

– Ô Vénus, ô Déesse ! 
Je regrette les temps de l’antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des faunes animaux (…)

Arthur Rimbaud, poème Soleil et chair, 1870

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Rimantas Dichavicius – centaure hermaphrodite

Faudrait-il en plus qu’il soit contorsionniste ?

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Après tout ça, une petite ballade pour nous détendre…

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Est-ce de l’art ou du cochon ?

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Ballade de Bretagne

Cette dame n’était ni cochon ni femme
Elle n’était pas faite sur un modèle humain ;
Ni vivante, ni morte.
Sa main et son pied gauches étaient chauds au toucher ;
Main et pied droits, comme chair de cadavre !
Elle chantait comme un glas — dong ! dong ! dong !
Les cochons avaient peur, et la regardaient de loin ;
Les femmes la craignaient, et restaient bien au loin.
Elle pouvait rester sans dormir un an et un jour,
Dormir comme cadavre, un mois et plus.
Nul ne savait de quoi elle se nourrissait —
De glands ? De chair ?

Certains disent qu’elle est l’un de ces porcs maudits
qui nageaient dans la mer de Génésareth
corps de bâtarde et âme démoniaque.
D’autres disent qu’elle est l’épouse du Juif errant,
qui avait enfreint la Loi pour l’amour de la viande de porc,
et affublée d’une face de porc pour avoir fait le mauvais choix,
Qu’à présent soit sa honte et sa punition à venir.

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Version originale complète

    We had started a little too late; Madame grew unwontedly fatigued and sat down to rest on a stile before we had got half-way; and there she intoned, with a dismal nasal cadence, a quaint old Bretagne ballad, about a lady with a pig’s head :

Ballad of Brittany

This lady was neither pig nor maid,
And so she was not of human mould;
Not of the living nor the dead.
Her left hand and foot were warm to touch;
Her right as cold as a corpse’s flesh!
And she would sing like a funeral bell, with a ding-dong tune.
The pigs were afraid, and viewed her aloof;
And women feared her and stood afar.
She could do without sleep for a year and a day;
She could sleep like a corpse, for a month and more.
No one knew how this lady fed—
On acorns or on flesh.

Some say that she’s one of the swine-possessed,
That swam over the sea of Gennesaret.
A mongrel body and demon soul.
Some say she’s the wife of the Wandering Jew,
And broke the law for the sake of pork;
And a swinish face for a token doth bear,
That her shame is now, and her punishment coming.’

(Joseph Sheridan Le FanuUncle Silas, 1864)

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Print of a pig-faced woman from The Illustrated Police News, 1882

800px-a_monstrous_shape_or_a_shapelesse_monster    Les légendes de la femme à la tête de porc sont apparues au même moment en Hollande, en Angleterre et en France à la fin des années 1630 et un peu plus tard en Irlande et mettaient en scène une femme très riche qui avait un corps normal mais dont la tête était celle d’un porc. Cette légende a été relancée en 1865 par Sheridan Le Fanu dans son roman Uncle Silas dans lequel il est question d’une jeune et riche héritière, Maud Ruthyn, qui vit dans une maison isolée et pour laquelle plusieurs hommes qui en veulent à sa fortune intriguent. Le livre comporte une « ballade de Bretagne » sur le thème de la Femme à tête de porc que son intrigante gouvernante Madame de la Rougierre chante à la jeune Maud.

Joseph Sheridan Le Fanu (1814-1873).png    D’origine huguenote, Sheridan Le Fanu (1814-1873) est un écrivain irlandais maître du récit fantastique. Son roman le plus connu, Uncle Silas, publié en 1864 et régulièrement cité dans les annales de la littérature policière, est considéré comme son chef-d’œuvre.  L’intérêt de ce roman tient en partie au fait qu’il met en exergue une figure majeure de la pensée au XVIIIe siècle, le scientifique, philosophe et théologien suédois Emmanuel Swedenborg qui avait fortement influencé Le Fanu avec ses  théories illuministes et néo-platonicienne qui défendait l’idée qu’à tout objet réel corresponde un double spirituel.

Pour lire Uncle Silas en version originale anglaise, c’est  ICI (Project Gutenberg)

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Retour sur une photo : au sujet de la dignité et de l’innocence…

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Dignité et innocence…

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Une tenue innocente ?

« Innocence »L’innocence est une notion désignant une caractéristique propre à une personne ingénue ou bien n’ayant jamais effectué d’acte dit coupable c’est-à-dire ayant nuit à quelque chose ou à quelqu’un. L’étymologie d’« innocence » est rattachée à la racine indo-européenne Nek-, Nok- qui veut dire « causer la mort de quelqu’un » et qui a donné « noyer » puis « nocif », « nuisible ». La composition avec le privatif in- donne ainsi à « innocence » pour signification étymologique « non-nuisible », nuisible au sens de « causer la mort de quelqu’un ».

    Concernant l’article précédent qui portait sur une interprétation toute personnelle d’une photo de deux écolières prise en 2004 à Banda Aceh en Indonésie que je reproduis  de nouveau ci-dessus, Abel, l’un de mes interlocuteurs, trouve que j’en fait trop allant chercher de l’idéologie islamique là où il n’y a somme toute que de l’innocence et de la normalité. Il ne voit dans l’accoutrement de ces deux petites filles qu’un désir de parents de « bien habiller leurs enfants pour aller à l’école dans la dignité comme partout dans le monde »   et que cela n’a « rien à voir avec la religion et l’idée de pureté » mais « plutôt avec l’idée d’enfance, d’innocence », de la même manière « qu’un petit garçon acehnais sera pareillement bien habillé en allant à l’école en uniforme ». Bref, je n’avais rien compris avec mon regard de français laïcard obtus intolérant (et sans doute un tantinet islamophobe) et j’aurais été « moins surpris si ces enfants avaient eu l’air de petits sauvages, pleins de boues et de cambouis, [ce] qui aurait été plus en accord avec l’environnement ???? ».

« Innocence », non-atteinte à l’intégrité d’autrui, ce qui implique respect de l’autre et tolérance. Je ne doute pas que ces deux enfants soient innocents, que cette innocence dont ils font preuve nous attendrit et nous bouleverse et que pour cette raison elle est contagieuse et que l’on voudrait ardemment qu’à partir de cette innocence le reste du tableau soit tout aussi positif et merveilleux… Mais ce désir risque de troubler notre jugement au point que certains ne sont plus capables de discerner dans l’accoutrement « innocent » de ces deux enfants, le hijab, ce foulard islamique qui masque les cheveux, les oreilles, le cou, et parfois les épaules pour la plus jeune et  le jilbab qui couvre en totalité le reste du corps pour la plus grande et ces vêtements n’ont malheureusement rien d’innocent…

Jilbab.pngjilbebjilbab ou djilbab, ce « vêtement féminin large et ample composé d’une longue robe et d’une capuche couvrant les cheveux et l’ensemble du corps hormis les pieds et les mains fait pour cacher les formes de la femme. » originaire des pays du Golfe dont le port se retrouve dans certains pays où l’Islam est la religion majoritaire, comme l’Indonésie ou l’Iran où il est connu sous le nom de tchador (selon la définition de Wikipedia).

    Les musulmans conservateurs qui prônent ou imposent ces vêtements aux femmes ou des vêtements encore plus « couvrants » justifient leur action par une interprétation jugée par certains tendancieuse et restrictive de certains textes du Coran. C’est ainsi que selon l’écrivain et universitaire américain d’origine iranienne Reza Aslan (Le Miséricordieux : la véritable histoire de Mahomet et de l’islam) l’emblème devenu aujourd’hui le signe le plus distinctif de l’islam, le port du voile, n’est prescrit nulle part de manière explicite dans le Coran aux femmes musulmanes : L’oumma (la communauté des croyants) ignora toute tradition du voile jusque vers 627, date à laquelle le « verset du hijab » pris de court la communauté. Ce verset, cependant, ne s’adressait pas aux femmes en général, mais exclusivement aux épouses de Mahomet.

Ô vous qui croyez !
N’entrez pas dans les demeures du Prophète sans avoir obtenu la permission d’y prendre un repas […]
Quand vous êtes invités, entrez et retirez-vous après avoir mangé […]
Quand vous demandez quelque objet aux épouses du Prophète, faites-le derrière un voile (hijab).
Cela est plus pur pour vos cœurs et pour leurs cœurs.      Coran 33; 53.

    Reza Aslan explique cette restriction par le fait que la demeure de Mahomet était devenue le centre de la vie religieuse et sociale de l’oumma et qu’elle était parcourue à toute heure du jour par des visiteurs dont les tentes se dressaient dans la cour ouverte à quelques mètres seulement des appartements où dormaient les épouses du Prophète. Cette situation dont on pouvait s’accommoder lorsque Mahomet n’était qu’un cheikh tribal était devenue intenable en 627 dés lors qu’il était devenu le chef d’une vaste communauté en expansion rapide et la nécessité se fit jour d’instituer une sorte de ségrégation pour préserver l’inviolabilité de ses épouses. C’est ainsi que fut adopté le port du voile, emprunté pour l’occasion aux femmes iraniennes et syriennes des classes supérieures.

      Et dis aux croyantes qu’elles baissent leurs regards, et qu’elles gardent leur chasteté, et qu’elles ne montrent de leurs parures que ce qui en paraît, et qu’elles ne montrent leurs parures qu’à leur mari, ou à leur père, ou au père de leur mari, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou à leurs compagnes, ou aux esclaves que leurs mains possèdent, ou aux domestiques mâles qui n’ont pas le désir, ou aux garçons qui n’ont pas encore puissance sur les parties cachées des femmes…       (Coran, sourate « la lumière » n 24, verset n 31).

     Pour l’intellectuelle marocaine Asma Lamrabet il existe dans le Coran sept occurences du mot hidjab qui renvoient invariablement au sens de « rideau, séparation, cloison »  autrement dit, tout ce qui qui, dans une pièce, cache et dissimule quelque chose. Il s’agit des versets 7; 46 / 17; 45 / 19; 17 / 38; 32 / 41; 5 / 42; 51 et 33; 53. 

« Quand tu récites le Coran, Nous plaçons un rideau invisible (Hijab) entre toi et ceux qui ne croient pas à la vie future » Coran 17 ;45.

« Il n’est pas donné à un homme, que Dieu lui parle directement, si ce n’est pas inspiration ou derrière un voile (Hijab) ou par l’envoi d’un messager qui lui révèle, par Sa permission, ce qu’il veut. » Coran 42 ; 51.

    Les explications qu’Asma Lamrabet donne sur l’origine historique du hidjab et la signification de ce dernier verset, le plus important de tous rejoignent celles de Reza Aslan : c’est la nécessité de dresser un Hijab ou rideau entre les hommes étrangers qui rentraient dans la demeure du prophète  et ses épouses dans le but de leur préserver le respect qui leur était du qui est à son origine. Il existe dans le Coran un autre verset qui utilise un autre terme que hidjab avec le sens exact de foulard ou écharpe. Il s’agit du terme  de khoumourihina qui est le pluriel du mot khimar qui signifie la « simple écharpe ou foulard. » que portaient en ce temps là  les femmes dans la péninsule arabique mais aussi dans toutes les autres civilisations de l’époque. (lire absolument à ce sujet son texte : Le « voile » dit islamique : une relecture des concepts – Extrait du livre « Femmes et hommes dans le Coran : quelle égalité ? : c’est  ICI ). Le problème, lorsque l’on lit les textes coraniques est que  hijab est traduit le plus souvent par « voile » et que cette traduction est porteuse d’une connotation idéologique qui influence la compréhension du texte.

« …Dis également aux croyantes de ne laisser paraître de leurs beauté (zinatouhouna) que ce qui en paraît  et de rabattre leurs écharpes (khoumourihina) sur leur poitrine (jouyoubihina) et à ne montrer leurs atours qu’à leurs époux, leurs pères, leurs beaux pères, leurs fils, leurs frères, leurs neveux… Dis leur encore de ne pas frapper le sol de leurs pieds pour ne pas montrer leurs atours cachés »    Coran 24 ;31

     Ces deux termes hidjab et khimar ont été utilisés dans le Coran pour qualifier ce qui voile, masque et protège quelque chose. Pour Asma Lambaret, le fait d’avoir utilisé par la suite le terme de hidjab en remplacement de ce qui est désigné comme un simple foulard traduit la volonté de séparer la femme du reste du corps social : « On a imposé le « hidjab » aux femmes musulmanes dans son sens de « séparation » afin de bien indiquer à ce dernières où est leur place dans ala société, autrement dit afin de les cantonner, au nom de l’islam, dans la relégation et l’ombre, loin de la sphère sociopolitique. » Elle oppose le « hidjab » restrictif imposé par les hommes au « khimar » choisi délibérément par les premières musulmanes comme signe de visibilité sociale.     (Le Monde des Religions– n°79 sept.oct. 2016)

     Il existe un autre terme dans le Coran qui désigne la cape ou la mante qui couvrait anciennement les épaules, le Jilbàb.

« Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles (jalâbihinna) : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »   Coran 59; 33

Jalâbihinna est le pluriel de Jilbàb qui désignait dans les temps anciens un vêtement « de dessus » ouvert sur le devant apparenté à la cape ou à la mante. Il n’avait donc pas à cette époque la même signification que le jilbab saoudien, cette longue robe le plus souvent noire utilisée par les saoudiennes ou par les musulmanes d’Iran et d’indonésie. C’est selon la définition ancienne qu’André Chouraqui traduit ce passage du Coran :

 » Ohé, le Nabi, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des adhérents, de resserrer sur elles leur mante, c’est pour elles le moyen d’être reconnues, et de ne pas être offensées, Allah, clément, matriciel. « 

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indonésienne à « contre-courant »

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Je persiste et signe…

dsc_0016-2   Alors, je persiste dans mon interprétation, si cette photo exprime une certaine innocence, cette innocence ne concerne que ces deux jeunes enfants mais certainement pas le système familial et socio-religieux qui leur impose un accoutrement que l’on est obligé de reconnaître qu’il est, si l’on veut être objectif, uniquement justifié par des motifs idéologiques et religieux. La recherche de la dignité de l’enfant à travers son habillement n’a rien à voir dans cette attitude sauf si l’on considère que l’expression de la  dignité doit passer à tout prix sous les fourches caudines de la religion… Quels sont dans la religion musulmane ces fondements idéologiques sinon la volonté de l’homme, dans son propre intérêt, de préserver la femme de toute souillure et impureté et de la protéger des désirs concupiscents provoqués par son sexe ? Il n’est pas anodin que la plus âgée des jeunes filles a été affublée d’un vêtement plus ample et plus protecteur qui cache ses formes naissantes et va jusqu’à couvrir ces chevilles. Comment peut-on ne voir là qu’une expression de la dignité et de l’innocence de l’enfance et nier le fondement idéologique et religieux qui inspire ce comportement ? Cette référence à la pureté est encore affirmée par le choix du blanc immaculé pour les vêtements, choix pas vraiment pratique on l’admettra pour permettre le jeu de deux jeunes enfants dans un environnement boueux résultant de la saison des pluies.

     J’assimile ces deux jeunes filles affublées de ce que je me vois obligé de qualifier d’uniforme religieux car il exprime un message et constitue une profession de foi aux enfants nazis embrigadés, aux anciens pionniers soviétiques ou aux enfants juifs orthodoxes, à tous ces enfants manipulés par des adultes que l’on programme et que l’on affuble, à qui on inculque des idéologies politiques ou religieuses et qui seront privés de tout esprit critique et de leur libre-arbitre. Les deux fillettes que l’on voit sur la photo accepteront-elles plus tard de gaîté de cœur de ne pouvoir enfourcher une motocyclette, de ne pouvoir sortir seule le soir après l’heure du couvre-feu et de ne pas côtoyer un garçon avant le mariage ? Iront-elles assister avec leurs enfants et applaudir aux séances de flagellation publiques des récalcitrants devant la mosquée de Banda Aceh ?  On est loin, très loin,  de l’expression de la dignité et de l’innocence…

      Cette recherche de la part des parents et de la société d’une expression de dignité et d’innocence, on la retrouve chez d’autres écolières indonésiennes qui portent des vêtements « laïques » dans lesquels sont absentes toutes connotations religieuses comme le montrent ces quelques photos qui suivent prises dans le reste du pays. On ignore si ces enfants sont de confession musulmane, chrétienne ou bouddhiste ou si leurs parents sont athées et on ne veut pas le savoir. Le vêtement « laïque » est un signe d’ouverture, de possible, il est tout le contraire d’un repli sur soi identitaire et religieux qui est un enfermement. Pour moi le  hijab et le  jilbab  portés par de jeunes enfants n’est aucunement un signe de « dignité » et « d’innocence » mais tout au contraire un signe d’aliénation, de manque d’ouverture, de repli sur soi, de refus d’évolution et de dépassement de l’humain. Il est le signe d’une société bloquée, repliée sur ses dogmes  et incapable d’évoluer.

   Quand aux garçons indonésiens, leur dignité et leur innocence s’expriment effectivement tout autant dans leur habillement mais contrairement aux filles sans aucune référence religieuse ni restriction, de manière exclusivement « laïque ». Privilège du sexe… Mais il est bien connu que le corps masculin est exempt de la capacité de susciter tout désir concupiscent chez la femme…

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écoliers dans un village près de Banda Aceh – photo Enki

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Evolution de l’islam en Indonésie et à Banda Aceh 

     Je ne suis spécialiste ni de l’islam, ni de l’Indonésie comme Abel qui a passé plusieurs années en Indonésie notamment à Banda Aceh et effectué des séjours dans des pays arabes ou musulmans mais je m’informe et prends connaissance de récits de chercheurs ou de voyageurs qui connaissent ces pays et de faits signalés par les médias. Abel, à juste titre me rappelle que l’islam à Banda Aceh n’est (ou n’était) pas de tendance « intégriste » mais plutôt de tendance « conservatrice/traditionnelle » et qu’il convient de faire la différence entre l’islam « de tous les jours » de type conservateur/traditionnel sur le plan des valeurs familiales et sociales pratiqué par la majorité des acehanais et une minorité d’activistes islamistes radicaux qui s’agitent. À l’appui de ses dires, il cite l’exemple des volontaires islamistes de la « Brigade du Jihad » venus de Jakarta pour aider la population après le tsunami qui ont été chassés au bout de 3 mois par les acehanais car ils commencaient a prêcher un islam intégriste et des mamans acehnaises qui avaient chassé et remballé les « jeunes » de la soit-disante police charia (la citée dans notre article) qui abusaient de leur petit pouvoir.

    Dont acte : la population acehanaise bien que « conservatrice/traditionnelle » pratiquerait un islam apaisé et s’opposerait aux dérives des intégristes. Cela était la situation en 2008 mais est-elle toujours la même aujourd’hui ? De nombreux signes montrent que la situation est en train de se dégrader dans l’Indonésie toute entière et à Banda Aceh en particulier. Dans de nombreux cas, on constate que c’est désormais la population elle-même qui « se fait justice » ou qui livre les contrevenants à la charia à sa police.

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juillet 2015 : une femme est fouettée devant la mosquée de Banda Aceh. Le public filme la scène avec des smartphones.

  • Le 10 décembre 2011, la police indonésienne de la province d’Aceh a arrêté, placé en détention et en «rééducation» 64 punks qui participaient à un concert de charité destiné à lever de fonds pour un orphelinat. Iskandar Hasan, le responsable de la police d’Aceh a déclaré : « Le but est de les arracher à leurs comportement déviant… On doit les réhabiliter afin qu’ils aient un comportement convenable. Un traitement sévère est nécessaire ». Arrêtés, battus, rasés, débarrassés de leurs percings, de leurs cheveux et de leurs vêtements, les 64 punks ont été soumis à une discipline militaire et rééduqués pendant 10 jours selon le alois religieuses en vigueur en Indonésie.
  • Vingt six églises et cinq temples bouddhistes ont été fermés en 2012 à Aceh. (Observatoire de la liberté religieuse). Deux églises ont été brûlées en l’espace de trois mois dans le département d’Aceh Singkil en 2015. En octobre, des églises chrétiennes ont été attaquées par un groupe d’au moins 200 personnes dans le district d’Aceh Singkil après que les autorités locales eurent donné l’ordre de détruire 10 églises dans ce district, en citant des règlements pris au niveau de la province et du district pour restreindre les lieux de culte. Les assaillants ont incendié une église et tenté d’en attaquer une autre, avant d’en être empêchés par les forces de sécurité locales. Un assaillant a été tué pendant ces violences et 4 000 chrétiens environ ont fui immédiatement après en direction de la province de Sumatra-Nord. Dix personnes ont été arrêtées. Les autorités d’Aceh Singkil ont poursuivi leur projet de détruire les églises restantes. (Amnesty International)
  • La Commission nationale d’Indonésie sur les violences faites aux femmes (Komnas Perempuan) a souligné à plusieurs reprises les aspects « discriminatoires » de la charia à Aceh, encore que cela ait eu peu d’effet, la situation semblant empirer. Dans un communiqué publié en novembre 2014, la commission a noté le nombre croissant des mesures politiques à Aceh « qui présentes un caractère discriminatoire au nom de la religion et de la morale ». (EDA Eglises d’Asie)
  • En 2016, un homme et une femme non mariés n’auront bientôt plus le droit de circuler sur la même motocyclette à Aceh, selon une nouvelle réglementation introduite dans cette province appliquant la charia, a indiqué ce lundi un député local. Le Parlement du district d’Aceh Nord a approuvé la semaine dernière cette réglementation qui entrera en vigueur dans un an, a déclaré le parlementaire local Fauzan Hamzah, soulignant que les autorités faisaient «des efforts pour appliquer pleinement la charia». Auparavant, La ville de Banda Aceh avait imposer en 2015 un couvre-feu pour les femmes à partir de 11 h du soir près leur avoir interdit l’année précédente de monter à califourchon sur un deux-roues.
  • Pendant l’année 2015, au moins 108 personnes ont été fustigées en Aceh au nom de la charia, pour jeux d’argent, consommation d’alcool ou « adultère ». En octobre, le Code pénal islamique de l’Aceh est entré en vigueur. Il élargissait le champ d’application des châtiments corporels aux relations sexuelles entre personnes de même sexe et aux rapports intimes au sein de couples non mariés. Les contrevenants encouraient des peines pouvant atteindre respectivement 100 et 30 coups de bâton. Cet arrêté compliquait l’accès à la justice pour les victimes de viol, car c’était elles qui devaient désormais apporter des éléments prouvant le viol. Les fausses accusations de viol ou d’adultère étaient également passibles de fustigation. (Amnesty International)
  • En juin 2015, six membres de la minorité religieuse du Gafatar vivant dans la province de l’Aceh ont été reconnus coupables d’« insulte à la religion  » en vertu de l’article 156 du Code pénal et condamnés à quatre ans d’emprisonnement par le tribunal du district de Banda Aceh. (Amnesty International)
  • 14 juillet 2015 : une jeune femme accusée d’adultère, une quadragénaire et cinq étudiants sont fouettés en public de quatre coups de bâton de rotin devant la mosquée de Banda Aceh par la police de la charia. Les couples d’étudiants avaient été interpellés simplement parce qu’ils étaient seuls, ce qui est interdit à Aceh en dehors des liens du mariage. Un millier de personnes ont assisté à ce spectacle macabre. Une centaine d’habitants d’Aceh ont été fouettés en 2015.
  • le 12 avril 2016 dans le district de Takengon, région située au centre de la province d’Aceh, Remita Sinaga, une protestante âgée de 60 ans, a reçu publiquement 28 coups de canne pour avoir violé le code pénal islamique. Jugée pour avoir vendu de l’alcool et condamnée par le tribunal islamique de Takengon, … Elle a également été contrainte à passer les 47 jours de la durée de son procès en détention. C’est la première fois qu’une personne non musulmane subit une peine publique pour ne pas avoir respecté la charia, à Aceh.

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Pour en savoir plus :

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Photos sauvées de l’oubli…

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    Toutes ces photos oubliées, enfouies au plus profond des albums de famille ou des photothèques, plongées dans un lourd sommeil, toutes ces belles au bois dormant qui ne demandent qu’à s’éveiller… J’ai décidé de les exposer en pleine lumière et les  fera renaître à la vie.

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Fillettes de retour de l’école à Banda Aceh (Île de Sumatra, Indonésie), le 15 avril 2008 à 17h 34 (photo Enki)

     Photo prise dans un village proche de Banda Aceh, la capitale de la province indonésienne de Nanggroe Aceh Darussalam située à l’extrémité nord de la l’Île de Sumatra où nous étions venu rendre visite à ma fille Emily et à son mari qui menaient une action humanitaire suite au tremblement de terre et au tsunami du 26 décembre 2004 qui avait ravagé la ville et causé la mort de près de 9.000 personnes (plus de 166.000 pour l’Indonésie et 250.000 pour l’ensemble de l’Asie du Sud-Est).

« Oh femmes ! Si vous êtes en dehors de votre maison, recouvrez votre intimité. Nous ne devons pas montrer notre beauté de manière incorrecte, c’est interdit dans l’islam »  – Précepte énoncé par haut-parleur par les agents du WH, la police religieuse de Banda Aceh. (d’après Agnès De Féo : Aceh, une charia de complaisance)

      J’avais été frappé par le contraste saisissant qui existait entre ces deux fillettes aux vêtements à la blancheur immaculée, le soin extrême qu’on avait apporté à l’établissement de leur tenue vestimentaire et le désordre et la saleté de leur environnement où les flaques d’eau boueuses jalonnaient le parcours qu’elles suivaient pour revenir de l’école. Dans ces conditions, la tenue de ces deux fillettes prenait le sens d’une affirmation religieuse, celle de l’exigence de pureté et de sa préservation. En même temps, comme tous les enfants, cette exigence ne les empêchait pas de se livrer, comme le montre la photo, au péché de gourmandise… L’islam à Banda Aceh est plutôt de tendance intégriste et reste soumis pour le droit familial à l’observance de la charia depuis 1991. L’implantation de l’islam dans dans la région date de la fin du XIIIe siècle et en Indonésie, on surnomme Aceh « l’antichambre de la Mecque » (Serambi Mekah). Une rébellion séparatiste a longtemps ensanglanté la province entre 1976 et 2005.

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Pour en savoir plus :

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Un (petit) pas de plus dans le désenchantement du monde

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paysage attribué à Gauguin

Retour à K…, dans le Finistère breton

      Suis enfin arrivé après une trop longue absence à mon cher K… Rien ne semble avoir changé depuis mon dernier séjour : mêmes murs massifs de granit gris usés par le temps, rongés par la mousse et le lichen que strient parfois les saillies fulgurantes d’un lierre belliqueux qui voue une haine tenace aux façades,  même cacophonie sage des toitures d’ardoises grises et bleues que l’on confond avec le ciel lorsque celui se plombe de nuages sombres et lourds, mêmes massifs exubérants d’hortensias dont les tiges ploient sous le poids de leurslourdes efflorescences rouillées, même silence pesant et compact troublé seulement par l’aboiement d’un chien qui a vu en vous un intrus, le chant d’un coq saisi soudainement d’un délire existentiel ou par les cris rauques d’un banc de mouettes qui, pour une raison inconnue, ont jetées leur dévolu sur votre portion de ciel. Comme d’habitude, aucun être humain n’est visible dans les trois uniques ruelles qui traversent le hameau ainsi que dans les cours des anciennes fermes et jardins attenants mais vous pressentez que derrière les vitrages sombres des petits fenêtres encadrées de blocs de granit taillés et soigneusement jointoyés les regards scrutateurs d’êtres invisibles, qu’ils appartiennent au monde d’ici-bas ou à l’autre monde, ne perdent aucun de vos faits et gestes…

   Rien ne semble avoir changé sauf un détail, invisible dans le paysage mais lourd de conséquences : le hameau est désormais couvert par un réseau de téléphone mobile et bénéficie même de la couverture 4G ! Dans le passé, pour pouvoir utiliser son mobile, il fallait monter au dernier étage de la vénérable demeure, jusque dans les combles, ouvrir un vasistas, escalader une chaise et après avoir réussi à extirper avec peine la moitié de son corps au travers du vasistas étroit, se dresser au-dessus de la toiture et tendre la main le plus haut possible pour tenter de capter un réseau hypothétique et capricieux. Voir jaillir de la toiture d’ardoise, tel un diable de sa boîte, une moitié de corps humain en pleine gesticulation et semblant entretenir une conversation avec un interlocuteur invisible était d’un comique du meilleur effet et nos correspondants au fait des conditions qui régissaient la communication ne manquaient pas de nous interpeller à ce sujet : « Je t’entends mal, peux-tu te pencher un peu plus ou même monter plus haut sur le faîtage…»,   J’avoue avoir éprouvé un regret face à cette avancée inattendue du « progrès » et ressenti la nostalgie pour ce qui nous apparaissait alors tout à la fois comme une gêne et une protection contre le monde extérieur. En fait, je m’aperçois aujourd’hui que j’appréciais hautement cette expérience cocasse, occasion unique donnée de partager pour un temps l’ordinaire des chats de gouttières en découvrant les toits de K… et le paysage qui l’accompagnait. L’abandon soudain de ce qui était devenu avec le temps un  « rite » que nous avions fini par intégrer et qui faisait partie de notre histoire familiale était à n’en pas douter un petit pas de plus dans ce que certains ont nommé « le désenchantement du monde »…

retour-a-k

    J’avais, il y a quelques années, écrit un poème sur l’une de nos arrivées dans le hameau de K… et dans lequel je faisais allusion de manière imagée et humoristique à cette difficulté que nous éprouvions alors de communiquer avec le monde extérieur. Ecrit aujourd’hui, ce poème serait, assurément,  totalement différent.

Havre de paix (version 2)

Sommes arrivés hier à K….
Les images, les bruits, la fureur,
sont restés à l’entrée du village,
bloqués par un cordon d’hortensias.
Ils s’agitent et trépignent,
tentant à tout prix de franchir les lignes.
Rares sont ceux qui y parviennent,
ils sont impitoyablement rattrapés…
On nous les emmène sous bonne garde
afin que nous décidions de leur sort.

Nous ne sommes pas cruels.
La plupart sont simplement éconduits,
mais ils arrivent que certains restent…
Cela dépend de l’air du temps
ou de notre humeur du moment.
Pas de télévision, pas de téléphone.
Lorsque nous ressentons le besoin
de connaître les nouvelles du monde,
il nous faut aller à la chasse au lépidoptère.

Dans les airs, au-dessus de la maison,
volètent, en route pour l’Amérique,
de grands papillons origamiques
aux ailes faites de papier journal. *
Y sont imprimées les nouvelles du jour,
cours de la bourse et faits divers.
En nous penchant par la lucarne,
nous en capturons quelques-uns
à l’aide du grand filet à fines mailles
qu’on utilise pour pêcher la crevette.

Après lecture, nous les relâchons, 
Ce n’était qu’un prélèvement passager
et il doivent accomplir leur voyage…

Enki sigle

 

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Capture d’écran 2013-07-21 à 14.14.26

Tomas Tranströmer (1931-2015)

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* J’avais emprunté cette métaphore du papillon aux ailes en papier journal en hommage à l’un de mes poètes préférés, le poète suédois Tomas Tranströmer qui, dans son poème AIR MAIL (Baltiques, Œuvres complètes 1954-2004) l’a utilisée avec son génie habituel.

AIR MAIL

À la recherche d’une boîte aux lettres
je portais l’enveloppe par la ville.
Ce papillon égaré voletait
dans l’immense forêt de pierre et de béton.

Le tapis volant du timbre-poste
les lettres titubantes de l’adresse
tout comme ma vérité cachetée
planaient à présent au-dessus de l’océan.

L’Atlantique argenté et reptile.
Les barrières de nuages. le bateau de pêcheurs
tel un noyau d’olive qu’on recrache.
Et la cicatrice blafarde du sillage.

Le travail avance lentement ici-bas.
Je lorgne souvent du côté de l’horloge.
dans le silence cupide
les ombres des arbres sont des chiffres obscurs.

La vérité repose par terre
mais personne n’ose la prendre.
la vérité est dans la rue.
Et personne ne la fait sienne.

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Ailes, voiles, bannières et oriflammes au sommet du Semnoz

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Couleurs et animation sur le Semnoz

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Vue sur le massif des Bauges du Crêt du Châtillon – photo Enki

    Connaissez-vous le Semnoz ? C’est une montagne de hauteur moyenne (1.699 m) qui marque l’extrémité Nord-Est du massif des Bauges en limite d’Annecy et de son lac. De son sommet le point de vue sur la chaîne du Mont-Blanc et des Préalpes est remarquable.  Elle a été surnommée pour cette raison « la montagne aux Annéciens » ou le « le Rigi de la Savoie ».

École de parapente au sommet du Semnoz (Crêt du Châtillon) – photos Enki, le 25/09/2016

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Cui, cui !  Je suis un oiseau….

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Arrivée du Yep au sommet du Semnoz (Crêt du Châtillon) – photos Enki, le 25/09/2016

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     Chaque année, les clubs du Rotary Rhône-Alpes qui gèrent pour cette région les activités du « YEP » (Youth Exchange Programme) d’une durée d’une année entre des jeunes français de la région et de jeunes étrangers organisent un pique-nique au sommet du Semnoz suivi d’une traversée du lac dAnnecy : cette année, une cinquantaine de jeunes représentant une quinzaine de pays étrangers étaient présents : Australie, Bolivie, Brésil, Canada, Chili, Corée du Sud,  États-Unis, Finlande, Inde, Indonésie,  Japon, Mexique, Pologne, Thaïlande, Taïwan. Ces jeunes sont hébergés dix mois par des familles françaises dont les enfants du même âge sont hébergés en réciprocité par les parents de ces jeunes étrangers. Pour  varier et enrichir l’expérience d’insertion de ces jeunes, ceux-ci ne restent pas plus de trois mois dans la même famille et suivent un cursus scolaire dans un lycée français.

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