Edith Södergran : poèmes rouges sang

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c2ae-cy-twombly-detail-of-roses-gaeta-2009Cy Twombly

La journée fraîchit…

Tu as jeté la rose rouge de ton amour
sur mon blanc giron,

entre mes mains brûlantes je serre
la rose rouge de ton amour qui fanera bientôt.
Ô toi, maître aux yeux froids,
j’accepte la couronne que tu me tends,
elle fait ployer ma tête sur mon cœur.

Edith Södergran

In Le pays qui n’est pas et Poèmes, Orphée © La Différence 1992, p.25-27, édition bilingue, traductions de Carl Gustaf Bjurström et Lucie Albertini.

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cy-twombly-pan-ii-1980Cy Twombly – pan II, 1980

Vierge moderne

Je ne suis pas une femme. Je suis neutre.
Je suis une enfant, un page, une résolution hardie,
je suis un rai de soleil écarlate qui rit…
Je suis un filet pour poissons gloutons,
je suis un toast porté en l’honneur de toutes les femmes,
je suis un pas vers le hasard et la ruine,
je suis un bond dans la liberté de soi…
Je suis le sang qui chuchote à l’oreille de l’homme,
je suis fièvre de l’âme, désir et refus de la chair,
je suis l’enseigne à la porte de paradis inédits.
Je suis une flamme exploratrice et gaillarde,
je suis une eau profonde mais téméraire jusqu’aux genoux,
je suis eau et feu loyalement, librement unis…

Ibid p.43

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cy-twomblyCy Twombly

Adieu

Ma vie est devenue menaçante comme un ciel d’orage,
ma vie est devenue fausse comme un miroir d’eau,
ma vie danse sur la corde raide, très haut
et je n’ose pas la regarder.
Tous mes souhaits d’hier
pendent comme les plus basses feuilles d’un palmier,
toutes les prières adressées hier
sont superflues et demeurent sans réponse.
Toutes mes paroles, je les ai reprises
et tout ce que je possédais, je l’ai donné aux pauvres
qui me souhaitaient bonheur.
À bien y penser,
que reste-t-il de moi ? Rien, sauf mes cheveux noirs,
mes deux longues nattes qui glissent comme des serpents.
Mes lèvres sont devenues braises,
je ne me rappelle plus quand elles ont commencé à brûler…
Terrible, le grand incendie qui a réduit en cendres ma jeunesse.
Ah, l’inévitable frappera tel un coup d’épée –
je m’en vais sans être remarquée, sans un adieu,
je m’en vais pour de bon et ne reviendrai jamais.

Ibid, p.85/87

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cy-twombly-suma-1982Cy Twombly – Suma, 1982

Grimace d’artiste

Je n’ai rien d’autre que mon mantelet brillant,
Ma rouge hardiesse.
Ma rouge hardiesse sort à l’aventure
Dans un pays sordide.

Je n’ai rien d’autre que ma lyre sous le bras,
Les rudes accords de ma lyre ;
Ma rude lyre sonne pour bêtes et gens
sur le grand chemin.

Je n’ai rien d’autre que ma couronne altière,
Ma fierté croissante.
Ma fierté croissante prend la lyre sous son bras
Et tire sa révérence.

(1917)

In Poèmes complets, La lyre de septembre, © Pierre Jean Oswald, 1973, traduits par Régis Boyer, p.95

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y-twombly-blooming-2001-2008Cy Twombly Blooming, 2001-2008

À pied il m’a fallu traverser le système solaire

À pied
Il m’a fallu traverser le système solaire,
Avant de retrouver le premier fil de ma robe rouge.
Je m’imagine pure.
Quelque part dans l’espace pend mon cœur,
Des étincelles en ruissellent, secouant l’air,
Jusqu’à d’autres cœurs illimités.

(1919)

Ibid, L’autel des roses, p.130

cy-twombly-flowers-ii-gaeta-2005

      Cy Twombly, Flowers II, Gaeta, 2005

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sodergran3

     Edith Södergran (1892-1923), poétesse finlandaise en langue suédoise a traversé en météore le ciel du début du XXe siècle. Diagnostiquée tuberculeuse à l’âge de 13 ans, sa courte vie (elle est morte à 31 ans) sera rythmée par les longs séjours qu’elle devra effectuer en sanatorium et par les soubresauts de la première guerre mondiale et de la révolution russe de 1917. Elle est aujourd’hui reconnue comme l’un des plus grand poètes scandinaves.

    La couleur rouge est souvent présente dans ses poèmes, référence à la couleur du sang et de l’idée de la mort toujours présente avec laquelle elle partage chaque moment de sa vie. C’est dans les tableaux du peintre américain Cy Twombly (1928-2011) que j’ai trouvé la force expressive en accord avec ses poèmes si poignants.

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