un illustrateur génial : le dessinateur franco-russe Alexandre Alexeïeff pour Adrienne Mesurat de Julien Green (1929)

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

alexeieff-in-front-of-a-pitoeff-poster-1922-aee  Alexeïeff en 1922

alexandre-alexeieff-1901-1982

        Alexandre Alexeïeff est un graveur, illustrateur et réalisateur de films d’animation français  d’origine russe. Né à Kazan (Russie) en 1901 et après avoir passé son enfance à Constantinople où son père était attaché militaire, il entre au corps des cadets de la Marine à Saint-Pétersbourg en 1907 mais quitte la Russie après la Révolution russe en 1921 avec sa jeune épouse pour la France où il commence une carrière d’illustrateur. En 1941, il divorce pour épouser Claire Parker, une riche étudiante en arts américaine qui habite Paris et qui a inventé l’écran d’épingle, une technique de production pour le cinéma d’animation au rendu proche de la gravure en aquatinte et avec laquelle il réalisera plusieurs courts-métrages. Il est aussi l’auteur de  films publicitaires. Il a créé de nombreuses illustrations d’ouvrages dont Adrienne Mesura de Julien Green; La Chute de la Maison Usher d’Edgar Poe, Don Quichotte de la Manche, etc.

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

julien-green-1900-1998-par-christian-berard-1936

      L’année même où François Mauriac fait paraître Thérèse Desqueyroux, Julien Green publie Adrienne Mesurat où il brosse, lui aussi, le portrait d’une criminelle. […] La peinture de l’intériorité s’épanouit sous la plume de Green qui voit s’accroître avec Adrienne Mesurat la notoriété déjà acquise avec Mont-Cinère. La description saisissante qu’il nous fait de son héroïne donne à ce roman psychologique la dimension d’une tragédie. L’auteur y étudie la naissance d’une psychose, mais comme l’ont fait remarquer bien des psychiatres, entre les névrosés, les malades et le sien-portants,il n’y a qu’une différence de degré, non d’état. Du reste, il a lui-même noté dans son Journal à la date du 6 juin 1961 :  « Adrienne Mesurat, c’était moi, entouré d’interdits qui me rendaient fou. »  (Marie-Françoise Canérot)

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Illustrations du roman de Julien Green, Adrienne Mesurat (1929)

capture-decran-2016-12-11-a-19-03-02

  « Il y a quelque chose de terrible dans ces existences de provinces où rien ne paraît changer, où tout conserve le même aspect, quelles que soient les profondes modifications de l’âme. rien ne s’aperçoit au dehors de l’angoisse, de l’espoir et de l’amour, et le coeur bat mystérieusement jusqu’à la mort sans qu’on ait osé une fois cueillir les géraniums le vendredi au lieu du samedi ou faire le tour de la ville à onze heures du matin plutôt qu’à cinq heures du soir. »

08-alexeieff-illus-for-adrienne-mesurat-by-julien-green-1929

        « elle éprouvait quelque chose comme du contentement à se savoir impuissante. Si elle avait été libre, qu’aurait-elle fait ? Comme autrefois elle aurait rôdé autour de ce pavillon, elle aurait promené sa douleur le long de la rue Carnot et sur la route nationale, leurrée du décevant espoir qu’elle y rencontrerait le docteur. Maintenant on l’enfermait, on la gardait à vue. C’était peut-être moins affreux d’être plongée ainsi dans un ennui sans trêve que de passer fiévreusement d’un instant de joie inquiète au plus cruel des chagrins. »

11-alexeieff-illus-for-adrienne-mesurat-by-julien-green-1929

« Un peu avant déjeuner, le lendemain, la domestique annonça Mme Legras.
— Dites lui que je suis sortie, commanda Adrienne qui passait son chiffon sur les meubles de la salle à manger.
Mais au même instant, Mme Legras fit son entrée. Du salon, elle avait entendu les paroles d’Adrienne.
— Sortie ! s’exclama-t-elle. C’est à moi que vous faites dire cela ?

 

01-alexeieff-illus-for-adrienne-mesurat-by-julien-green-1929

    « Elle revint chez elle à la nuit tombante, lasse et découragée. mme Legras lui avait fait boire un verre de porto qui lui avait donné un violent mal de tête et ses jambes fléchissaient sous elle à chaque pas.
    En poussant la grille de la villa des Charmes elle eut presque une nausée. Jamais elle ne s’était sentie aussi malade ni aussi malheureuse. Elle abomina le bruit de cette grille qu’elle referma derrière elle. la pluie tombait toujours, grossissant le rigole sd’eau boueuse qui coulaient autour de la pelouse ».

03-alexeieff-illus-for-adrienne-mesurat-by-julien-green-1929

     « Dans l’obscurité elle entendit son père qui prononçait son nom d’une voix changée. Une seconde passa. Elle crut voir une lumière qui tournait autour de la tête du vieillard. Une horrible frayeur la saisit et, sans savoir comment, à peu près comme si elle eût été jetée dans le noir par une force irrésistible, elle se rua vers l’escalier ».

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s