Vertigo


L’appel irrésistible du vide

castle-staircase-by-jan-lauschmann-1927

Jan Lauschmann – L’escalier du château, 1927      –      l’une de me photographies préférées

   Sensation angoissante de vertige produite par cette photographie de 1927 du photographe tchécoslovaque Jan Lauschmann. Le malaise provient de la mise en perspective de l’abîme et l’absence de premier plan qui aurait pu jouer le rôle de garde-corps protecteur générant ainsi le sentiment que l’on se situe en tant qu’observateur non pas en bordure, mais au-dessus du vide. On imagine d’ailleurs que le photographe s’est penché dangereusement au-dessus de celui-ci pour prendre le cliché. La taille minuscule du personnage situé en contrebas nous permet de mesurer la profondeur abyssale qui nous sépare du sol et la pensée nous vient alors que l’on pourrait être nous-même à sa place, mais étendu inerte sur le sol, après la chute provoquée par l’appel du vide. La longue diagonale de l’escalier avec sa main-courante métallique dérisoire qui zèbre l’immense face verticale de la muraille et focalise notre attention par le jeu récurrent d’ombre et de lumière des marches et contremarches ajoute encore à la sensation de vertige car là encore on ne peut s’empêcher de s’imaginer emprunter cet escalier précaire avec angoisse pour s’engager dans la profondeur du vide. Ajoutons le contraste violent entre les parties ombrées et celles plongées dans la lumière qui ajoute au caractère dramatique de la scène et renforce le sentiment général de malaise. Ce qu’expriment tous ces sentiments mêlés,  c’est l’appel du vide, le danger d’attirance et d’absorption de notre être par l’abîme dans une mise en situation fantasmée alors même que nous sommes confortablement assis sur notre siège pour visualiser cette photographie…
……………………………………………………………………………………………………….Enki sigle


jan-lauschmann-1901-1991         Le tchécoslovaque Jan Lauschmann (1901-1991) était un chimiste dans l’industrie du papier photographique. Il a commencé ses activités de photographe en 1912 et a subi les influences de tous les courants modernistes qui ont marqué la photographie européenne et américaine depuis le pictorialisme et la Nouvelle Objectivité jusqu’à la Photo-Secession d’Alfred Stieglitz et le constructivisme. En 1928, adepte de la Straight photography,  il a promu une photographie sans artifice refusant toute intervention sur le négatif et l’impression.

Quelques photographies de Jan Lauschmann   (cliquer sur les photos pour les faire défiler)

     Ces photographies de Jan Lauschmann expriment toutes un fort degré de dramatisation par le choix des axes de vue en plongée ou en contre-plongée qui ont pour effet de changer la nature des relations qu’entretient l’observateur avec le sujet et les transforment en rapports de domination, de puissance, de peur et de soumission. La mise en scène de «rückenfiguren» (personnages vus de dos), qui confère aux photographies un caractère ambigu ou mystérieux, l’utilisation du clair obscur en privilégiant les prises de vues à l’aube, crépusculaires ou nocturnes, enfin les cadrages insolites qui ne permettent pas d’inscrire les sujets représentés dans leur contexte ajoutent encore à cet effet de dramatisation.


Une réflexion au sujet de « Vertigo »

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