las maravillas del gitano Melquiades : (I) les lingots aimantés.


Le réalisme magique de Gabriel Garcia Marquez

Garcia Marquez à Plinio Mendoza Le jour où cela explose, il faut s_asseoir face à la machine à écrire ou bien tu cours le risque d_assassiner ta femme

     Dans Cien años de soledad (Cent ans de solitude) paru en 1969, l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez qui sera prix Nobel de littérature en 1982 et maître du réalisme magique qui décrit sur un ton sérieux et naturel en les présentant comme tout à fait normaux et vraisemblables des faits surnaturels, nous raconte la saga de la famille Buendia qui vit à Macondo, un village fondé par le patriarche de la tribu, le dénommé José Arcadio Buendia. Celui-ci, passionné et obsédé par les inventions nouvelles est chaque année victime d’une troupe de gitans nomades conduite par leur chef Melquiades aux pouvoirs surnaturels qui lui vend, au grand désespoir d’Ursula sa femme, des inventions toutes plus farfelues les unes que les autres qu’il va vouloir détourner de leur but initial.. Les descriptions que fait Garcia Marquez des tentatives de détournement de ces inventions par José Arcadio Buendia sont tellement hilarantes que je ne résiste pas au plaisir de vous les faire partager.

imagesMelquiades le gitan avec ses tours et inventions – illustration de Carybé

1ère invention : « extraire l’or des entrailles de la terre » à l’aide de lingots de fer  aimantés

        Tous les ans, au mois de mars, une famille de gitans déguenillés plantait sa tente près du village et, dans un grand tintamarre de fifres et de tambourins, faisait part de nouvelles inventions. Ils commencèrent par apporter l’aimant. Un gros gitan à la barbe broussailleuse et aux mains de moineau, qui répondait au nom de Melquiades, fit en public une truculente démonstration de ce que lui-même appelait la huitième merveille des savants alchimistes de Macédoine. Il passa de maison en maison, traînant après lui deux lingots de métal, et tout le monde fut saisi de terreur à voir les chaudrons, les poêles, les tenailles et les chaufferettes tomber tout seuls de la place où ils étaient, le bois craquer à cause des clous et des vis qui essayaient désespérément de s’en arracher, et même les objets perdus depuis longtemps apparaissaient là où on les avait le plus cherchés, et se traînaient en débandade turbulente derrière les fers magiques de Melquiades. « Les choses ont une vie bien à elles, clamait le gitan avec un accent guttural ; il faut réveiller leur âme, toute la question est là. »
       José Arcadio Buendia, dont l’imagination audacieuse allait toujours plus loin que le génie même de la Nature, quand ce n’était pas plus loin que les miracles et la magie, pensa qu’il était possible de se servir de cette invention inutile pour extraire l’or des entrailles de la terre. Melquiades, qui était un homme honnête, le mit en garde : « Ca ne sert pas à ça. » Mais José Arcadio Buendia, en ce temps-là, ne croyait pas à l’honnêteté des gitans, et il troqua son mulet et un troupeau de chèvres contre les deux lingots aimantés. Ursula Iguaran, sa femme, qui comptait sur ces animaux pour agrandir le patrimoine domestique en régression, ne parvint pas à l’en dissuader. « Très vite on aura plus d’or qu’il n’en faut pour paver toute la maison », retorqua son mari.
    Pendant plusieurs mois, il s’obstina à vouloir démontrer le bien-fondé de ses prévisions. Il fouilla la région pied à pied, sans oublier le fond de la rivière, traînant les deux lingots de fer et récitant à haute voix les formules qu’avait employées Melquiades. La seule chose qu’il réussit à déterrer, ce fut une armure du XVè siècle dont tous les éléments étaient soudés par une carapace de rouille et qui sonnait le creux comme une énorme calebasse pleine de cailloux. Quand José Arcadio Buendia et les quatres hommes de son expédition parvinrent à désarticuler l’armure, ils trouvèrent à l’intérieur un squelette calcifié qui portait à son cou un médaillon en cuivre contenant une mèche de cheveux de femme.

Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude, pp.9-10


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2 réflexions au sujet de « las maravillas del gitano Melquiades : (I) les lingots aimantés. »

  1. Ah, non ! Elles n’ont rien d’hilarants les trouvailles des gitans : des réalités sociales et économiques dans la puissance de leur démonstration. Elles ont fait de nous leur jouet, et l’angoisse naïve d’un José Arcadio qui veut s’emparer de leur pouvoir est bien proche de la nôtre. Bien sûr, l’image choisie de la poêle quittant sa cuisine pour se coller à l’aimant peut prêter à sourire, mais tous les apports des voyageurs (dans le temps) mènent irrésistiblement à la soif de connaissance qui engendre la mort.

    • Je vous suis en partie sur ce point, ce qui est hilarant ce ne sont pas tant les inventions divulguées par Melquiades que les interprétations et les détournements qu’en fait José Arcadio Buendia et les déboires qui en résultent… Cela dit, je trouve hilarant la scène du gitan qui atteint l’état d’invisibilité après être passé à l’état visqueux sous la forme « d’une flaque de goudron fumante et malodorante ». Quelle imagination débridée et inventive que celle de Marquez ! Chaque page est un bonheur…

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