Poésie – Carnets d’un toqué, André Biély

 


biely1939nappelbaum
André Biely (1880-1934)

Mon moi visible est miroir des pulsions,
Diamant taillé par un fantôme
En réfractions entrecroisées :
Scintillant, je me reflète en vous
Comme, inondé d’un trop-plein de destin. (Premier rendez-vous).

     Je n’écrirais rien sur la biographie d’André Biély, de son vrai nom Boris Nikolaïevitch Bougaïev, cet écrivain russe génial, halucciné et prolifique et injustement méconnu qui a révolutionné l’usage de la langue russe en littérature et l’a aidé à entrer dans la modernité. Pour en savoir plus sur sa vie et son œuvre je vous demande de vous reporter au site de poésie « Esprits nomades » qui comme d’habitude a réalisé une monographie très complète et bien documentée sur cet auteur. Je me bornerais à présenter des extraits significatifs de quelques uns de ses écrits.

biely1926nappelbaum

Il crut trop à l’éclat de l’or
et périt des flèches solaires.
Sa pensée mesura les siècles
Mais vivre sa vie – il ne sut.  
(Biély, aux Amis)


Poème

(…) « elle a brûlé mon corps ; et mon corps s’est embrasé ;
il est devenu la brillante torche des passions les plus viles ;
et puis il s’est consumé ; à l’endroit où l’homme avait vécu,
il n’est resté qu’une pincée de cendres froides ;
le vent a soufflé : la cendre s’est envolée, s’est dispersée dans l’air.
L’homme n’est plus. »

« Carnets d’un toqué » d’Andréï Biély.


  Mon poème préféré dont je ne peux présenter, vu sa longueur, qu’un court extrait. Présenté un peu plus long sur le site « Esprits nomades« 

Premier rendez-vous (Extrait)

(…)
Mais l’hiver au hurlement de rue…
Silhouette au pied rapide,
S’arrachant aux semelles, l’obscurité
Grandit et chagrine enténèbre
Les immeubles aux flancs blancs ;
Il semblerait que des lémures,
Que les mimes muets de l’hiver
Élaborent des tours, mirés
En paroles écloses :
Toi et nous !
Je vais, docile et déprimé,
Tel un sosie à quatre pieds :
L’esprit biptère se fige en étoile ;
Et l’amas encroûté gèle ;
Givrant et scintillant,
jouant en essaims cristallins,
je verserai du miroir de ma face
Des lys de reflets croisés,
Et sous le masque, criblé de péchés,
je hérisserai ma honte sans issue,
Pour que surgisse de la vie, obscur,
Un temple fou et dépourvu de sens…
(…)

Traduction Christine Zeytounian-Beloüs, copyright édition Anatolia


enterrement en Russie

Oh non ! Ne dites pas que je suis un dérangé ! Laissez-moi bouleverser mes changements jusqu’à l’authenticité ! Laissez-moi la mortelle, la souffrante personne de Biély reposer dans l’éternel repos ; et avant sa mort, écrire son testament, raconter le transport de son Moi en lui-même par une personne morte… (Lettre de Biély)

Requiem – V

On emporte les couronnes.                   Des chevaux piaffent :
On soulève le cercueil.                           Voici les gendarmes.
— Cela, je le sais,
Sans le demander.                                    On chante,
                                                                        Je ne sais quel chant.
Par dessus les têtes
Bercé, je flotte…                                         Je regrette,
On m’emporte.                                           Je regrette,
                                                                        Je regrette,
Là-bas, où la rangée des noirs              La terre.
Cyprès se dresse,
Sous les genièvres je pourrirai.           On chante et l’on chante ;
                                                                       Et, la messe finie,
De ma demeure                                         Vers la dernière
On m’emporte.                                          Demeure, on me conduit.

Un enfant passe                                        Quelqu’un chuchote vaguement :
Et me voyant s’effare.                            Du ciel, l’empire
                                                                       N’est plus à conquérir.
La foule s’arrête.
Le bedeau                                                   C’est elle qui me le chuchote
Titube avec l’icône en tête.                   La pâle, pâle, pâle mort.

Le catafalque flambe, décor                Puis tombent sur ma jaune face
D’argent et d’or.                                       Des taches.

D’eau bénite on me mouille,                Et des fleurs,
et d’encens on m’empeste,                   On en jette…
Cercueil ou maison                                 Et les lèvres,
— tout est prison. 
                                                                       Elles prient…
                                                                       Et les cierges,
                                                                       Ils s’éteignent…

« Requiem » (Панихида), 1907 – V – André Biely – Traduction de J. Chuzewille, Anthologie des poètes russes, Paris, Crès & Cie, 1914.


bielydessin

Je tisse et fais voler sur mon sentier céleste 
avec ma vaporeuse pourpre
monde après monde, siècle après siècle. (Premier rendez-vous)

Extraits de « Pétersbourg » (1916-1922), roman

       « Sa crise aiguë de folie apparaissait sous un jour nouveau. Il avait maintenant conscience d’être vraiment fou. Sa folie était comme le compte rendu que ses organes sensoriels délabrés faisaient à son moi conscient. Chichnarfné n’était qu’un anagramme mental. Ce n’était pas Chichnarfné qui le poursuivait et le persécutait, mais ses propres organes qui pourchassaient son moi. L’alcool et l’insomnie rongeaient sa complexion corporelle. Le corps était lié aux espaces. Et quand le corps avait commencé à se désagréger, les espaces s’étaient fissurés. Dans les fissures, entre les sensations, les bacilles s’étaient infiltrés; et les espaces s’étaient mis à grouiller de spectres…Qui était « Chichnarfné« ? C’était l’envers d’un rêve abracadabrant, l’envers d’Enfranchiche; c’était un cauchemar né de la vodka. Ainsi Enfranchiche et Chichnarfné n’étaient que deux étapes dans l’étyhlisme. »


3b09f611700690c01e747ad1ece3203e--icarus-tattoo-figure-drawings

Se perdre dans le cosmos

« Imaginez qu’on vous attache par le milieu du corps à un câble, que l’on fasse tourner ce câble à une vitesse vertigineuse; vous tournerez en cercles de plus en plus vastes, dessinant une spirale dans l’espace, la tête en bas, de plus en plus vite. Et vous volerez dans les immensités cosmiques, vainqueur des espaces, devenu vous-même espace.
Vous serez emporté par cet ouragan, quand votre corps, comme un lest inutile, sera rejeté. »


SPB_Nevsky_Prospekt_and_Admiralty_1890-1900

    Incroyable description phénoménologique de la ville de Saint-Petersbourg, à la fois littéraire et technique. Biély parvient à mettre à jour et à nous présenter de manière extrêmement vivante la structure urbanistique cachée d’une ville et les principes idéologiques qui ont guidé son développement dans l’histoire, ceci à travers le vécu d’un personnage politique important, le sénateur Apollon Apollonovitch dont les sentiments et les pensées trahissent ses préjugés et son idéologie. N’oublions pas qu’en plus d’être un grand poète, Biély était également féru de mathématiques, sciences naturelles, philosophie, musique et dessin. La dernière phrase du texte qui dévoile les pensées régulatrices destructrices du sénateur m’a fait penser à la politique du baron Haussmann sous le second Empire dont l’un des objectifs en perçant les grandes avenues dans la chair vivante du vieux Paris populaire était de pouvoir faire intervenir la troupe et tirer au canon lors des insurrections. Ce procédé littéraire qui consiste à mêler description technique d’une ville et états d’âme du  narrateur m’a fait également penser à la description de Nantes par Julien Gracq dans « La Forme d’une ville » (1985).


Carrés, parallélépipèdes, cubes.

 « À l’endroit où se balançait seulement une humidité grise, on vit s’efforcer d’apparaître, opaque, puis descendre du ciel sur la terre, sale et noirâtre, la cathédrale Saint-Isaac ; s’efforça d’apparaître et apparut enfin le monument équestre de l’empereur Nicolas 1er ; au pied de sa statue, surgit du brouillard le bonnet poilu d’un grenadier impérial.
    Le coupé volait vers la Perspective Nevski.
   Apollon Apollonovitch Abléoukhov était bercé sur les coussins de satin ; quatre parois perpendiculaires l’isolaient de la fange de la voie publique ; elles le séparaient aussi des gens et des couvertures rouges et humides de ces misérables revues dont les premiers vendeurs étaient postés à ce carrefour.
     La régularité et la symétrie calmèrent les nerfs du sénateur, qu’avaient excités le dérangement de sa vie domestique et la rotation à vide de nos rouages gouvernementaux.
     Simplicité et harmonie marquaient son goût.
   Plus que tout, il aimait cette perspective rectiligne ; elle évoquait pour lui l’écoulement du temps entre deux points de l’existence.
    Les maisons, tels des cubes, s’y fondaient en une fuite rectiligne à cinq étages ; cette ligne se distinguait de celle de l’existence, où ce qui n’était que le point milieu de l’ascension pour le dignitaire portant croix diamantée en sautoir, avait été pour tant d’autres le point final à leur carrière.
   L’inspiration venait au sénateur quand le cube bien laqué de son coupé traversait la ligne de la Nevski : défilait la numération des maisons, se mouvait la circulation ; là-bas, loin, bien loin, par temps clair, on voyait étinceler la flèche dorée de l’Amirauté, les nuages, le rayon pourpre du couchant ; là-bas, par temps de brume, on ne distinguait plus rien, plus personne.
    Or, là-bas, ce n’était que lignes : la Néva, les Îles. Probablement, en ces temps lointains où se levaient des marais moussus les hautes toitures, les mâts, les flèches des clochers perçant de leur dentelure la moisissure verdâtre du brouillard, depuis les espaces de plomb, depuis les mers baltes et allemandes, sur sa voilure d’ombre cingla vers Pétersbourg le Hollandais Volant, afin d’ériger ici le mirage de ses possessions brumeuses et de baptiser îles la vague des nuages qui accouraient, menaçants.
    Apollon Apollonovitch Abléoukhov n’aimait pas les îles ; la population y est manufacturière, grossière ; le grouillant essaim humain s’y écoule chaque matin vers les fabriques hérissées de cheminées ; les habitants des Îles entrent pourtant dans les statistiques de l’Empire ; même eux sont recensés. 
    Apollon Apollonovitch ne voulait pas penser plus loin ; les Îles, les écraser ! Se les assujettir par le métal d’un énorme pont, les transpercer des traits de profondes perspectives !»

Andréi Biély, Pétersbourg [1916-1922], roman, Éditions L’Âge d’Homme, 1967

51PbzRhrFRL._SX291_BO1,204,203,200_


Polyphonie du cosmos en genèse


 

Genèse

   J’ai rassemblé dans cet article un texte extraordinaire, celui du poète russe André Biély décrivant la Genèse, des images de montagne et un chant admirable, « la chanson de Solweig » du compositeur norvégien Edvard Grieg interprété par la chanteuse d’opéra russe Anna Netrebko sur un fond musical électro du groupe allemand Schiller. Voyons si la recette tiendra ses promesses…



    « Les pointes rocheuses menaçaient, surgissaient dans le ciel; s’interpellaient, composaient la grandiose polyphonie du cosmos en genèse; vertigineuses, verticales, d’énormes masses s’accumulaient les unes sur les autres, dans les abîmes escarpés s’échafaudaient les brumes; des nuages vacillaient et l’eau tombait à verse; les lignes des sommets couraient rapides dans les lointains; les doigts des pics s’allongeaient  et les amoncellements dentelés dans l’azur enfantaient de pâles glaciers, et les lignes de crêtes peignaient le ciel ; leur relief gesticulait et prenait des attitudes ; de ces immenses trônes des torrents se précipitaient en écume bouillante; une voix grondante m’accompagnait partout ; pendant des heures entières défilaient devant mes yeux des murs, des sapins, des torrents et des précipices, des galets, des cimetières, des hameaux, des ponts ; la pourpre des bruyères ensanglantait les paysages, des flocons de vapeur s’enfonçaient impérieusement dans les failles et disparaissaient, les vapeurs dansaient entre soleil et eau, fouettant ma figure, et leur nuage s’écroulait à mes pieds; parmi les éboulements du torrent, les tumultes de l’écume allaient se dissimuler sous les laits de l’eau étale ; mais par là-dessus tout frissonnait, pleurait, grondait, gémissait et, se faisant un chemin sous la couche laiteuse qui faiblissait, moussait comme fait l’eau.

     Me  voici dressé au milieu des montagnes… »

André Biely

Caspar Friedrich - Au-dessus de la Mer de Nuages, 1818


Pour les articles de ce blog d’où sont tirés ces ingrédients, c’est ici


Rag’n’Bone – Disfigured


Une voix à nulle autre pareille

Disfigured (Défiguré)

L’habit ne fait pas le moine
     À première vue le personnage est inquiétant. Avec sa barbe d’intégriste musulman, son anneau nasal, sa corpulence et ses bras tatoués de fanatique de heavy metal ou de biker déjanté, le bonhomme en impose mais après avoir lu sa biographie et écouté ses chansons, on s’aperçoit qu’il serait plutôt à classer dans la catégorie des gros nounours inoffensifs que vous pourriez presque finalement confier à votre fille adolescente à usage de doudou … 

Pour les paroles en anglais et leur traduction en français et des informations sur ce chanteur
Lire la suite

crépuscule des dieux


IMG_6603

    Ce lundi soir, vers 19h 30 en promenant ma chienne Gracie sur les bords du lac d’Annecy.
    À contempler en écoutant le sublime et poignant «Ich bin der Welt abhanden gekommen»
    de Malher chanté par Fischer-Dieskau – C’est juste après :  7 minutes d’intense bonheur…

Pour plus, c’est  ICI

 


 

Enfance


Les enfants du photographe autrichien Heinrich Kühn (1866-1944)

H.K the Kühn children, Tyrol, 1912
Heinrich Kühn – les enfants Kühn, Tyrol, 1912

Portrait des enfants Kühn , 1904

Heinrich Kühn – Walkter, Hans et Edeltrude

     Au-delà de l’effet esthétique résultant de la mise en scène savante des corps et du caractère intemporel et onirique de l’image lié à l’utilisation du procédé de la gomme bichromatée, on est troublé par l’aspect figé de la composition et le sérieux des expressions, en particulier celle du petit Hans que l’on retrouve dans les nombreuses photos de ses enfants réalisées par le photographe pictorialiste Heinrich Kühn. Cette expression de gravité d’un enfant qui semble absent et où les yeux apparaissent toujours perdus dans le vague apparaît trop réaliste et trop récurrente pour être le résultat d’une demande spécifique du père. Est-elle due aux longues séances de pose qui lui étaient imposées ? En contrepoint de ces clichés, j’ai fait figurer en bas de page une photo prise apparemment au cours des années soixante pour montrer à la fois l’évolution du comportement des enfants face au fait d’être photographiés et de la pratique des photographes.

Heinrich_Kühn_-_Hans_und_Edeltrude, 1910-1911.jpg
Heinrich Kühn – Hans et Edeltrude, 1910-1911

H.K. Walkter, Lotte et hans HKüh,, Autriche 1908
Heinrich Kühn – Walkter, Lotte et Hans, 1910-1911

Capture d’écran 2017-09-20 à 13.30.38.png


EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

le photographe autrichien Heinrich Kühn (1866-1944), pictorialiste génial


Quand la photographie cherchait à imiter la peinture

heinrich-kuhne28094miss-mary-and-lotte-at-the-hill-crest-ca-1910.jpg
Heinrich Kühn – Miss Mary et Lotte sur la crête de la colline, vers 1910

Claude Monet - Femme avec son parasol, Mme Monet et son fils, 1875 (Google Art Project).jpg

   C’est en 1886 que Claude Monet a peint son célèbre tableau « Femme à l’ombrelle« , soit un quart de siècle avant la naissance du pictorialisme. Les pictorialistes, comme Heinrich Kühn souhaitaient élever leur art au niveau de la peinture mais dans un premier temps, ils se sont contenté d’imiter, avec talent pour certains, les grands peintres. Il s’agissait, en travaillant sur le cadrage, l’angle de la prise de vue, la couleur, en recherchant un certain flou et en retouchant les épreuves d’approcher les « effets visuels » spécifiques au dessin, à la gravure ou à la peinture à l’huile. Ce n’est que dans un second temps que la photographie s’affranchira de la copie servile de la peinture et s’attachera à définir un mode d’expression qui lui soit propre.

CameraWork_33_03
Heinrich Kühn – Windblow, 1911 – Photogravure sur papier japonais

Heinrich Kühn (1866-1944) randonneurs dans la descente, vers 1914 - autochrome.png
Heinrich Kühn (1866-1944) randonneurs dans la descente, vers 1914 – autochrome

   S’il est un domaine où la photographie peut l’emporter sur la peinture, c’est bien celui de la captation du mouvement. Le plus souvent les peintres impressionnistes se sont attachés à saisir le motif dans sa fugacité et pour cela rendre la variation de couleur ou de lumière des éléments dans les scènes d’extérieurs qu’ils représentaient à l’aide de touches de couleur vibrantes dont le but n’était pas de représenter précisément les phénomènes mais de donner au spectateur « l’impression » sensible de ces phénomènes. La représentation des variations et mouvements élémentaires des éléments de la nature, feuillage, eau, nuages, sous l’action du vent ou de la lumière leur suffisait pleinement et ils  n’étaient guère intéressés à la représentation du mouvement des êtres comme avant eux la peinture historique d’essence romantique avait pu le faire. Ce sont les photographes qui ont investi le champ de la représentation du mouvement grâce aux moyens techniques que leur offrait leur art. Il convient de signaler que les photographies ainsi réalisées sont souvent des « divines surprises », la rapidité du mouvement exécuté ne permettant pas au photographe de savoir à l’avance quelle séquence de ce mouvement sera capturé par la prise de vue.

Heinrich Kühn (1866-1944) - Im Winde (la brise), vers 1915.png
Heinrich Kühn – Im Winde (la brise) , 1915

Heinrich Kühn, On the Hillside (Study in Values), gum bichromate print
Heinrich Kühn – sur la pente de la colline

Claude_Monet_-_Springtime_-_Google_Art_Project.jpg

   Une jeune femme représentée en pleine nature en robe blanche. Claude Monet a choisi de la représenter assise, figée dans un cadre dans lequel de nombreux éléments mis en valeur par la couleur ou la luminosité annonce le printemps : fleurs de couleur jaune vif au premier plan, taches de lumière en arrière plan. Des reflets de lumière animent la robe. Bien que la jeune femme paraisse immobile, le tableau n’en est pas pour autant statique, il « vibre ». Heinrich Kühn n’a pas choisi de faire poser son modèle ; dans ces conditions de prises de vue, la photo aurait été plate et sans intérêt,  il a choisi de la surprendre en pleine action de la cueillette d’une fleur.


Capture d_écran 2017-09-17 à 10.26.50
Heinrich Kühn (1866-1944) – autoportrait en autochrome, 1907

     On peut dire que Heinrich Kühn était né sous une bonne étoile : héritier dès son jeune âge d’une grande fortune, il décide alors d’arrêter ses études de médecine pour se consacrer à ce qu’il aime le plus,  la photographie. Il s’inscrit au « Wiener Camera Club » fondé en 1891 où il rencontrera deux autres photographes de talent Hugo Henneberg et Hans Watzek avec qui il fondera le « Trifolium » qui participera au grand mouvement artistique de la Sécession viennoise. Ce mouvement de portée internationale les mettra en contact avec deux associations d’avant-garde, le « Linked Ring » de Londres et le « Photo Club de Paris. » La grande ambition d‘Heinrich Kühn est celle partagée alors par de nombreux photographes de par le monde qui est d’élever la photographie, alors dévaluée dés son apparition comme un simple procédé technique de reproduction, au statut de medium artistique, à l’instar de la peinture. Il faut « dépasser la simple imitation mécanique et stricte de la nature pour ériger la photographie en un art autonome et distinct des Beaux-Arts traditionnels ». Dés lors, les photographes qui se réfèrent à ce courant de pensée vont tenter de rivaliser avec la peinture. Comme disait Kühn, « L’appareil mécanique n’a pas d’autre importance pour le photographe que par exemple le pinceau pour le peintre ». Ce mouvement né à la fin du XIXe siècle va porter un nom en 1886 né du titre d’un article manifeste écrit en Angleterre par le photographe et écrivain Peter Henry Emerson : the pictorial art qui sera repris en France pour sous l’appellation pictorialismeHeinrich Kühn sera l’un des représentants les plus éminents de ce mouvement pour l’Autriche. Sa spécialité était de rechercher pour ses clichés des effets de flou, de couleur et des angles remarquables de prises de vue en s’inspirant pour cela de certaines œuvres de grands peintres de l’impressionnisme comme Claude Monet et Auguste Renoir. Il a été également très influencés par les photographes d’avant-garde Alfred Stieglitz et Edward Steichen. il expérimentera avec enthousiasme les nouvelles techniques d’impression photographique, particulièrement la gomme bichromate, la platinotypie, la gommogravure, la photypie, le tirage et report à l’huile ou encore les autochromes, premier procédé photographique en couleur inventé par les frères Lumière.  (source : Wikipedia et divers)

Frank Eugene, Alfred Stieglitz, Heinrich Kühn et Edward Steichen regardent une œuvre d´Eugene (vers 1907) recadrée.png
Quatre représentants éminents du pictorialisme réunis vers 1907 : à gauche le germano-américain Frank Eugene, Alfred Stieglitz, Heinrich Kühn et Edward Steichen examinant une œuvre d´Eugene.


articles de ce blog liés