A propos Enki Dou

Visiteur du soir

Au commencement était l’axe de symétrie…


Architecture parfaite

 « L’architecture est le jeu savant, correct et magnifique des
    volumes assemblés sous la lumière. »     Le Corbusier

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Walter Crane – The Renaissance of Venus (détail), 1877


Je suis un oiseau tout à fait impossible…


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Extrait des « Conversations avec Kafka » de Gustav Janouch>

— Je suis un oiseau tout à fait impossible, dit Kafka. Je suis un choucas – un « kavka ». Le charbonnier du Teinhof en a un. Vous l’avez vu ?

— Oui, il court devant sa boutique.

— Oui, mon parent a plus de chance que moi. Il est vrai qu’on lui a rogné les ailes. Dans mon cas, en revanche, cela n’a même pas été nécessaire, car mes ailes sont atrophiées. C’est la raison pour laquelle il n’existe pour moi ni hauteurs, ni lointains. Désemparé, je vais sautillant parmi les hommes. Ils me considèrent avec une grande méfiance. Car enfin je suis un oiseau dangereux, un chapardeur, un choucas. Mais ce n’est qu’une apparence. En réalité, je n’ai aucun sens des choses qui brillent. C’est la raison pour laquelle je n’ai même pas de plumes noires et brillantes. Je suis gris comme cendre. Un choucas qui rêve de disparaître entre les pierres. Mais ce n’est qu’une plaisanterie comme ça ; pour que vous ne remarquiez pas comme je vais mal aujourd’hui.


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      Gustav Janouch (1903-1968) est un écrivain tchèque qui a grandi à Prague et effectué une partie de ses études à Vienne. Dans son pays d’origine, il était connu comme compositeur de musique de divertissement et comme écrivain de livres sur des thèmes musicaux ainsi que des biographies musicales. Dans les années de la Seconde Guerre mondiale, il a été impliqué dans la lutte contre la résistance qui lui a valu des ennuis en 1946. Il est connu également pour avoir traduit en 1929 le récit de Kafka, Un rêve, en tchèque en introduction à une présentation d’aquarelles originales d’Otto Coesters. Certaines de ses autres traductions sont restées inédites. Mais il est surtout connu pour ses «conversations avec Kafka», qu’il a publié en 1951 dans le S. Fisher Verlag et qui seraient des compte-rendus de conversations qu’il aurait eu avec Franz Kafka en 1920 alors qu’il n’avait lui-même que 17 ans. Une version élargie de ces conversations a été publiée en 1968. Bien que n’ayant pas été authentifiées, ces « conversations » ont contribuées de manière significative à l’image de Kafka. Il faut les considérer comme un témoignage de l’affection d’un jeune admirateur pour le poète et un reflet de sa vision personnelle. (crédit Wikipedia en langue allemande)


Nick Cave – To Be By Your Side


Allons voler ensemble…

To Be By Your Side

Across the oceans across the seas,
Over forests of blackened trees.
Through valleys so still we dare not breathe,
To be by your side.
 
Over the shifting desert plains,
Across mountains all in flames.
Through howling winds and driving rains,
To be by your side.
 
Every mile and every year,
For everyone a little tear.
I cannot explain this, dear,
I will not even try.
 
Into the night as the stars collide,
Across the borders that divide
Forests of stone standing petrified,
To be by your side.
 
Every mile and every year,
For every one a single tear,
I cannot explain this, dear,
I will not even try.
 
For I know one thing,
Love comes on a wing,
For tonight I will be by your side,
But tomorrow I will fly.
 
From the deepest ocean to the highest peak,
Through the
°°°
Nick Cave
°°°

Faisons semblant d’y croire encore un peu…


Ami, ne désespère pas !

Jean-Roger Caussimon – Le jour viendra


91101     Jean-Roger Caussimon, auteur-compositeur-interprètre français est né en juillet 1918 à Paris, c’est un « môme de la permission », son père médecin étant engagé du côté de Verdun à ce moment-là. Bientôt la famille s’installe à Bordeaux, ville où il grandit et fait ses études d’abord au lycée Montaigne puis au lycée François Villon. Son intérêt pour la poésie date de son adolescence et il ira jusqu’à prendre des cours de diction pour pouvoir dire les poèmes sans son accent bordelais. Il obtiendra ainsi un premier prix au conservatoire d’art dramatique. Un drame le marquera à jamais, le suicide de sa mère Yvonne lorsqu’il a 18 ans. Devenu en 1937 comédien professionnel à Bordeaux, il «monte » à Paris en 1938 où il est remarqué par Louis Jouvet mais mobilisé la même année, il est envoyé dans les Ardennes, puis dans les Vosges où il sera fait prisonnier en 1940 par les allemands et envoyé dans un stalag en Silésie. Durant sa captivité, il écrira des poèmes ainsi qu’une pièce. Libéré pour raisons médicales en 1942, il rentre à Paris et entame une carrière de cabarettiste, passant au Lapin Agile et aux Trois Baudets. C’est dans les cabarets qu’il commencera à s’intéresser à la chanson et rencontrera Léo Ferré dont il deviendra le parolier privilégié et l’ami. Parallèlement, il entame une carrière prolifique d’acteur de cinéma, de théâtre et de télévision. L’année 1967 marque un tournant dans sa carrière : Pierre Barouh, le jeune créateur du label indépendant Saravah, parvient à vaincre ses réticences à interpréter ses chansons. Le premier album, enregistré en six jours et publié en 1970, obtient le Grand Prix de l’académie Charles-Cros. Débute alors une carrière de chanteur qu’il mènera jusqu’à sa mort en 1985, victime d’un cancer au poumon. (crédit Wikipedia)


Ostende, ville de l’entre-deux, ni grise, ni verte


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    J’ai un jour débarqué à Ostende en provenance de je ne sais plus quel port de la côte Est de l’Angleterre, pour me rendre à Amsterdam. C’était un jour de vent et de brume et je n’ai pas perçu que se tenait là une ville. Elle avait disparue comme engloutie par la brume et la mer. Aujourd’hui, après avoir écouté la chanson « Comme à Ostende »  mise en musique par Léo Ferré sur des paroles de Caussimon, avoir lu des textes de Patrick Devaux (Les mouettes d’Ostende), des poèmes d’Emile Verhaeren, de Hugo Klaus et de Harmel et après avoir appris que le chanteur Marvin Gaye y avait séjourné plus d’une année, j’éprouve curieusement le désir fervent d’y retourner comme si il y avait nécessité absolue de «réparer» une offense ou une injustice.

Ostende

Mes pas n’ont jamais foulé
le sable gris de tes plages.
Je n’ai laissé aucunes traces
qu’effaceraient les vagues,
alors je me projette et t’imagine.
Étrange ville de finitude
qui voit s’échouer la terre et la mer.
Ville des commencements aussi,
au carrefour de tous les infinis,
de toutes les amères solitudes.
Ville sans cesse baignée et peignée
du flux mouvant des éléments ;
eau, ciel, temps, masses humaines,
et parfois, et c’est un grand bonheur,
par la généreuse lumière du Nord
pure, claire et immensément joyeuse.
C’est aussi la ville où férocement
rugit un vent dément,
où les mouettes ne rient pas
mais hurlent contre le vent.
Ville intemporelle
bizarrement belle
de sa trop grande laideur
où l’on croise parfois
quelques spectres du passé
qui jouent aux bien vivants…
Ville floue et grise de l’entre-deux
aux vagues limites faites de sable,
d’écume, de vent et de lourds nuages
où s’échouent et s’entremêlent
les épaves et les naufragés
de toutes les mers, 
de toutes les terres,
de toutes les vies.

Enki sigle

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20 août 2017
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la plage d’Ostende avec le casino Kursall en arrière-plan

    « Comme à Ostende » est une chanson mise en musique par Léo Ferré sur des paroles de Jean-Roger Caussimon avec un arrangement de Jean-Michel Defaye. Elle a été interprétée pour la première fois par Léo Ferré à l’hiver 1960 à l’occasion de la sortie de son album « Paname »Caussimon l’interprètera à son tour en 1970, année où il commence une carrière de chanteur. La collaboration de Léo Ferré avec Jean-Roger Caussimon remonte à la fin des années 1940, avec la méconnue « À la Seine » et le désormais classique « Monsieur William » (1950-53). Elle se poursuit en 1957 avec toutes une brassée de chansons (« Mon Sébasto », « Mon Camarade », « Les Indifférentes » et « Le Temps du tango », cette dernière devenant un succès).

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Ostende, entrée du port (photochrome)


« Comme à Ostende », Paroles de Jean-Roger Caussimon, musique de Léo Ferré

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« Comme à Ostende », interprétée par Léo Ferré en 1960

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« Comme à Ostende », interprété par Jean-Roger Caussimon en 1970

 


Comme à Ostende

On voyait les chevaux d’ la mer
Qui fonçaient, la têt’ la première
Et qui fracassaient leur crinière
Devant le casino désert…

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La barmaid avait dix-huit ans
Et moi qui suis vieux comm’ l’hiver
Au lieu d’ me noyer dans un verre
Je m’ suis baladé dans l’ printemps
De ses yeux taillés en amande
Ni gris, ni verts
Ni gris, ni verts
Comme à Ostende
Et comm’ partout
Quand sur la ville
Tombe la pluie
Et qu’on s’ demande
Si c’est utile
Et puis surtout
Si ça vaut l’ coup
Si ça vaut l’ coup
D’ vivre sa vie !…

 
J’ suis parti vers ma destinée                                On est allé, bras d’ ssus, bras d’ssous
Mais voilà qu’une odeur de bière                         Dans l’ quartier où y’a des vitrines
De frite(s) et de moul’s marinières                      Remplies de présenc’s féminines
M’attir’ dans un estaminet…                                Qu’on veut s’ payer quand on est soûl.
Là y’avait des typ’s qui buvaient                          Mais voilà qu’ tout au bout d’ la rue
Des rigolos, des tout rougeauds                           Est arrivé un limonaire
Qui s’esclaffaient, qui parlaient haut                 Avec un vieil air du tonnerre
Et la bière, on vous la servait                                 À vous fair’ chialer tant et plus
Bien avant qu’on en redemande…                        Si bien que tous les gars d’ la bande
Oui, ça pleuvait                                                           Se sont perdus
Oui, ça pleuvait                                                           Se sont perdus
Comme à Ostende                                                       Comme à Ostende
Et comm’ partout                                                        Et comm’ partout
Quand sur la ville                                                      Quand sur la ville
Tombe la pluie                                                             Tombe la pluie
Et qu’on s’ demande                                                  Et qu’on s’ demande
Si c’est utile                                                                  Si c’est utile
Et puis surtout                                                            Et puis surtout
Si ça vaut l’ coup                                                        Si ça vaut l’ coup
Si ça vaut l’ coup                                                        Si ça vaut l’ coup
D’ vivre sa vie !…                                                        D’ vivre sa vie !…

© Éditions Méridian/Léo Ferré, musique de Léo Ferré


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Ostende, la plage et le casino Kursaal (photochrome)


le port d'Ostende

le port d’Ostende

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Sur la plage d’Ostende devant le casino  Kursall


poème « Ostende » de l’écrivain flamand Hugo Claus (1929-2008)

Hugo Claus

C’est là que mon existence commença à tomber en déliquescence.
J’avais dix-neuf ans, je dormais
à l’Hôtel de Londres, sous les combles.
Le paquebot passait sous ma fenêtre.
Chaque nuit la ville s’abandonnait
aux vagues.

J’avais dix-neuf ans, je jouais aux cartes
avec les pêcheurs qui rentraient d’Islande.
Ils venaient du grand froid,
les oreilles et les cils pleins de sel, et
mordaient dans des quartiers
de porc cru.
Ah, le cliquetis des dés. En ce temps
de vogelpik et de poker, j’étais toujours gagnant.

Cathédrale d'Ostende

Ensuite, à l’aube, j’allais longeant la cathédrale,
cette chimère de pierre et de peur,
longeant la digue déserte, le Kursaal.
Les cafés de nuit
avec leur croupiers aux yeux caves,
les banquiers ruinés,
les anglaises poitrinaires
en montant de la nappe turquoise de la mer
les cris cruels des mouettes.

« Entre donc, monsieur le vent »,
crie gaiement un enfant
et sur Ostende souffle un nuage
de sable venant de l’invisible vis à vis
la brumeuse Angleterre,
et du Sahara.

Longeant les façades des pharmaciens qui vendaient
en ce temps là des condoms en murmurant,
longeant l’estacade et les brise-lames,
la minque et ses monstres marins,
l’hippodrome où je cessai un dimanche
de gagner.

Ostende - Hôtel des Thermes

Dimanches qui allaient et venaient.
Nuits à l’Hôtel des Thermes
où je m’effrayais de ses gémissements,
de ses soupirs, de son chant.
Sa voix continue à hanter mes souvenirs.

J’ai connu d’autres Îles, mers, déserts,
Istanbul, ce château en Espagne,
Chieng-Maï et ses mines terrestres,
Zanzibar dans la chaleur de la cannelle,
la lente lenteur du Tage. Ils disparaissent
sans cesse.

James Ensor

Plus nettement dans la lumière du Nord
je vois le visage enfantin
du Maître d’Ostende caché dans sa barbe.
Il était de cartilage,
puis il fut de cire,
aujourd’hui de bronze.
Le bronze où il sourit
à la pensée de sa jeunesse raide morte.

(traduit du néérlandais par Vincent Marnix, Castor Astral,1999)


Marvin Gaye à Ostende

    Au fait, savez-vous que Marvin Gaye, après tant d’autres célébrités, est venu s’amarrer lui aussi un temps  à la cité balnéaire de la mer du Nord. À l’orée des années 1970, le chanteur frôle la dépression suite à ses ennuis avec le fisc américain et son divorce coûteux avec Anna Gordy, la sœur de son manager Berry Gordy. Il s’exile à Londres où il mène une vie dissolue et sombre dans la drogue. C’est là qu’il rencontre un hôtelier d’Ostende, Freddy Cousaert avec lequel il se lie d’amitié. Parti à Ostende pour un séjour de quelques jours avec son fils Bubby, il y restera un an et demi, menant une vie saine et sportive, le temps de se refaire une santé et produire un tube planétaire, le célèbre « Sexual Healing ». Malheureusement, de retour aux États-Unis, il renoue avec ses démons, tombe en dépression et au bout du rouleau retourne vivre chez ses parents. C’est là, en 1984, qu’au cours d’une violente dispute son père l’abattra à coups de revolver. 


La jeune fille de l’étranger – Un poème de Schiller


Das Mädchen aus der Fremde

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In einem Tal bei armen Hirten
Erschien mit jedem jungen Jahr,
Sobald die ersten Lerchen schwirrten,
Ein Mädchen, schön und wunderbar.

Sie war nicht in dem Tal geboren,
Man wußte nicht, woher sie kam,
Und schnell war ihre Spur verloren,
Sobald das Mädchen Abschied nahm.

Beseligend war ihre Nähe,
Und alle Herzen wurden weit,
Doch eine Würde, eine Höhe
Entfernte die Vertraulichkeit.

Sie brachte Blumen mit und Früchte,
Gereift auf einer andern Flur,
In einem andern Sonnenlichte,
In einer glücklichern Natur.

Und teilte jedem eine Gabe,
Dem Früchte, jenem Blumen aus,
Der Jüngling und der Greis am Stabe,
Ein jeder ging beschenkt nach Haus.

Willkommen waren alle Gäste,
Doch nahte sich ein liebend Paar,
Dem reichte sie der Gaben beste,
Der Blumen allerschönste dar.

Friedrich Schiller


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La jeune fille étrangère

 Dans la vallée, parmi de pauvres bergers, aussitôt que les premières alouettes chantaient, on voyait apparaître une belle et admirable jeune fille.

     Elle n’était pas née dans ce vallon : on ne savait d’où elle venait, et dès qu’elle s’éloignait on perdait sa trace. Près d’elle on se sentait heureux, tous les cœurs se dilataient ; cependant sa dignité majestueuse éloignait toute familiarité. Elle apportait des fleurs, des fruits nés dans une autre contrée, éclos sous un autre soleil, au milieu d’une terre meilleure.

    Elle distribuait à tous ses présents, à l’un des fruits, à l’autre des fleurs ; le jeune homme et le vieillard la quittaient enrichis de ses dons.

     Tous ceux qui arrivaient à elle étaient les bien venus ; mais s’il se présentait un couple d’amants, elle gardait pour eux ses présents les plus précieux, ses fleurs les plus belles. 

Traduction Xavier Marmier, 1854 


La fille d’un pays étranger

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Dans une vallée, chez de pauvres bergers,
Apparaissait à chaque nouvelle année,
Dès que voletaient les premières alouettes,
Une belle et merveilleuse jeune fille.

Elle n’était pas née dans la vallée,
On ne savait pas d’où elle venait
Et on perdait vite ses traces,
Dès que la jeune fille prenait congé.

Elle était d’heureuse compagnie
Et tous les coeurs s’ouvraient à elle
Pourtant sa dignité, sa grandeur
Eloignaient la familiarité.

Elle apportait des fleurs et des fruits,
Mûris dans une autre campagne,
Sous un autre soleil,
Dans une nature plus heureuse.

Elle partageait ses dons avec chacun
A celui-là des fruits, à celui-ci des fleurs,
L’adolescent et le vieillard avec sa canne,
Tout un chacun rentrait à la maison avec un cadeau.

Tous les hôtes étaient les bienvenus,
Alors un couple d’amoureux s’approcha,
A qui elle remit le plus beau cadeau,
La plus belle de toutes les fleurs.

Traducteur inconnu


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