C’était mieux avant… Photo-journalisme


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2 novembre 2016, Gogjali, Mossoul-Est. Alors que les soldats sécurisent les
ruelles du quartier, une petite fille sort de chez elle avec un drapeau blanc
© © Alvaro Canovas / Paris Match

Trouvé sur le site de 9 lives magazine

     Une interview de Jean-François Leroy, Directeur du festival Visa pour l’image à Perpignan par Ericka Weidmann. (Extraits)

« Il y a 25 ans, je recevais 1000 propositions de reportages par an, j’étais obligé d’en rejeter environ 850. Mais dans tous ceux là, il y en avait au moins 300 d’excellents. Aujourd’hui, j’en reçois plus de 4500 et je n’ai plus que 150 dossiers exceptionnels, et cela vient de plusieurs choses…

Tout d’abord, les photographes ne savent pas éditer, c’est à dire que quand ils font un travail, ils présentent 15 images, mais ils font l’erreur de présenter le même editing à différentes rédactions, alors que justement il faut ajuster son editing, il faut s’adapter au support auquel on s’adresse.

Ils manquent de rigueur dans la construction de leur sujet. Souvent on a quand même l’impression que le photographe qui a fait par exemple un sujet sur la chasse au Japon qui est pratiquée depuis le XV ème siècle, est passé dans un village pour faire 10 photos, et qu’il pense que le sujet est fait. Ce n’est pas ça de construire un sujet. Raconter une histoire c’est autre chose, alors il est vrai, que la technique a beaucoup évolué, ce qui fait qu’aujourd’hui, pour rater une photo faut vraiment être mauvais.
Techniquement la photo est devenue beaucoup plus accessible à tout le monde. Maintenant, est-ce que la construction d’une histoire est devenue accessible à tous, je ne le crois pas.   […]

Les gens ne savent plus vraiment raconter des histoires. […]

Tous ça précède d’un manque de culture photographique […], 
Je pense qu’il y a aussi un vrai manque de curiosité.
Mon conseil aux photographes serait donc de regarder autour de soi et de faire des recherches sur ce qui a déjà été fait avant de démarrer un sujet. »

Ericka Weidmann, interview publiée sur le site du magazine le 6 sept. 2018


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Jean-François Leroy est un journaliste passionné par la photographie qui a travaillé pour plusieurs magazines consacré à cet art et effectué plusieurs reportages pour l’agence Sipa Press. Il a également réalisé avec Yann Arthus-Bertrand le reportage « 3 jours en France » qui dressait le portrait de la France de 1989. Depuis 1989, il est maître d’œuvre du Festival International de Photojournalisme « Visa pour l’Image – Perpignan ». Il est également actif dans l’édition dans le cadre de la société Images-Evidence dont il est le président.


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Après des études d’Arts Appliqués et de photographie, Ericka Weidmann a rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique. En 2010, elle s’installe comme DA en indépendant et en parallèle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie. En septembre 2013 elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie dont elle est rédactrice en chef jusqu’en septembre 2016 avant de co-créer, Mowwgli, un pure player destiné à la photographie et à l’art puis. À l’automne 2018, elle fonde 9 Lives magazine, un media plus centré sur l’image et la photographie.


Ils ont dits…


Francisco Goya - Saturne dévorant son enfant

      « Nous ne sommes qu’une bande d’assassins […] Notre inconscient tue même pour des détails […] Nous supprimons journellement et à toute heure du jour tous ceux qui se trouvent sur notre chemin, qui nous ont offensés ou lésés […] La manière dont est formulée la prohibition Tu ne tueras point est de nature à nous donner la certitude que nous descendons d’une série infiniment longue de générations de meurtriers qui, comme nous-mêmes peut-être, avaient la passion du meurtre dans le sang. »

S. Freud, « Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort », in Essais de psychanalyse, Paris, Petite bibliothèque Payot, 1963 – cité par Marie-Claire Boons-Grafé dans Pulsions d’agression et faillites symboliques. *
Illustration : Saturne dévorant son enfant peint par Goya (1819-23) 


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Retour à l’envoyeur


Gymnastique neuronale

Mon premier est ma première
et ma seconde est aussi ma première
ma troisième est ma sixième
ma quatrième appartient à l’oiseau
ma cinquième, c’est elle
ma sixième est ma neuvième
ma septième est première dans l’Un
ma huitième est le commencement de l’erreur
ma neuvième est redondante dans Andromaque
ma dixième est égale à cinq
ma onzième se trouve à l’intérieur de l’œuf
ma douzième est égale à ma septième
ma treizième est égale à dix.

Mon Tout ? bah, c’est Tout ce que je vous souhaite…

Enki sigle


la fabrique de la rareté


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       La collection Pluriel des éditions Fayard qui propose des ouvrages en format de poche vient d’expérimenter une nouveauté dans le domaine de l’édition qui mérite d’être saluée.      
     Ayant commandé le livre « Les origines de la culture » de René Girard chez mon libraire favori, j’ai eu la surprise de constater à la réception qu’il devait se lire à l’envers ! Ainsi, lorsque vous ouvrez le livre à la première page, vous tombez effectivement sur le titre du livre, mais écrit à l’envers.      

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    Vous me direz que c’est inutile de faire des histoires pour si peu et qu’il me suffit simplement de faire pivoter le livre d’un tour complet pour lire le texte à l’endroit. Et vous aurez entièrement raison ! j’ai donc mis le texte à l’endroit et tourné la page pour lire l’introduction. Le texte de la page suivante est effectivement apparu à l’endroit mais  un nouveau problème s’est présenté car les pages se lisent maintenant de droite à gauche ce qui, vous l’avouerez, est tout de même singulier… Quant à l’épaisseur du livre restant à lire, elle se trouve à gauche alors que dans le cas normal elle se situe à droite…
      Comme si René Girard n’était déjà pas si difficile à lire !

     Vous me direz alors que c’est une erreur de l’imprimerie et qu’il suffit de demander à l’éditeur de l’échanger contre un nouvel exemplaire pour que le problème soit résolu, mais alors là, désolé, vous n’aurez pas raison… Il est absolument hors de question que j’échange une chimère contre un livre désespérément normal. Si votre chienne mettait bas un chiot à 2 têtes avec une queue de dragon, l’échangeriez-vous contre un chiot ordinaire ?  Bien sûr que non ! Vous seriez fier de vous promener en ville en sa compagnie et d’attirer ainsi tous les regards. Je vais ranger immédiatement ce livre dans mon cabinet de curiosité où il côtoiera, dans un rassemblement à la Prévert, des cristaux de roches dénichés dans le massif du Mont-Blanc au-dessus du glacier d’Argentière, une sphère métallique censée être une météorite trouvée au pied des falaises battues par la mer en Normandie, une rose des sables du Sahara, l’attestation encadrée de mon certificat d’études, une plume sergent-major datant de ma première année d’école primaire encore toute tachée d’encre violette, un coquillage des mers du sud que j’avais dérobé pour écouter la mer quand j’avais 8 ans dans le placard des sciences naturelles de l’école Carnot d’Aspergopolis (j’en ai encore la honte), un galet noir ovoïde de forme parfaite ramassé sur la grande plage de la baie d’Audierne en Bretagne que j’ai toujours supposé être un œuf fossilisé de dinosaure, un morceau de pierre arraché à une colonne du théâtre antique de Taormina en Sicile par ma maman qui pensait ainsi me faire plaisir (imaginez le désastre si toutes les mamans du monde arrachaient un morceau de monument historique pour faire plaisir à leur fils…), un pavé ramassé rue de la Contrescarpe en mai 68 à Paris qui sent encore les lacrymos (les gilets jaunes peuvent aller se rhabiller…), plusieurs pin’s à la gloire de l’Union Soviétique ramené d’un voyage à Moscou, mon duvet imbibé de la sueur de 10 années de courses en montagne roulé en boule compacte que je n’ai jamais osé ouvrir depuis plusieurs décennies, le vieux piton qui avait cédé lors d’une ascension en montagne et m’avait entraîné dans sa chute, une patte de poulet devenue toute ratatinée avec laquelle j’avais joué enfant (en tirant le tendon les serres se rétractaient…), une vieille moulinette métallique à fixer sur le plateau d’une table identique à celle avec laquelle le réalisateur iconoclaste Jean-Christophe Averty moulinait des bébés à la télévision dans les années soixante, un exemplaire unique d’oiseau mécanique enfermé dans une cage qui tourne sur lui-même après qu’on ait remonté le mécanisme payé très cher mais qu’un ami brocanteur m’a dit ensuite être fabriqué en Chine pour 3 sous à des millions d’exemplaires,  un putti en plâtre au joli sourire mais sans ses 4 membres trouvé lors d’un relevé dans le grenier d’un presbytère, deux très beaux Alebrijes, ces sculptures en bois d’animaux fantastiques, ramené de Oaxaca au Mexique,  etc, etc…      

     De plus, imaginez que ce livre-chimère soit unique, il vaudrait une fortune ! Des collectionneurs sont prêts à dépenser des sommes folles dans l’acquisition de spécimens uniques résultant d’une erreur d’impression ou de composition. Avec ce livre, ma retraite sera peut-être assurée…

connaissez-vous-les-chats-chimere-ces-felins-a-double-face.jpgBah quoi ? qu’est-ce que j’ai ?


le marché de la Porta Palazzo à Turin


le marché de la Porta Palazzo à Turin – crédit photo : Cities of Migration

      À deux pas des belles avenues rectilignes où s’exhibent les boutiques de fripes de luxe et les restaurants branchés, un lieu vrai et vivant haut en couleur où bat le pouls du petit peuple turinois : des monceaux de fruits et légumes de toutes origines, formes et couleurs, des festons de saucisses, de jambons, de carcasses de viandes de toute nature,  des porcelets entiers à la peau blême suspendus dans les airs qui vous fixent d’un air morne, des masses de tripes à gogo, des épices exotiques de toutes couleurs, d’innombrables variétés d’olives, d’ails, d’oignons, des grappes de fromages serrés les uns contre les autres qui ressemblent à des outres, des pâtes, des pâtes et encore des pâtes,  de toutes les formes : des campanelles, des castellanes, des conchiglies, des farfalles, des fusillies, des gemellis, des richiolinni, des canellonis, des macaronis, des spaghettis en vrac, en sacs, en paquets, en sachets. Le tout dans une cacophonie joyeuse où l’on crie, chante, s’interpelle, plaisante, agite les bras et les mains, où l’on se presse, joue des coudes, se bouscule mais toujours dans une bonne humeur et de joie de vivre contagieuse.

      L’Italie comme on l’aime…

photos Enki, le 24/12/2018, vers midi