Été indien en demi-teintes


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     Après plusieurs mois de sécheresse, les rives du lac d’Annecy se donnent des airs des plages de l’Atlantique et sur les parties où la profondeur était faible il faut maintenant marcher une cinquantaine le mètres pour atteindre l’onde. L’été indien est toujours une période privilégiée par le spectacle coloré de la végétation qu’elle offre et je craignais les effets de la sécheresse sur la coloration des feuillages surtout dans mon jardin dans lequel j’ai planté plusieurs érables du Japon choisis pour la structure de leurs feuillages et leurs coloration printanière et automnale. Depuis quelques jours les arbres ont effectivement engagés leur métamorphose et les résultats sont mitigés.


  • erable-du-japon-dore-aureum-.jpgL’un des plus beaux érables du jardin, l’acer japonicum shirasawa aurum aux feuilles palmées compactes à huit branches très graphiques dont le vert tendre tout le long de l’année vire habituellement à cette époque en un jaune d’or frais et éclatant (voir photo ci-contre) est tout sec  et fait peine à voir avec ses feuilles d’un brun terne toutes ratatinées. 

  • AcerSangoBark.jpgPour une raison que j’ignore les deux acer palmatum plantés côte à côte ont réagi à la sécheresse de manière tout à fait différente : l’acer palmatum courant aux feuilles très découpées avec leur partie centrale renflée et leur pointe aiguisée arbore sa belle couleur jaune abricot mais son voisin, l’acer palmatum senkaki ou sango-kaku, qui a des feuilles identiques les a déjà perdu mais ses branches commencent à prendre sa jolie couleur rouge corail d’hiver très décorative qui va devenir de plus en plus éclatante (sango signifie corail en japonais)

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  • Par chance mon érable préféré, l’acer palmatum lineaborum que j’ai planté juste devant la porte d’entrée de la maison au sommet de l’escalier d’accès est en lui-même comme les automnes précédents une explosion de feuilles rouges éclatantes. Cette coloration va durer une dizaine de jours puis les feuilles tomberont sur le sol qui sera revêtu durant un jour ou deux d’un ravissant tapis rouge que l’on prendra plaisir à fouler.

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  • En partie basse du jardin, l’acer palmatum dissectum atropurpureum au fines feuilles ciselées a pris sa belle couleur rouille.

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  • Pour le reste du jardin, le cerisier japonais pleureur déploie ses longues branches tombantes garnies de pendeloques jaunes abricot et les fougères, les sédums et les graminées virent au jaune et au brun. Les grandes feuilles de bananier du magnolia tripetala roussissent et commencent à joncher le sol.

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  • Pour d’autres plantes, la transition s’étale dans le temps et certains feuillages font de la résistance conservant encore un peu leur vert estival qui contraste avec les jaunes et les bruns passés de leurs homologues. C’est notamment le cas des hostas aux larges feuilles rainurées et des graminées. Dans le lot, une surprise la belle teinte violacée des feuilles de l’année de la pivoine arborescente. Quand au choisya ternata sundance, l’oranger doré du Mexique, l’automne, ni même l’hiver n’ont de conséquence pour lui, il conserve ses feuilles à la belle couleur verte éblouissante et son parfum d’oranger.

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  • Des amis venaient dîner ce soir, de cette promenade au jardin a germée l’idée de réaliser un bouquet…  sans fleurs !

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Retour sur le lac d’Annecy – Une froide et lumineuse journée d’hiver.


Pour nous rafraîchir un peu en ces temps de trop forte chaleur….          photos Enki, janv. 2017

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l’alpinisme conjugué au futur antérieur (selon Vladimir Jankélévitch)


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Vladimir Jankélévitch, l’aventure, l’ennui, le sérieuxchap.2, l’aventure esthétique – Extraits –  édit. Champs essais, pp.29-30-31.

    Et voici maintenant un deuxième type d’aventure dans lequel nous retrouverons l’aventureuse ambiguïté du jeu et du sérieux : mais cette fois c’est le jeu qui prévaut. L’homme est à la fois dedans et dehors, mais il est plus dehors que dedans; il survole plus qu’il n’est immergé. S’il n’était que dehors, nous serions de nouveau renvoyé au cas du spectateur dans un fauteuil qui applaudit aux aventures des autres, mais ne les court pas lui-même. Un tout petit engagement, un engagement du bout de la conscience reste donc ici la condition de l’aventure : mais l’homme ne court cette aventure qu’avec une portion minuscule de l’existence : il n’est pas englobé dans l’aventure comme un destin. Cette aventure est donc surtout de type esthétique; elle a pour centre non plus la mort, mais la beauté qui est l’objet de l’Art. Il ne s’agit plus d’une aventure vécue dans son recommencement ou sa continuation par celui qui surtout dedans, mais d’une aventure contemplée après coup quand elle est terminée. Deux cas sont à distinguer : le cas de l’aventure-propre (la mienne pour moi, les vôtres pour vous, l’aventure de chacun pour soi-même, en bref l’aventure à la première personne), et les aventures des autres (les vôtres pour moi, les miennes pour vous, c’est-à-dire l’aventure en deuxième ou troisième personne).

     Dans le premier cas sujet et objet sont une seule et même tête. Pour que l’aventure en première personne soit de nature esthétique, il faut que j’en sois sorti, que je ne sois plus dans la tourmente de neige, sur les pentes de l’Himalaya, et que, revenu à Paris, je puisse raconter, le soir, mes aventures anciennes comme si elles étaient arrivées à un autre. Quand tout est rentré dans l’ordre, l’exploration est devenue pour l’explorateur un jeu pur et simple. Alors l’aventure-propre s’arrondit après coup comme une œuvre d’art. On dit parfois en montrant un bon bourgeois retraité : « il a eu des aventures »; bien entendu il s’agit généralement d’aventures érotiques, mais surtout il s’agit d’aventures déjà courues. Il s’agit de l’aventure au passé. L’aventure peut être aussi un futur antérieur, quand dés maintenant j’anticipe son issue. C’est souvent cette anticipation qui donne aux alpinistes amateurs le courage nécessaire pour leur dangereuse expédition : ils imaginent d’avance leur glorieux retour et se voient déjà contant leurs exploits à un auditoire ébahi. Sans doute ne trouverait-on pas tellement de volontaires pour les voyages intersidéraux si les candidats à l’aventure cosmique ne pré-imaginaient leur retour triomphal; la perspective des conférences de presse et des interviews qui s’ensuivront permet d’affronter bien des risques. Comme la vie vécue qui, sur le moment, parait informe et, après la mort, devient une biographie, c’est-à-dire acquiert un sens organique et une finalité rétrospective, l’aventure qui, sur le moment et dans l’esprit de l’aventureux, pourrait finir tragiquement, cette aventure acquiert après coup et à postériori un sens esthétique : la terminaison, comme dans les sonates et les contes, éclaire rétroactivement l’œuvre d’art.

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regards croisés sur deux photos d’hommes et de chevaux – Gustave Roud : Trouble dans le canton de Vaud.


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Richard Seiler – Der Fuhrmann (le charretier), 1905

     C’est à une photographie de Gustave Roud, le poète vaudois féru de photographie que m’a fait penser ce cliché de 1905 d’un photographe allemand du nom de Richard Seiler sur lequel je n’ai pu recueillir aucune information (il est également l’auteur de la photographie Le Zelandais sur laquelle nous avons il y a peu de temps publié un autre article sur le thème des regards croisés, c’est  ICI). Les deux photographies mettent en scène un cheval et son conducteur et sont surtout intéressante par la qualité de leur composition et leur cadrage. Manifestement elles ont été soigneusement préparées par leurs photographes respectifs.

richard-seiler-der-fuhrmann-1905-22.png     La photographie de Richard Seiler met en scène la relation triangulaire qui se produit entre le photographe, un cheval attelé et son conducteur : le cheval se présente de face et ses oreilles dressées indiquent qu’il est attentif au photographe. Le conducteur se tient de profil et fixe son cheval. Le cheval et le conducteur apparaissent comme deux figures verticales hiératiques reliées virtuellement par le regard univoque du conducteur et physiquement par son bras nu à l’extrémité duquel apparait la main tenant fermement le mors. La composition est ainsi structurée sur la base d’une figure primaire en H avec prédominance de la barre verticale sur laquelle s’inscrit le cheval qui occupe l’espace central de la photo. Cet effet est encore renforcé par le fait que la tête de l’homme est plongée dans l’ombre. Le photographe a pris soin de relier la scène à son environnement naturel en préservant la vision sous forme de bandes parallèles horizontales de parties de champ, de forêt et de ciel.

chevalGustave Roud – série des Fermiers suisses, 1940

« Ce bras nu, ce bras pur qui apaise l’univers d’une seule caresse »   Gustave Roud, Aimé(s)

cheval    Très différente est la photographie de Gustave Roud qui a choisi de faire disparaître dans son cadrage la tête du cheval et le visage de son conducteur, le poète vaudois a manifestement voulu privilégier la représentation du bras nu, musclé et veiné de celui-ci. La composition se structure à partir de la ligne du force horizontale de ce bras qui en se rattachant à la verticale du corps de l’homme et de la diagonale du harnais forme un A renversé. On remarquera qu’à la différence de la photo précédente, la manche de chemise s’est trouvée repliée jusqu’à la partie supérieure du bras pour permettre la visualisation et la mise en valeur du biceps. Gustave Roud qui a souffert toute sa vie d’une homosexualité non assumée a pris de nombreuses photos de paysans de sa région du Jorat dans le canton de Vaud souvent représentés torse nu, vaquant aux travaux des champs. Comme dans la photo précédente, le bras du jeune paysan tient fermement la bride du cheval. Ce bras nu et musclé qui maintient fermement l’animal et qui dégage une troublante sensualité symboliserait-il pour le poète à la fois la l’expression d’un désir trouble et  son implacable répression ?

Enki sigle


Gustave Roud (1887-1976)
Gustave Roud (1897-1976)

Entrer dans l’intimité douloureuse de Gustave Roud

Aimé(s) – Extrait.

Je voyais la douce peau gonflée de muscles encore pâle dans l’ombre de la manche.
Ce bras nu, ce bras pur qui apaise l’univers d’une seule caresse
La faux d’Aimé tranche ce corps qui titube entre nous et s’effondre
sans avoir entendu le nom que je lui rends avec un cri.

Viens ! Aimé. Il y a autre chose que le sommeil pour ton corps rompu par la faux.
Viens ! toutes les cloches jusqu’à l’horizon sonnent l’heure de notre fuite,
Chaque village fleurit comme un bouquet de lampes
Viens ! voici renaître dans le noir tout un après midi de moissons
Dans son odeur de sueur et de paille chaude.

Ton épaule nue
Ta large poitrine nue
trouant le ciel comme un nageur hors de l’eau calme.
La cruche vernissée ruisselante de lumière et d’eau qui descend du ciel à tes lèvres.
Et comme un faucheur, le pied dans le nid,
Pris dans un essaim de guêpes furieuses,

Je ne peux plus leur résister.

Gustave Roud


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