Dessins d’architectes : les villas « Nids d’aigles » de Frank Lloyd Wright (1867-1959)


Frank Lloyd Wright (1867-1959)

Frank Lloyd Wright (1867-1959)


Les villas « Nids d’aigles »

Perspective and partial plan for the Lodge Type Cabin, the Lake Tahoe Summer Colony, by Frank Lloyd Wright [1923]

F.L.W. – 3 Perspectives for the Lodge Type Cabin, the Lake Tahoe Summer Colony, 1923

Perspective for the Wigwam Cabin, the Lake Tahoe Summer Colony. Office of Frank Lloyd Wright. Graphite and colored pencil on tracing paper, ca. 1923.png    Perspective and partial plan for the Shore Type Cabin, the Lake Tahoe Summer Colony. Office of Frank Lloyd Wright. Graphite and colored pencil on tracing paper, ca. 1923..png


San Marcos in the Desert - Frank Lloyd

F.L.W. – San Marcos in the Desert, 1828-1829

Cundey2-The first drawing is found in Wright in Hollywood by Robert L Sweeney (MIT Press, 1994) the second appears in a 2004 Pomegranate calendar,

F.L.W. – Sahuaro House, a desert house (une part du projet de l’Hôtel san Marcos), 1828-1929.
Le projet fut abandonné suite la Grande Dépression de 1929


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F.L.W – Morris Residence, Seacliff, étudié en 1937 (projet non réalisé)

F.L.W - Morris Residence, Seacliff, étudié en 1937 (infographie récente)   flwhouse

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Une variante établie par Wright pour la maison Morris


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a Country Dwelling for Mr and Mrs Herbert F Johnson, windy point Racine, Wisconsin, 1937

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F.L.W. – la Maison sur la Cascade, Pensylvanie, 1936-39


Perspective drawing. Unbuilt. Wright Smith House. Piedmont Pins, California, 1939. Usonian Style. Frank Lloyd Wright

F.L.W – Wright Smith House, Piedmont Pins, Californie, 1939 (projet non réalisé)


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F.L.W – Dessins et maquettes pour la maison « Eagle Feather » (Plume d’aigle), 1940

Capture d_écran 2017-09-09 à 02.54.09    Eagle feather

     Un jaillissement fait de pierres du désert et de bois sur une falaise dominant la côte de Malibu en direction de laquelle le balcon s’élance qui était destiné au cinéaste Arch Oboler qui partageait avec Wright un même sens de l’humour. Harcelant Wright au sujet des plans qu’il lui avait promis : « Toujours en attente des plans que vous avez promis il y a trois semaines. Devons-nous planifier une maison sur la falaise ou au paradis ?« , il se vit répondre : « J’étais occupé à vous éviter de vivre en Enfer. Prêt pour que l’entrepreneur y vienne aussi, F.L.I.W. » Malgré l’empressement d’Oboleril a seulement réussi à construire, une année plus tard, une petite résidence pour les invités et de retraite pour sa femme Eleanor (voir le projet suivant), et la Maison de la Porte, qui finit par devenir une maison à part entière.


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F.L.W. – Arch Oboler Guest House (Eleanor’s Retreat), project, Malibu, California, Perspective, 1941

F.L.W. - Arch Oboler Guest House (Eleanor's Retreat), project, Malibu, California, Perspective, 1941.jpg


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Home, sweet home : architecture néo-normande, la villa Brodu à Beuzeval (Calvados) en 1886 de Jacques Claude Baumier


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Beuzeval, villa de l’entrepreneur parisien Eugène Brodu construite en 1886 par Jacques Claude Baumier architecte. Lithographie en couleurs de Spiégel d’après Chabat. Elle provient de l’ouvrage de 1886 : La brique et la terre cuite de Pierre Chabat paru à Paris chez Morel.

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carte postale ancienne du chalet « Le Carillon », rue des bains à Beuzeval, Houlgate


Pierre Chabat (1827-1892) était un architecte français devenu architecte de la ville de Paris en 1865. Il publia en 1881 La Brique et la Terre cuite, Etude historique de l’emploi de ces matériaux; fabrication et usage; motifs de construction et de décoration choisis dans l’architecture de différents peuples qui présentait 80 planches et qui sera suivi, compte tenu du succès rencontré, en 1889 d’une nouvelle série de 80 autres planches relatives aux Villas, hôtels, maisons de campagne, lycées, écoles, églises, gares, halles à marchandises, abris, écuries, remises, pigeonniers, cheminées, etc.


Jacques Claude Baumier (1824-1886) est un architecte, créateur du style régionaliste néo-normand. Opposant à Napoléon III, il Il est arrêté et emprisonné en 1852 avant d’être assigné à résidence à Caen où, après sa libération, il s’établira. Il fonde en 1858 avec différentes personnalités, la première Société Civile immobilière des terrains de Beuzeval, aujourd’hui Houlgate. Nommé par ses associés privés architecte de la ville, il établit le premier plan d’urbanisme de la station balnéaire et en 1859 commence à construire le grand hôtel, l’église et les premières maisons de villégiature, comme par exemple le Petit Manoir, en 1860 pour Louis-Léon Paris. Selon l’historien de l’architecture Claude Mignot, il est le créateur du type de la villa néo-normande. Auguste Nicolas, autre architecte caennais contemporain, le décrivait déjà comme « le rénovateur des constructions en bois, inspirées par nos manoirs normands ». Après son décès en février 1886, son fils René Baumier reprend son cabinet en association avec Auguste Nicolas.  (crédit Wikipedia)


Home, sweet home : quel micmac !


Habiter en Nouvelle-France

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Un campement micmac photographié par Paul-Émile Miot en 1857  

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Un wigwam micmac traditionnel en 1873

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Ville Marie en 1642

Vérité d’un côté de l’Atlantique, erreur en deçà – Où l’on voit que les micmacs étaient en avance sur leur temps en promouvant la flexibilité…

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      Le Clercq Chrestien, le bien nommé, originaire de Bapaume dans le Pas-de-Calais, était un prêtre missionnaire chez les Micmacs de Gaspésie. Parti de La Rochelle en Juin 1675, il atteignit Québec deux mois plus tard puis le port de Percé en Gaspésie qui servait de refuge aux pêcheurs français après une violente tempête. Le Clercq apprit rapidement le dialecte gaspésien et enseigna la religion aux indigènes grâce à un ingénieux système de caractères figuratifs de son invention. Il rédigea également un dictionnaire français-gaspésien et est l’auteur de deux volumes sur la Nouvelle France :  La  Nouvelle Relation de la Gaspésie paru à Paris en 1691 qui est un ouvrage de témoignage consacrée aux Micmacs et un ouvrage historique, Premier établissement de la Foy dans la Nouvelle-France, paru également en 1691.

     Le texte qui suit est une réponse du chef des Gaspésiens au père Le Clercq, porte-parole de certains français imbus de leur supériorité, qui invitaient les Mimacs à se construire des maisons en dur et vivre « à la française » :

    « Je m’étonne fort que les Français aient si peu d’esprit qu’ils en font paraître dans ce que tu me viens de dire de leur part pour nous persuader de changer nos perches, nos écorces et nos cabanes en des maisons de pierre et de bois qui sont hautes et élevées, à ce qu’ils disent, comme ces arbres. Hé quoi donc ! Pour des hommes de cinq à six pieds de hauteur, faut-il des maisons qui en aient soixante ou quatre-vingts? Car enfin, tu le sais bien toi, Patriarche, ne trouvons-nous pas dans les nôtres toutes les commodités et les avantages que vous avez chez vous, comme de coucher, de boire, de dormir, de manger et de nous divertir avec nos amis, quand nous voulons ? »

Puis, s’adressant à l’un des Français présents :

      « Ce n’est pas tout. Mon frère, as-tu autant d’adresse et d’esprit que les sauvages, qui portent avec eux leurs maisons et leurs cabanes pour se loger partout où bon leur semble, indépendamment de quelque seigneur que ce soit ? Tu n’es pas aussi brave ni aussi vaillant que nous, puisque, quand tu voyages, tu ne peux porter sur tes épaules tes bâtiments ni tes édifices; ainsi, il faut que tu fasses autant de logis que tu changes de demeure, ou bien que tu loges dans une maison empruntée et qui ne t’appartient pas. Pour nous, nous nous trouvons à couvert de tous ces inconvénients et nous pouvons toujours dire plus véritablement que toi que nous sommes partout chez nous, parce que nous nous faisons facilement des cabanes partout où nous allons, sans demander permission à personne.

      Tu nous reproches assez mal à propos que notre pays est un petit enfer, par rapport à la France que tu compares au paradis terrestre, d’autant qu’elle te fournit, dis-tu, toutes sortes de provisions en abondance; tu nous dis encore que nous sommes les plus misérables et les plus malheureux de tous les hommes, vivant sans religion, sans civilité, sans honneur, sans société et, en un mot, sans aucune règle, comme des bêtes dans nos bois et dans nos forêts, privés du pain, du vin et de mille autres douceurs que tu possèdes avec excès en Europe.

    Hé bien! mon frère si tu ne sais pas encore les véritables sentiments que nos sauvages ont de ton pays et toute ta nation, il est juste que je te l’apprenne aujourd’hui. Je te prie donc de croire que, tout misérables que nous paraissions à tes yeux, nous nous estimons cependant beaucoup plus heureux que toi, en ce que nous sommes très contents du peu que nous avons; et crois encore une fois, de grâce, que tu te trompes fort si tu prétends nous persuader que ton pays (est) meilleur que le nôtre. Car si la France, comme tu dis, est un petit paradis terrestre, as-tu de l’esprit de la quitter ? Et pourquoi abandonner femme, enfants, parents et amis ? Pourquoi risquer ta vie et tes biens tous les ans et te hasarder témérairement en quelque saison que ce soit aux orages et aux tempêtes de la mer, pour venir dans un pays étranger et barbare que tu estimes le plus pauvre et le plus malheureux du monde ?

    Au reste, comme nous sommes entièrement convaincus du contraire, nous ne nous mettons guère en peine d’aller en France, parce que nous appréhendons avec justice d’y trouver bien peu de satisfaction, voyant par expérience que ceux qui en sont originaires en sortent tous les ans pour s’enrichir dans nos côtes. Nous croyons de plus que vous êtes incomparablement plus pauvres que nous et que vous n’êtes que de simples compagnons, des valets, des serviteurs et des esclaves, tout maîtres et tout grands capitaines que vous paraissiez, puisque vous faites trophée de nos vieilles guenilles et de nos méchants habits de castor qui ne nous peuvent plus servir, et que vous trouvez chez nous, par la pêche de morue que vous faites en ces quartiers, de quoi soulager votre misère et la pauvreté qui vous accable. Quant à nous, nous trouvons toutes nos richesses et toutes nos commodités chez nous-mêmes, sans peines, et sans exposer nos vies aux dangers où vous vous trouvez tous les jours par de longues navigations ; et nous admirons, en vous portant compassion dans la douceur de notre repos, les inquiétudes et les soins que vous vous donnez nuit et jour afin de charger votre navire ; nous voyons même que tous vos gens ne vivent ordinairement que de la morue : morue au matin, morue à midi, morue au soir, et toujours morue ; jusque là même que, si vous souhaitez quelque bon morceau, c’est à nos dépens, et vous êtes obligés d’avoir recours aux sauvages que vous méprisez tant pour les prier d’aller à la chasse, afin de vous régaler.

    Or, maintenant, dis-moi donc un peu, si tu as de l’esprit, lequel des deux est le plus sage et le plus heureux : ou celui qui travaille sans cesse et qui n’amasse qu’avec beaucoup de peines de quoi vivre, ou celui qui se repose agréablement et qui trouve ce qui lui est nécessaire dans le plaisir de la chasse et de la pêche ? Apprends donc, mon frère, une fois pour toutes, puisqu’il faut que je t’ouvre mon cœur, qu’il n’y a pas de sauvage qui ne s’estime infiniment plus heureux et plus puissant que les Français. »

Le Clercq, cité par Vachon, 1968

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Sainte-Marie des Hurons, construction commencée en 1639

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Maison de pierre de la Nouvelle-France


L’architecture des habitations de la Nouvelle-France

maison de bois de la Nouvelle-France et poste de traite en 1600

       Dans un premier temps les colons reproduisirent le style d’architecture de leur région d’origine en France de manière simplifiée. Ils construisirent de petites maisons d’une pièce de 13 pieds par 14 (environ 4 mètres par 4 mètres) avec cheminée. Les murs étaient faits de bois et le toit de bouleau et d’écorce, durant la première année. Dès la première récolte d’avoine, on le couvrait de paille. Dans un second temps on s’adapta aux conditions et aux matériaux locaux, on construisit des toits plus inclinés pour que la neige et la pluie s’écoulent plus facilement et des foyers de pierre fermés plus efficaces pour chauffer la maison. Le bois finit par remplacer la pierre comme principal matériau de construction. Après quelques années, les maisons de Nouvelle-France avaient un style spécifique, parfaitement bien adapté au climat et aux besoins des habitants.


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Les territoires de l’ancienne patrie des micmacs


Étymologie : ne pas confondre micmac et mic mac (crédit Wiktionnaire)

  • le micmac, langue du peuple des Micmacs, appartient à la famille algonquienne qui domine l’est du Canada, de la Nouvelle-Écosse aux rives de la baie d’Hudson et même au-delà jusque dans certaines communautés de Colombie-Britannique. comme le cri (du golfe du St-Laurent au montagnes Rocheuses), l’ojibwa (du nord de l’Ontario à la Colombie-Britannique), le naskapi et l’attikamek   (à l’est du Canada).
  • un micmac qui signifie intrigue, manigance ou confusion inextricable qui serait issu du néerlandais muyte maken, «faire une émeute»

Home, sweet home – Méfiez-vous des maisons en kit…

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     Ikea vient d’annoncer mardi 28 juin 2016 le rappel de toutes les commodes d’un certain modèle de sa gamme Malm, un basique de la marque vendu aux Etats-Unis et au Canada où des accidents se sont produits après que plusieurs commodes eurent basculées.

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maison de ville à Ho Chi Minh Ville au Vietnam – Nha Dan Architect, 2013 – L’architecture à grand coup de sabre…

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Il était un petit homme
qui avait une drôle de maison
Pirouette ! cacahuète !
sa maison est en carton
pirouette ! cacahuète !          
                        (chanson de ma petite enfance)

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maison de ville « Pliage Wall House »

Caractéristiques

  • dénomination : maison de ville « Pliage Wall House »
  • lieu d’implantation : Ho Chi Minh Ville, Viertnam.
  • caractéristiques du terrain :  un terrain tout en longueur et étroit bordé par les propriétés voisines.
  • maître d’œuvre : Nha Dan Architect
  • architecte d’opération : Nguyen Dinh Gioi
  • date des travaux : 2012-2013
  • équipe de design : Nguyen Van Anh, Nguyen Phan Tuan, Luong Xuan Dong
  • ingénieur structure : Do Thanh Tuan
  • surface de plancher : 104 m2
  • entreprise générale : Nha Dan construction

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   « Pliage Wall House » que l’on pourrait traduire par « Maison de papier plié », voilà comment cette maison a été surnommée, en référence sans doute à ces cocottes en papier plié, qu’enfants, nous nous amusions à réaliser. C’est sans doute la manière dont la structure porteuse oblique en béton blanc de la façade principale semble s’appuyer sur le sol sur une seule pointe qui est à l’origine de cette appellation. Ceci dit, l’architecture de cette maison ne peut être réduite à cette interprétation simpliste qui ne fait que traduire l’état d’expectative dans lequel on se trouve face à son formalisme surprenant que l’on imaginait pas rencontrer dans un pays comme le Vietnam. Construite en milieu urbain en bordure de rue sur un terrain étroit de forme rectangulaire coincé entre des constructions existantes, la maison devait impérativement se développer en hauteur pour répondre au programme fixé. Cinq niveaux ont donc été bâtis dont un en sous-sol. Comme le montre la maquette présentée ci-contre, les deux parois latérales porteuses réalisées en limite de propriété sont aveugles et l’éclairage naturel des volume intérieurs ne peut s’effectuer que par les ouvertures créées sur les façades principales les plus étroites et de manière zénithale, en toiture.

Importance du traitement spatial de la circulation verticale qui doit être convivial

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     Autant la communication entre les différents volumes et espaces fonctionnels apparaît aisée dans une maison construite de plain-pied sur un seul niveau, autant elle peut apparaître contraignante et difficile dans un maison à plusieurs niveaux. En général, dans de telles constructions, l’escalier se révèle être un « goulot d’étranglement » fastidieux à franchir par l’effort physique qu’il impose et par la médiocrité de traitement de son espace auquel est conféré un rôle purement fonctionnel et à qui est généralement dénié toute qualité d’« espace à vivre ». De là découle un traitement  « étriqué » et sans âme de l’espace de l’escalier, que l’on coince le plus souvent entre deux murs et dont on sacrifie l’éclairage naturel. Ce qui est source d’inconvénients mineurs dans une maison de deux niveaux peut vite tourner au cauchemar dans une maison de cinq niveaux. 

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     Il y avait donc nécessité absolue, si l’on voulait que l’utilisation de cet escalier s’effectue de manière non rébarbative et même agréable, que son espace soit traité de manière positive et conviviale.  L’architecte a été sur ce point exemplaire, soucieux de ne pas se limiter à un traitement « décoratif » de l’espace mais de l’inscrire tout au contraire dans une perspective plus générale embrassant l’organisation de l’espace et la structure de la construction.
    S’étant aperçu que pour chacun des niveaux à desservir l’importance de l’espace est inégal avec une hiérarchie de la progression allant du plus grand au rez-de-chaussée au plus petit au dernier niveau desservi, l’architecte a eut l’idée lumineuse de réaliser à l’intérieur de la maison et sur toute sa hauteur  une paroi de refend oblique qui a pour effet de partager en deux parties l’espace de chacun des niveaux et de créer un espace vertical  continu permettant l’inclusion de l’escalier. Cet espace s’organise ainsi :
. niveau rez-de-chaussée : grand espace garage avec escalier ouvert
. niveau 1 : espace de taille moyenne avec escalier ouvert
. niveau 2 : espace de petite taille avec escalier encloisonné

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Organisation des volées d’escalier dans l’espace de la circulation verticale

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à gauche : espace de la circulation verticale avec ses volées ouvertes et encloisonnée (accès au dernier niveau) et sa paroi oblique – à droite : lecture du volume en façade côté rue.

Fedele Fischetti (1734-1789) – Alexandre tranchant le nœud gordien

Régler son compte à l’angle droit d’un grand coup de sabre…

    Combien jubilatoire, j’imagine, a du être la pensée de l’architecte Nha Dan quand l’idée lui est soudainement venue, sous le coup d’une illumination, de trancher en biais d’un grand coup de sabre salvateur, l’ordonnancement rigide et contraignant de son architecture imposée par la dictature de l’angle droit. Tel Alexandre le Grand tranchant l’inextricable nœud gordien, il s’est affranchit des règles stériles qui bloquaient toute avancée et rendaient insolubles les problèmes qu’il avaient à résoudre. Outre la résolution du problème de la différenciation et de hiérarchisation des espaces de développement de l’escalier selon les niveaux, cette intervention a permis d’introduire un élément architectural qui singularise sur toute la façade principale l’espace dédié à la circulation verticale et qui, par son effet déstabilisant sur la structure orthogonale première, introduit une force qui dynamise qui met en mouvement l’architecture toute entière. Combien doit être agréable la « promenade architecturale », pour paraphraser Le Corbusier, dans ces volumes dégagés où les volées d’escalier se détachent et sont mises en valeur tout comme les paliers traités en mezzanine, où les perspectives sont évolutives, le tout adossé sous ce grand pan oblique qui abrite l’espace et s’y déploie en hauteur telle une aile protectrice.

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Le « coup de sabre » en façade principale

La traque opiniâtre de la lumière naturelle

     On a vu que les contraintes liées au site interdisaient la présence d’ouvertures sur les deux grandes façades latérales. Les seules possibilités d’implantations d’ouvertures se concentraient sur les deux façades en bout de construction et sur la toiture. 

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La salle de détente, située en sous-sol est éclairée naturellement par une courette anglaise végétalisée

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La toiture apparait assez complexe. Une partie est traitée en dalle terrasse accessible et une autre en toiture à deux pans abritant un espace à usage de bureau très lumineux s’ouvrant sur les terrasse et un local technique. Le volume vertical de la cage d’escalier monte jusqu’à la toiture en pente qui, au-dessus de cet espace, a été traité sous forme de verrière pour en assurer l’éclairage. Les deux coupes ci-dessus montre que la lumière naturelle venue de la toiture permet d’éclairer la plupart des niveaux inférieurs. (à gauche : toiture à 2 pans)

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Visualisation, au travers de la grande baie verticale de la façade côté rue, du palier haut de l’escalier et des verrières de toiture.

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Organisation intérieureCapture d’écran 2016-04-02 à 06.58.43

SOUS-SOL : 1.salle de détente,  2.chambre d’ami,  3.chambre domestique,  4.Rgt,  5.WC, 6.buanderie
REZ-DE-CHAUSSÉE :  1.2.3. espace séjour, salle à manger & cuisine,  4.garage,  5.WC 

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NIVEAU 1 :  1.chambres des enfants,  2.pièce d’étude,  3.sanitaires & WC
NIVEAU 2 :  1.chambre des parents,  2.dressing,  3.salle de bains & WC,  4.terrasse jardin
La surface d’emprise des niveaux 1 & 2 réservés aux chambres est réduite par rapport aux niveaux inférieurs

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l’espace douche et WC ainsi que la salle de bains des parents sont éclairés par la terrasse jardin

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NIVEAU 3 COMBLES :   1.bureau,  2.terrasse,  3.local technique
TOITURE : Deux verrières en toiture permettent d’éclairer le volume escalier et le puits de lumière central

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Le point de vue d’Enki

       Projet exemplaire que cette maison de ville conçue par Nha Dan Architect dont la qualité architecturale doit faire regretter à nombre d’architectes de ne pas l’avoir imaginé eux-mêmes… Face à un faisceau de contraintes extrêmement rigides (étroitesse du terrain, difficulté pour dispenser l’éclairage naturel) qui aurait conduit la plupart à se résigner à une architecture étriquée et stéréotypée qui n’aurait été que l’expression dans l’espace de ces contraintes, l’architecte a choisi la tactique du « coup de sabre » qui permet de rompre le nœud serré de ces contraintes qui étouffaient la création. La structure orthogonale de la construction qui semblait s’imposer au regard de la configuration du terrain a volé en éclat et ouvert la voie à une liberté de création nouvelle riche de potentialités. C’est ainsi que l’introduction de cet élément architectural singulier qu’est cette paroi oblique intérieure sur toute hauteur a eu des conséquences heureuses à la fois sur la qualité et la modularité de l’espace intérieur et sur la qualité formelle de l’architecture par la forte dynamisation qu’elle induit. Cette structure porteuse oblique qui donne l’impression en façade de reposer sur une pointe à l’instar des fragiles cocottes en papier créé un déséquilibre dans la perception et met en mouvement l’architecture toute entière. Si cette réussite esthétique n’avait été que formelle et n’avait pas été sous-tendue par des avantages fonctionnels, elle aurait été considérée comme un acte de virtuosité digne d’intérêt mais pêchant par sa gratuité, mais dans le cas de cette maison, la forme s’accorde merveilleusement avec la fonction et se trouve de cette manière légitimée par elle.

     Magnifique !

Enki sigle

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Article sur le thème de l’architecture intégrant des éléments formels obliques :

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Home, sweet home : maison de ville à Gand (Belgique) – agence Dierendonck Blanke Architecten

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La  Gelukstraat house à Gand (Belgique)

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       Petite maison de ville à Gand en Flandre belge réalisée par l’agence Dierendonck Blanke Architecten en 2011. Le terrain d’accueil était minuscule et le client souhaitait agrandir sa maison existante limitrophe et créer un petit appartement destiné à la location.

localisation : Gelukstraat, 9000 Ghent (Gand), Belgique
équipe de conception : Alexander Dierendonck, Isabelle Blancke, Pieter Mouton
consultants : Arthur de Roover – Ingénierie de la construction
coût : 150.000 €
surface : 89 m2
photographie : Filip Dujardin

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Plans et coupe

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          rez-de-chaussée                                     niveau 1                                    niveau 2 combles

     La construction, coincée entre deux maisons existantes, se développe sur 3 niveaux. Le rez-de-chaussée abrite, côté rue, le vestibule d’entrée et l’escalier d’accès à l’appartement indépendant qui se développe sur les deux niveaux supérieurs et, côté jardin, un atelier relié à l’entrée de l’appartement principal situé dans la bâtiment adjacent par une petite courette. Au niveau 1 ont été aménagés l’espace séjour dans la partie la plus large du bâtiment et une petite kitchenette ouverte côté rue. Du séjour, un escalier non encloisonné permet d’accéder à l’étage supérieur (combles) où sont aménagées deux chambres et un bloc sanitaire. À noter, la généralisation des espaces ouverts par l’absence de portes de communication.

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Rez-de-chaussée

La façade côté rue et le vestibule d’entrée avec l’escalier d’accès au second appartement 

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Niveau 1 (second appartement)

Second appartement : l’espace ouvert du premier étage avec le séjour avec son escalier d’accès au niveau des chambres, sa kitchenette et sa petite terrasse côté jardin. À noter le traitement minimaliste et économique des surfaces : murs de parpaings peints et plafonds en panneaux de particules. Une porte coulissante située au sommet de l’escalier en provenance du vestibule du niveau 0 permet d’isoler l’appartement de cet espace commun. La recherche d’économie va jusqu’à laisser apparentes les canalisations verticales en provenance de la toiture et de la salle de bains, ce qui doit poser des problèmes phoniques.

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Niveau 2 des combles (second appartement)

    Les deux chambres non closes du niveau 2 (combles) séparées par le bloc central de la salle de bains. À noter l’arrivée de l’escalier dans la chambre des parents. Même traitement minimaliste et «spartiate» des surfaces qu’au niveau inférieur.

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les architectes

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       Alexander Dierendonck et Isabelle Blanke ont effectué leurs études d’architecture à l’Institut Sint-Lucas à Gand. Après quelques années de collaboration dans diverses agences d’architecture en Belgique et en France, notamment chez Dominique Perrault pour le premier et Christian de Porzamparc pour la seconde, ils ont créé leur propre agence à Gand en 2009. La devise du cabinet pourrait être « no nonsense », cette expression anglaise qui signifie à la fois sérieux, rigueur et pragmatisme. Les architectes appliquent une démarche de conception hors de tout préjugé et a priori, qu’ils soient techniques ou esthétiques. Ils envisagent le bâtiment comme une machine dans laquelle la fonction est primordiale et conditionne la définition de tout le reste. L’esthétique architecturale doit naître naturellement de l’application rigoureuse de ce principe. 

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D’autres réalisations du cabinet : centre communautaire et résidence

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le point de vue d’Enki

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     C’était jusqu’à présent au Japon et dans les pays nordiques que l’on trouvait ce type d’architecture contemporaine sans concession d’esprit minimaliste. Après analyse, l’architecture développée par l’agence Dierendonck Blanke Architecten apparaît moins provocante que l’impression première qu’elle produit. Lorsque l’on découvre cette réalisation, on est dans un premier temps surpris par le contraste violent induit par la confrontation d’une architecte délibérément contemporaine par sa forme  et les matériaux qu’elle utilise et une vénérable construction de brique traditionnelle contre laquelle elle est accolée. Mais loin de constituer un rejet, cette surprise est heureuse et l’on trouve finalement que cette architecture «trouve sa place» dans le bâti existant. Cela est du au fait qu’elle reprend dans son organisation les éléments constitutifs fondamentaux de l’architecture de ce quartier et en particulier le volume parallélépipédique que l’on retrouve dans de nombreuses maisons récentes et la taille et la proportion des ouvertures. C’est par la reprise de ces éléments architecturaux que la maison s’intègre au reste du bâti du quartier. Finalement l’effet de surprise tient au parement lisse et coloré de la façade et à la structure des ouvertures traitées sans meneaux qui affirment de manière forte la modernité. À noter la bonne maîtrise de la hauteur de la construction, ni «trop haute», ni «trop basse» qui permet de réduire son impact visuel par rapport aux deux constructions adjacentes.
    Un très beau projet, simple et sobre qui affirme sans complexe sa modernité tout en respectant l’environnement ancien dans lequel il est bâti.

Au sujet de la volonté de vouloir réduire la forme à l’expression de la fonction
    On pourrait répliquer à ce point de vue qu’il n’existe pas toujours une seule forme adaptée à une fonction et que le fait de privilégier dans ce cas une forme plutôt qu’une autre réintroduit la subjectivité dans la prise de décision de l’architecte. D’autre part les bâtiments doivent exprimer dans la cité plus que la simple réponse utilitaire à une ou plusieurs fonctions qu’ils abritent. Ce peut être l’esprit du temps, un style, une croyance ou une idéologie partagée par les utilisateurs. On ne peut donc réduire de manière absolue la forme d’une construction à des contraintes exclusivement fonctionnelles sans que cela ait pour conséquences un appauvrissement de son architecture. Le fait de privilégier l’expression formelle de la fonction par rapport aux autres exigences esthétiques ne signifie  aucunement que l’on s’est par là-même «libéré» de ces exigences gratuites mais simplement que l’on a fait un choix esthétique particulier, celui de conditionner la forme à la fonction, tout aussi subjectif que si l’on avait répondu favorablement à ces exigences.
     Les architectes auraient pu réaliser le même projet avec des murs extérieurs de briques ou traités avec un enduit de façade, le fonctionnement aurait été rigoureusement le même mais la perception architecturale aurait été tout à fait différente : le bâtiment se serait alors totalement «fondu» dans l’architecture existante et n’aurait exprimé de manière moins éclatante l’esprit de son époque.

Enki sigle

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architectures liées

maison de ville à Landskrona en Suède- architecte Elding Oscarson, 2009

Article « Home, sweet home à Landskrona, Suède (2009) : une maison de ville qui s’affirme – agence Elding Oscarson » :  Il y a des moments où la vision d’un projet architectural aussi réussi, aussi exemplaire que celui conçu et réalisé par ces deux jeunes architectes dans une ville de Suède au caractère historique bien marqué, nous conduit à la lassitude et au découragement. Pourquoi, les architectes français ne peuvent-ils pas réaliser une œuvre aussi éclatante dans leur pays ?  – Quoi ? Vous voulez réaliser une construction outrageusement contemporaine au milieu d’un bâti traditionnel ? – Un parallélépipède au milieu de constructions anciennes à toitures en pente ? – Vous n’y pensez pas.

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Eel Nest - maison de ville à Los Angeles, CA, USA – Anonymous Architects, Simon Storey 10

Article « maison de ville « Eel Nest » à Los Angeles, CA, USA – Anonymous Architects, Simon Storey (2011) » : Cette maison aurait pu être édifiée au Japon : on retrouve en effet dans ce projet les caractéristiques habituelles des maisons contemporaines japonaises : simplicité formelle, pragmatisme dans les solutions techniques adoptées pour résoudre les problème posés par le site et le programme. Le nom de la maison « Eel Nest », (nid d’anguilles) est d’ailleurs le nom donné au japon aux parcelles résiduelles d’à peine cinq mètres de largeur que l’on trouve en ville et dont l’étroitesse rend la construction difficile. C’est ainsi que la maison conçue l’agence d’architecture Anonymous Architectes a une largeur de seulement 4,5 m.

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Article « Japon – Vivre à l’abri d’une cascade, architecte Hiroshi Nakamura (2012) » : Le génie de l’architecte réside dans le fait d’avoir imaginé une paroi séparative qui permette de résoudre la contradiction sans que l’un ou l’autre des impératifs soit sacrifié. Cette paroi est constituée de l’assemblage de 6.000 blocs de verre moulé de dimensions 50mm x 235mm x 50mm. Le verre utilisé est un verre borosilicate à teneur élevée en silice très transparent et extrêmement résistant aux chocs thermiques et de faible dilatation linéaire. C’est le verre utilisé par l’industrie nucléaire pour le confinement des déchets nucléaires. 

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Casa Falk à Stromboli – Retour sur un tournage


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Casa Falk, La Sciara del Fuoco à Stromboli

     La Casa Falk est la maison rénovée par le cabinet LGB architetti de la masure dans laquelle Karin (Ingrid Bergman) et son mari Antonio (Mario Vitale) habitaient dans le film de Roberto Rossellini, Stromboli terra di Dio, tourné en 1949 dans l’île Éolienne de Stromboli.


Stromboli terra di Dio : l’amour, c’est du cinéma…

Ingrid Bergman (1915-1982)« J’ai vu vos films « Rome, ville ouverte » et « Pais », et je les ai beaucoup aimés. Si vous avez besoin d’une actrice suédoise  qui parle très bien anglais, qui n’a pas oublié son allemand, qui n’est pas très compréhensible en français et qui, en italien, ne sait dire que « Ti amo », je suis prête à venir faire un film avec vous. » – Lettre d’Ingrid Bergman reçue le 8 mai 1948 par Roberto Rossellini.

Tournage du film Stromboli Terra di Dio - Karen (Ingrid Bergman) descend l'escalier avec Antonio

Tournage du film Stromboli Terra di Dio – Karen (Ingrid Bergman) descend l’escalier avec Antonio (Mario Vitale)

     Fin mars 1949, Ingrid Bergman quitte Hollywood, laissant derrière elle son mari, le neuro-chirurgien Petter Aron Lindström qu’elle avait épousée 12 années plus tôt et sa fille Pia alors âgée de 11 ans et gagne Rome. Roberto Rossellini, quant à lui a engagé le divorce avec sa première femme. Des groupes religieux, des associations féministes, des politiciens et la presse américaine et européenne se déchaînent alors contre le couple adultère.

       Le 6 avril 1949, Roberto Rossellini débute le tournage de Stromboli Terra di Dio avec l’actrice suédoise devenue sa maîtresse Ingrid Bergman et déjà enceinte qui joue le rôle de Karin, une jeune réfugiée lituanienne qui à la fin de la seconde guerre mondiale est retenue dans un camp en Italie pour avoir été la maîtresse d’un officier allemand. Sa demande pour gagner l’Argentine ayant été refusée, elle se résout totalement désemparée à épouser sans amour Antonio un jeune pêcheur italien originaire de Stromboli qui l’emmène dans son île mais avec lequel la barrière de la langue et la différence culturelle et sociale l’empêche de communiquer. A son arrivée dans l’île, Karin va être confrontée à une population méfiante, figée dans ses traditions, ses superstitions et ses préjugés. Le volcan violent et imprévisible est le deus ex machina qui rythme la vie des îliens et fait planer sur leur tête un danger permanent. C’est dans ce cadre oppressant exacerbé par l’insularité que Karin va perdre pied et escalader une nuit le volcan dans une folle tentative d’échapper d’une manière ou d’une autre à son désespoir.

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Stromboli – Ingrid Bergman (Karin) et Mario Vitale (Antonio)

       A son arrivée dans l’île de Stromboli, Karin prend conscience qu’il lui sera impossible de vivre dans cet endroit d’autant plus qu’Antonio les installe dans une pauvre masure décrépie sans aucune commodité ni confort.

Maison du tournage de Stromboli

Nadine de Rothschild devant la maison du tournage

      Nadine de Rothschild dans son roman biographique Sur les chemins de l’amour (Robert Laffont) est venue se recueillir sur les lieux où a eu lieu le tournage. voici ce qu’elle écrit au sujet de la masure où Karen et Antonio sont censés vivre dans le film : 

     « La maison qu’Ingrid-Karin habite dans le film est au bout d’une ruelle qui descend vers la mer. Malgré son état de décrépitude — pire que dans le film, c’est dire ! —, je reconnais aussitôt la porte qui ouvre sur la terrasse au premier étage, les petits murets qui délimitent le jardin, les fenêtres où Karin contemple désespérément la mer. Le volcan s’élève juste derrière, et sa silhouette a quelque chose d’inquiétant. La maison est aujourd’hui à vendre, huit cent mille euros, ce qui est cher pour une ruine, mais l’endroit est historique…
     Mon pèlerinage n’est pas fini. il me reste un dernier décor à découvrir. Et celui-là est naturel. À cinq minutes de ces maisons, un petit chemin escarpé descend à travers les rochers vers une crique et la fameuse Grotta di Eolo… Non seulement Ulysse y est venu, mais aussi Ingrid Bergman ! C’est ici qu’elle retrouve le gardien de phare le beau Mario Sponza, et qu’elle le séduit. Grâce à l’argent qu’il lui donne, elle croit pouvoir s’enfuir. Je revois parfaitement la scène, tandis que je foule le sable noir et brillant, comme semé de petits diamants. Assise sur une pierre volcanique, à l’entrée de la grotte, je prends le temps de souffler et me laisse aller à mes pensées.
    Stromboli est double, et c’est là tout son charme. L’île peut être le plus paradisiaque des cadres et aussi le plus angoissant. sans doute est-ce là le propre des îles. On rêve tous d’une île déserte, parce que cela signifie échapper à la foule et à la réalité matérielle, mais en même temps cet isolements st dur à supporter. Surtout quand il y a un volcan qui gronde en permanence… Cela ne favorise pas la sérénité. en choisissant cet endroit pour à la fois tourner son film et vivre son histoire d’amour, Roberto Rossellini prenait un gros risque. Il est déjà difficile de mêler travail et vie privée, alors dans ces conditions… Peut-être était-ce là le moyen de tester Ingrid, de la bousculer et de la débarrasser de tous ses oripeaux hollywoodiens… Mission réussie : elle en sort grandie »

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     La masure qui a servi de décor pour le film de Rossellini et que Nadine de Rothschild décrit avec commisération est un exemple typique de l’architecture rurale des îles Eoliennes. Elle se situe dans le hameau de Piscita sur la zone de La Sciara del Fuoco, une coulée de laves descendue du volcan jusqu’à la mer.

Quartier de Piscità

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Emplacement de la maison dans le hameau de Piscita

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le quartier de  Piscita  la zone de La Sciara del Fuoco (l’allée de Feu) où se situe la masure

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les femmes du quartier avec la maison en arrière-plan


Extrait du film montrant Karin, filmée complaisamment par Rossellini, errant dans le village


Ingrid Bergman (Karin) dans le site, pot-pourri de photos (crédit au site stromboli-fil.skyrock, c’est  ICI ). Pour relier ces photos à l’architecture rurale traditionnelle des îles Éoliennes, voir l’article de ce blog intitulé La maison traditionnelle des îles éoliennes, c’est  ICI. (Cliquez sur les photos pour les agrandir)


la maison traditionnelle des îles éoliennes (Italie du sud)

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Les îles Éoliennes vues d’avion

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     Les îles Éoliennes (Isole Eolie en italien) ou îles Lipari du nom de la plus grande île forment un ensemble de dix sept îles volcaniques dont sept seulement sont habitées et trois accessibles aux automobiles. Elles se situent dans la mer Tyrrhénienne au nord de la Sicile et à l’ouest de la Calabre. L’archipel est rattaché administrativement à la Sicile  et est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2000. L’économie est aujourd’hui tournée principalement vers le tourisme.

Les sept îles principales habitées sont par ordre d’importance:

  • Lipari, 10.554 habitants, dont Lipari est la capitale et qui possède des carrières de pierre-ponce.
  • Salina, 2.300 habitants, ainsi nommée à cause de ses exploitations de sel.
  • Vulcano, 717 habitants, dont le volcan est toujours actif et qui possède des bains de boue sulfureuse.
  • Stromboli, 420 habitants, dont le volcan est également actif mais de manière importante.
  • Panarea, 280 habitants, de faible superficie (3,4 km2)
  • Filicudi, 250 habitants, qui comporte pas moins de 6 volcans éteints
  • Alicudi, 150 habitants, l’île située le plus à l’ouest.

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    La légende veut que le nom de l’archipel soit issu du nom d’Eole qui, dans la mythologie grecque, est considéré comme le maître des vents bien que les faits attachés à son nom soient assez confus puisqu’il existe dans la mythologie trois personnages portant ce nom : Éole, fils d’Hippotès, cité par Homère dans l’Odyssée comme ayant accueilli Ulysse, Éole, fils d’Hellen, ancêtre des Hellènes et Éole, fils de Poséidon et frère jumeau de Béotos, ancêtre des Béotiens.

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Vulcano – Le repos d’Eole

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Un passé tourmenté

    Victime pendant de nombreux siècle des raids de pirates barbaresques, les maisons îlliennes se sont d’abord implantées loin du rivage dans des endroits difficile d’accès aisément défendables. C’est ainsi qu’en 839, Lipari est investie par des troupes musulmanes et ses habitants massacrés ou emmenés en esclavage, fait renouvelé en 1544 par le célèbre Barberousse, un renégat chrétien qui s’est mis au service des Turcs.  L’aspect blanc immaculé qui constitue l’une des caractéristiques de l’architecture des îles n’était alors pas de mise, il convenait plutôt de ne pas être visible et se fondre dans le paysage. Ce n’est qu’après le retour de la paix, à partir du XVIIe siècle, que les maisons ont commencées à s’implanter sur les plaines et douces pentes des bords de mer pour des raisons fonctionnelles liées à la pratique de la pêche et au développement du commerce avec le continent et la Sicile mais aussi pour des raisons pratiques et d’agrément.

264 ans d’occupation musulmane

     Après leur victoire de 827 à Capo Granitola contre les troupes byzantines qui occupaient alors la Sicile, l’armée musulmane occupa tout le sud de la Sicile mais il faudra attendre l’année 878 pour que Syracuse tombe à son tour et 965 pour que la dernière place forte que les byzantins tenaient sur l’île, Rometta, soit investie après un siège de deux années. Cette occupation durera jusqu’en février 1061, année du débarquement des normands Robert et Roger Guiscard dans l’ile et de leur prise de Messine. Palerme tombera en 1072 après 241 années d’occupation musulmane et la dernière ville encore tenue par les musulmans, Noto, tombera en 1091. Les musulmans avaient fait de Palerme, conquise en 831, leur capitale; sous la dynastie des Kalbites qui avaient pris le pouvoir en 947, la ville comptait 350.000 habitants, ce qui en faisait la deuxième ville la plus importante d’Europe derrière Cordoue qui en comptait 450.000. Les îles Éoliennes situées entre 50 et 80 km de la côte sicilienne tombèrent sous la domination des musulmans au moment où ceux-ci contrôlèrent le détroit de Messine. la population presque entière fut massacrée ou réduite en esclavage.

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Constructions du bord de mer dans l’île de Stromboli

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Une architecture méditerranéenne influencée par la culture musulmane

un village de l'île de Stromboli    Lorsque par bateau, on se rapproche des côtes de la Sicile et des îles qui l’entoure et que l’on voit apparaître les villages et les groupes d’habitations qui s’accrochent sur les flancs des montagnes et des volcans, on est surpris de leur ressemblance avec les constructions urbaines du Magreb voisin. Les maisons sont constituées d’un agglomérat de volumes cubiques à toitures terrasses qui se développe sur un à deux niveaux et sont disposées sur la pente de telle manière  que chaque maison possède une vue dégagée sur la mer. Les maisons peuvent être isolées ou groupées en bordure de ruelles étroites qui montent à l’assaut des pentes en zigzag. Cette architecture renvoie sur le plan généalogique à la maison gréco-romaine antique, au modèle des premières installations islamiques en Mésopotamie et en Égypte et aux constructions archaïques berbères de l’Afrique du Nord qui sont à l’origine des Kasbah et des Ksours, ces ensembles de maisons en terre des zones désertiques d’Algérie et du Maroc.

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Maison typique de l’île Lipari

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maisons sur l’île de Panarea : le décrochement sur la pente permet la préservation des vues

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Maison dans l’île de Panarea

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La structure de base de la maison

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   La conception de la maison s’établit à partir d’un système modulaire qui permet, selon les besoins, la juxtaposition ou la superposition d’éléments cellulaires cubiques.  La maison rurale d’origine était le plus souvent unicellulaire et s’est agrandie avec le temps pour devenir bi-cellulaire, tri-cellulaire et même multi-cellulaire pour répondre aux besoins nouveaux  de ses habitants. L’une des cellules abritait la pièce de vie avec la cuisine, une deuxième, les lits des occupants.
      Dans les implantations anciennes où l’espace était réduit, l’extension des maisons s’effectuait de manière verticale par l’adjonction d’un ou plusieurs volumes cubique sur la terrasse de la maison d’origine. Les deux niveaux étaient alors reliés le plus souvent par un escalier extérieur en arc-boutant. L’étage inférieur était alors dévolu aux pièces de jour, cuisine et salle à manger et l’étage, aux chambres. Lorsque l’ancienne terrasse n’était pas entièrement occupée par l’extension, elle était rendue accessible par le nouvel escalier.
schémas ci-contre : évolution modulaire d’un habitat d’origine unicellulaire et escalier extérieur d’accès au niveau supérieur et à sa terrasse.

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  murs constitués de pierres de lave irrégulières

      Les fondations et le reste de la structure porteuse sont constitués de grosses pierres de lave locales de formes irrégulières, posées à secs du nom de « ruppidu » . De préférence les murs de façade étaient construits avec des blocs de pierre ponce dont les milliers de bulles d’air emprisonnées offraient un bonne isolation.  Les planchers et la toiture terrasse horizontale accessible appelée ici « astricu » étaient réalisés avec des poutres en bois disposées à environ 40 cm de distance les unes des autres sur lesquelles ont été disposés un premier lattis en nattes de roseaux que l’on a recouvert d’un lit de  petites pierres poreuses et légères, appelé « rizzu », et un mortier de chaux battue avec un pilon en bois au long manche le « mataffo« , mélange qui une fois compacté avait la particularité d’être perméable à la vapeur d’eau et  étanche à l’eau. Le séchage de cette chape devait être lent et régulier pour éviter sa fissuration et devait durant toute sa durée être protégé du soleil par un lit de fougères sèches qu’on humidifiait régulièrement. Chez les propriétaires aisés, le sol de l’astricu pouvait être recouvert de carreaux de sol. Ce système constructif avait comme avantage d’utiliser très peu d’ouvrages de structure en bois, ce qui était appréciable dans un site où le couvert forestier était très faible et parfois même inexistant.

Capture d’écran 2016-02-15 à 15.18.55     Ces planchers et cette toiture, légers et friables et non liés intrinsèquement aux rigides murs porteurs permettaient de résister aux tremblements de terre fréquents dans la région. Dans une région où l’eau venait souvent à manquer du fait de la sécheresse et de pente prononcée du sol et où les sources étaient rares et d’un débit limité, la toiture terrasse, l’ « astricu » était aménagé de manière à récupérer l’eau de pluie qui était ensuite recueillie dans des grands pots ou canalisée à travers un canal en terre cuite nommé « casulera » jusqu’à un réservoir souterrain situé le plus souvent sous la maison mais aussi à l’extérieur, l’ « isterna« . Avant d’atteindre la citerne, l’eau devait passer par un bac formant siphon qui retenait les poussières, le sinsectes et les feuilles. L’accès à la citerne s’effectuait à partir de la terrasse extérieure.

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ouverture de la citerne

occhio tunnu (ouverture circulaire pour la ventilation)-    En général, les ouvertures de la maison étaient orientées sud-Est pour bénéficier l’hiver de l’apport solaire et les autres façades étaient en général closes afin d’éviter les courants d’air froids à l’exception toutefois de celles sur lesquelles donnaient une cuisine qui se devait alors d’être ventilée. La forte chaleur de l’été était atténuée grâce à l’inertie et l’isolation des pierres volcaniques des murs et souvent par la présence d’une vigne qui filtrait les rayons du soleil en jouant le rôle de pare-soleil. Quelques ouvertures circulaires typiques de ces îles que l’on appelle œil (les occhiu tunnu) faites de poteries sans fond ou de pierres taillées et percées intégrées aux murs qui pouvaient être fermées à l’aide d’une trappe servaient également à la ventilation en été. Celle ci pouvait également être assurée grâce à l’utilisation de portes à trois battants, dont l’un des battants placés dans la moitié supérieure de la porte permettait de créer un courant d’air lorsque celle-ci était fermée. À l’origine, les ouvertures ne comportaient ni fenêtres, ni vitrages, leur fermeture était assurées par des volets de bois aux gonds fortement ancrés dans les murs et fermées par des verrous de fer.
(photo  : occhiu tunnu au-dessus de la porte munie d’une tenture)

Casa a Serra

illustrations ancienne d’un Bagghiu et de ses Pulera (piliers massifs) au rez-de-chaussée d’une maison éolienne et son four

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Un espace essentiel : la terrasse protégée ou « bagghiu »

       Le retour de la sécurité avait permis de construire sur les terrains plats ou peu pentus du bord de mer et de manière plus éclatée sur des surfaces de terrains plus importante. De ce fait les extensions se réalisaient de préférence sur le plan horizontal et il était alors possible de d’aménager une « bagghiu« , nom donné à la grande terrasse du rez-de-chaussée aménagée devant la façade principale orientée au sud-est. Cette terrasse jouait alors un rôle primordiale. Pour ces maisons dépourvues de dégagements entre les différentes pièces, elle servait d’espace de connexion des différents espaces et à la belle saison d’espace de vie où on effectuait divers tâches telles les préparations des repas, le séchage des aliments, le stockage. On pouvait aussi s’y détendre, manger et goûter les fruits délicieux de la treille  ou des arbres fruitiers plantés à la périphérie.

maison éollienne - Pulera et Bisoli

Îles Éoliennes – deux exemples contemporains de bagghiu avec pulera (piliers) et bisoli (bancs de pierres)

Bagghiu, Pulera et Bisoli

Capture d’écran 2016-02-15 à 15.22.37         La bagghiu pouvait être couverte d’une pergola sur laquelle on étendait des canisses ou on faisait courir ou une vigne qui en plus de l’agrément de la récolte du raisin permettait d’atténuer les rayons du soleil l’été. la pergola était constituée de solives de bois fixées sur le mur de façade de la maison et sur des « Pulera« , ces piliers de pierres cylindriques construits en limite extérieure de la terrasse et sur entre lesquels on aménageait des « Bisoli« , sièges de pierres recouverts de faïences polychromes. Ils étaient reliés aux Pulera par des structures de pierres en quart de rond permettant le calage de la tête lorsque vous étiez allongés.

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Bagghiu d’une maison de l’île de Panarea : Pulera (avec sa niche pour abriter la mumieri) et bisuoli

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Un après-midi sous le figuier

Sous le figuier

  « J’ai le souvenir heureux d’un après-midi d’été passé sur le bagghiu d’une casa posée sur une colline surplombant Milazzo en Sicile, où, assis confortablement à l’ombre d’un vénérable figuier, soulé du chant des cigales, j’admirais dans les lointains bleutés, les îles Éoliennes, et que je n’avais qu’à lever le bras pour chercher à l’aveugle, parmi le feuillage, la figue la plus molle, donc la plus mûre, que j’allais l’instant d’après, déguster avec délice…»

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Les dépendances et aménagements extérieurs

     Au début du XIXe siècle, les conditions de vie se sont fortement améliorées dans les îles et le développement du commerce a favorisé l’émergence d’une petite bourgeoisie. Les exploitations agricoles situées à proximité des centres urbains et implantées sur les meilleures terres qui fonctionnaient jusque là de manière autarcique sont devenues de véritables fermes  engagées dans une économie de commerce et d’échange. Des constructions et équipements nouveaux peu utilisés jusque là sont devenues indispensables et ont dus être construits en accompagnement du bâtiment principal. Parmi ces dépendances figurent la « pinnata« , sorte de dépôt réserve et d’abri pour animaux l’été, le « palmento » ou « parmienta« , espace  fermé où était placée la meule pour presser les fruits. Il faut savoir que dans le passé, les habitants étaient à la fois agriculteurs et pêcheurs et que de ce fait, les espaces de dépôt et de rangement devaient être importants. Il n’était pas rare de voir dans l’un de ces dépôts le matériel de pêche côtoyer les barils de câpres, les bouteilles de vin et les jarres à huiles. De plus, l’hiver, le petit bateau de pêche devait être abrité dans un endroit protégé. Parmi les volumes annexes, il pouvait figurer la « stadda » (l’écurie), la « mannira » (la bergerie)
    Un autre équipement avait fait son apparition, c’était la « vagnu« , la salle de bains, qui, par manque de place ne pouvait être installée le plus souvent qu’à l’extérieur. Des écuries pour les animaux et des entrepôts étaient construits en dehors du bâtiment principal ou à la verticale sur le côté principal. Dans les maisons appartenant à des familles riches, la propriété pouvait également comprendre une petite chapelle.

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    C’est également sur le bagghiu que l’on installait le plus souvent le « furnu » l’énorme four en pierre en forme de dôme hémisphérique adossé à la façade de la maison que l’on utilisait pour la cuisson. il comportait souvent deux espaces de cuissons, un grand pour le pain et un petit pour les confiseries.

à gauche dispositifs pour le triage du grain (u crivu) et pressage du raisin (u parmientu) - à droite dispositif de concassage des olives

L’intérieur d’un palment – à gauche : dispositifs pour le triage du grain (u crivu) et pressage du raisin (u parmientu) – à droite : dispositif de concassage des olives

Capture d’écran 2016-02-15 à 15.22.48     Toujours à l’extérieur de la maison, se trouvait la « pile« , un réservoir utilisé pour le lavage des vêtements et le « princu« , un lavoir taillé dans une pierre de lave qui était placé sur la pile elle-même

Traitement des façades   

ARCHITETTURA3      Avec l’amélioration des conditions de vie, les façades, qui laissaient initialement leur structure de pierres apparente pour rendre la maison moins visible dans le paysage, ont été aménagées avec plus de soin, recevant un enduit extérieur de couleur blanche ou colorées de diverses nuances d’ocre et couronnés d’éléments décoratifs en briques courbes en « dentelle » et enrichies avec des pointes et des clochetons d’angles. Les pilastres pouvaient également revêtis de couleurs vives.

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Intérieur typique d’une ancienne maison îlienne : noter l’espace de rangement en mezzanine suspend aux poutres et les niches pratiquées dans l’épaisseur des murs.

L’aménagement intérieur

   Dans l’un des angles de la pièce principale et face à l’entrée était installé la « cucina« , la cuisine qui comportait le « cufularu » constitué d’aménagements maçonnés surélevé à un, deux ou trois foyers pour chauffer les aliments ou les conserver au chaud avec un compartiment inférieur pour entreposer le bois de chauffage. Un poêle pouvait être intégré à l’ensemble.  Les surfaces verticales et la surface horizontale du soubassement sur laquelle on pouvait s’asseoir ou déposer des objets étaient revêtues de carreaux polychromes. A-dessus de la l’ensemble de cuisson, une hotte pyramidale permettait l’évacuation des fumées, elle reposait sur une large poutre de bois débordante qui faisait office d’étagère. Les meubles se limitaient à une table, quelque chaises, un banc et des coffres.

  Les chambres individuelles aménagées dans les cubes moduleras, « càmmira stari« , ne communiquait pas entre elles et était accessibles uniquement par l’extérieur. Les lits étaient constitués de planches de bois posées sur une ossature en fer sur lequel était posé un matelas emplis de crin ou de feuilles de palmier séchées. Lorsqu’il y avait un berceau, celui-ci était suspendu au plafond par des cordes. Les vêtements et les objets étaient rangés dans un grand coffre.

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Ancien cufularu

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La cuisine typique plus récent d’une maison éolienne

     On a vu que le « furnu« , le four au dôme hémisphérique, compte tenu de ses dimensions importante, était placé à l’extérieur, adossé contre l’un des murs de façade. Dans certains cas les foyers s’ouvraient à l’intérieur de la maison, dans la cuisine, à proximité du cufularu.
    Le mobilier était extrêmement simple et réduit à l’essentiel. Les armoires et les étagères, « stipula » et « iazzana« , étaient aménagées dans des cavités réalisées dans l’épaisseur des murs. dérivées de petites chambres en retrait dans l’épaisseur de la paroi de périmètre. Dans de nombreux cas, il existait un espace rangement constitué de planches posées sur des poutres pour servir de stockage pour les produits agricoles et les outils.<
    Le soir l’éclairage était assuré par la « lumieri« , une lampe à huile ou une chandelle placée une niche aménagée dans l’épaisseur des murs. on trouvait le même système d’éclairage pour la terrasse extérieure,  le bagghiu, une niche étant aménagée dans des piliers de pierres supportant la pergola pour protéger la flamme du vent..

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Pot-pourri d’images de maisons des îles Éoliennes et de leurs aménagements typiques

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Mélange des genres : architecture musicale et poésie

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Île de Stromboli, Italie – Casa Falk près de la « Sciara del fuoco »

     « Dans la masse compacte d’une colline déjà presque entièrement sombre, deux maisons, à des hauteurs différentes, les deux notes d’une quinte, qui s’enfoncent de plus en plus dans la masse obscure des rochers, y creusant deux puits carrés d’où sourd assez de blancheur pour que mon œil voie le noir de la nuit. »

Lorand Gaspar, Carnets de Patmos

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